"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

Just another WordPress.com site

  • Catégories

  • Publicités

Des morts et du maïs…

Posted by Axel de Velp sur 26 novembre 2012

Je change un peu de formule étant donné que j’ai beaucoup de mal à rattraper mon retard sur les films que je visionne depuis la rentrée. Dorénavant, je publierai les critiques de façon plus ramassée, deux ou trois films à la fois, rarement plus. Il est possible aussi que je « saute » certains films parmi ceux que j’aurai vu, pour me concentrer sur ceux sur lesquels je souhaite vraiment écrire (par forcément d’ailleurs les « meilleurs » ou les plus emblématiques, ça dépendra surtout de mon envie). Dans ce cas, je ferai figurer en fin de publication les films que je ne critiquerai pas, vus dans la même période que ceux de l’article. En espérant que cette nouvelle formule continue de vous plaire… Enjoy !

Le Magasin des suicides (réal. Patrice Leconte, 2012 – vu le mardi 16 octobre 2012)

Premier film d’animation du cinéaste, adapté du roman de Jean Teulé, Le Magasin des suicides nous amène dans cet univers pessimiste où le suicide est le seul moyen de « réussir » sa vie. La famille Tuvache tient un magasin dont le fonds de commerce est l’exploitation de cette activité particulière et tout va pour le mieux (ou plutôt le pire), jusqu’à l’arrivée du dernier rejeton de la famille, Alan, dont la gaieté et la joie de vivre viennent compromettre l’avenir maussade de la famille. Le ton cynique, l’humour noir du roman est très bien retranscrit à l’écran : dans l’écriture, y compris celle des chansons (puisque le cinéaste a fait le choix de faire un film chanté par moments), mais aussi dans l’esthétique du film. Réalisé en 2D (avec quelques décors en 3D), retravaillé ensuite avec succès en 3D Relief, le film est une petite merveille de graphisme, avec une attention dans les détails particulièrement jouissives. Le chara design est aussi réussi et chaque personnage traduit bien sa propre psychologie. On regrettera que le film s’essouffle un peu vers la fin, la faute peut-être à un récit original assez court et à un dénouement final est en parfaite opposition avec celui du film. Leconte a certainement ici fait un choix cher à son cœur, mais il le contraint à des acrobaties scénaristiques malheureusement dommageables pour la cohésion narrative et le rythme du film.

Les Moissons du futur (réal. Marie-Monique Robin, 2012 – vu le mardi 16 octobre 2012)

Quatre ans après Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin revient questionner les enjeux de l’agriculture de demain. Cette fois-ci, ce n’est plus l’angle de l’inquiétude d’un empoisonnement de l’agriculture intensive moderne qui est au centre de ses préoccupations, mais la recherche de solutions d’agroécologie de par le monde. Du Mexique au Japon, en passant par l’Allemagne ou l’Afrique, la journaliste-cinéaste questionne les pratiques et les hommes qui les mettent en œuvre, sans jamais oublier de donner la parole aux spécialistes (en particulier l’étonnant Olivier de Schutter, Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation des Nations Unies). Le film nous convainc de la possibilité, sans perte de rendement, d’une agriculture qui se passerait des insecticides et pesticides (dont les coûts écologiques indirects ne sont jamais pris en compte par les multinationales qui les produisent). Plutôt réussi dans son propos, le film l’est également sur le plan de la mise en scène. Certains choix de montage et d’écriture documentaire peuvent sembler naïfs de prime abord, mais ils accompagnent parfaitement la sincérité des intervenants et la simplicité du message délivré (l’agroécologie est une science d’avenir héritée du passé traditionnel des cultures du monde).

Autres films vus à cette période :
Magical Mystery Tour (réal. Bernard Knowles & The Beatles, 1967)

Les Plages d’Agnès (réal. Agnès Varda, 2008)

 

Salut les cubains (réal. Agnès Varda, 1987)

The Mosquito Coast (réal. Peter Weir, 1986)

Publicités

Posted in Anime, Cinéma | Tagué: , , , | 2 Comments »

Deux semaines de films – du 1er au 14 octobre 2012

Posted by Axel de Velp sur 2 novembre 2012

Je continue de « rattraper » mon retard. Cette fois-ci, c’est presque une dizaine de films que je vous propose. Quelques nouveautés en salles de ces derniers jours, mais aussi du plus ancien. Du film de genre, de l’humour, du drame, mais avant tout des films que je vous recommande chaudement, chacun pour ses propres raisons…

Lundi 1er octobre

Des hommes sans loi (réal. John Hillcoat, 2012)

Repéré pour son western à la très bonne réputation, The Proposition (2005), et remarqué à nouveau pour son excellente adaptation du roman de Cormac McCarthy, La Route (2009), John Hillcoat continue de s’intéresser à la part d’ombre du mythe américain avec Lawless. Il se penche cette fois-ci sur une histoire vraie de bootleggers de la Virginie dans les années de la Prohibition. Violent, rythmé, intelligent dans sa mise en scène, avec une photographie très crépusculaire, le film retranscrit à merveille ce qu’à pu être l’ambiance de cette période là. Même s’il a tendance à faire l’apologie d’une certaine forme de crime, il n’en reste pas moins critique sur les dérives de telles pratiques, mais surtout sur les dérives de ceux qui sont censés faire régner la loi. Tout l’enjeu du film se situe dans cet affrontement entre deux conceptions de la loi et de la liberté, et dans l’affrontement extrême qui en résulte. Les hommes sans loi évoqués par le titre ne sont pas cantonnés à ceux qui l’enfreignent, bien au contraire. La déchéance d’une Amérique qui ne sait plus comment traiter son mal-être et en vient à recourir à la Prohibition, est le lieu idéal pour concrétiser le désir de violence et de mort de ceux qui possèdent un semblant de pouvoir, qu’ils soient flics ou voyous. La force de la véracité de l’histoire tient dans son dénouement. La scène quasi-finale de règlement de comptes entre flics et voyous sert de catharsis à l’expression d’une violence plus ou moins sourde et permet à l’histoire de reprendre son cours normal, d’autant que la Prohibition sera abolie très peu de temps après. Pour le casting, on notera avant tout les excellentes prestations de Tom Hardy et Guy Pearce, ou celle plus discrète de Gary Oldman, qui toutes trois occultent largement celle de Shia Labeouf, assez fade et peu convaincante.

Mercredi 3 octobre

Un plan simple (réal. Sam Raimi, 1998)

Revoir ce film après tant d’années est toujours un réel plaisir. La qualité de l’écriture, l’engrenage diabolique de l’appât du gain sur la psychologie et les motivations des personnages est toujours d’une efficacité redoutable. Si Raimi dénonce ici les travers d’une Amérique cupide, il le fait avant tout par le prisme d’une Amérique abrutie par le délaissement de ses campagnes profondes et de la fin annoncée du rêve américain, qui pousse les protagonistes de ce drame à agir comme ils le font. Le casting est convaincant (remarquable Billy Bob Thornton), et si l’on peut reprocher au cinéaste une certaine forme de misogynie dans cette histoire de « mecs », les actrices accomplissent néanmoins à merveille les rôles qui leur ont été confiés. La mise en scène comme à son habitude chez Raimi est très inspirée, la photographie est splendide, en particulier dès qu’il y a un peu de soleil sur la neige et le film se moule parfaitement dans cette imagerie américaine de petit coin de (faux) paradis perdu, hors du temps et de la réalité. Mais l’argent, la violence qui l’accompagne (et pas seulement celle qui va exploser parmi les protagonistes mais aussi celle figurée par l’argent lui-même – enlèvement, mafia ?), le chômage, la perte des idéaux et des espoirs de jeunesse, sont autant de révélateurs que ces « paradis perdus » le sont vraiment et pour toujours et qu’ils doivent maintenant réintégrer la réalité d’une Amérique en crise sur ses valeurs, au crépuscule du XXème siècle…

Jeudi 4 octobre

Les Enfants loups, Ame & Yuki (réal. HOSODA Mamoru, 2012)

HOSODA a déjà une carrière bien remplie : animateur ou animateur-clé sur de nombreuses séries à succès et parfois réalisateur de nombreux films à licence (One Piece, Digimon, Samurai Champloo), il est connu depuis quelques années en Occident pour ses deux précédents films, La Traversée du temps et Summer Wars. Avec ce dernier film, le cinéaste explore encore le fantastique : des enfants-loups nés d’un père lycanthrope, mort peu de temps après leur naissance, sont élevés par leur mère seule. Son humanité « simple » à elle la désarçonne quant à la marche à suivre pour s’occuper de sa progéniture. Après avoir tenté de survivre en milieu urbain, elle comprendra que la seule solution réside dans l’ostracisme relatif en partant s’exiler à la campagne. Là-bas, les enfants découvriront en même temps que la nature, la véritable dimension de leur capacité de métamorphose. Viendra alors le temps de faire des choix. Devenir pleinement humain, en reléguant sa nature de loup au second plan, ou bien faire le choix inverse… Outre une animation toujours aussi fluide et une mise en scène rythmée, le chara design est toujours dans la même ligne esthétique que celle des films précédents du réalisateur. Personnages longilignes, traits fins et subtils, la délicatesse du dessin et du design en général se retrouve également dans l’écriture. Souvent en non-dit et en silence, la psychologie des personnages évolue au fil du temps qui passe. HOSODA le dépeint d’ailleurs avec merveille en peignant la vie à la campagne, avec ses langueurs, sa dévotion à la terre et à ses occupations. Sans perte de rythme, le film nous emmène sur une allégorie de l’adolescence et de ses questionnements, ainsi que de la place de chacun dans la société des hommes (ou pas) !

Después de Lucia (réal. Michel Franco, 2012)

Film mexicain, dont l’intrigue se passe dans la bourgeoisie aisée, Después de Lucia raconte la lente descente aux enfers d’une jeune fille qui a perdu sa mère et va vivre avec son père à Mexico. Elle se retrouve victime d’abus et harcèlement de la part des autres élèves du lycée qu’elle fréquente, à tel point que cette situation entraînera plus d’un drame. La violence des situations et leur naturalisme donnent au film une force quasi hypnotique et en même temps très dérangeante. Tous les personnages font sens, y compris dans la circulation de leur motivation : le jeune garçon, qui avant l’arrivée de l’héroïne était le souffre-douleur, participera allègrement à son « bizutage » extrême, avant d’être le premier à se dénoncer lorsque les autorités parentales interviennent. Par ailleurs, l’intrigue ne fonctionne pas vraiment sur un principe de suspense, mais le spectateur est néanmoins fasciné par ce qu’il advient sous ses yeux. Cette captation est en grande partie due à la mise en scène. Franco privilégie les plans longs, enfermés, la caméra posée et très peu mobile. Il laisse le temps aux comédiens d’installer leurs personnages à l’écran, de leur donner corps (la manière de les filmer est ici importante). Le jeu d’acteur et la caméra ne cesse de montrer les corps comme des extensions des problèmes psychologiques que les personnages rencontrent : impossibilité de rester en place, tics, procrastination, souffle lourd d’une respiration haletante… Le titre renvoie à l’absence de la mère, qui est la seule personne omniprésente du film. Dans le long plan de début du film où le père et la fille font le trajet en voiture, son absence/présence est immanquable, comme le sera celle de la fille dans le long plan final sur la barque. La mort de l’être cher, qu’elle soit réelle, supposée ou à venir, occupe la place centrale de la construction scénaristique et de composition du cadre et des mouvements de caméra. Par ailleurs, cette focalisation sur un événement particulier à filmer, quitte à l’étirer au maximum (comme la scène de la barque ou celle du viol dans la salle de bains), montre toute la résolution des personnages à aller jusqu’au bout de leur logique personnelle. Les comédiens ne font jamais défaut aux ambitions du film, les deux rôles principaux en tête, mais aussi le casting des jeunes lycéens qui est à particulièrement réussi.

Samedi 6 octobre

Savages (réal. Oliver Stones, 2012)

Lorsque l’on regarde Savages, on ne peut s’empêcher de se dire que Oliver Stone est un cinéaste constant et dont l’âge et la durée de sa carrière n’ont finalement que peu d’effets sur la force et l’intelligence de son cinéma. Même si Savages n’est pas un film inoubliable, il n’en reste pas moins très plaisant. Qualité de la mise en scène, du rythme de l’écriture, photographie travaillée (voire maniérée mais tellement réussie), le film accumule les « bons points ». Stone n’a pas perdu de sa nervosité et de sa violence visuelle et l’on sent poindre les héritages évidents de U-Turn ou Natural Born Killers, en moins réussi cela dit. Les comédiens sont efficaces, en particulier les seconds rôles (Benicio del Toro, Salma Hayek, John Travolta) qui réussissent, l’espace de scènes qui leur sont consacrées, à voler la vedette au trio plus fade, qui compose les trois personnages principaux. Si l’intrigue n’est pas particulièrement originale et l’usage d’un vrai-faux twist de fin un peu attendu et éculé, on appréciera en revanche les nombreuses références cinématographiques qui peuplent le film, tant sur le plan visuel que sur celui du récit.

Dimanche 7 octobre

J’irai dormir à Hollywood (réal. Antoine de Maximy, 2008)

Version « grand format » de l’émission télévisée « J’irai dormir chez vous », le film d’Antoine de Maximy propose dans un étirement constant son principe de découverte d’un pays et d’une culture en allant à la rencontre des autres et en s’imposant chez eux (quitte à se casser le nez à l’occasion), pour mieux les connaître et les découvrir. Si le principe fonctionne assez bien sur une émission à la temporalité réduite et pensée donc pour, il n’en va pas exactement de même dans le cas présent. Le choix de l’Amérique eut pu semblé un choix intelligent, étant donné la grandeur du pays et la diversité des personnes et des parcours que l’on peut y croiser, mais de Maximy semble néanmoins quand même sauter de saynètes en saynètes, sans jamais trouver d’autre liant que sa propre personne. Travaillant parfois sur et parfois à l’encontre de certains clichés, il n’enfonce finalement que des portes ouvertes (c’est le cas de le dire) et à l’exception de celle de George Clooney, toutes semblent bien vouloir s’ouvrir à lui. Il est intéressant de noter que le seul échec de demande d’hospitalité présenté dans le film soit celui-là. Il y a des choses que l’Amérique ne partage pas et celle de l’opulence et de la désinvolture de ses stars en est certainement une. Finalement sans s’en rendre compte peut-être vraiment, de Maximy termine son film sur une posture bien plus politique que d’autres plus évidentes tout au long du film. La rencontre finale avec le SDF de la plage de Los Angeles résume assez bien l’Amérique d’aujourd’hui et les fossés qui existent en son sein, mais elle ne permet pas de mettre en perspective toute l’étendue des différences qui peuplent ce pays.

Mercredi 10 octobre

Resident Evil Retribution 3D (réal. Paul W. S. Anderson, 2012)

Un peu idiotement, je suis allé voir ce dernier opus de la saga cinématographique Resident Evil, sans avoir visionné le précédent. Étant donné que le film se permet de reprendre l’action exactement là ou celui d’avant s’était arrêté, j’avoue avoir été un peu décontenancé. Cependant, très vite le film met en place un résumé et le spectateur distrait comme moi retrouve très vite ses marques. C’est une caractéristique habituelle finalement de ces films de franchise que de tous se ressembler alors même qu’ils se suivent ou se précèdent (selon les choix des scénaristes). Les situations et les enjeux scénaristiques sont relativement interchangeables. Le plaisir à prendre devant eux relève alors de deux points particuliers. Premièrement, leur capacité à satisfaire les fans de la franchise dans l’exploitation de situations attendues (c’est le cas dans ce film là). Deuxièmement, une mise en scène de qualité dans le genre précis du film. Avec Anderson aux commandes, je dois avouer que j’étais assez rassuré avant même de voir le film. J’ai déjà évoqué dans mes chroniques tout le bien que je pensais de ce talentueux faiseur de films de genre. Retribution ne m’a pas déçu sur ce point précis. Quelques scènes m’ont particulièrement séduites : la bataille à mains nues dans le couloir futuriste, à la sortie de la zone de Tokyo, la course poursuite dans Moscou, la scène finale sur le lac glacé, en particulier le plan magnifique de la pyramide de zombies amphibies venant des profondeurs glacés…

Soul Kitchen (réal. Fatih Akin, 2009)

Comédie dramatique assez réussie, Soul Kitchen s’éloigne néanmoins des préoccupations habituelles de Fatih Akin. Si le film prête plus à sourire qu’à franchement rigoler, c’est peut-être parce qu’il hésite constamment à se placer dans sa double appartenance de genre. Pas assez drôle par moments, le film n’arrive pas non plus à nous faire croire suffisamment au sérieux de certaines situations, car leur résolution est bien trop peu « réaliste ». Le casting est cependant de grande qualité et l’on s’étonne toujours devant ces films allemands où les comédiens sont irréprochables, de ne pas profiter d’eux plus souvent. La photographie de Hambourg magnifie la ville et la réalisation est elle toujours aussi inventive, malgré un léger essoufflement sur quelques gimmicks de caméra un peu trop utilisés par le cinéaste. En revanche le travail sonore du film est exemplaire et la bande originale, un réel plaisir pour les oreilles (et la bonne humeur) !

Dimanche 14 octobre

Zazie dans le métro (réal. Louis Malle, 1960)

Revu pour la première fois depuis plus de vingt ans, je dois reconnaître que mes souvenirs du film n’étaient pas très nombreux et précis. Néanmoins, j’ai tout de suite retrouvé la magie, l’humour si particulier et le caractère « foldingue » de ce film hors du commun. Troisième film de fiction du cinéaste, adapté du roman de Queneau, Zazie dans le métro reste encore aujourd’hui un film d’une rare intelligence et d’une grande force comique (autant avec les petits que les grands). Il nous propose un voyage dans l’imaginaire enfantin confronté au monde incongru et pittoresque des adultes. Mais il est aussi une critique satirique de la vie parisienne à la fin des années 50, et il n’hésite pas à dépeindre une insouciance mêlée à des restes de nostalgie de la Seconde Guerre Mondiale, qui ne signifient rien pour une enfant de 12 ans. Ce qui intéresse Zazie, c’est le métro : symbole d’une fausse modernité, qu’elle voudrait prendre en marche, mais qu’une grève est venu immobiliser. Elle finira par apprendre la douce folie du monde adulte, au travers des errements amoureux de son oncle et de plein d’autres personnages alentours. Par une mise en scène très rythmée, un montage assez nerveux pour l’époque, une direction d’acteurs exemplaire, avec un jeu plutôt loufoque, Malle donne naissance aux personnages de Queneau. Il est aidé en cela par une distribution de qualité, comme la France pouvait en fournir dans ces années-là : Philippe Noiret y apparaît dans l’un de ses premiers rôles au cinéma et déjà l’on peut sentir chez lui une présence à l’écran remarquable et la grande diversité de son jeu.

Posted in Cinéma | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

« Robot Carnival » : pour (re)considérer les robots

Posted by Axel de Velp sur 29 octobre 2012

Film à sketchs de 1987 en 9 segments (8 en réalité puisque les segments d’ouverture et de fin sont liés), il réunit les «jeunes loups» de l’animation japonaise de l’époque. On y voit affleurer en devenir les préoccupations de certains cinéastes : la question du déterminisme chez MORIMOTO, la mélancolie chez UMETSU, les enjeux dangereux pour l’écologie dans la cité chez NAKAMURA pour ne citer que ceux là… En attendant, Robot Carnival nous parle de robots mais surtout de leur création par l’homme et des rapports (souvent destructeurs) entre eux.

Robot Carnival (collectif, 1987)

1. Opening – réal. OTOMO Katsuhiro, FUKUSHIMA Atsuko
2. Franken’s Gears – réal. MORIMOTO Kôji
3. Deprive – réal. OMORI Hidetoshi
4. Presence – réal. UMETSU Yasuomi
5. Star Light Angel – réal. KITAZUME Hiroyuki
6. Cloud – réal. MAO Lamdo
7. A Tale of Two Robots – réal. KITAKUBO Hiroyuki
8. Red Chicken Head Guy – réal. NAKAMURA Takashi
9. Ending & Epilogue – réal. OTOMO Katsuhiro, FUKUSHIMA Atsuko

Segment 1 – Opening

Désolation, destruction et misère

Dans 4 segments, le monde est représenté plus ou moins en état de désolation et l’humanité en état de misère avancée. Qu’il s’agisse d’une vision post-apocalyptique (segments 1, 3 et 9) ou suite à un dérèglement des machines (segment 8), la venue des robots dans l’histoire humaine est source de destruction. Cette idée est même reprise dans d’autres segments (les 2, 6 et 7), au travers de la mort d’êtres humains. L’idée que les robots représentent une menace pour l’humanité n’est pas en soi très originale, mais le film développe plusieurs concepts et explications autour de ces menaces. Dans les segments d’ouverture et de fin, le monde semble avoir été détruit par la machine «Robot Carnival» qui détruit tout sur son passage, au prétexte d’apporter du grand spectacle aux populations du monde. Ainsi alors que les feux d’artifice explosent et que la musique retentit, la machine écrase les villages humains, fait exploser les maisons et voler en morceaux les corps déchiquetés des hommes et des animaux qui les peuplent.

Segment 1 – Opening

Tout cela dans l’indifférence générale des robots de la machine programmés pour divertir l’humanité jusqu’à la fin de l’éternité… OTOMO semble nous dire que la quête du plaisir et du loisir à outrance via la robotisation n’est qu’une longue descente aux enfers. D’ailleurs, après la destruction de la machine par les éléments naturels, un survivant humain trouve une relique robotique, la ramène chez lui et alors qu’il l’active et qu’elle amuse sa petite famille, elle finira par exploser pour révéler une machinerie complexe indiquant le mot «END».Les robots en fin de compte sont la fin de tout : d’eux-mêmes et des hommes…

Segment 9 – Epilogue

Création, mimétisme et relation

Bien sûr, le plus important avec les robots c’est la question de la création. Qu’elle soit spontanée (comme dans les segments 6 et 8) ou bien évidemment le fruit de la recherche des hommes à améliorer leur confort de vie (segments 1, 4, 5, 7 et 9), cette question est problématique, source de questionnement d’identité de chaque partie (segments 4 et 5), d’incompréhension entre créateur et créature. A ce sujet, le segment signé MORIMOTO revient de manière explicite sur le mythe de Frankenstein et de sa créature. La structure du mythe est reproduite quasiment à l’identique, dans cette scène de naissance du monstre : les arcs électriques figurent les éclairs chez Mary Shelley, les différents tubes et tuyaux reliant le «monstre» rappelle les origines organiques de la figure mythologique. Mais si Shelley prend un livre entier pour arriver à la conclusion évidente de la destruction forcée du créateur par la créature, MORIMOTO lui la précipite. C’est que la création de la vie entre le XIXème siècle et l’aube du XXIème s’est accélérée, si l’on peut dire. La puissance électrique d’une construction électronique suppose une accélération de ce qui constitue la matière de la «vie» : des processeurs, des lampes, des caméras, des câbles, etc. Bien que la créature de MORIMOTO «vive» sa naissance de manière similaire à celle de Shelley, elle n’en est pas moins une machine dont la vitesse d’exécution est supérieure à celle d’un être organique, a fortiori doué de conscience…

Segment 2 – Franken’s Gears

Finalement, cette question de la conscience est au centre du sketch de UMETSU. D’abord celle de la création robotique de l’homme, sorte de poupée cyborg, qui n’a d’autre choix que de tomber «amoureuse» de celui qui a lui donné la vie. Mais aussi la conscience de ce créateur qui n’arrivera pas à oublier son meurtre, son «infanticide»… Le film passe ainsi en revue tout le spectre des relations possibles entre machines intelligentes et créateurs ou humains : l’amour, la parentalité, l’animosité, l’indifférence ou l’obéissance aveugle… Mais les questions relationnelles entre les machines douées de conscience et l’homme qui les a créé ne sont pas tout. La machine robotique est parfois dénuée de toute conscience : elle n’est alors qu’un outil pour assouvir les désirs des hommes, leur soif de conquête et de puissance (comme dans le segment 7). Enfin, le cinéaste Mao Lamdo perçoit la Création à travers le périple et le calvaire d’une sorte d’enfant-robot (dont l’esthétisme n’est pas sans rappeler Tetsuwan Atom – Astro Boy – de TEZUKA), qui vit l’histoire de l’humanité en toile de fond d’une longue marche contre la nature et les éléments. Il s’accomplira finalement à l’image d’un jeune enfant. Pour Lamdo, il semblerait que la question de la création de l’intelligence robotique ne vise qu’à recréer l’homme et ses aspirations les plus nobles (cf. l’image de l’enfant) dans une mise à l’épreuve quasi-biblique, en symbiose avec la nature et ses constants changements d’où le titre du sktech, «Cloud».

Segment 6 – Cloud

De la référence comme outil esthétique

Bien entendu, le film est truffé de références directes ou indirectes aux canons du manga et de l’animation japonaise d’avant son époque. On a déjà évoqué le lien esthétique du segment «Cloud» avec TEZUKA. Mais on peut en rajouter d’autres. Les robots du sketch de KITAKUBO sont un hommage explicite et comique aux mechas qui peuplent la culture populaire visuelle nippone.«Star Light Angel», via son chara design, nous rappelle entre autre l’esthétisme d’Akira d’OTOMO (le manga bien sûr), ou encore la série Gundam. Le sketch de NAKAMURA fait référence de manière plus ou moins explicite à la production nippone férue de machines qui se propagent tel un virus sur les villes humaines (et qui n’est pas sans rappeler le shokushu – viol par des monstres avec des tentacules – et dont Chôjin densetsu Urotsukidôji est le plus grand représentant). La manière dont la construction robotique se répand dans le sketch sans souci ni raison apparente préfigure le travail de KITAKUBO et OTOMO sur Roujin Z (qui sortira en 1991) . Dans le chara design de «Presence», on retrouve l’influence, souvent avouée par UMETSU, du film Les Maîtres du temps de René Laloux (et Moebius).

Segment 7 – A Tale of Two Robots

Cette multiplicité d’inspiration tend à donner une diversité visuelle à Robot Carnival, et seuls son sujet global et son traitement sonore, arrivent à donner une cohésion au film. Presque tous les films sont muets ou très peu diserts, lorsque des dialogues s’invitent dans les segments (parfois il ne s’agit que de dialogues incompréhensibles, comme dans les segments 1,8 et 9). La musique est typique des productions des années 80 et certains segments ne renieraient pas sur ce point une parenté explicite avec les premières bandes originales de jeux vidéo, de la NES ou de la Super NES, lien logique étant donné que le film parlent de mondes futuristes et post-modernes…

Segment 8 – Red Chicken Head Guy

Posted in Anime | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Deux semaines de films – du 18 au 30 septembre

Posted by Axel de Velp sur 18 octobre 2012

Toujours un peu de retard sur mes publications, mais je ne désespère pas de rattraper le train en marche. Trois films ici, dont deux véritablement excellents (SPL et Sur mes lèvres), mais un troisième qui n’aura pas su ni me convaincre, ni me toucher…

Mardi 18 septembre

SPL (réal. Wilson Yip, 2005)

J’ai tardé à voir ce film et je dois reconnaître que je m’en mord un peu les doigts. Excellent renouveau du film d’action Hong-kongais, supervisé par l’acteur – scénographe de combat Donnie Yen (à l’affiche aussi de Ip Man), SPL est aussi beau visuellement qu’il est violent et par moment amoral ou du moins ambigu… Tous les acteurs sont excellents, de Donnie Yen à Sammo Hung, en passant par le célèbre Simon Yam. Le film va jusqu’au bout de ses idées et de sa position « idéologique » et nous fournit un final retentissant, à la hauteur de tout le reste du film. Yip propose une relecture du film de gunfight, auquel il rajoute une dose de caractérisation psychologique des personnages assez poussée, tout en jouant aussi sur les clichés (la figure du boss est ici amenée à son paroxysme de méchanceté et de cruauté). Mais le style du film, dans sa mise en scène et ses combats, a aussi été influencé par l’expérience de Yen et sa manière de revisiter les arts martiaux au cinéma, en particulier l’abandon de tout artifice supplémentaire, tels que les câbles ou les matelas ; il en résulte une mise en scène d’action bien plus brute et une violence plus « primale » et moins « fabriquée », que ce que l’on avait vu jusqu’à présent.

Mercredi 19 septembre

Les Regrets (réal. Cédric Kahn, 2009)

Les films de Cédric Kahn sont assez inégaux. Si L’Ennui m’avait assez plu et Roberto Succo m’avait conquis, ses films plus récents m’avaient laissé un peu de marbre. Avec Les Regrets, je dois dire que je n’ai pas été là non plus particulièrement convaincu… Les personnages manquent de crédibilité, en particulier celui de Bruni Tedeschi, dont l’attitude et le jeu ne sont pas toujours en adéquation avec l’environnement décrit pour le personnage. Certaines scènes sont téléphonées tandis que d’autres sont tout simplement improbables. De plus, la mise en scène n’est pas particulièrement inspirée et manque cruellement de dynamisme et ce n’est pas le montage sur une bande-son faussement moderne qui réussit à racheter le tout. Reste peut-être une photographie plutôt jolie et qui rend justice aux paysages qui peuplent par moments le film.

Dimanche 30 septembre

Sur mes lèvres (réal. Jacques Audiard, 2001)

Troisième long métrage du réalisateur, après deux premiers excellents films, Sur mes lèvres est certainement aussi son plus abouti à ce jour, tant dans la forme que dans le sujet (bien que je n’ai pas encore vu De rouille et d’os). D’abord le casting est impeccable, le duo Cassel-Devos fonctionnant à merveille : entre le personnage féminin refermé sur son monde intérieur et l’ex-taulard en quête d’une rédemption, mais dont les anciennes habitudes reprennent vite le dessus, il se crée une alchimie explosive mais touchante et intrigante aussi. Olivier Gourmet en patron de bar louche et mafieux est lui aussi tout à fait dans son rôle, y compris dans la scène finale de « massacre » où son jusqu’au-boutisme est digne d’un drame flamboyant. La mise en scène est comme toujours chez Audiard à la fois très construite (les cadres ont une composition souvent sur plusieurs niveaux avec des jeux subtils de flous et d’arrière-plan) et en même temps suffisamment nerveuse pour ne pas paraître classique. Mention spéciale bien entendu au montage sonore, en parfaite adéquation avec le sujet du film et qui permet au cinéaste de plonger le spectateur dès les premières images du film dans l’univers du personnage de Devos. L’intrigue est digne d’un bon polar à la française, chiche, mais expéditive et permet aux délicates relations entre les personnages et à la profondeur psychologique de leur caractère de pouvoir s’épanouir pleinement. A aucun moment Audiard ne se perd en évènements ou scènes inutiles, le film est un bloc condensé de sens, tant sur son sujet, que sur ses aspirations d’ambiances et de psychologies des individus qu’il dépeint.

Posted in Cinéma | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Deux semaines de films – du 23 août au 2 septembre 2012

Posted by Axel de Velp sur 10 octobre 2012

 Toujours en rattrapage des séances de la fin de l’été et de la rentrée, vous trouverez ci-après 5 critiques, aux ambitions diverses et sur des films très différents les uns des autres. En espérant que des envies de (re)découvertes vous titillent après cette lecture, je vous dis à la prochaine…

Jeudi 23 août

Expendables 2 (réal. Simon West, 2012)

Malheureusement cette suite est bien en-deçà du premier opus, qui avait, lui, été réalisé par Stallone lui-même. La faute certainement à un film qui se prend bien moins au sérieux que le premier. D’abord les cameo de Willis, Schwarzenegger, Van Damme et Norris n’en sont plus vraiment et travaillent énormément les gros clins d’œil à leurs carrières respectives. Si tout cela peut prêter à sourire, la première conséquence est d’éloigner le film d’un traitement plus brut (plus bourrin diront certains), qui avait été le point fort du premier film et même des précédents films de Stallone (dont le John Rambo de 2008 en était un parfait exemple). Finalement si Expendables 2 loupe le coche, c’est bien moins parce que sa réalisation est confuse et peu aboutie (la faute à un réalisateur qui ne fut jamais vraiment inspiré sur aucun de ses films – Simon West), que les scènes d’action sont très clairement un cran en-dessous, mais surtout parce qu’en choisissant de traiter son sujet avec ironie et humour, le film ne fait que rattraper tous ceux de la fin des années 90 et début 2000, qui n’avait plus la force et la radicalité (et l’insouciance aussi, voire l’immoralité parfois malheureusement) des films d’action des années 80.

Dimanche 26 août

To be or not to be – Jeux dangereux (réal. Ernst Lubitsch, 1942)

Comédie « dramatique » sur le nazisme et la Seconde Guerre Mondiale, tourné en plein milieu des événements qu’il dépeint, le film de Lubitsch démontre toute la force comique du cinéaste, à la fois dans une écriture intelligente et drôle, mais aussi dans un vrai souci de mise en scène comique, qui emprunte à la fois au théâtre de boulevard (l’inspiration est logique au regard du sujet du film), et au burlesque. Bénéficiant d’un excellent casting, dont l’équilibre des talents n’est jamais compromis, To be or not to be est avant tout un film pour et sur les comédiens. Mais en osant s’attaquer au nazisme, le cinéaste n’oublie pas de s’intéresser à un sujet contemporain et sérieux, comme il le fera souvent tout au long de sa carrière. En traitant ce sujet par le biais de la comédie à cette époque, il nous donne à nous spectateurs d’aujourd’hui, une leçon à la fois d’humilité sur ce qu’est un engagement politique et idéologique, même lorsque l’on est un artiste de la comédie, et une leçon de cinéma, comme Chaplin l’avait fait avec Le Dictateur deux ans auparavant.

Mardi 28 août

Les Vacances de Monsieur Hulot (réal. Jacques Tati, 1953, version 1978)

Plusieurs fois remonté par le cinéaste lui-même, le film de Tati n’a pas perdu aujourd’hui de sa force comique. Héritier du burlesque originel, Tati sait jouer avec son corps et les décors qu’il met en scène. L’hôtel, la plage, la voiture, les bateaux, tout n’est que prétexte pour que le corps « désordonné » de Monsieur Hulot n’ait de cesse de chercher à s’accorder avec le monde extérieur, avec force gags et gaffes. Appuyé par une bande son qui colle toujours parfaitement aux situations et vient elle-aussi travailler les effets comiques des différentes scènes, le film donne toute sa force, alors même que très peu de dialogues viennent nourrir l’écriture profondément visuelle du film. Sans-gêne par distraction, culotté par excès de prudence ou de politesse, le personnage de Tati bouscule aussi les habitudes et les certitudes de la petite bourgeoisie qu’il a choisi de gentiment railler, tout en étant très conscient qu’il en est lui même issu…

Vendredi 1er septembre

L’Armée des ombres (réal. Jean-Pierre Melville, 1969)

Certainement mon œuvre préférée sur le sujet de la Résistance française pendant la Seconde Guerre Mondiale, le film de Melville est une épopée intime aux accents tragiques. Le choix de la voix-off, donnant un côté littéraire au film, héritage logique de l’adaptation de l’œuvre de Kessel, permet au spectateur de se faire le témoin intime des tourments que traverse le personnage principal, magistralement interprété par Lino Ventura. Le film est soutenu par une mise en scène impeccable, avec des plans longs et donnant de l’ampleur au jeu des comédiens (tous excellents, tout particulièrement Signoret, Meurisse et Barbier), tout en sachant ménager un cadre et une composition qui fassent la part belle aux ambitions esthétiques du film. Baigné dans une photographie dont les nuances de gris semblent infinies, le film apporte visuellement un cachet « naturaliste » au sujet qu’il aborde. Mais Melville sait pertinemment que son film appartient au registre de la fiction et il se permet quelques entorses à la réalité, qui ne servent uniquement qu’à asseoir son propos dans un cadre poétique et dramatique. De ce film, tout le monde connaît la scène de fusillade dans le tunnel et le choix que Gerbier (Ventura) fait au début de cette scène. L’acte de résistance par excellence : celui qui résiste non plus à un ordre extérieur, hétérogène à la volonté de l’esprit et du corps, mais celui de l’esprit qui résiste contre son propre corps, son instinct de survie, pour ne pas offrir à l’officier SS ce que celui-ci attend. Bien entendu, Gerbier ne résiste pas longtemps, la survie étant ancrée en chaque être humain, plus profondément que le désespoir et le renoncement, mais Melville montre ici ce qu’est la force de caractère et comment la puissance d’une idée peut s’opposer à celle de la terreur. D’ailleurs à la fin du film, il nous sera dévoilé qu’ une nouvelle fois arrêté, Gerbier décidera bien cette fois-là de ne pas courir, du tout !

Cette scène est certainement la plus connue du film et pour de bonnes raisons. En revanche, ce qui est moins connu, c’est ce plan étrange que l’on peut relever dans ceux qui précèdent la fusillade à proprement parler. Gerbier et ses co-détenus avancent dans le couloir qui va les amener devant les mitrailleuses. Il se rappelle alors des moments vécus, an autant de plans insérés dans le montage : la mort du traître, une balade avec Mathilde, une jeune anglaise dans un bar ET un livre de Luc Jardie – le Patron – dont le titre est « Transfini et continu ». Seulement voilà, si tous les autres inserts renvoient à des images précédemment vues dans le film, il n’en est rien de celle-ci… Alors notre sentiment à la première vision du film, c’est que cette image est celle d’un souvenir « hors-champ », un souvenir qui ne renvoie à rien d’intelligible pour le spectateur. Sauf que voilà, quelques minutes après la fin de la fusillade, alors que Gerbier s’installe dans sa planque pour se faire oublier, il regarde quelques bouquins et, surprise, il prend dans ses mains le livre en question, « Transfini et continu ». Le plan est exactement le même que celui d’avant la fusillade. Étrange coïncidence, non ? Bien sûr, on peut penser qu’il s’agit là d’une simple erreur de montage, d’une économie de moyens sur les plans, ou au pire d’un usage de la figure de l’insert comme simple contenant prêt à remplir sa fonction de bouche-trou… Mais je me refuse de croire à de telles explications. Melville n’est pas un réalisateur de seconde zone et les personnes qui travaillaient avec lui sur le film non plus. Alors quid de ce plan ? Comment se fait-il que le cinéaste, dans un film dont le naturalisme est posé comme ambition esthétique, se permette ce que nous nommerions aujourd’hui un « fast-forward » ? L’explication est-elle à chercher du côté du discours tenu par Gerbier alors qu’il marche vers la mort et surtout par sa conclusion finale : à force de ne pas croire sa mort possible jusqu’au dernier instant (qui sera le fondement même de son acte de résistance quelques minutes plus tard), on ne mourrait finalement jamais… Et si l’on ne meurt jamais, c’est donc que l’on est immortel, que la vie est un grand tout qui n’a ni fin donc ni commencement, qu’elle se referme sur elle-même… Elle est « continue » et si le transfini du livre renvoie à la notion de Mathématique qui veut que les nombres transfinis soient des nombres ordinaux (c’est à dire indiquant une position) dans un ensemble ordonné infini, alors il n’y a qu’un pas à franchir et je me permettrai de le faire : Gerbier au moment de ne pas croire qu’il va, ou plutôt, qu’il peut mourir, en acquiert même la certitude, puisqu’il a une vision du futur : événement possible car bien que transfini (occupant une position précise dans un ensemble ordonné infini – chef de cellule de la Résistance), il est néanmoins continu… Melville finalement ne fait que prolonger l’idée émise tout haut par Gerbier ensuite : la force de la volonté de l’esprit sur celle du corps transcende la peur, mais aussi le temps et l’espace, elle est fondamentalement ce qui nous permet de résister, face à soi et aux autres !

Dimanche 2 septembre

Le Mystère Silkwood (réal. Mike Nichols, 1983)

Réalisé par le cinéaste qui nous a donné entre autres Le Lauréat, Catch 22, Primary Colors, La Guerre selon Charlie Wilson, le film dépeint l’histoire vraie de la lutte d’une ouvrière d’une usine de traitement de déchets nucléaires contre sa hiérarchie et le lobby nucléaire américain. Film autant sur les dangers du nucléaire (entre 1971 et 1983, les USA connaîtront au moins 4 accidents nucléaires importants, dont celui de Three Mile Island) que sur la lutte syndicale en général, Silkwood ne ménage ni son sujet ni son propos. Film engagé, il dénonce sans ambages des conditions de travail honteuses et dangereuses, où l’exploitation des hommes est véridique, quand bien même elle se fait de manière dissimulée. On ne peut qu’être horrifié devant les scènes de « douche » pour la décontamination des ouvriers irradiés. Nichols suit avec intelligence la descente aux enfers du protagoniste principal, qui alors même qu’elle apprend sa condamnation médicale ne lâchera jamais la lutte, au point que sa mort reste toujours aujourd’hui suspecte. Le casting est excellent : Meryl Streep est convaincante et habitée par le rôle ; Cher en amie lesbienne est étonnante de naturel (bien qu’elle joue, comme souvent dans sa carrière, un rôle presque taillé sur mesure à son exubérance) et Kurt Russell en petit ami bourru est tout simplement étonnant de par la présence qu’il donne à chacun des plans où il apparaît. Un must-see en ces temps de remise en question de l’énergie nucléaire et de ses conséquences, y compris lorsque tout « se passe bien »… !

Posted in Cinéma | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »