"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Archive for the ‘Miscellanées’ Category

Le couple en action : imagerie, esthétisme et sociologie ?

Posted by Axel de Velp sur 9 août 2010

A l’approche de la sortie en France du dernier film de James Mangold (Copland, Identity, 3:10 to Yuma), Night and Day, certains d’entre nous se sont peut-être arrêtés devant l’affiche française du film. Tel a été mon cas et je dois avouer que tout de suite quelque chose ne m’a pas semblé « normal ». La construction esthétique de cette affiche m’a un peu gênée et je me suis posé la question de savoir ce qui dans ce poster d’un pur produit hollywoodien destiné à être l’un des blockbusters de l’été pouvait bien poser problème à mes yeux…

 

Réfléchissons d’abord à l’esthétique « habituelle » des posters de films d’action, mettant en scène des couples de stars, partageant l’affiche. J’ai choisi de ne retenir qu’un échantillon de posters représentant des éléments figuratifs proches de celui de Night and Day. Dès 1931, pour The Secret Six (réal. George W. Hill), Wallace Beery partage l’affiche avec Jean Harlow. Sur l’affiche reproduit ci-dessous, on retrouve un homme, une femme, une arme à feu (une seule – l’époque ne permet certainement pas la représentation d’une femme armée, que ce soit narrativement ou bien même si c’est le cas, sur une affiche). Les regards vont dans la même direction et la femme cherche très clairement refuge auprès de l’homme.

En 1939, deux films reprennent une esthétique et une construction similaire, The Roaring Twenties (réal. Raoul Walsh) et King of the Underworld (réal. Lewis Seiler), avec une seule arme à feu là encore. Pour le premier, une légère différence, bien que les regards vont dans la même direction, celui de la femme est plus précisément dirigé vers l’homme et c’est dans son regard que l’on peut y lire les sentiments qui l’animent. Dans le second, les corps ne sont pas tournés du même côté mais se font face, dans un geste protecteur de l’homme, face à ce que les regards des deux personnages semblent craindre.

Dans des affiches plus proches de nous, dans les années 60-70, le rôle des femmes dans les couples en action vient enfin à changer dans la représentation. Pour Bonnie and Clyde (réal. Arthur Penn, 1967), les deux personnages sont côte à côte et regardent directement le « spectateur » potentiel du film, chacun une arme à la main. Il n’y a plus de dimension protectrice de l’homme envers la femme ou de regard enamourée de celle-ci pour celui-là. Pour The Getaway (réal. Sam Peckinpah, 1972), non seulement le personnage féminin est armé, mais en plus cette femme est représentée alors même qu’elle utilise son arme. Là les personnages ne regardent pas dans la même direction (ce qui peut s’expliquer aussi par le fait que les deux personnages n’appartiennent pas au même plan dans l’image), mais leurs regards sont quand même tournés vers l’extérieur de l’affiche, qui semblent abriter l’opposition évidente à laquelle ils doivent faire face.

Puis arrivent les années 90-2000, où l’on se penchera sur cinq exemples, réunissant un peu tous les précédents, voire sont prêts à ouvrir de nouvelles voies d’illustration. Pour The Replacement Killers (réal. Antoine Fuqua, 1998), on reste dans une esthétique traditionnelle – l’homme protège la femme, ils regardent tous les deux dans la même direction – la petite nuance étant donnée à la taille du canon de l’arme qui vient clairement faire référence à ce jeu de perspective que déjà on avait pu remarquer dans The Getaway et qui très clairement vient « agresser » le spectateur potentiel.

Pour Out of Sight (réal. Steven Soderbergh, 1998), si là encore l’arme est démesurément agrandie par rapport aux personnages, la construction visuelle de l’affiche est déjà plus étonnante, les personnages ne se regardent pas et ne regardent pas non plus dans la même direction, même s’ils regardent du même côté de l’affiche. L’arme n’est pas tenue par l’un ou l’autre, mais elle vient s’appuyer sur l’arrière de leurs « têtes », comme si ces dernières étaient l’autre profil de l’arme, celui que l’on ne voit pas… Il est intéressant de noter que le placement des visages n’est pas anodin pour une lecture potentielle du film : celui de Jennifer Lopez est situé au niveau de la gâchette de l’arme alors que celui de George Clooney au niveau de la bouche du canon du revolver, comme si la femme était celle qui pouvait tirer sur l’homme.

Je me permets de faire une entorse à l’origine de mon corpus en introduisant ici un film policier de Hong Kong, Fulltime Killer (réal. Johnnie To, 2001). Cette affiche est intéressante à plus d’un titre car elle paraît traditionnelle dans son approche : une seule arme, un homme et une femme qui regardent dans la même direction, mais la différence est de taille, l’homme « aide » la femme à se servir de l’arme et son geste est tout autant didactique qu’il peut aussi avoir l’air protecteur…

Pour Die Another Day (réal. Lee Tamahori, 2002), on revient au traditionnel, avec le geste protecteur en moins et la femme armée prête à utiliser son arme en plus, mais les deux corps et les regards font face au même danger. Cette déclinaison de l’affiche d’un James Bond est surprenante car elle place, quasiment au même niveau que le « super » agent secret, une femme, alors que celles-ci sont généralement conviées sur l’affiche mais dans des proportions bien moindres que celle du corps de l’homme.

Notre dernier exemple sera celui de Mr & Mrs Smith (réal. Doug Liman, 2005), qui pour le coup éclate les conventions. Les deux personnages sont armés, mais ils ne se servent pas de leurs armes, tout au plus l’homme la tient-il. Ils regardent tous les deux vers le spectateur potentiel, mais leurs corps se font face ; enfin aucune velléité protectrice ou défensive ne les habite, bien au contraire, la femme est « tellement à l’aise » que sa robe fendue laisse apparaître une sorte de jarretière où elle a dissimulé son arme.

Alors revenons-en à nos moutons. Qu’en est-il de cette affiche du film de Mangold ? Eh bien, les deux personnages regardent dans la même direction, ils sont tous les deux armés (la femme a même deux armes, une dans chaque main), il ne semble pas y avoir en eux de geste particulièrement protecteur de l’un envers l’autre, si ce n’est que l’homme « tient » la femme dans ses bras. Cependant, deux choses viennent tout de suite à m’étonner. Le danger, de par leurs regards respectifs, appuyée par l’orientation du mouvement suggéré (ils sont sur une moto) et celle de l’arme de l’homme, suppose venir de la droite de l’affiche. Hors, les deux armes que la femme tient en main sont toutes les deux orientées vers la droite, et qui-plus-est dans des directions différentes (l’une vers le haut et l’autre tout droit). De plus le caractère penché de la représentation suppose un équilibre précaire. Finalement, cette affiche et cette position du couple en action ne sont pas là pour véhiculer un sentiment très rassurant ou du moins très confiant dans ce que ce couple est en train de faire… traduction logique du sujet du film semble-t-il… ?

Oui, mais voilà, nous avons affaire ici à l’affiche française du film. Si nous prenons le temps d’aller voir l’affiche américaine, celle-ci n’appartient plus du tout aux mêmes critères esthétiques ni même figuratifs, et pour preuve :

Ici, mis à part leurs noms en haut de l’affiche, les acteurs qui incarnent le couple ne sont pas identifiables. Le silhouettage en blanc les anonymise complètement. Impossible de venir vérifier leur regard, ni même leur agencement l’un par rapport à l’autre, puisqu’ils semblent très clairement ne pas appartenir au même plan de figuration dans l’image. L’affiche ressort des couleurs et des constructions graphiques très seventies ou du moins très oldies dans l’image que l’on se fait « aujourd’hui » de l’esthétique de cette période. Si l’on retrouve le déséquilibre de la version française de l’affiche, il est ici clairement attribué à la silhouette masculine alors que la féminine a au contraire une position très « tenue ». Dans l’affiche française, des deux personnages au contraire, c’est la femme qui a la posture la moins assurée des deux… Cette idée de déséquilibre dans la version US vient faire d’autant plus sourire que le titre du film joue sur un jeu de mot entre Knight (chevalier) et Night (nuit). Ce jeu de mot est complètement abandonné dans le titre français qui en se « francisant », fait le choix – idiot à mon sens – de rester en anglais et ainsi de ne proposer qu’une seule lecture du jeu lexical d’origine.

Alors pourquoi avoir fait ces choix pour l’affiche française ? Le spectateur français moyen est-il moins capable de savoir qui est Tom Cruise et Cameron Diaz que son homologue américain et il s’impose donc de montrer le visage des deux stars de telle sorte qu’elles soient clairement identifiées ? Et pourquoi déplacer la gaucherie du personnage masculin sur le féminin ? Pour conforter un certain machisme français qui n’aurait en plus pas su apprécier l’ironie de la représentation accouplée au titre original (un chevalier gauche en est-il vraiment un ?), puisqu’on l’a privé de cette ironie en ne traduisant aucunement la valeur narrative du titre ? Il faut malheureusement croire que le distributeur français (ou européen, il faudrait vérifier l’étendue du « désastre », mais votre serviteur n’a pas poussé la réflexion jusque là…) tend à s’appuyer sur tous ces a priori pour vendre son film et réutilise pêle-mêle pas mal d’ingrédients de l’affiche du couple en action que nous avons vu précédemment, alors même que cette affiche est très éloignée de ce que sa version d’origine propose.

Comme quoi, même dans le merveilleux monde du marketing, la version originale est souvent meilleure que la locale…

Axel de Velp

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De la rédemption d’un film

Posted by Axel de Velp sur 14 mai 2010

Peut-être suis-je indécis, mais il m’est difficile de cataloguer négativement de but en blanc un film, une série ou tout autre objet audiovisuel.
Condamner une œuvre, parce qu’à la première vision elle me fut « relativement » insupportable, m’a toujours semblé être une injustice. Bien entendu, cela m’arrive, mais alors je m’en fais toujours un peu le reproche. Et de temps à autre, je m’accroche à cette idée d’injustice et je cherche à savoir ce qui se cache derrière…

Non pas que je n’établisse pas de hiérarchie dans l’intérêt que je trouve aux œuvres qui s’offrent à moi (hiérarchie construite sur des critères « objectifs et/ou subjectifs »), mais il me semble qu’au-delà de ça, il y a ma volonté de comprendre ma vision de tel ou tel objet « cinématographique ».
Je ne cherche pas à me justifier d’avoir vu tel film ou d’avoir apprécié tel « navet », mais juste à comprendre au-delà du simple affect, parfois d’ordre nostalgique, pourquoi par moment je n’arrive pas à dire que du mal d’une œuvre…

Comprendre mon rapport aux choses qui me déçoivent, c’est avant tout comprendre ce que j’attendais d’elles. C’est peut-être redéfinir ma propre échelle de valeurs ou à tout le moins la questionner, la remettre en question.
La plupart du temps, cela ne produit que peu de « déplacements » de cette échelle. Alors il ne me reste que ce sentiment confus de la déception face à la médiocrité évidente d’une œuvre dans sa globalité. Sentiment confus, car mon incapacité à condamner cette œuvre reste malgré tout là.

Je dois donc m’interroger sur les raisons de cette confusion, au sein même de l’œuvre qui la produit.
Dans ces films, je me rends compte qu’une scène, le jeu d’un comédien, un cadrage, un choix de mise en scène, une lumière, un enchaînement particulier dans le montage, à un moment donné (unique ou répété) m’a séduit.
Il y a dans ces instants de grâce quelque chose qui relève du « Cinéma », quelque chose qui signifie que derrière la médiocrité globale qui se dégage de cette œuvre, il y a eu, ne serait-ce que de manière fugace, une envie, une idée de « Cinéma ».

Un exemple me vient à l’esprit. Dans le récent et très oubliable Clones (The Surrogates) de Jonathan Mostow avec Bruce Willis, le travail sur la plastique de l’acteur est cela dit très appréciable. Le scénario suppose que la quasi totalité des personnages ont des corps diaphanes ou outrageusement bronzés, en tout cas sans aucune aspérité, de par leur nature de clones. A partir du moment où le personnage de Willis décide d’évoluer de lui-même dans le monde environnant et de ne plus se servir de son clone, s’engage alors un processus de dégradation du corps de l’acteur pour exprimer sa réalité, sa vitalité au milieu des erzats de vie qui l’entourent. Ce qui est intéressant c’est que ce travail ne se contente pas de fonctionner au sein même du film, mais il en appelle à une intertextualité entre les films où joue Bruce Willis. On assiste alors à un retour aux heures de gloire de l’acteur, dans la série des Die Hard pour ne citer que ceux là, où chaque parcelle de son corps était sujette à des malversations physiques et où chaque coupure, croute de sang séché, cicatrices transmettaient la vitalité d’un corps en action. Ainsi le spectateur de Clones devant la progressive stigmatisation du corps de l’acteur, non seulement fait consciemment le chemin de comprendre sa vitalité, mais en plus il est probable (au moins inconsciemment) qu’il l’associe à toute une imagerie que la carrière de l’acteur a véhiculé. C’est ce que j’appelle un moment de « Cinéma »…

Alors le film trouve à mes yeux sa rédemption.
Peut-être ne le reverrai-je jamais ? Peut-être que sa trop grande médiocrité m’en empêchera… Mais je garderai toujours une tendresse pour cet (ces) instant(s).

Parfois, très rarement je dois l’avouer, cette rédemption se transforme progressivement en devoir de réhabilitation.
Il en fut ainsi pour Le Village de M. Night Shyamalan, dont une scène me fit douter de tout le discours critique négatif que le film avait pu récolter lors de sa sortie et me poussa à creuser cette étrange sensation selon laquelle ce film n’était pas celui que certains dépeignaient. Mais cette réhabilitation fera l’objet d’un prochain post, donc je me contenterai seulement d’attiser ainsi votre curiosité…

Il en va ainsi de la rédemption d’un film : je cherche quasi systématiquement à la découvrir (mais pas à la trouver, car a priori ce n’est pas la même démarche…).
Il arrivera donc que je vous étonne parce que je tenterai de « sauver » un film ou du moins d’en racheter quelque(s) passage(s)…
Mais qui sait, peut-être vous aussi, y trouverez vous un peu de « Cinéma »…?

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“Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas.”

Posted by Axel de Velp sur 12 mai 2010

Cette phrase de Lao Tseu extraite du Tao-te-king me permet d’ouvrir ce blog après y avoir posté un premier texte.
Premier texte qui a été écrit il y a presque 5 ans maintenant et qui a entamé sur un autre site (www.nautilus-anime.com) la publication de pas loin de 35 textes en tout, de juin 2005 à mai 2007, tous consacrés (à une ou deux exceptions près) à l’animation japonaise.
De temps à autre, il m’arrivera d’en poster certains à nouveau ici. Autant de textes que de pas déjà parcourus pour ce voyage dans lequel je vous propose de m’accompagner.

Bonne lecture…

Axel de Velp.

"Tao te king, un voyage illustré" de Lao Tseu, traduit par Stephen Mitchell, aux éditions Synchronique, Paris, 2008.

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