"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Archive for février 2012

Une semaine de films – du 20 au 26 février 2012

Posted by Axel de Velp sur 28 février 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film….

Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question…

Lundi 20 février

Ip Man (réal. Wilson YIP Wai-Shun, 2008)

Grand succès Hong-Kongais de l’année 2008, le film retrace une période de la vie du grand maître Ip, avant qu’il n’ouvre son école personnelle (et ne devienne, entre autres, le maître de Bruce Lee) et il s’attarde sur deux moments clés de sa vie. Avant la Seconde Guerre Mondiale et pendant l’occupation nippone de la Chine. A ce moment là, Ip Man est désigné simplement comme un (grand) maître des arts martiaux, mais il n’a aucune école et ne forme aucun disciple. Ne manquant de rien, bien qu’il ne soit pas aisé de comprendre d’où lui vient son aisance personnelle, le maître passe son temps à se battre en répondant aux défis qui lui sont lancés et à ménager son épouse qui voit d’un mauvais œil ses constantes rixes (du moins jusqu’à ce que l’une d’elles mettent à mal le mobilier de la maisonnée…). Vient alors l’occupation par les troupes japonaises et la lente mais inexorable descente dans la misère de la famille du maître. Pour aider les siens à survivre, il va donc chercher un emploi, puis participer à un tournoi d’art martial organisé par l’occupant, avant d’entraîner les ouvriers d’une usine locale à se défendre face aux brigands chinois qui cherchent à tirer profit des désarrois liés à la situation de guerre. Finalement, le film sur Ip n’est qu’un prétexte pour un exercice de propagande comme les films chinois en connaissent depuis plusieurs années, avec revalorisation des traditions séculaires (les arts martiaux) et nationalisme exacerbé antijaponais (bien que le film se décharge de toute connotation communiste, quoique le personnage qui est « de mèche » avec l’occupant est un ancien fonctionnaire de police, donc représentant du système anti-communiste pré-guerre).
Cependant, et malgré un charisme moins impressionnant de l’acteur principal que celui de Jet Li ou d’autres stars du cinéma de Hong Kong, le film propose des scènes de combat très impressionnantes et particulièrement bien filmées. Rien de très étonnant non plus à cela dans un cinéma rompu à cet exercice. Au final, je recommanderais ce film à tout amateur de films du genre, et un peu aux autres, car la reconstitution historique est assez qualitative.

Source Code (réal. Duncan Jones, 2011)

Le réalisateur du très remarqué Moon (quoiqu’à mon avis un brin surestimé), Duncan Jones, récidive dans le genre de la science-fiction avec un film sur le voyage temporel. Si les deux films proposent des structures narratives similaires autour de la répétitivité d’une tâche, ils ne les abordent pas conceptuellement de la même façon et pour des questions de récit. Moon travaillait sur la lenteur, l’isolement, la routine, alors que Source Code est dans l’urgence, le fouillis et la recherche de « l’intrus ». Malheureusement, j’ai envie de faire les mêmes reproches que je faisais à Moon à ce film ci. Je trouve que Jones manque d’esprit de perfection. Il nous perd dans des scènes secondaires dont l’intrigue principale pourrait très bien se passer et ne les justifie pas non plus par un quelconque service au déploiement d’une psychologie des personnages ou de leurs motivations profondes. Pour ce film-ci, cela vient alimenter une bluette insignifiante, prétexte à l’insert d’un rôle féminin dans ce film pour public masculin, ou encore les affres d’un vétéran envers la figure tutélaire du père (quid de la mère dont il n’est jamais fait mention de tout le film et qui décidément en dit long sur l’image de la femme chez Jones – image déjà pas très reluisante dans Moon soit dit-en passant…). Cela étant, le film reste divertissant et relativement prenant, jusqu’à la fin qui travaille sur les univers parallèles si chers à tous les scénaristes de films sur les voyages temporels.

Highlander – Soif de vengeance (réal. KAWAJIRI Yoshiaki, 2006)

Réalisateur des excellents Wicked City (1987), Demon City Shinjuku (1988), Cyber City Oedo 808 (1990), Vampire Hunter D: Bloodlust (2000) et bien évidemment Ninja Scroll (1993), KAWAJIRI reprend ici la saga Highlander, épaulé par un des scénaristes de la série, David Abramowitz. Malheureusement, l’héritage d’une telle franchise est lourd à porter et l’on sent bien que de nombreux films et saisons préexistants compromettent grandement l’originalité d’un tel sujet. Comment ne pas sentir mille références au film originel et à toutes ses séquelles dans le scénario convenu que Abramowitz donne à KAWAJIRI à mettre en images. Le problème n’est d’ailleurs pas tant dans la référence (cela peut toujours permettre d’approfondir une idée, un point de vue, mais il n’en est cure ici), que dans la platitude des enjeux dévoilés. Finalement KAWAJIRI, qui d’habitude sait si bien s’intéresser aux personnages torturés et complexes, donne corps à un héros monolithique, à peine capable d’enchaîner plus de trois mots ou émotions différentes.
Sorti de ce récit, dont la narration faussement déstructurée en multiples flash-backs peine à le rendre intéressant, il ne reste que « l’enrobage » à examiner. La musique, elle aussi, est tellement ancrée dans l’univers référent que cela en devient risible (les riffs de guitare « semi hard » rappellent péniblement la bande son originelle de Queen). Le chara design est proche de l’esthétique habituelle du cinéaste, mais là encore on sent une influence américaine pas toujours très heureuse. Les layouts sont parfois un peu grossier, en particulier lorsque trop de CGI viennent s’intégrer à l’image, travail que les studios japonais ont toujours eu du mal à réaliser avec succès (à l’exception peut-être de Gonzo, sous l’influence de MAEDA). Heureusement, l’animation est d’une très grande qualité, en particulier les scènes de combat, toujours réputées chez le cinéaste, qui sont très réussies : dynamiques, fouillées, précises et virevoltantes.

Mardi 21 février

The Company Men (réal. John Wells, 2010)

Producteur, scénariste et réalisateur de séries TV (Urgences, À la Maison blanche), John Wells marque avec ce premier film son passage au cinéma avec une certaine qualité. Le film traite de cols blancs américains, plutôt aisés qui vont connaître les affres de la crise de 2008 et leurs vies vont en subir les frais (tragiquement pour certains). Le casting alléchant (Tommy Lee Jones, Chris Cooper, Kevin Costner et, le-pour-une-fois-passable, Ben Affleck) remplit son rôle, même si l’on sent poindre une certaine lassitude, par exemple dans le jeu d’un Tommy Lee Jones, dont le regard de chien battu est utilisé plus que de mesure. La mise en scène n’est pas particulièrement inspirée mais elle reste de qualité et quelques plans élégants mettent bien l’image au plein service de son sujet (ce très beau plan, où Affleck se retrouve « abandonné » en plein centre d’une ville, qu’il n’arrivera pas à « conquérir » ; ou encore l’aseptisation toute particulière des bureaux de la company, qui la fait ressembler à mille autres et en même temps ne fait d’elle qu’une coquille transparente où viennent se jeter la vie de ses employés). Le film malheureusement n’évite pas certains écueils propres à son sujet et l’on ne peut s’empêcher d’avoir un peu de mal parfois à éprouver une grande empathie pour ces cadres supérieurs qui doivent abandonner les « privilèges » de leur classe ; mais la souffrance de chaque personnage est suffisamment réelle pour qu’elle ne devienne pas ridicule ou déplacée. Bien entendu, la réalité d’un message qui serait que le travail libère l’homme est présente et sa « noblesse » n’est plus à défendre mais on a l’impression que le film ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes.
Finalement, on peut regretter que le cinéaste ne se soit pas plus attardé sur le personnage incarné par Chris Cooper, qui, de soudeur de navire au début de sa carrière, finit (avant d’être licencié) par avoir un poste d’exécutif très haut placé. On aurait aimé mieux comprendre le désarroi de cet homme vieillissant, vraisemblablement marié à une femme alcoolique (le film n’est pas plus explicite là-dessus), dont les repères se perdent et dont la vie vient à ressembler à celle d’un fantôme traînant sa mallette de bar en bar, parce que sa femme ne veut pas que le voisinage apprenne sa mis au banc de la société. Quid de ses angoisses profondes, au-delà de ces quelques informations parcellaires, et qui le pousseront vers le geste fatal ? Quid de la dérive de sa famille qui avait certainement tout pour être heureuse… ou bien ? Le film finalement ne s’attarde que peu sur la nature véritable du bonheur, il ne cherche pas en comprendre les tenants et les aboutissants, juste quelques uns de ces symptômes. Les personnages de cette farce triste finiront plus ou moins par retourner à l’ordre du monde tel que le veut la société américaine et son monde de consommation. Ont-ils grandi entre-temps, de par la parenthèse de réalité, que les aléas économiques du néo-libéralisme les ont contraint à expérimenter ? Rien moins sûr et John Wells ne nous donne que peu de signes quant à cette possibilité, si ce n’est le désarroi du personnage de Tommy Lee Jones qui ne comprend pas ces exécutifs, qui mettent au-dessus de la vie de ceux qui travaillent pour eux leur confort et leur rêves de grandeur, incarnés dans un projet de nouveau bâtiment de la compagnie en crise. Seul autre signe évident de la compréhension de la place de l’humain dans le monde et de la valeur de son travail : le souhait de redonner vie à un chantier naval dans un Boston en pleine déliquescence de son tissu ouvrier (la participation d’Affleck à ce film tient peut-être à ça, lui qui est toujours très attentif à l’image et la promotion de la ville où il a grandi).

Mercredi 22 février

The Hangover – Part II (réal. Todd Phillips, 2011)

On ne change pas une équipe qui gagne et une formule qui a porté ses fruits… Et pourtant, il faudrait peut-être. Car, même si le film est par moments assez drôle, même s’il ne cherche pas forcément à être « encore plus extrême » que le premier (quoique…), The Hangover – Part II manque de cet esprit fou inattendu qui avait fait le succès du premier opus. Le dépaysement thaïlandais fonctionne, mais il est, au même titre que Vegas, un simple plateau de jeu où viennent s’ébattre les personnages principaux de cette comédie déjantée. Sorti des habituels clichés sur la drogue, le tourisme sexuel et l’exotisme, point de propos un tant soit peu original sur cette « intrigante » Asie (sic !). Alors on pourrait bien évidemment me reprocher de vouloir trop d’ambition pour le film, mais l’adéquation parfaite du sujet du premier (identique au second) et de sa localisation géographique dans la Capitale du Vice avait au moins l’avantage d’accompagner la logique « jusqu’au-bout-iste » du film. Le travail sur des personnages, dont on connaît déjà les travers et les ambiguïtés, problématiques déjà bien exploitées initialement, ne peut plus donner lieu à beaucoup d’approfondissement ou de révélation dans ce contexte là.
Deux choses extérieures au film mais contingentées au moment de sa production, rendent sa lecture contextuelle plus « intéressante », à défaut de le rendre lui-même plus captivant. La première tient dans le fait qu’entre les deux Hangover, Todd Phillips va réaliser un film Due Date (2010) qui met en scène un personnage interprété par Zack Galifianakis (le doux dingue) dont la parenté est bien évidemment à aller chercher du côté de son personnage dans le premier Hangover. On peut dire que Due Date est sa suite logique, véritable et même congénitale. On peut d’ailleurs se rendre compte que Phillips abandonne la bande de copains pour se concentrer sur un duo, qu’il travaille plus profondément les questions ambiguës soulevées par le film précédent (comme l’homosexualité latente entre les deux héros, sujet qu’il abordera à nouveau avec une trop grande légèreté dans le second Hangover) et qu’il abandonne aussi le tropisme quasi-unique de la localisation géographique pour un road movie (acceptant ainsi également une parenté plus affirmée avec le buddy movie). Lorsque le cinéaste s’attaque au second film sur les débauches, on sent bien qu’il n’est plus que dans une logique de suite, sans ambition, et que, en dehors de ses personnages récurrents, on pourrait bien avoir à faire à un remake que le film serait quasi le même… Le même ? Pas complètement, car c’est sur ce point précis, les personnages, qu’intervient le deuxième élément hétérogène au film, la carrière du comédien Bradley Cooper. Avant The Hangover, Cooper a beaucoup joué à la télévision, et un peu au cinéma, principalement dans des seconds rôles efficaces mais pas véritablement marquant. Le succès du film de Phillips va transformer sa carrière et les films qui suivront vont accentuer cette reconnaissance professionnelle, qu’il s’agisse de Valentine’s Day, L’Agence tous risques ou Limitless. Mais se faisant, Cooper va devoir travailler son image d’acteur comme celle de quelqu’un capable d’une plus grande ouverture de répertoire actoral que celui présenté chez Phillips. On notera alors sans surprise l’édulcoration conséquente que son personnage va subir dans le second Hangover, où il ne sert plus que de faire-valoir aux autres personnages hallucinés qui peuplent le film. Il est même par moment, étonnamment pour ceux qui ont encore en tête le premier opus, celui qui cherche constamment à calmer le jeu, à résoudre les tensions et à finalement ne faire aucun véritable dérapage (si ce n’est une banale rixe de bar).

Attack the Block (réal. Joe Cornish, 2011)

Premier long métrage du réalisateur britannique de série télévisée et scénariste, Joe Cornish, Attack the Block dépeint la lutte entre une invasion d’extraterrestres et un gang de jeunes d’une cité londonienne. Le film ne se prenant pas plus que cela au sérieux, la mise en scène est efficace (la course poursuite en scooter est assez sympathique) et passe en revue tous les poncifs du genre sans jamais les traiter par dessus la jambe. Un peu de gore par-ci, un peu de suspense par là, l’obligation de dépasser les différences pour faire face à l’ennemi commun venu d’un autre monde : le spectateur est en terrain connu, un peu trop parfois. Mais l’humour est bien présent, l’usage du « slang » local efficace, les répliques fusent, les situations comiques sont bien plus légions que les horrifiques. L’écriture enchaîne les séquences, présentant parfois des scènes de contextualisation que l’enracinement des personnages dans un milieu défavorisé obligeait quelque peu, mais qui sonne malheureusement un peu faux. On appréciera, pour les amateurs de SF, l’explication inhabituelle de la présence extraterrestre, fournissant un léger sous-texte amusant, que la « tension sexuelle » entre les protagonistes principaux et l’héroïne (malgré la différence d’âge) annonçaient plus ou moins depuis le début du film…

Jeudi 23 février

L’Arnacœur (réal. Pascal Chaumeil, 2010)

J’avoue avoir été agréablement surpris par cette comédie romantique à la française, bien qu’au final le film m’a aussi quelque peu déçu. Ne proposant pas uniquement une succession de saynètes prétextes à telle ou telle situation comique (écueil de plus en plus fréquent dans la comédie française contemporaine), le film arrive à proposer une écriture rythmée et très drôle par moment, même si certaines scènes capitalisent plus sur le jeu des comédiens (Duris et Damiens en tête). Le film est une sorte de conte de fées contemporain et certains gimmicks sont clairement identifiables : des lieux « paradisiaques » (Monaco et la French Riviera), une « princesse » à réveiller de son endormissement figuratif, un prince charmant qui l’est finalement moins qu’il n’est manipulateur… Malheureusement, la mise en scène n’est pas à la hauteur de ses ambitions. Usage du ralenti peu ou pas justifié, voix-off anecdotique dont le sens n’est qu’informatif et traduit le manque d’idée quant à placer ces informations dans le film lui-même… Jusqu’à la fameuse scène de Dirty Dancing qui n’est pas à la hauteur des attentes que le film construit autour d’elle. On lui préfèrera, de loin, celle où Duris s’entraîne seul dans sa chambre d’hôtel. On regrettera aussi une Vanessa Paradis peu convaincante, alors que sa carrière réduite avait su démontrer des choix bien plus judicieux et une performance d’actrice bien plus accomplie. Au final, un film quand même sympathique, pas exempt de petits défauts, mais assez réussi dans l’ensemble, et doté de quelques scènes franchement très amusantes.

John Carpenter’s The Ward (réal. John Carpenter, 2010)

Le réalisateur revient au cinéma depuis Ghosts of Mars en 2001 et sa double incursion dans la série télévisée avec les épisodes « Cigarette Burns » et « Pro-Life » de Masters of Horror en 2005 et 2006. Dire que ces dernières années, l’absence du cinéaste s’est fait remarquée serait un euphémisme, d’autant que ces plus récentes réalisations manquaient clairement de génie et d’inspiration. Il en va un peu de même lorsque l’on regarde le début de ce film, directement sorti en DVD/Blu-Ray en France et sorti que sur quelques écrans aux USA, mais la fin offre au spectateur l’occasion de réapprécier le film et sa construction. Sorte de Sucker Punch du pauvre, The Ward n’est en effet pas sans rappeler le film de Snyder dans ses postulats de départ et son casting féminin, hautement improbable. Mais la comparaison s’arrête là. Car si le film de Snyder propose sa vision toute particulière de l’esprit d’une midinette, celle de Carpenter s’en éloigne très rapidement. Assez classique dans sa construction narrative sur la plus grande partie du film, Carpenter joue avec efficacité des clichés du genre et place un certain nombre d’effets de peur et d’angoisse tout au long des couloirs et des cellules qu’occupent les pensionnaires de l’asile. Scènes de douche commune, dont on évacue rapidement toute ambigüité érotique, scène d’abus sur les pensionnaires là encore déchargée de tout « sous-texte », le film nous emmène dans des directions que les habitués du genre auront du mal, non pas à deviner, mais à en comprendre les exacts enjeux. Car à la fin du film, Carpenter dans un twist assez inattendu va nous pousser non seulement à revoir la lecture du récit du film et sa narration, mais également tous ses choix de mise en scène : pas un plan ou une idée de montage ne vient appuyer cette structure particulière dévoilée par la fin du film. Pour finir, Carpenter, malgré le côté très évident de la résolution du dernier plan du film, nous montre une dernière fois que, bien qu’en perte de vitesse, il reste un des maîtres incontestés de la peur au cinéma…

Johnny Mad Dog (réal. Jean-Stéphane Sauvaire, 2008)

Produit par Kassovitz et réalisé par Jean-Stéphane Sauvaire, dont c’est le premier long métrage, Johnny Mad Dog est un film rare. D’abord parce que c’est un film, bien que « fait » par des français, qui traite d’un sujet africain et qui est joué exclusivement par des africains. Ensuite parce que c’est un film sans concession dont le sujet, les enfants soldats en Afrique, auraient peut-être amené des choix de narration ou de récit qui auraient soit versé dans le pathos, soit dans l’à-peu-près, pire encore dans l’inexactitude. On est d’ailleurs à la fois étonné et content de l’implication importante du gouvernement du Libéria dans sa production, car on sent ici le souci, non pas d’un vérisme ou d’un réalisme qui serait déplacé, mais le souhait d’une authenticité donnée à la fiction. Et cette authenticité transparaît. D’abord dans le jeu des comédiens, enfants en tête, qui montre, avec un aplomb et un travail actoral assez réussi, la détresse de ces situations quelque soit le côté du conflit où l’on se trouve, victime ou bourreau. Ensuite la mise en scène n’est pas en reste : nerveuse, dynamique, cadres très construits, le tout appuyé par une photo qui sublime constamment la lumière des tropiques africains, la réalisation approche son sujet avec efficacité et non sans quelque effet de manière, mais jamais de façon outrancière ou malvenue. Reste un récit dont le constat est sans appel, mais qui sait à la fois replacer les responsabilités de chacun tout en montrant efficacement la spirale de la violence. Le parcours des deux héros, Johnny et la jeune fille perdue, trace des contours dans cette capitale en désolation complète, que leurs deux rencontres au début (ou presque) et à la fin du film viennent dessiner en les clôturant : les contours d’une foi en la vie, aussi mince l’espoir soit-il, et ceux d’un désespoir profond qui jette l’humain dans le chaos et l’enfer, dont il est difficile de revenir vivant, a fortiori indemne, au sens propre comme au figuré.

Vendredi 24 février

Bon à Tirer (B.A.T.) (réal. les frères Farrelly, 2010)

Dernier film des frères Farrelly, Hall Pass est finalement très décevant. Passons sur la réalisation qui n’a jamais été le ressort essentiel de leur comique, bien qu’elle ait su toujours ce mettre avec intelligence au service des situations comiques de leurs films, ce qu’elle fait ici une fois encore. Le problème vient plus des enjeux que le film soulève. En effet, il construit son statut de comédie sur deux orientations différentes. La première c’est l’habituelle gag, sketch ou scène comique, où le contexte général du film n’est pas du tout nécessaire à son bon fonctionnement et son efficacité humoristique : c’est là que le film donne ces meilleurs moments (malheureusement, car ils sont finalement indépendants de lui en quelque sorte). La deuxième orientation est l’enjeu moral du film : une fois autorisés par leurs épouses respectives à faire ce qu’ils veulent pendant une semaine, faut-il que nos héros les trompent (si une opportunité se présente) ? Et bien, oui et non. Le film ne se pose pas en lecture morale de la situation (encore heureux quelque part…), mais il n’arrive pas non plus à la gérer de façon comique. Que ce soit la scène de passage à l’acte pour l’un ou de renoncement pour l’autre, mise à part dans des adjuvants à la scène (la tante de la baby-sitter, l’ex un peu fou), le comique ne passe pas. Pour finir, là ou les frères Farrelly osaient parfois le politiquement incorrect, le final du film nage en plein « bon pensant » : ceux qui trompent sont trompés à leur tour (alors même qu’ensuite cela ne remet pas en cause leur couple et leur amour) et ceux qui ne trompent pas sont récompensés par la fidélité de l’autre. En somme le film décrit  un monde parfait et idyllique, où il n’existe pas de mauvais arrangements, y compris pour ceux qui enfreignent la morale bien pensante, donc pas de culpabilité possible (puisque, soit elle n’a pas lieu d’exister, soit l’autre nous en dédouane). Une drôle de façon de contourner les problèmes que posent la crise de la quarantaine chez les hommes WASP, sujet fondamental du film.

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Une semaine de films – du 13 au 19 février 2012

Posted by Axel de Velp sur 19 février 2012

Je vais essayer à l’occasion de vous proposer un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film….

Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question…

Nota Bene : je m’efforcerai de vous proposer des posters inhabituels des films pour illustrer leur critique.

Lundi 13 février

Eagle Eye (réal. D.J. Caruso, 2008)

Je continue dans ma lancée sur la courte carrière jusqu’à présent de D.J. Caruso, que j’avais entamée la semaine dernière (avec l’excellent Salton Sea, le très décevant Taking Lives et l’amusant mais peu remarquable Disturbia). Eagle Eye, c’est une sorte d’Ennemi d’état (Tony Scott, 1998) que l’on aurait fait passer au stade supérieur du  concept de Big Brother is watching you… mais en beaucoup moins abouti, en un peu plus idiot (j’ai arrêté de compter au premier tiers du film les invraisemblances par rapport au postulat de départ) et surtout beaucoup moins bien filmé. Pour ceux qui me connaissent et/ou qui ont lu l’un de mes premiers billets sur ce blog (celui concernant la rédemption), malheureusement ce film n’est que très dépourvu de scènes qui auront su le racheter à mes yeux. Tout au plus une scène de climax final qui aurait dû s’arrêter là, ou bien la scène d’ouverture qui en dit long (mais subtilement) sur une Amérique qui est prête à tourner la page sur 8 années de présidence Bush (le film sort en 2008 et a donc été écrit et tourné dans les mois précédents). C’est très maigre, surtout que le film manque par moment d’un peu de peps alors que certaines scènes dans le genre film d’action sont quand même assez bien faites (la scène dans le tunnel vers la fin en est un bon exemple).

Serpico (réal. Sidney Lumet, 1973)

Il me faudrait beaucoup plus que quelques lignes pour parler ici de ce film de Lumet, certainement l’un de ses nombreux chefs d’œuvres. Al Pacino incarne à la perfection le mal-être du flic honnête entouré par la corruption et le laisser-faire généralisé. Ses errances, ses déprimes, ses montées de rage et de colère sont à la mesure du film qui enchaîne les morceaux de bravoure, tant dans ce qu’il dénonce que dans sa mise en scène de situation limite. Chapeau bas à quelques scènes qui restent gravées en mémoire : l’arrestation d’un voyou de mèche avec les flics de son commissariat et qui oblige Pacino à mettre ses collègues devant le fait accompli, sa dernière dispute avec sa compagne dans le café puis dans la rue, sa rencontre avec les autres flics corrompus dans le parc, enfin la scène quasi de fin de l’arrestation chez les narcos et qui entraîne son accident. Lumet, au-delà du sujet politiquement risqué, montre New York et ses environs comme il sait toujours aussi bien le faire : une lumière réaliste, des lieux de tournage variés et toujours à propos et un montage classique mais au combien efficace dans sa manière de traiter les ellipses et d’accompagner lentement mais sûrement le spectateur dans la terrible catabase de l’officier Serpico. Lumet se réattaquera quasiment au même sujet dans le « film somme » Prince of the City (1981), malheureusement épaulé par un Treat Williams, efficace et crédible, mais à mille lieux du jeu de Pacino.

Mardi 14 février

I Love You Phillip Morris (réal. Glenn Ficarra, John Requa, 2009)

St Valentin oblige ou pas, ce choix de film à consonance romantique ? En fait pas vraiment, mais l’idée était de s’amuser plus que de réfléchir beaucoup devant cette toile. Et il faut dire que le film fait là son office. Il est amusant, même assez drôle par moments et les deux stars masculines (Carrey et McGregor) y sont bien entendu pour beaucoup. Le fait, qui plus est, que le film soit bâti sur des faits réels vient ajouter indéniablement à la légère fascination que le personnage principal produit sur le spectateur. Les films, qui traitent d’arnaques et d’escroquerie et dont l’auteur de ces « vilains » actes est présenté comme sympathique, arrivent toujours à séduire le public : ils reposent sur la monstration en plein exercice d’un esprit criminel, mais parce que présenté comme sympathique, au-delà de sa moralité répréhensible, ce qui fait mouche chez le spectateur c’est son ingéniosité et sa débrouillardise. On ne peut pas dire que le film ne soit pas généreux de ce côté là. Plus largement, le film est également bien rythmé et sa mise en scène bien coordonnée à son propos et ses effets. Choix d’un flash-back et d’une voix-off, qui eux aussi sont efficaces et viennent clôturer un film que je recommande chaudement si l’on veut s’amuser et être un tant soit peu abasourdi par l’inventivité criminelle et la stupidité d’une certaine Amérique (comme dirait le personnage de Carrey : « Fuckiiiiing Texas »).

Mercredi 15 février

I am Number Four (réal. D.J. Caruso, 2011)

Je finis ici mon survol de la carrière de D.J. Caruso par son film le plus récent et le plus insignifiant. Que dire de cette sombre m%*$# si ce n’est que rien n’a su le racheter à mes yeux. Ni même une seule idée intelligente de mise en scène. Les méchants semblent repris d’un mauvais épisode de Buffy (et contre toute attente j’ai aimé cette série…), le scénario est aussi mauvais qu’une blague carambar et le jeu des comédiens (y compris l’habituellement sympathique Timothy Oliphant) vole aussi haut qu’un épisode de Plus belle la vie (désolé pour Carla et les autres qui apprécient la série de France3). Finalement, D.J. Caruso qui avait très bien entamé sa carrière avec Salton Sea, montre qu’il n’est ni plus ni moins qu’un faiseur sans véritable talent, qui n’arrive pas à remonter le plus naufragé des projets… C’en est à se demander si Salton Sea n’aurait pu être meilleur que ce qu’il est déjà, s’il avait été confié à un autre réalisateur… ?

A Single Man (réal. Tom Ford, 2009)

Je dois avouer que je voulais voir ce film depuis longtemps mais l’appréhension que j’avais quant à la tristesse de son sujet me freinait régulièrement et m’empêchait de passer à l’acte. Finalement je fus surpris, car même s’il est vrai que le film n’est pas dénué de mélancolie, même si son sujet n’a rien de réjouissant, le film reste quand même une formidable ode à la vie. Il est d’abord magnifiquement soutenu par le jeu tout en subtilité de Colin Firth et la flamboyance, bien que fugace, de l’apparition de Julianne Moore. Par moments, l’on pourrait se croire chez un héritier de Douglas Sirk, mais dans une version pervertie ou étrangement décalée (je pense à la scène où le personnage principal part de chez lui en voiture et salue ses voisins). Ensuite le film met en scène avec justesse et finesse le désenchantement d’une frange de la population qui sent bien que son émancipation n’est plus très lointaine mais qui sait pertinemment aussi combien la lutte devra encore être soutenue pour qu’elle ait, elle aussi, droit à la lumière et à la reconnaissance sociétale que tout un chacun rêve d’obtenir…
Si la jeunesse semble être le relais de ce combat et de cette volonté, la fin du film la laisse toute fois en pleine déshérence. Tom Ford réussit le tour de force pour un premier film au sujet délicat, non seulement de marquer l’essai qu’il a choisi de traiter, mais encore de le transformer en lui adjoignant les services d’une mise en scène très maniérée, mais en phase avec son sujet. Les jeux sur les couleurs qui vont et viennent au gré des émotions du personnage central sont à la hauteur du jeu subtil que Firth leur donne à accompagner et appuient avec poésie et un pathos très maîtrisé les processus d’identification que le réalisateur met en place entre son film et le spectateur. A quand un prochain film M. Ford ?

The Eagle (réal. Kevin MacDonald, 2011)

Kevin MacDonald vient du documentaire (et y retourne encore régulièrement puisque l’un de ses prochains films sera un docu consacré à Bob Marley). Après Le Dernier Roi d’Ecosse, particulièrement réussi sur le dictateur africain Idi Amin Dada et Jeux de pouvoir, qui avait le mérite de proposer une lecture relativement intelligente des influences politiciennes à Washington sur les médias (et un parfum de Lumet mélangé à du Pollack ou du Pakula), je dois avouer que je ne savais pas trop à quoi m’attendre de son incursion dans le péplum ou plus exactement le film d’aventure historique. Force est de reconnaître que le film est très réussi. D’abord parce qu’il traite d’un aspect de Rome peu mis en scène : les confins britanniques de l’empire ; ensuite parce que comme souvent chez MacDonald la réalisation est efficace sans être trop maniérée (quoique les scènes finales sont de ce point de vue quelque peu décevantes). Finalement le film est plus réussi dans sa dimension de film d’aventure que de film historique. Difficile en effet de se laisser convaincre, quand bien même ce serait très documenté, par la vision qu’offre le film des peuplades anglo-saxonnes auxquelles s’oppose le héros centurion. Cependant, une scène assez impressionnante ravira tous les aficionados de la Rome antique et des légions : la bataille à l’extérieur du camp romain où la manœuvre dite de la tortue démontre toute son efficacité.

La Prisonnière Espagnole (réal. David Mamet, 1997)

Certainement l’un de mes films préférés, du moins dans son genre. Mamet y fait preuve d’un sens du rythme et de l’écriture assez diabolique et bien au-delà du simple machiavélisme du scénario (assez réjouissant cela étant). Le réalisateur concentre ici toutes les marottes de sa carrière (en tant que scénariste et réalisateur) et donne à voir un concentré de ses préoccupations principales. Le film enchaîne les scènes toutes plus subtiles et délectables les unes que les autres : la scène, matrice du film, sur la plage paradisiaque, la réunion de travail autour du « process » (hommage enamouré à Hitchcock et à son concept de MacGuffin porté à son extrême), la scène dans Central Park, la scène dans l’aéroport et pour finir, bien entendu, la scène sur le ferry. Quasiment systématiquement Mamet déconstruit la dynamique de chacune de ses scènes pour en proposer une échappée différente, voire opposée, à ce que la programmation de la scène en terme de narration préparait le spectateur, le prenant ainsi toujours à revers ou à rebours de son intuition et de son travail personnel sur le film.
Cependant, Mamet le fait avec intelligence et non roublardise et à aucun moment le public ne se sent floué de ce que les scènes déroulent : à chaque fois qu’elles se développent différemment, il était en notre pouvoir avec une fine analyse de l’image et de ses constituants d’en deviner la signification autre et d’en prédire la fin différente de sa programmatique annoncée. Mais Mamet nous met devant l’une des plus grandes vérités du public face aux films : sa passivité et sa trop grande acceptation à se laisser guider, plutôt que de réfléchir sur l’image et sur ce qu’elle nous donne réellement à voir et à déchiffrer…

Jeudi 16 février

Un prophète (réal. Jacques Audiard, 2009)

Encore un film que j’ai tardé à voir alors que son succès unanime et mon appréciation des précédents films d’Audiard aurait dû me pousser à le voir plus vite. Il est vrai que le film est une claque pour le jeu de Rahim, qu’il dépeint avec un rare naturalisme les rapports de pouvoir au sein des « pensionnaires » de l’institution pénitentiaire française, que l’intelligence de la structure narrative d’Audiard soumet le film, malgré sa longueur indéniable, à une succession d’enchaînements auquel le spectateur ne peut échapper et qui le laisse souvent sans voix. On retrouve la qualité de l’écriture propre au réalisateur de Regarde les hommes tomber ou Un héros très discret, la caractérisation psychologique très juste des personnages que l’on avait su apprécier dans De battre mon cœur s’est arrêté, ou encore la mise en scène efficace des scènes d’action qui avaient su nous éblouir dans Sur mes lèvres (d’ailleurs la scène d’exécution dans la voiture des corses est une grande scène d’action à la française réussie). Cependant, je trouve néanmoins que le film par moments manque de quelque chose… Il passe trop vite sur certaines scènes, énonce les choses avec trop de lucidité et donne parfois de l’ampleur à des scènes d’une grande trivialité. Je pense ici à tout le versant « gangster » du film qu’Audiard choisit de traiter quand bien même il est « centré » sur la prison : il aurait été préférable à mon sens de ne pas le traiter autrement que par procuration, ce qu’il fait de temps en temps, mais pas assez pour que cela devienne systémique au sein du film.
Au final, je suis encore, je pense, sous le choc de l’énergie déployée par le film pour en avoir une lecture critique posée, mais ces premiers reproches que je lui oppose me semblent bien fondés et non une élucubration de ma pensée. Un prophète restera certainement un film étape dans le parcours professionnel d’Audiard, mais aussi à mon sens comme le marqueur du passage à quelque chose d’autre, quelque chose de peut-être plus ambitieux qu’avant mais par moments moins maitrisé ou moins en conformité avec ces mêmes ambitions que le film amène…

Lascars (réal. Emmanuel Klotz, Albert Pereira-Lazaro, 2009)

Tiré de la série télévisée éponyme diffusée sur Canal+ en 2000 (1ère saison) et 2007 (2nde saison), le film Lascars reprend la richesse graphique de la série en lui donnant tout de même plus de moyens et d’ampleur. Outre un casting de voix alléchant et très à propos, le film ne manque pas d’humour et propose quelques scènes inoubliables, comme celle du tournage porno dans le « sous-aquaboulevard » de banlieue, la scène de teuf monstrueuse dans le manoir neuilléen, la fête d’accueil de la nouvelle recrue dans la police ou encore les nombreuses scènes montrant Zoran et ses recherches de conquêtes féminines. L’animation assez fluide et le travail sur les détails des layouts font oublier quelques à-plats de couleurs peu heureux par moments, tellement on sent un travail un peu bâclé. Le film est soutenu par un rythme conséquent et un scénario pas inoubliable mais suffisamment prenant pour que l’on reste attaché tout du long aux déboires de ces personnages bigger than life pour certains ou too losers to be losing pour d’autres…

Bronson (réal. Nicolas Winding Refn, 2008)

En l’espace de quelques films Refn s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération. Même si je n’ai toujours pas vu la trilogie des Pushers (et c’est au programme, rassurez-vous), ses trois derniers films, Bronson, Valhalla Rising et Drive sont chacun dans leur genre et style respectif des petites pépites de mise en scène, de montage et de narration maîtrisés. Refn arrive à rendre parfaitement l’horreur et la folie d’un homme corrompu par la violence du système carcéral anglais et qui va entamer une spirale infernale où seuls les coups et le sang ont un sens libérateur. Même si on ne peut s’empêcher de penser à Kubrick (et c’est aussi le cas face à Valhalla Rising, mais évidemment pas pour les mêmes raisons), là où Orange mécanique parlait volontairement de problèmes de société et d’inadéquation entre ces problèmes et les solutions opposées à eux, Refn propose un film plus personnel, où la nature du personnage central est avant tout le problème et pas forcément le produit d’une quelconque société. Etonnamment, le film ne critique que très peu les prisons anglaises, du moins pas plus que la majorité des films traitant habituellement le sujet.
En revanche, la question de « l’ultra violence » est plus approchée comme le symptôme d’un mal-être, l’expression visuelle (et pour cela le film ne lésine pas sur les effets liés à cette violence) d’une différenciation de Bronson à son environnement immédiat. La mise en scène de Refn est dynamique, inventive et maniérée, mais jamais excessive, comme elle ne l’est d’ailleurs jamais dans ses autres films. Elle vient toujours souligner son propos et l’appuyer avec intelligence, en donnant un écrin travaillé et soigné aux images qui l’illustrent toujours parfaitement.

Vendredi 17 février

Aliens (réal. James Cameron, 1986)

Si aujourd’hui Cameron est le réalisateur des plus grands dépassements de budget (Titanic, Avatar) et celui d’une certaine forme de mièvrerie pour certains ou de romantisme naïf mais touchant pour d’autres (dont je fais plutôt partie), il fut un temps où Cameron était surtout un réalisateur de films à effets (comme on disait alors) : The Terminator, The Abyss, Terminator 2 et bien entendu Aliens. Suite du succès planétaire de Ridley Scott, Cameron prend le premier film complètement à contrepied. Là où Scott misait sur l’indicible et l’invisible, Cameron va en montrer plus que de mesure… Là où Scott opposait la terreur solitaire et inconnue à un équipage plongé dans l’incompréhension et l’ignorance, Cameron va opposer les muscles et la technologie (toujours assez déficiente) aux nombres et à l’irrédentisme des xénomorphes qui se sont accaparés la station des colons. L’on y trouve bien sûr la figure féminine iconique propre à Cameron (et qui dépasse largement le personnage de Ripley héritière du premier volet) et qui est le ferment fondateur de tous ses films. Mais au-delà de toutes ces évidences que Aliens démontre quant au cinéma de Cameron, il est une chose qui m’a toujours particulièrement étonné dans ce film, c’est l’écriture très réussie des personnages secondaires : en l’espace de quelques scènes d’introduction qui n’ont l’air de rien, la narration arrive à nous faire connaître quasiment tous les noms de ces personnages avant la première moitié du film. Non seulement, cela requiert de la part de l’écriture mais aussi du montage une prouesse inhabituelle (pour un film qui compte pas moins de 12 personnages secondaires non négligeables), mais en plus cela sert la tension que le cinéaste veut provoquer avec son film.
Puisque Cameron abandonne l’idée de travailler sur la peur pour cette suite, et alors qu’il réalise une sorte de film de guerre aux pays des aliens, la proximité des liens qu’il aura tissés entre les spectateurs et sa galerie de personnages se révèlera payante dès lors qu’à la première moitié du film, quasiment les ¾ des personnages seront morts… Ainsi il laisse le spectateur sans repère, abandonné par tous ceux qu’il imaginait être ses protecteurs pour le restant du métrage. Le cinéaste provoque ainsi une déstabilisation du public qui sera ensuite ce sur quoi il passera son temps à s’appuyer pour créer une tension quasi tenue jusqu’à la fin du film : les survivants se réfugient pour se protéger dans la station – paf, le réacteur est en surchauffe et maintenant ils doivent lutter contre, outre les aliens, la montre ; ils ont pris le temps de tout barricader autour d’eux – paf, ses maudites bestioles passent par le toit ; ils arrivent à leur échapper (moyennant quelques pertes) – paf la petite fille est enlevée ; la navette arrive – paf hors de question de partir tout de suite, Ripley va aller la sauver ; elles viennent d’échapper in extremis à la reine des bestioles – paf la navette n’est plus là à les attendre ; pour finir, tout le monde a réussi à échapper aux aliens et à l’explosion nucléaire – paf cette maudite reine s’était cachée dans le train d’atterrissage de la navette…
Finalement, Aliens n’est qu’une succession habile de tensions dont la clé de résolution vient échapper au spectateur, pour lui proposer à la place une nouvelle tension. Pas étonnant dès lors que la version spéciale (celle regardée ici même) ne vienne qu’ajouter à l’exemplaire leçon de cinéma que donne Cameron en matière de rythme et de réalisation soutenue.

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