"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Archive for avril 2012

Une semaine de films – du 23 au 29 avril 2012

Posted by Axel de Velp sur 30 avril 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Enfin une semaine plus fournie que les précédentes, avec 5 films et un programme de courts métrages, dont de l’excellent (25th Hour, Avengers), du très bon (Love, Le Rêve de Galileo) et du moyen mais divertissant quand même (Running Wild et Rain Fall). Une « sélection » plus orientée atouts visuels mais qui ne sait pas oublier pour autant des sujets sérieux, preuve, s’il y en avait besoin, que le cinéma sait toujours autant nous divertir avec qualité que nous faire réfléchir avec intelligence.

Lundi 23 avril

Love (réal. William Eubank, 2011)

Décidément les petits films de SF indépendants ont le vent en poupe depuis quelques années. Après un Moon qui avait su surprendre son public, voici venu Love. Réalisé par un jeune cinéaste, à la faveur d’un projet artistique initié par le groupe de musique Angels & Airwaves (dont la bande originale du film n’est rien d’autre qu’un de leurs albums), Love narre la solitude profonde qui habite un homme isolé dans la station spatiale internationale, après que l’humanité est vraisemblablement succombé à un conflit nucléaire, bien que cela ne soit que supposition car peu d’éléments directs permettent de le corroborer, le choix de la mise en scène étant d’être exclusivement focalisée sur le personnage de l’astronaute (à l’exception des plans d’ouverture se déroulant pendant la Guerre de Sécession américaine). Porté par un comédien excellent et une réalisation particulièrement réussie (la photo est très travaillée et magnifie avec esthétisme l’âpreté du décor, les mouvements de caméra viennent contrebalancer avec intelligence l’absence d’apesanteur qu’une approche réaliste aurait imposée), le film propose une introspection personnelle, dont l’influence n’est pas sans rappeler un certain 2001, l’Odyssée de l’espace. Difficile, près de 50 ans après le chef d’œuvre de Kubrick, de ne pas sentir son influence lorsqu’il s’agit de mêler science-fiction et discours philosophique… Cependant Love s’en tire avec les honneurs et permet au spectateur de s’évader, de méditer sur la valeur de la vie et la solitude in fine de tout déroulement humain. Même la fin, par sa dimension « Spielbergienne », vient ajouter au film une couche de réflexion supplémentaire sur l’héritage moral et mémoriel de chaque vie humaine, comme en écho aux scènes d’ouverture autour de la Guerre civile US et de son témoin particulier que le film place en filigrane du récit principal.

Mardi 24 avril

Le Rêve de Galileo (programme de CM, 2011)

Comprenant 5 films (A Sunny Day de Gil Alkabetz, Allemagne – Galileo de Ghislain Avrillon, France – La P’tite Ourse de Fabienne Collet, France – Un tricot pour la lune de Gil Alkabetz, Allemagne – Margarita de Alex Cervantes, Espagne), ce sympathique programme de courts métrages destinés aux plus petits (dès 3 ans) comme aux plus grands fait la part belle aux histoires qui font rêver. Des velléités de se prendre pour Icare dans Galileo, au désir de capturer une étoile (Margarita) ou bien de tricoter un pull en laine pour la lune changeante et capricieuse (Un tricot pour la lune), en passant par la recherche du soleil de plaire aux hommes (A Sunny Day) ou le rêve d’une petite fille Inuit d’avoir un grand-père ours blanc (La P’tite Ourse), les films entraînent les spectateurs dans un foisonnement de rêveries et d’imaginaires : parfois mélancoliques, parfois comiques, jamais complètement utopiques, ces rêves ne sont pas forcément à portée de main, mais ils sont de la trempe de ceux qu’il faut avoir pour progresser dans le monde. Jolie leçon de choses bercée par des dessins et des styles d’animation variés, tous très réussis, y compris les essais de rendus en 3D (il n’est bien sûr ici pas question de relief mais bien de type de rendu d’image), toujours incertain dans les courts métrages. Ma préférence va à A Sunny Day et Un tricot pour la lune, dont l’humour ravageur a su conquérir les enfants dans la salle et une « mention spéciale » à La P’tite Ourse dont le caractère éminemment poétique n’avait d’égal que sa réalisation particulièrement réussie et en totale adéquation avec son sujet.

Mercredi 25 avril

Avengers (réal. Joss Whedon, 2012)

Sans compter sur la présence de Joss Whedon aux commandes (réalisation et scénario du film), je dois avouer que The Avengers me faisait un peu peur : une agglomération de super-héros peut entraîner de bon ménage (les deux premiers X-Men), mais aussi quelques ratés (le 3ème X-Men pour ne citer que lui). En fait tout dépend de qui est à l’œuvre derrière la caméra. Et le papa de Buffy a su répondre avec brio au défi soulevé par cette réunion de Thor, Iron Man, The Hulk, Captain America, Black Widow et Hawkeye. S’appuyant sur ses talents d’écrivains qui ne sont plus à prouver (et servi au préalable par des comics d’une suffisante variété et qualité pour bien s’en inspirer), Whedon sait donner à chacun de ses protagonistes la mesure qui lui est nécessaire, sans jamais négliger leur importance respective. Thor en demi-dieu extraterrestre est bien mieux inspiré qu’il ne l’était dans le film qui lui était dédié. Le Hulk de Mark Ruffalo n’a rien à envier aux précédents. Captain America continue sur la lancée du sympathique opus qui lui avait été consacré et donne un pendant très appréciable à la rébellion parfois gamine de Stark, qui reste le personnage « central » de cet Avengers. Quant aux nouveaux venus (cinématographiques) que sont Hawkeye et Black Widow, on ne peut que se féliciter du travail accompli par Whedon pour leur donner corps face aux autres, quand bien même ils n’ont pas eu droit à des films dédiés au préalable. Mais s’il n’y avait que le travail d’écriture qui était de bonne facture (bien que le rythme du début du film laisse parfois un peu à désirer, comme tout film de ce type qui nécessite une « installation » des personnages parfois un peu lente), The Avengers ne m’aurait pas enthousiasmé comme il l’a fait. La réalisation y est également pour beaucoup. Les scènes d’action sont elles très rythmées et viennent progressivement annoncer le véritable plaisir du film : la bataille finale. Dirigée de main de maître, Whedon prouve qu’il est bien plus qu’un excellent scénariste. L’action est ininterrompue, les plans sont tous plus audacieux les uns que les autres et la fluidité de l’action donne une lecture limpide des enjeux. On est bien loin de la médiocrité de la scène finale de Transformers 3 ou encore de la réalisation malheureusement confuse de celle de Iron Man 2. Un plan vient sublimer tout le film dans cette séquence où la caméra passe d’un protagoniste à un autre sans aucune coupe au montage. Exploit de post-production évident (et pas forcément de tournage proprement dit), ce plan n’en reste pas moins une très belle idée de mise en scène sur la nécessaire coordination que suppose une équipe de super-héros, si ceux-là veulent dépasser leurs égos respectifs pour sauver la planète.

Jeudi 26 avril

Running Wild (réal. KIM Sung-su, 2006)

Polar coréen comme il en existe tant, Running Wild se situe dans la moyenne. Scénario déjà vu mais néanmoins prenant, acteurs de qualité sans toucher à l’exceptionnel, réalisation classique mais efficace, le film permet de se divertir avec un minimum de qualité tout en proposant quelques scènes assez mémorables, dont les deux « finals » du film, le premier un poil plus convaincant que le second.  On pourra regretter une photographie pas toujours du meilleur goût et quelques faux raccords assez désagréables. Il y a cependant à l’occasion quelques bonnes idées de mise en scène, la plupart sur la figure esthétique du reflet qui parcourt le film, du meurtre du frère aux arrestations du flic et du procureur. Reste aussi la musique du film, signée KAWAI Kenji, toujours aussi envoutant dans ses thèmes musicaux, même lorsqu’il n’illustre pas les films d’OSHII.

Rain Fall (réal. Max Mannix, 2009)

Film d’espionnage situé à Tokyo, mettant en scène agents doubles japonais pour la CIA, police nippone et pègre japonaise de haut-vol (en accointance avec la classe politique japonaise), Rain Fall, au-delà des ses caractéristiques vendues d’avance auprès des nippophiles et des aficionados d’histoire d’espions, n’a pas grand chose à avancer pour lui… Scénario attendu, jusque dans sa « révélation finale », jeu des comédiens un peu trop appuyé, y compris chez Gary Oldman, dont les scènes d’excitation sur ses sous-fifres sont peu crédibles, la mise en scène ne rattrape pas véritablement tout cela : sans être indigente, elle ne remplit que le minimum syndical et le côté mièvre de la romance du récit vient finir d’achever ce film, qui n’a que pour lui son ambiance et son strict respect des langues maternelles de chacun (chose rare dans les films américains). Heureusement que, là encore, la musique du film est signée KAWAI Kenji et qu’elle lui donne parfois un peu plus d’ampleur (même si écoutée dans deux films distincts, mais de manière consécutive, la « patte » du compositeur devient évidente)…

Dimanche 29 avril

24 heures avant la nuit (réal. Spike Lee, 2002)

Premier film vraiment politique sur l’après-11 septembre, 25th Hour, bien qu’étant un film de commande, reste à ce jour pour moi le meilleur film de Spike Lee : l’aboutissement à la fois d’un discours politique sur la société civile américaine et ses engagements, mais aussi de son invention esthétique. Car si globalement le cinéaste ne s’est jamais départi d’un certain classicisme dans la forme (ni même d’ailleurs sur le fond), il a toujours su introduire dans son usage de la caméra et son montage des idées collant parfaitement à son sujet. Ici, la ville de New York est filmée de manière tellement sublimée sur tout un tas de plans qu’il faut revenir aux failles que le cinéaste donne à voir dans la coupe ou le contre-champ (des plans rapides sur la pauvreté ou Ground Zero en arrière plan) pour comprendre le mal-être de cette ville nouvellement traumatisée. Idem des usages importants que le cinéaste fait des effets de transparence et de reflets, en particulier lorsque le personnage de Frank (exceptionnel Barry Pepper) est à l’écran et qui viennent traduire le constant jeu de faux-semblants et d’apparences trompeuses que le personnage entretient alors même qu’il délivre un discours moralisateur à ses amis ou développe un furieux sentiment de supériorité face à eux ou ses collègues. Que dire des effets de loupe ou de fish-eye réservés au personnage de Philip Seymour Hoffman (Jacob), qui viennent appuyer son irresponsable attirance sexuelle envers son étudiante mineure. Enfin, la caméra n’est jamais en reste de filmer avec insistance les formes généreuses de Rosario Dawson (« naturelle » Naturelle Riviera) ! Tout est comme si, dans le monde qui entoure Monty (excellent Edward Norton), l’on ne pouvait que se confirmer à son analyse de début de film sur la ville de New York : un empilement de clichés qui poussent à nous donner la nausée. Seulement voilà, Spike Lee aime trop cette ville pour que cette scène grandiose de monologue de Norton soit regardée autrement que de manière schizophrénique : le texte nous pousse à épouser les vues haineuses (du moins au début) du personnage tandis que les images sont une déclaration d’amour à la Grande Pomme dans toute sa diversité, tant culturelle qu’urbaine. Finalement le spectateur à la fin de la scène ne peut que retourner la diatribe envers Monty (comme le fait son reflet), on ne gâche pas une si belle histoire d’amour (entre le personnage et la ville cela va sans dire). Il faut apprécier avec toute leur subtilité les plans vers le début du film où Monty marche dans NYC et traduit l’osmose qui existe entre ce personnage et ce lieu. Le père de Monty ne se trompera lorsqu’à la fin du film (dans l’évasion rêvée) il lui dira qu’il est un « New Yorker » et qu’il le restera à jamais. Mais au-delà de ces choix esthétiques (dont le redoublement de plans dans le montage utilisé de manière fugace mais intelligemment placé dans le film) qui épousent parfaitement leur sujet, le film pose également l’un des premiers vrais discours critiques sur la société américaine post-11 septembre. Non pas pour en faire le lieu de la dernière liberté et du patriotisme déplacé (il faut voir comment Spike Lee fait usage du drapeau US dans le film à contre-emploi total des usages habituels), mais comme l’événement qui devrait réveiller l’Amérique d’une longue gueule de bois suite à l’effondrement du bloc soviétique. Le trajet de Monty est en parallèle de celui de cette société américaine : en relation avec la finance véreuse (Frank), l’exploitation des opprimés (la mafia russe), l’inconstance des choix moraux (les hésitations de Jacob), l’importance de l’apparence au-delà du rapport réel et profond entre les personnes (son idylle avec Naturelle et sa suspicion d’elle), la société américaine a payé le prix de son insouciance face au monde avec la mort de dizaine de milliers d’innocents dans les Twin Towers, comme Monty va devoir payer le prix de sa délinquance. Comme le dit Frank dans un éclair moralisateur de lucidité devant le chantier de Ground Zero : « He deserves it! ». Finalement, la fin fantasmée de l’évasion proposée au fils par le père n’est que le dernier soubresaut d’une génération responsable de cette situation. Et quand bien même le personnage de Norton ne rejette pas ses fautes sur son père, il faut bien avouer qu’il accepte avec tout le courage du monde à affronter ses propres démons pour aller en prison. Jusqu’à demander à son meilleur ami de le rendre moins beau qu’il ne l’est afin qu’il ne devienne pas le jouet de ses futurs codétenus. Et bien qu’il ne soit pas très clair si la fin est celle d’un enfermement ou d’un avenir qui aurait pu avoir lieu, reste que Spike Lee donne à voir ce que l’Amérique aurait pu être ou pourrait encore être si elle cherchait à comprendre ce que les attentats du 11 septembre ont pu signifier dans son rapport au reste du monde, du moment qu’elle passe d’abord par accepter les conséquences de ses actes et en premier lieu le trauma de 9/11. De même que la scène du miroir et du monologue sur NYC est un vibrant hommage à cette ville unique au monde, la fin fantasmée est une ode aux idéaux profonds de l’Amérique, ceux progressistes qui donnent à tout un chacun leur chance quelque soit leurs origines ou leurs erreurs passées, ramassée dans cette idée américaine par excellence de l’Ouest ou de Frontière. Seulement voilà, la Frontière n’existe plus et il ne reste qu’à Monty et à son père de finir leur trajet le long de l’Hudson jusqu’à la prison d’Otisville, pour que désormais RIEN ne soit plus jamais comme avant : comme l’avait prédit Frank au début du film, sans peut-être même se douter que lui aussi en subirait les conséquences, ce que le plan serré sur son visage à la fin du film semble vouloir dire…

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Une semaine de films – du 16 au 22 avril 2012

Posted by Axel de Velp sur 23 avril 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

J’ai enchaîné deux semaines très calmes, avec un seul film à chroniquer ici. Entre les élections, les séries TV, les jeux et les livres divers, et bien entendu tout un tas d’entreprises et réflexions personnelles, je me suis laissé submerger. Mais je sens que le manque n’est pas loin et l’envie de films commence à sérieusement pointer le bout de son nez…

Jeudi 19 avril

Viva Riva ! (réal. Djo Tunda Wa Munga, 2011)

Le cinéma africain n’est pas assez visible pour qu’il soit aisé de se faire une idée de son foisonnement productif. Et pourtant ce foisonnement existe bel et bien. Fort heureusement, il arrive qu’un film, le plus souvent porté par des capitaux européens, parvienne jusqu’à nos écrans. Viva Riva ! est le dernier du genre. Porté par un scénario se situant dans les milieux criminels de Kinshasa, le film dépayse grandement le spectateur européen lambda. Outre une image assez travaillée (quelques plans magnifiques de la ville) et une mise en scène efficace, et malgré un montage parfois un peu abrupt, le rythme du film est constant et l’on ne s’embête pas un instant. Le jeu des comédiens, là aussi parfois un écueil dans le cinéma africain dû à un manque profond de professionnalisme répandu sur le marché, est  très bien adapté à son sujet et l’on se régale des acteurs qui interprètent leur rôle avec une certaine intensité (le chef du gang angolais est exemplaire à ce titre). Enfin le film ne ménage ni la représentation de la violence, ni celle de la sexualité, deux éléments qui sont les grands enjeux qui motivent les personnages et leurs actions. Un film pas forcément très différent, donc, mais foncièrement dépaysant que je recommande chaudement !

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Une semaine de films – du 2 au 8 avril 2012

Posted by Axel de Velp sur 10 avril 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Décidément, j’enchaîne les semaines maigres en ce moment. Seulement deux films à vous proposer. Mais deux films qui méritent largement le détour. Bien que le premier ne m’ait pas beaucoup surpris par rapport à mes précédentes visions, il reste encore aujourd’hui l’un de mes films préférés sur l’idée de comment écrit-on une histoire en y incorporant – visuellement – de l’Histoire. Le second a été l’occasion d’une agréable redécouverte à l’occasion de la triste disparition du réalisateur de L’Effrontée et de La Classe de neige (pour ne citer que ceux-là).

Jeudi 5 avril

Titanic (réal. James Cameron, 1997 – 2011 pour la version en 3D)

Revoir en salle le film de Cameron reste pour moi une expérience hors du commun. Sans m’appesantir sur les raisons qui me poussent à considérer Titanic comme un chef d’œuvre et qui m’ont poussé à aller voir 4 fois en tout au cinéma (celle-ci y compris), je ne ferai que les réitérer ici rapidement : l’ampleur de la production, la qualité de l’écriture, tant sur le plan historique et sociétal que sur le rythme et la romance, mais aussi la réalisation dont pas un plan n’échappe à la pensée profonde qui habite tout le film (et qui est la première raison de mon amour pour lui) : inscrire l’histoire d’un film dans l’Histoire. Alors quid de ce passage à la 3D, forcément post-produite… ? Conquis par ses choix de mise en scène d’une 3D filmé avec rarement autant d’inspiration dans Avatar, je ne pouvais qu’être curieux de voir ce que Cameron allait proposer sur le champ de la « post 3D ». Le constat est mitigé mais globalement je dirai qu’elle n’apporte pas grand chose au film. Ce qui est intéressant, c’est que Cameron essaie de suivre les mêmes choix que ceux qu’il a fait pour Avatar et donc la 3D est rarement utilisée à des fins de « spectaculaire ». Revers de la médaille, elle est donc moins évidente à mettre en valeur en postproduction puisque son usage dans Avatar prenait tout sens dès le filmage lui-même. Le film n’est donc pas transcendé par cette transformation, mais cela étant il nous fait rêver à ce qu’il aurait pu être si Cameron l’avait filmé dès le départ en 3D. Et tout particulièrement les plans sous-marins du vrai Titanic. Ils gagnent non pas en « crédibilité » (la question en fait ne se pose pas et ne s’est jamais posé, bien au contraire, puisqu’elle est l’une des forces du film dès le départ), mais ils gagnent en substance, en matière presque « palpable » à l’écran. Cet ajout de la 3D sur ces plans-là vient augmenter l’effet de « réel » de cette épave centenaire qui se déploie sous nos yeux, comme l’unique vestige de cette folle entreprise de puissance des hommes et témoignage de leur orgueil fatal et meurtrier.

Dimanche 8 avril

Garde à vue (réal. Claude Miller, 1981)

L’actualité permet parfois (et le plus souvent pour des raisons malheureuses) des séances de « rattrapage ». Ainsi, j’ai regardé Garde à vue pour la première fois lorsque je devais avoir une dizaine d’années. Le souvenir que j’en avais était plus que flou, aussi cette vision nouvelle fut-elle très appréciable. Troisième long métrage de Miller, le film est adapté d’un roman de Jon Wainwright. Production de haut niveau pour l’époque – Ventura, Serrault, Schneider au casting, Delerue à la musique, Nuytten à la photographie, Audiard aux dialogues – Garde à vue est en effet un film français policier de premier choix. L’écriture est délicieuse et donne aux comédiens de nombreuses scènes marquantes, tout en proposant une critique de la bourgeoisie provinciale qu’un Chabrol n’aurait pas renié. Ménageant le suspense avec intelligence mais sans artifices, le film montre aussi un travail visuel assez jouissif. Les lumières sont quasiment toutes travaillées sur le motif des reflets, des transparences, des vitres, dès que la caméra n’est pas centrée sur les personnages, comme pour nous faire comprendre que les enjeux de la rencontre entre le notaire et le flic vont bien au-delà des apparences et du meurtre de ces deux fillettes. Travaillant le cadre avec une composition assez théâtrale, mais sans non plus ignorer des mouvements dans le champ ou de la caméra elle-même, ces mouvements sont souvent très évocateurs (le téléphone au premier plan qui vient envahir l’image avant qu’il ne soit évoqué dans le dialogue et ne se perde ensuite dans l’arrière-plan pour donner à cet arrière-plan sa pleine place dans le cadre). Au final, le rythme du film aussi est exemplaire, car finalement assez court, il est suffisamment dense pour que la crédibilité d’une nuit entière passée dans le commissariat de police ne soit en rien entamée.

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Une semaine de films – du 26 mars au 1er avril 2012

Posted by Axel de Velp sur 3 avril 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Guère plus de films cette semaine (seulement quatre), mais il n’y a là, chacun dans leur genre (comédie, polar, drame, guerre), que des films que je recommande très chaudement à vous lecteurs, à voir pour ceux qui ne les auraient pas vus ou à revoir sans hésitation…

Mardi 27 mars

La Cité de la peur (réal. Alain Berbérian, 1994)

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas revu « le film de les Nuls » (comme on dit), il n’a pas vieilli et reste toujours aussi drôle. L’équipe des Nuls, sans Bruno Carette bien entendu (à qui il est rendu hommage par le biais de son personnage Misou-Mizou), revient sur son humour habituel, fait de références extérieures (certaines mêmes à leur propres sketches), d’humour absurde et nonsensique (largement inspiré par le Saturday Night Live et les ZAZ) et de digressions visuelles et narratives. Il n’y a quasiment pas un plan du film qui ne contienne un gag ou une ligne de dialogue comique et l’on passe en revue toutes leurs habituelles formes humoristiques : la fausse pub, les gags visuelles (Odile à l’aréoport de Nice), les running-gag (le vomi de Simon), etc. Je ne me hasarderais pas à passer en revue toutes les répliques cultes que ce film a produit (« –Du whisky ? –Juste un doigt. –Vous voulez pas un whisky d’abord ? ») ; mais si je ne devais retenir qu’une seule scène de tout le film, il s’agirait sans hésitation de la scène de danse de la Carioca entre Chabat et Darmon, qui, non seulement de me faire plier de rire, ne peut s’empêcher de me donner envie de danser et de pousser la chansonnette… Merci les Nuls !

Pour une fois, voici une affiche, non pas du film, mais extraite de lui... ;-)

Jeudi 29 mars

Breaking News (réal. Johnnie To, 2004)

Découvert à Cannes en Hors-compétition, le film de Johnnie To m’avait laissé « scotché » sur mon fauteuil dès la première scène du film et régulièrement depuis lors, il m’arrive de ne regarder que cette scène, pour le simple plaisir de revenir à ce qui m’a séduit en tout premier dans le cinéma : l’inventivité visuelle de la mise en scène et des mouvements de caméra, que cela passe par le montage ou pas (comme c’est le cas ici). En effet, cette première scène est un très long plan séquence qui commence sur une action posée (une rue avec une activité urbaine classique) pour se transformer en véritable champ de bataille entre voyous et policiers. À la différence d’un Michael Mann dans Heat et sa scène de fusillade en pleine ville, que le réalisateur découpe minutieusement pour bien « expliquer » la topographie des lieux et les enjeux scénaristiques qui en découlent, To va lui au contraire faire le choix d’une unité de lieu, de temps et d’action. Cela va lui permettre de poser un discours, dès les premières minutes de son film, sur le filmage du polar à Hong Kong. Si ce discours avait déjà été abordé dans ses précédents films (on pense ici à The Mission, Running out of Time ou Fulltime Killer), jamais jusqu’à présent le cinéaste ne concentrera autant de points de vue formels sur la question. Pour faire comprendre son amour et rendre hommage bien sûr, To ne pastiche pas formellement ses maîtres à penser (ou plutôt à filmer) que sont Tsui Hark, Jonh Woo, pour ne citer que les plus célèbres à l’Occident, il préfère démonter l’action en allant à l’opposé de son traditionnel traitement. Ici très peu de ralentis, quasiment pas de surdécoupage des plans. Si John Woo dans certaines scènes de À toute épreuve enchaîne les plans avec plus de rapidité (et d’élégance mais c’était évident) qu’un Michael Bay survitaminé, Johnnie To lui pose sa caméra dans les couloirs du building assiégé par les forces de police. Il la fait évoluer au milieu d’une rue où les tirs de pistolet s’échangent comme des quolibets (là aussi on est loin de la précision mortelle des tirs chez Hark ou Woo où un chargeur permet de dézinguer plus d’une quinzaine de types en même temps). Si l’on ajoute à tout cela la scène de cuisine dans l’appartement des otages, To passe en revue toutes les scènes clés d’un polar HK des années 80. Alors même si le sujet du film n’est pas transcendant (la critique de la médiatisation du fait divers tant par les médias que par la police et les voyous), le film reste un concentré d’action et de mise en scène magistrale au service d’une lecture limpide du récit.

Vendredi 30 mars

La Fleur du mal (réal. Claude Chabrol, 2002)

Je n’ai jamais beaucoup aimé les films de Chabrol, en particulier ceux des deux dernières décennies, mais il faut avouer que celui-ci m’a tout de suite plu. On y retrouve beaucoup de ses marottes : critique de la bourgeoisie provinciale (et celle de Bordeaux s’y prête à merveille), de ses mœurs et de ses fausses vérités, critique de la politique locale et de son hypocrisie mélangée à la sincérité avérée de ses représentants. Il y a là comme une schizophrénie inavouée que l’on cacherait en arpentant les soirées mondaines du Maire ou les escaliers communs des HLM. Chabrol évoque aussi l’héritage encore prégnant de l’Occupation, et plus particulièrement de la Collaboration, dans nos élites politiques et dans les rapports de force des composantes de la société civile bourgeoise de Province. À l’aide de comédiens très efficaces (Suzanne Flon, Bernard Le Coq, Isabelle Huppert, Benoît Magimel, Mélanie Doutey, Thomas Chabrol et des seconds rôles très bien distribués), le récit nous fait pénétrer dans les secrets et l’intimité quasi incestueuse de cette double famille bordelaise (les Charpin-Vasseur), où le mari trompe sa femme autant qu’elle semble le faire, où le demi-frère et la demi-sœur couchent ensemble (mais ne sont-ils pas un peu plus ? Une ligne de dialogue laisse le spectateur dans l’indécision), où une vieille femme, à qui l’on « donnerait le Bon Dieu sans confession » est la détentrice d’un lourd secret. Le plan final du film, sur lequel se déroule tout le générique, montre une action sans interruption : un cocktail à la maison familiale suite à la victoire aux Municipales de Mme Charpin-Vasseur). Alors que les convives semblent s’amuser, un cadavre gît à l’étage supérieur. Seul trois personnages sont au courant, ils sont le ferment d’un secret qui clôturera la boucle de l’Histoire avec la probable accusation de la vieille tante, pour ce meurtre qu’elle n’a pas commis, et pour une à laquelle elle a échappé. Il est intéressant de voir comment Chabrol joue avec la notion de secret et de son partage avec le public qui est placé directement devant l’hypocrisie des personnages renseignés. Très prochainement, je compte bien regarder Snake Eyes de Brian DePalma, où l’on reparlera certainement d’un plan final identique mais dont la construction de la résolution du « secret » est aux antipodes de Chabrol. Deux façons différentes d’envisager le secret comme ferment de la société : pour l’un il est à découvrir coûte que coûte, comme Saint-Graal de l’héritage de l’assassinat de Kennedy, pour l’autre il est la base d’une bourgeoisie sclérosée, consanguine et mortifère…

Dimanche 1er avril

Lebanon (réal. Samuel Maoz, 2009)

Premier long métrage de fiction de son réalisateur, Lebanon revient sur la Guerre du Liban, plus exactement sur les premiers jours de juin 1982 et l’équipage d’un tank israélien. Tout le film repose sur ce parti pris esthétique et cette idée d’un huis-clos inhabituel, l’intérieur d’un tank. Ce que le spectateur voit, à l’exception d’un ou deux plans au début et à la fin du film, ne se déroule qu’à l’intérieur du tank ou de temps à autre à l’extérieur, uniquement par le biais de ce que les personnages perçoivent de ce monde extérieur (via la visée du tank entre autres). Cette figure esthétique impose bien entendu un mode de filmage : beaucoup de gros plans, de champs/contrechamps, une lumière très réduite, donc un travail des ombres très accentués sur les visages et les corps (cf. la scène où les personnages doivent dormir avant l’assaut). Ensuite, elle impose aussi une narration particulière. Le spectateur ne connaît des événements qui entourent le tank que ce que ses « habitants » peuvent en capter. Ils sont enfermés à la fois dans leur certitude sur leur mission, mais aussi dans leur ignorance des enjeux et de la réalité (le tank comme armure face à la dangerosité extérieure). Cependant, en même temps, ils sont le centre de toutes les attentions puisqu’il détienne une puissance de feu sans commune mesure avec les fantassins. Maoz place ainsi son public dans une position double de protection et de faiblesse face aux émotions que les « tankistes » ressentent et expriment. On peut regretter par moment que la mise en scène appuie un peu trop le propose qu’elle illustre : la scène de la mère de famille désemparée après la mort des siens est légèrement trop insistante, en particulier lorsqu’à la fin de la scène, le champ/contrechamp entre son regard directement tourné vers le viseur du tank et celui du tireur renvoie en écho leurs propres désespoir face à la violence qui les entoure. Ce montage et ces plans n’avaient pas besoin d’être là pour faire passer le message. Quelques autres scènes sont traitées de façon similaire et l’on déplorera donc une insistance parfois naïve de la caméra. Mais le film est d’une redoutable efficacité quant à ce qu’il a à dire sur la Guerre, son impersonnalité autant que sa capacité à nouer de liens entre ceux qui doivent d’entraider pour survivre, mais surtout sur son invraisemblable logique et la violence outrancière qui en découle, au nom de la raison d’État.

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