"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Une semaine de films – du 12 au 18 mars 2012

Posted by Axel de Velp sur 19 mars 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Une petite semaine cette fois-ci… Pas vraiment de lien dans le choix des films. Je me suis laissé porté par mes envies et les événements qui m’ont proposé ces choix-là : du blockbuster pseudo-historique mâtiné de fantastique, du drame psychologique et du film de fantômes japonais…

Lundi 12 mars

Prince of Persia: The Sands of Time (réal. Mike Newell, 2010)

Réalisé par le polyvalent et efficace, mais sans grand génie, Mike Newell (4 Mariages et 1 Enterrement, Donnie Brasco, Harry Potter 4), Prince of Persia reste un spectacle divertissant, dont le statut d’adaptation de jeu vidéo ne vient pas, pour une fois, trop diminuer les qualités. Peu de films adaptés de jeux peuvent se vanter d’être des réussites ou des films un minimum qualitatif. Dans cette portion congrue, on trouvera Silent Hill de Christophe Gans, pour certains (dont je fais partie) Resident Evil (le premier) de Paul W. S. Anderson. La grande majorité des autres films ne sont que de très mauvais spectacles de divertissement, quand il ne s’agit pas tout simplement de séries Z à peine regardables (je pense ici aux adaptations signées par Uwe Boll). Quant à Prince of Persia donc, le travail a plutôt été réussi. S’inspirant de la relance de la saga par Ubisoft en 2003, le jeu, et donc le film, tourne autour du concept de retour dans le temps, pouvoir conféré par une dague magique. Ceci permet quelques effets spéciaux assez réussis et une narration qui, astucieusement, n’abuse pas trop du pouvoir en question, pour ne pas la rendre trop inintelligible. Le casting est assez amusant : Jake Gyllenhaal tout en muscles nous ferait presque oublier ses débuts quasi adolescents et ses airs mystérieux dans Donnie Darko ; Ben Kingsley en méchant de service ne manque pas de panache, même si tout cela a déjà été vu et revu. Au final, je me suis diverti dans ce film pop-corn. Il ne prétend pas à un autre statut et il remplit son contrat : joli photo, effets spéciaux réussis, rythme entraînant, intrigue sympathique et, last but not least pour un gamer tel que moi, adaptation honnête d’un jeu appartenant à une saga « légendaire » du jeu vidéo.

Mardi 13 mars

Martha Marcy May Marlene (réal. Sean Durkin, 2011)

Premier film de son réalisateur (qui en est aussi le scénariste), Martha Marcy raconte le retour au monde réel d’une jeune femme qui fut membre d’un culte perdu au fin fond de l’Amérique et s’enfuit afin d’éviter d’être entrainée dans la spirale de violence que le culte poursuit. Elle trouve refuge chez sa sœur qu’elle n’avait pas revue depuis plusieurs années et se trouve confrontée à ses démons et la réalité d’un autre monde que celui dans lequel elle a vécu depuis quelques années. Maniant habilement les flashbacks, jouant sur des effets sonores ou visuels pour créer le lien entre les temporalités, Durkin tisse patiemment la toile de son récit. Petit à petit, il nous fait comprendre l’étendue des dommages sur la psyché de Martha que son expérience lui a fait subir. Avec une mise en scène posée et jamais par trop voyeuse de ce qu’elle montre au public, le film déroule lentement à la fois l’engrenage du culte et de son appartenance et le réveil, parfois brutal de Marcy à un univers qu’elle ne reconnaît plus. Les convenances sociales lui échappent, la logique capitaliste moderne aussi. Cela permet à Durkin de nous proposer une critique en demi-teinte de la société moderne, non pas qu’il semble rejeter ses valeurs mais du moins vouloir les remettre en question. Le film ne défend d’ailleurs nullement l’idée d’une « sectarisation » de la société, bien au contraire ; mais il pointe à l’aide du culte les critiques objectives que l’on pourrait trouver à faire sur la société contemporaine : plus particulièrement celle de l’Amérique triomphante, incarnée superbement par le mari de la sœur, sorte d’architecte sur les marches de la gloire, dont le plaisir « suprême » consiste à conduire un hors-bord à toute vitesse sur un lac pour se donner le sentiment d’exister… Finalement le film montre bien à quel point les désillusions de Marcy restent prégnantes, que ce soit celles qui l’ont bercée dans le culte, ou celles qui l’attendent dans le monde réel. Ses hallucinations viennent hanter l’image elle-même, comme ce plan final qui laisse le soin au spectateur de se faire sa propre idée sur la (nécessaire ?) paranoïa qu’il nous faut entretenir pour survivre aujourd’hui !

Mercredi 14 mars

Retribution (réal. KUROSAWA Kiyoshi, 2006)

Maître incontesté de l’horreur moderne japonaise, KUROSAWA Kiyoshi signe avec Retribution un film de fantôme des plus réussis. Jouant à la fois sur l’intrigue, dont on ne peut nier la roublardise (appréciable par son intelligence de manipuler les spectateurs et les personnages sans distinction entre eux), et jouant aussi sur la mise en scène, KUROSAWA arrive à nous faire peur plus d’une fois et surtout à nous faire anticiper cette peur : à la vouloir, à l’attendre, puis finalement la redouter au dernier moment. Ce qui est particulièrement intéressant dans la manière de KUROSAWA de gérer ses effets de peur, réside dans le fait que très peu d’entre eux reposent sur des effets de montage, effets qu’il utilise plus dans le rapport entre différentes temporalités. En revanche, le hors-champ, nécessaire à la plupart des phénomènes de peur au cinéma, est quasiment toujours dans le cadre chez le cinéaste japonais. Par le biais de miroirs, KUROSAWA donne à voir ce qui n’appartient pas « naturellement » à son cadre. Il fait entrer dans le naturel de l’image le surnaturel de l’apparition fantomatique. Ensuite, seulement, peut-elle entrer « naturellement » directement dans le champ, le plus souvent à la faveur d’un mouvement de caméra qui balaye une pièce, et qui ne dévoile rien au premier mouvement, mais viendra le dévoiler lorsque la caméra reviendra sur ses pas. KUROSAWA nous donne avec Retribution une grande leçon de cinéma, sur les limites du travail du montage et l’importance de la composition du cadre. Pour le cinéaste, ce qui a de l’importance vient envahir le cadre, non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Comme la violence qui vient prendre possession des tueurs dans le film n’est finalement pas l’effet d’un ensorcellement par le fantôme, mais bien de leur psyché personnelle, psychés particulières que le fantôme semble rechercher pour s’en nourrir…

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