"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Une semaine de films – du 11 au 17 juin 2012

Posted by Axel de Velp sur 19 juin 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Une petite semaine mais très hétéroclite, cependant sous le signe de la comédie. De l’Égypte des années 30, aux centres commerciaux déprimants et aliénants du XXIème siècle, en passant par la vision loufoque et délurée du cirque, on peut dire que les zygomatiques furent à l’épreuve dernièrement.

Mercredi 13 juin

Salama va bien (réal. Niazi Mostafa, 1937)

De temps à autre, la Cinémathèque permet de redécouvrir de grands classiques du cinéma ou des films oubliés de cinématographies habituellement connues, mais sa très grande force réside avant tout dans sa capacité à mettre à disposition des spectateurs des œuvres quasi-inconnues ou des cinématographies très rarement visibles. Il en va ainsi de la rétrospective « Ciné-Égyptomania », qui s’y déroule du 13 juin au 5 août 2012, et pour l’ouverture de laquelle, j’ai pu découvrir cette comédie égyptienne d’avant la seconde guerre mondiale. Il ne faut pas oublier que la production cinématographique égyptienne a longtemps été l’une des plus importantes au monde et comme le soulignait Serge Toubiana, elle fut longtemps en Afrique et ailleurs en concurrence directe avec le cinéma de Bollywood pour la main-mise sur les petites salles de projection vidéo locale de ces contrées, abandonnées par le cinéma en salles traditionnelles (concurrence dont l’auteur de ces lignes en fut le témoin lors de son enfance et son adolescence). Avec Salama va bien, on est donc invité à une comédie mêlant tout à la fois jeu burlesque, comique de situation et/ou de méprise (c’est l’un des sujets centraux du film), mais aussi critique sociale. Avec une mise en scène de qualité et des acteurs interprétant leur rôle avec sérieux et emphase, cette production égyptienne de la fin des années 30 n’aurait pas à rougir de la comparaison avec le cinéma français ou nord-américain de la même époque. Le rythme est enlevé, l’écriture intelligente et même si le sujet du « faire-valoir » du Prince n’est pas particulièrement original (mais Chaplin en 1940 avec Le Dictateur n’en sera pas très éloigné non plus), les scènes qui dépeignent les situations ne sont jamais trop appuyées ou tirées par les cheveux. Le film est drôle, en particulier la séquence qui va de l’arrivée de Salama, chargé de son « cartable », devant la banque fermée jusqu’à ce qu’il échoue dans le palace, havre de paix rêvée, qui sera potentiellement sa perte…

Samedi 16 juin

Le Grand Soir (réal. Benoît Delépine et Gustave Kervern, 2012)

Cinquième long métrage du duo (et malheureusement le premier que je vois), Le Grand soir est un film par moments barré, par moments criant de vérité sur un état social décadent et sans repères. Dupontel et Poelvoorde y sont meilleurs que jamais, chacun dans un rôle à sa mesure (la première scène où ils discutent tous les deux avec leur père est édifiante à ce sujet et peut faire penser aux dialogues confus et foisonnant d’un Altman)… L’intelligence de l’écriture scénaristique réside par exemple dans le choix de mettre Poelvoorde dans un rôle qui semble lui aller comme un gant (celui d’un punk à chien), mais une fois qu’il aura « en charge » son frère, il va lui falloir faire preuve de responsabilité pour l’accueillir dans son monde, mettant ainsi l’acteur dans une position délicate, l’obligeant à jongler entre dérive morale et responsabilité fraternelle. Il en va de même pour le rôle de Dupontel, qui doit osciller entre position sociale établie, puis folie démesurée, avant qu’il ne trouve sa nouvelle place dans l’ordre des choses. À côté des comédiens de premier plan, les seconds rôles sont distribués avec inégalité, entraînant parfois des scènes quelque peu bancales et attendues, et d’autres très réussies (par exemple la scène où le vigile de la sécurité – inénarrable Bouli Lanners – discute avec le père des deux « héros »). Par ailleurs, Kervern et Delépine filme les centres commerciaux avec une rare simplicité, appuyée par une photographie du plus bel effet, et sans jamais magnifier bêtement les lieux, ils savent leurs rendre une beauté et une esthétique troublante. Le film est constellé de petites scènes loufoques ou drolatiques, mais peine à véritablement sombrer dans la démence que la bande-annonce (ou l’affiche à ce propos) annonçait à mensonge. En réalité, c’est l’ancrage du film dans la réalité sociale banale et triste qui le ramène constamment à sa dimension réelle, celle d’une virulente critique sociale sur le monde moderne et consommateur et la perte de repères entrainée par notre souhait de toujours consommer plus.

Dimanche 17 juin

Madagascar 3 (réal. Eric Darnell, Tom McGrath et Conrad Vernon, 2012)

Troisième opus de la franchise d’animation signé Dreamworks SKG, ce film continue de nous faire suivre les pérégrinations des animaux loufoques du zoo de Manhattan en voyage autour du monde. Après Madagascar et l’Afrique de l’Est, les voici en Europe – à croire que pour les américains, elle est encore (à nouveau ?) un lieu d’exotisme à découvrir et conquérir… Malheureusement le scénario est relativement convenu et la surmultiplication des personnages secondaires nous prive de moments privilégiés avec les meilleurs d’entre eux ; car les nouveaux venus ne sont guère convaincants en terme d’écriture, et les anciens tendent à être quelque peu éclipsés… Cependant, la réalisation est toujours aussi efficace, peut-être même plus qu’avant (bien que je n’ai vu le film qu’en 2D et je ne me prononcerai pas sur la qualité de la 3D relief). La folie de certaines séquences (la course poursuite dans Monte-Carlo), la démesure d’autres (la représentation à Londres) viennent largement rattraper un film qui par moments manque légèrement de rythme. Au final, on ne s’ennuie guère et l’on s’amuse plutôt bien, alors que l’on est abasourdi d’images plus surprenantes les unes que les autres.

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