"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

Just another WordPress.com site

De la rédemption d’un film

Posted by Axel de Velp sur 14 mai 2010

Peut-être suis-je indécis, mais il m’est difficile de cataloguer négativement de but en blanc un film, une série ou tout autre objet audiovisuel.
Condamner une œuvre, parce qu’à la première vision elle me fut « relativement » insupportable, m’a toujours semblé être une injustice. Bien entendu, cela m’arrive, mais alors je m’en fais toujours un peu le reproche. Et de temps à autre, je m’accroche à cette idée d’injustice et je cherche à savoir ce qui se cache derrière…

Non pas que je n’établisse pas de hiérarchie dans l’intérêt que je trouve aux œuvres qui s’offrent à moi (hiérarchie construite sur des critères « objectifs et/ou subjectifs »), mais il me semble qu’au-delà de ça, il y a ma volonté de comprendre ma vision de tel ou tel objet « cinématographique ».
Je ne cherche pas à me justifier d’avoir vu tel film ou d’avoir apprécié tel « navet », mais juste à comprendre au-delà du simple affect, parfois d’ordre nostalgique, pourquoi par moment je n’arrive pas à dire que du mal d’une œuvre…

Comprendre mon rapport aux choses qui me déçoivent, c’est avant tout comprendre ce que j’attendais d’elles. C’est peut-être redéfinir ma propre échelle de valeurs ou à tout le moins la questionner, la remettre en question.
La plupart du temps, cela ne produit que peu de « déplacements » de cette échelle. Alors il ne me reste que ce sentiment confus de la déception face à la médiocrité évidente d’une œuvre dans sa globalité. Sentiment confus, car mon incapacité à condamner cette œuvre reste malgré tout là.

Je dois donc m’interroger sur les raisons de cette confusion, au sein même de l’œuvre qui la produit.
Dans ces films, je me rends compte qu’une scène, le jeu d’un comédien, un cadrage, un choix de mise en scène, une lumière, un enchaînement particulier dans le montage, à un moment donné (unique ou répété) m’a séduit.
Il y a dans ces instants de grâce quelque chose qui relève du « Cinéma », quelque chose qui signifie que derrière la médiocrité globale qui se dégage de cette œuvre, il y a eu, ne serait-ce que de manière fugace, une envie, une idée de « Cinéma ».

Un exemple me vient à l’esprit. Dans le récent et très oubliable Clones (The Surrogates) de Jonathan Mostow avec Bruce Willis, le travail sur la plastique de l’acteur est cela dit très appréciable. Le scénario suppose que la quasi totalité des personnages ont des corps diaphanes ou outrageusement bronzés, en tout cas sans aucune aspérité, de par leur nature de clones. A partir du moment où le personnage de Willis décide d’évoluer de lui-même dans le monde environnant et de ne plus se servir de son clone, s’engage alors un processus de dégradation du corps de l’acteur pour exprimer sa réalité, sa vitalité au milieu des erzats de vie qui l’entourent. Ce qui est intéressant c’est que ce travail ne se contente pas de fonctionner au sein même du film, mais il en appelle à une intertextualité entre les films où joue Bruce Willis. On assiste alors à un retour aux heures de gloire de l’acteur, dans la série des Die Hard pour ne citer que ceux là, où chaque parcelle de son corps était sujette à des malversations physiques et où chaque coupure, croute de sang séché, cicatrices transmettaient la vitalité d’un corps en action. Ainsi le spectateur de Clones devant la progressive stigmatisation du corps de l’acteur, non seulement fait consciemment le chemin de comprendre sa vitalité, mais en plus il est probable (au moins inconsciemment) qu’il l’associe à toute une imagerie que la carrière de l’acteur a véhiculé. C’est ce que j’appelle un moment de « Cinéma »…

Alors le film trouve à mes yeux sa rédemption.
Peut-être ne le reverrai-je jamais ? Peut-être que sa trop grande médiocrité m’en empêchera… Mais je garderai toujours une tendresse pour cet (ces) instant(s).

Parfois, très rarement je dois l’avouer, cette rédemption se transforme progressivement en devoir de réhabilitation.
Il en fut ainsi pour Le Village de M. Night Shyamalan, dont une scène me fit douter de tout le discours critique négatif que le film avait pu récolter lors de sa sortie et me poussa à creuser cette étrange sensation selon laquelle ce film n’était pas celui que certains dépeignaient. Mais cette réhabilitation fera l’objet d’un prochain post, donc je me contenterai seulement d’attiser ainsi votre curiosité…

Il en va ainsi de la rédemption d’un film : je cherche quasi systématiquement à la découvrir (mais pas à la trouver, car a priori ce n’est pas la même démarche…).
Il arrivera donc que je vous étonne parce que je tenterai de « sauver » un film ou du moins d’en racheter quelque(s) passage(s)…
Mais qui sait, peut-être vous aussi, y trouverez vous un peu de « Cinéma »…?

Publicités

3 Réponses to “De la rédemption d’un film”

  1. olivier said

    Ok, mais souviens-toi… Nous etions allé voir ceci: http://www.imdb.com/title/tt0236638/

    Parfois, la rédemption s’avère calvaire.

    Cela dit, j’ai toujours admiré ta capacité à trouver quelque chose, (parfois n’importe quoi) d’intéressant dans le pire navet. J’admire…

    • Je reconnais que ce n’est pas toujours possible !
      Il est des bateaux dont le naufrage est certain…

      En ce qui concerne le film évoqué, mes souvenirs sont plus que lointains et je n’oserai trop m’avancer, mais il me semble qu’il est relativement irrécupérable ; mais bon qui sait…

  2. […] qui me connaissent et/ou qui ont lu l’un de mes premiers billets sur ce blog (celui concernant la rédemption), malheureusement ce film n’est que très dépourvu de scènes qui auront su le racheter à mes […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :