"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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« Robot Carnival » : pour (re)considérer les robots

Posted by Axel de Velp sur 29 octobre 2012

Film à sketchs de 1987 en 9 segments (8 en réalité puisque les segments d’ouverture et de fin sont liés), il réunit les «jeunes loups» de l’animation japonaise de l’époque. On y voit affleurer en devenir les préoccupations de certains cinéastes : la question du déterminisme chez MORIMOTO, la mélancolie chez UMETSU, les enjeux dangereux pour l’écologie dans la cité chez NAKAMURA pour ne citer que ceux là… En attendant, Robot Carnival nous parle de robots mais surtout de leur création par l’homme et des rapports (souvent destructeurs) entre eux.

Robot Carnival (collectif, 1987)

1. Opening – réal. OTOMO Katsuhiro, FUKUSHIMA Atsuko
2. Franken’s Gears – réal. MORIMOTO Kôji
3. Deprive – réal. OMORI Hidetoshi
4. Presence – réal. UMETSU Yasuomi
5. Star Light Angel – réal. KITAZUME Hiroyuki
6. Cloud – réal. MAO Lamdo
7. A Tale of Two Robots – réal. KITAKUBO Hiroyuki
8. Red Chicken Head Guy – réal. NAKAMURA Takashi
9. Ending & Epilogue – réal. OTOMO Katsuhiro, FUKUSHIMA Atsuko

Segment 1 – Opening

Désolation, destruction et misère

Dans 4 segments, le monde est représenté plus ou moins en état de désolation et l’humanité en état de misère avancée. Qu’il s’agisse d’une vision post-apocalyptique (segments 1, 3 et 9) ou suite à un dérèglement des machines (segment 8), la venue des robots dans l’histoire humaine est source de destruction. Cette idée est même reprise dans d’autres segments (les 2, 6 et 7), au travers de la mort d’êtres humains. L’idée que les robots représentent une menace pour l’humanité n’est pas en soi très originale, mais le film développe plusieurs concepts et explications autour de ces menaces. Dans les segments d’ouverture et de fin, le monde semble avoir été détruit par la machine «Robot Carnival» qui détruit tout sur son passage, au prétexte d’apporter du grand spectacle aux populations du monde. Ainsi alors que les feux d’artifice explosent et que la musique retentit, la machine écrase les villages humains, fait exploser les maisons et voler en morceaux les corps déchiquetés des hommes et des animaux qui les peuplent.

Segment 1 – Opening

Tout cela dans l’indifférence générale des robots de la machine programmés pour divertir l’humanité jusqu’à la fin de l’éternité… OTOMO semble nous dire que la quête du plaisir et du loisir à outrance via la robotisation n’est qu’une longue descente aux enfers. D’ailleurs, après la destruction de la machine par les éléments naturels, un survivant humain trouve une relique robotique, la ramène chez lui et alors qu’il l’active et qu’elle amuse sa petite famille, elle finira par exploser pour révéler une machinerie complexe indiquant le mot «END».Les robots en fin de compte sont la fin de tout : d’eux-mêmes et des hommes…

Segment 9 – Epilogue

Création, mimétisme et relation

Bien sûr, le plus important avec les robots c’est la question de la création. Qu’elle soit spontanée (comme dans les segments 6 et 8) ou bien évidemment le fruit de la recherche des hommes à améliorer leur confort de vie (segments 1, 4, 5, 7 et 9), cette question est problématique, source de questionnement d’identité de chaque partie (segments 4 et 5), d’incompréhension entre créateur et créature. A ce sujet, le segment signé MORIMOTO revient de manière explicite sur le mythe de Frankenstein et de sa créature. La structure du mythe est reproduite quasiment à l’identique, dans cette scène de naissance du monstre : les arcs électriques figurent les éclairs chez Mary Shelley, les différents tubes et tuyaux reliant le «monstre» rappelle les origines organiques de la figure mythologique. Mais si Shelley prend un livre entier pour arriver à la conclusion évidente de la destruction forcée du créateur par la créature, MORIMOTO lui la précipite. C’est que la création de la vie entre le XIXème siècle et l’aube du XXIème s’est accélérée, si l’on peut dire. La puissance électrique d’une construction électronique suppose une accélération de ce qui constitue la matière de la «vie» : des processeurs, des lampes, des caméras, des câbles, etc. Bien que la créature de MORIMOTO «vive» sa naissance de manière similaire à celle de Shelley, elle n’en est pas moins une machine dont la vitesse d’exécution est supérieure à celle d’un être organique, a fortiori doué de conscience…

Segment 2 – Franken’s Gears

Finalement, cette question de la conscience est au centre du sketch de UMETSU. D’abord celle de la création robotique de l’homme, sorte de poupée cyborg, qui n’a d’autre choix que de tomber «amoureuse» de celui qui a lui donné la vie. Mais aussi la conscience de ce créateur qui n’arrivera pas à oublier son meurtre, son «infanticide»… Le film passe ainsi en revue tout le spectre des relations possibles entre machines intelligentes et créateurs ou humains : l’amour, la parentalité, l’animosité, l’indifférence ou l’obéissance aveugle… Mais les questions relationnelles entre les machines douées de conscience et l’homme qui les a créé ne sont pas tout. La machine robotique est parfois dénuée de toute conscience : elle n’est alors qu’un outil pour assouvir les désirs des hommes, leur soif de conquête et de puissance (comme dans le segment 7). Enfin, le cinéaste Mao Lamdo perçoit la Création à travers le périple et le calvaire d’une sorte d’enfant-robot (dont l’esthétisme n’est pas sans rappeler Tetsuwan Atom – Astro Boy – de TEZUKA), qui vit l’histoire de l’humanité en toile de fond d’une longue marche contre la nature et les éléments. Il s’accomplira finalement à l’image d’un jeune enfant. Pour Lamdo, il semblerait que la question de la création de l’intelligence robotique ne vise qu’à recréer l’homme et ses aspirations les plus nobles (cf. l’image de l’enfant) dans une mise à l’épreuve quasi-biblique, en symbiose avec la nature et ses constants changements d’où le titre du sktech, «Cloud».

Segment 6 – Cloud

De la référence comme outil esthétique

Bien entendu, le film est truffé de références directes ou indirectes aux canons du manga et de l’animation japonaise d’avant son époque. On a déjà évoqué le lien esthétique du segment «Cloud» avec TEZUKA. Mais on peut en rajouter d’autres. Les robots du sketch de KITAKUBO sont un hommage explicite et comique aux mechas qui peuplent la culture populaire visuelle nippone.«Star Light Angel», via son chara design, nous rappelle entre autre l’esthétisme d’Akira d’OTOMO (le manga bien sûr), ou encore la série Gundam. Le sketch de NAKAMURA fait référence de manière plus ou moins explicite à la production nippone férue de machines qui se propagent tel un virus sur les villes humaines (et qui n’est pas sans rappeler le shokushu – viol par des monstres avec des tentacules – et dont Chôjin densetsu Urotsukidôji est le plus grand représentant). La manière dont la construction robotique se répand dans le sketch sans souci ni raison apparente préfigure le travail de KITAKUBO et OTOMO sur Roujin Z (qui sortira en 1991) . Dans le chara design de «Presence», on retrouve l’influence, souvent avouée par UMETSU, du film Les Maîtres du temps de René Laloux (et Moebius).

Segment 7 – A Tale of Two Robots

Cette multiplicité d’inspiration tend à donner une diversité visuelle à Robot Carnival, et seuls son sujet global et son traitement sonore, arrivent à donner une cohésion au film. Presque tous les films sont muets ou très peu diserts, lorsque des dialogues s’invitent dans les segments (parfois il ne s’agit que de dialogues incompréhensibles, comme dans les segments 1,8 et 9). La musique est typique des productions des années 80 et certains segments ne renieraient pas sur ce point une parenté explicite avec les premières bandes originales de jeux vidéo, de la NES ou de la Super NES, lien logique étant donné que le film parlent de mondes futuristes et post-modernes…

Segment 8 – Red Chicken Head Guy

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