"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Deux semaines de films – du 1er au 14 octobre 2012

Posted by Axel de Velp sur 2 novembre 2012

Je continue de « rattraper » mon retard. Cette fois-ci, c’est presque une dizaine de films que je vous propose. Quelques nouveautés en salles de ces derniers jours, mais aussi du plus ancien. Du film de genre, de l’humour, du drame, mais avant tout des films que je vous recommande chaudement, chacun pour ses propres raisons…

Lundi 1er octobre

Des hommes sans loi (réal. John Hillcoat, 2012)

Repéré pour son western à la très bonne réputation, The Proposition (2005), et remarqué à nouveau pour son excellente adaptation du roman de Cormac McCarthy, La Route (2009), John Hillcoat continue de s’intéresser à la part d’ombre du mythe américain avec Lawless. Il se penche cette fois-ci sur une histoire vraie de bootleggers de la Virginie dans les années de la Prohibition. Violent, rythmé, intelligent dans sa mise en scène, avec une photographie très crépusculaire, le film retranscrit à merveille ce qu’à pu être l’ambiance de cette période là. Même s’il a tendance à faire l’apologie d’une certaine forme de crime, il n’en reste pas moins critique sur les dérives de telles pratiques, mais surtout sur les dérives de ceux qui sont censés faire régner la loi. Tout l’enjeu du film se situe dans cet affrontement entre deux conceptions de la loi et de la liberté, et dans l’affrontement extrême qui en résulte. Les hommes sans loi évoqués par le titre ne sont pas cantonnés à ceux qui l’enfreignent, bien au contraire. La déchéance d’une Amérique qui ne sait plus comment traiter son mal-être et en vient à recourir à la Prohibition, est le lieu idéal pour concrétiser le désir de violence et de mort de ceux qui possèdent un semblant de pouvoir, qu’ils soient flics ou voyous. La force de la véracité de l’histoire tient dans son dénouement. La scène quasi-finale de règlement de comptes entre flics et voyous sert de catharsis à l’expression d’une violence plus ou moins sourde et permet à l’histoire de reprendre son cours normal, d’autant que la Prohibition sera abolie très peu de temps après. Pour le casting, on notera avant tout les excellentes prestations de Tom Hardy et Guy Pearce, ou celle plus discrète de Gary Oldman, qui toutes trois occultent largement celle de Shia Labeouf, assez fade et peu convaincante.

Mercredi 3 octobre

Un plan simple (réal. Sam Raimi, 1998)

Revoir ce film après tant d’années est toujours un réel plaisir. La qualité de l’écriture, l’engrenage diabolique de l’appât du gain sur la psychologie et les motivations des personnages est toujours d’une efficacité redoutable. Si Raimi dénonce ici les travers d’une Amérique cupide, il le fait avant tout par le prisme d’une Amérique abrutie par le délaissement de ses campagnes profondes et de la fin annoncée du rêve américain, qui pousse les protagonistes de ce drame à agir comme ils le font. Le casting est convaincant (remarquable Billy Bob Thornton), et si l’on peut reprocher au cinéaste une certaine forme de misogynie dans cette histoire de « mecs », les actrices accomplissent néanmoins à merveille les rôles qui leur ont été confiés. La mise en scène comme à son habitude chez Raimi est très inspirée, la photographie est splendide, en particulier dès qu’il y a un peu de soleil sur la neige et le film se moule parfaitement dans cette imagerie américaine de petit coin de (faux) paradis perdu, hors du temps et de la réalité. Mais l’argent, la violence qui l’accompagne (et pas seulement celle qui va exploser parmi les protagonistes mais aussi celle figurée par l’argent lui-même – enlèvement, mafia ?), le chômage, la perte des idéaux et des espoirs de jeunesse, sont autant de révélateurs que ces « paradis perdus » le sont vraiment et pour toujours et qu’ils doivent maintenant réintégrer la réalité d’une Amérique en crise sur ses valeurs, au crépuscule du XXème siècle…

Jeudi 4 octobre

Les Enfants loups, Ame & Yuki (réal. HOSODA Mamoru, 2012)

HOSODA a déjà une carrière bien remplie : animateur ou animateur-clé sur de nombreuses séries à succès et parfois réalisateur de nombreux films à licence (One Piece, Digimon, Samurai Champloo), il est connu depuis quelques années en Occident pour ses deux précédents films, La Traversée du temps et Summer Wars. Avec ce dernier film, le cinéaste explore encore le fantastique : des enfants-loups nés d’un père lycanthrope, mort peu de temps après leur naissance, sont élevés par leur mère seule. Son humanité « simple » à elle la désarçonne quant à la marche à suivre pour s’occuper de sa progéniture. Après avoir tenté de survivre en milieu urbain, elle comprendra que la seule solution réside dans l’ostracisme relatif en partant s’exiler à la campagne. Là-bas, les enfants découvriront en même temps que la nature, la véritable dimension de leur capacité de métamorphose. Viendra alors le temps de faire des choix. Devenir pleinement humain, en reléguant sa nature de loup au second plan, ou bien faire le choix inverse… Outre une animation toujours aussi fluide et une mise en scène rythmée, le chara design est toujours dans la même ligne esthétique que celle des films précédents du réalisateur. Personnages longilignes, traits fins et subtils, la délicatesse du dessin et du design en général se retrouve également dans l’écriture. Souvent en non-dit et en silence, la psychologie des personnages évolue au fil du temps qui passe. HOSODA le dépeint d’ailleurs avec merveille en peignant la vie à la campagne, avec ses langueurs, sa dévotion à la terre et à ses occupations. Sans perte de rythme, le film nous emmène sur une allégorie de l’adolescence et de ses questionnements, ainsi que de la place de chacun dans la société des hommes (ou pas) !

Después de Lucia (réal. Michel Franco, 2012)

Film mexicain, dont l’intrigue se passe dans la bourgeoisie aisée, Después de Lucia raconte la lente descente aux enfers d’une jeune fille qui a perdu sa mère et va vivre avec son père à Mexico. Elle se retrouve victime d’abus et harcèlement de la part des autres élèves du lycée qu’elle fréquente, à tel point que cette situation entraînera plus d’un drame. La violence des situations et leur naturalisme donnent au film une force quasi hypnotique et en même temps très dérangeante. Tous les personnages font sens, y compris dans la circulation de leur motivation : le jeune garçon, qui avant l’arrivée de l’héroïne était le souffre-douleur, participera allègrement à son « bizutage » extrême, avant d’être le premier à se dénoncer lorsque les autorités parentales interviennent. Par ailleurs, l’intrigue ne fonctionne pas vraiment sur un principe de suspense, mais le spectateur est néanmoins fasciné par ce qu’il advient sous ses yeux. Cette captation est en grande partie due à la mise en scène. Franco privilégie les plans longs, enfermés, la caméra posée et très peu mobile. Il laisse le temps aux comédiens d’installer leurs personnages à l’écran, de leur donner corps (la manière de les filmer est ici importante). Le jeu d’acteur et la caméra ne cesse de montrer les corps comme des extensions des problèmes psychologiques que les personnages rencontrent : impossibilité de rester en place, tics, procrastination, souffle lourd d’une respiration haletante… Le titre renvoie à l’absence de la mère, qui est la seule personne omniprésente du film. Dans le long plan de début du film où le père et la fille font le trajet en voiture, son absence/présence est immanquable, comme le sera celle de la fille dans le long plan final sur la barque. La mort de l’être cher, qu’elle soit réelle, supposée ou à venir, occupe la place centrale de la construction scénaristique et de composition du cadre et des mouvements de caméra. Par ailleurs, cette focalisation sur un événement particulier à filmer, quitte à l’étirer au maximum (comme la scène de la barque ou celle du viol dans la salle de bains), montre toute la résolution des personnages à aller jusqu’au bout de leur logique personnelle. Les comédiens ne font jamais défaut aux ambitions du film, les deux rôles principaux en tête, mais aussi le casting des jeunes lycéens qui est à particulièrement réussi.

Samedi 6 octobre

Savages (réal. Oliver Stones, 2012)

Lorsque l’on regarde Savages, on ne peut s’empêcher de se dire que Oliver Stone est un cinéaste constant et dont l’âge et la durée de sa carrière n’ont finalement que peu d’effets sur la force et l’intelligence de son cinéma. Même si Savages n’est pas un film inoubliable, il n’en reste pas moins très plaisant. Qualité de la mise en scène, du rythme de l’écriture, photographie travaillée (voire maniérée mais tellement réussie), le film accumule les « bons points ». Stone n’a pas perdu de sa nervosité et de sa violence visuelle et l’on sent poindre les héritages évidents de U-Turn ou Natural Born Killers, en moins réussi cela dit. Les comédiens sont efficaces, en particulier les seconds rôles (Benicio del Toro, Salma Hayek, John Travolta) qui réussissent, l’espace de scènes qui leur sont consacrées, à voler la vedette au trio plus fade, qui compose les trois personnages principaux. Si l’intrigue n’est pas particulièrement originale et l’usage d’un vrai-faux twist de fin un peu attendu et éculé, on appréciera en revanche les nombreuses références cinématographiques qui peuplent le film, tant sur le plan visuel que sur celui du récit.

Dimanche 7 octobre

J’irai dormir à Hollywood (réal. Antoine de Maximy, 2008)

Version « grand format » de l’émission télévisée « J’irai dormir chez vous », le film d’Antoine de Maximy propose dans un étirement constant son principe de découverte d’un pays et d’une culture en allant à la rencontre des autres et en s’imposant chez eux (quitte à se casser le nez à l’occasion), pour mieux les connaître et les découvrir. Si le principe fonctionne assez bien sur une émission à la temporalité réduite et pensée donc pour, il n’en va pas exactement de même dans le cas présent. Le choix de l’Amérique eut pu semblé un choix intelligent, étant donné la grandeur du pays et la diversité des personnes et des parcours que l’on peut y croiser, mais de Maximy semble néanmoins quand même sauter de saynètes en saynètes, sans jamais trouver d’autre liant que sa propre personne. Travaillant parfois sur et parfois à l’encontre de certains clichés, il n’enfonce finalement que des portes ouvertes (c’est le cas de le dire) et à l’exception de celle de George Clooney, toutes semblent bien vouloir s’ouvrir à lui. Il est intéressant de noter que le seul échec de demande d’hospitalité présenté dans le film soit celui-là. Il y a des choses que l’Amérique ne partage pas et celle de l’opulence et de la désinvolture de ses stars en est certainement une. Finalement sans s’en rendre compte peut-être vraiment, de Maximy termine son film sur une posture bien plus politique que d’autres plus évidentes tout au long du film. La rencontre finale avec le SDF de la plage de Los Angeles résume assez bien l’Amérique d’aujourd’hui et les fossés qui existent en son sein, mais elle ne permet pas de mettre en perspective toute l’étendue des différences qui peuplent ce pays.

Mercredi 10 octobre

Resident Evil Retribution 3D (réal. Paul W. S. Anderson, 2012)

Un peu idiotement, je suis allé voir ce dernier opus de la saga cinématographique Resident Evil, sans avoir visionné le précédent. Étant donné que le film se permet de reprendre l’action exactement là ou celui d’avant s’était arrêté, j’avoue avoir été un peu décontenancé. Cependant, très vite le film met en place un résumé et le spectateur distrait comme moi retrouve très vite ses marques. C’est une caractéristique habituelle finalement de ces films de franchise que de tous se ressembler alors même qu’ils se suivent ou se précèdent (selon les choix des scénaristes). Les situations et les enjeux scénaristiques sont relativement interchangeables. Le plaisir à prendre devant eux relève alors de deux points particuliers. Premièrement, leur capacité à satisfaire les fans de la franchise dans l’exploitation de situations attendues (c’est le cas dans ce film là). Deuxièmement, une mise en scène de qualité dans le genre précis du film. Avec Anderson aux commandes, je dois avouer que j’étais assez rassuré avant même de voir le film. J’ai déjà évoqué dans mes chroniques tout le bien que je pensais de ce talentueux faiseur de films de genre. Retribution ne m’a pas déçu sur ce point précis. Quelques scènes m’ont particulièrement séduites : la bataille à mains nues dans le couloir futuriste, à la sortie de la zone de Tokyo, la course poursuite dans Moscou, la scène finale sur le lac glacé, en particulier le plan magnifique de la pyramide de zombies amphibies venant des profondeurs glacés…

Soul Kitchen (réal. Fatih Akin, 2009)

Comédie dramatique assez réussie, Soul Kitchen s’éloigne néanmoins des préoccupations habituelles de Fatih Akin. Si le film prête plus à sourire qu’à franchement rigoler, c’est peut-être parce qu’il hésite constamment à se placer dans sa double appartenance de genre. Pas assez drôle par moments, le film n’arrive pas non plus à nous faire croire suffisamment au sérieux de certaines situations, car leur résolution est bien trop peu « réaliste ». Le casting est cependant de grande qualité et l’on s’étonne toujours devant ces films allemands où les comédiens sont irréprochables, de ne pas profiter d’eux plus souvent. La photographie de Hambourg magnifie la ville et la réalisation est elle toujours aussi inventive, malgré un léger essoufflement sur quelques gimmicks de caméra un peu trop utilisés par le cinéaste. En revanche le travail sonore du film est exemplaire et la bande originale, un réel plaisir pour les oreilles (et la bonne humeur) !

Dimanche 14 octobre

Zazie dans le métro (réal. Louis Malle, 1960)

Revu pour la première fois depuis plus de vingt ans, je dois reconnaître que mes souvenirs du film n’étaient pas très nombreux et précis. Néanmoins, j’ai tout de suite retrouvé la magie, l’humour si particulier et le caractère « foldingue » de ce film hors du commun. Troisième film de fiction du cinéaste, adapté du roman de Queneau, Zazie dans le métro reste encore aujourd’hui un film d’une rare intelligence et d’une grande force comique (autant avec les petits que les grands). Il nous propose un voyage dans l’imaginaire enfantin confronté au monde incongru et pittoresque des adultes. Mais il est aussi une critique satirique de la vie parisienne à la fin des années 50, et il n’hésite pas à dépeindre une insouciance mêlée à des restes de nostalgie de la Seconde Guerre Mondiale, qui ne signifient rien pour une enfant de 12 ans. Ce qui intéresse Zazie, c’est le métro : symbole d’une fausse modernité, qu’elle voudrait prendre en marche, mais qu’une grève est venu immobiliser. Elle finira par apprendre la douce folie du monde adulte, au travers des errements amoureux de son oncle et de plein d’autres personnages alentours. Par une mise en scène très rythmée, un montage assez nerveux pour l’époque, une direction d’acteurs exemplaire, avec un jeu plutôt loufoque, Malle donne naissance aux personnages de Queneau. Il est aidé en cela par une distribution de qualité, comme la France pouvait en fournir dans ces années-là : Philippe Noiret y apparaît dans l’un de ses premiers rôles au cinéma et déjà l’on peut sentir chez lui une présence à l’écran remarquable et la grande diversité de son jeu.

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Deux semaines de films – du 21 mai au 3 juin 2012

Posted by Axel de Velp sur 4 juin 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Une fois de plus, je réunis les films visionnés sur deux semaines au lieu d’une. Entre deux « redites » de qualité et trois découvertes, on va de l’intimité des êtres et de des couples, à la bêtise humaine et la folie obsessionnelle, en passant par l’immensité spatiale, l’horreur de ce qui nous est étranger et la décadence de la société humaine contemporaine. Il n’y a vraiment que le cinéma pour vous transporter aussi près et aussi loin de soi, sans jamais quitter son champ de vision restreint…

Jeudi 24 mai

7h58 ce samedi-là (réal. Sidney Lumet, 2007)

Décidément Lumet est à la fête avec moi en ce moment. Je n’avais pas revu ce film depuis sa sortie en salles, mais la très bonne impression qu’il m’avait laissée à l’époque s’est confirmée lors de cette seconde vision. Baignant dans son genre de prédilection, le « polar dramatique », le cinéaste, qui signait ici son dernier film, nous fait plonger une fois de plus dans les affres de petits criminels sans grande intelligence. La déchéance morale des personnages principaux est trop grande pour qu’elle ne contamine pas toute la trame : l’aîné qui sans vergogne s’attaque à sa famille, le cadet incapable de surmonter son complexe d’infériorité et son statut de chouchou, la femme mariée qui trompe parce qu’elle ne sait pas comment traduire autrement son angoisse, le père qui cherche dans la vengeance son ultime salut d’avoir manqué l’éducation de ses fils. Lumet montre comment l’engrenage du jeu, des dettes, de la drogue, du mensonge, mais surtout la bêtise humaine et l’incommunicabilité des hommes entre eux poussent au désespoir, au crime et à la violence. Il le fait avec une mise en scène très classique dans sa forme visuelle (le cadre est toujours très bien composé, la photo est bien calquée sur les émotions des personnages, les mouvements de caméra sont fluides – le 1er long plan dans l’appartement du dealer est à ce titre une vrai leçon de mise en scène) et une construction déstructurée mais jamais confuse pour ce qui touche à la narration. De plus, le film est servi par des acteurs au mieux de leur forme : Hoffmann, Hawke, Finney sont impressionnants par leur présence à l’écran et la crédibilité de leur jeu. Tous les cinéastes ne nous disent pas adieu avec autant de panache et de talent. Chapeau bas, M. Lumet !

Dimanche 27 mai

The Pledge (réal. Sean Penn, 2001)

Sean Penn est incontestablement un très grand comédien. Pour ce qui est de son statut de réalisateur, il est indéniable qu’il restera secondaire, mais pour autant, il nous a donné jusqu’à présent des films très réussis. The Pledge est avant tout un film d’ambiance, reposant sur son acteur principal (excellent Jack Nicholson), mais Sean Penn, comme à son habitude, a su s’entourer de collaborateurs qualifiés. La photo met très bien en valeur cette Amérique profonde où la forêt, les montagnes enneigées, les rivières, les diners, les gros trucks sont à mille lieux d’une Amérique technologique et impersonnelle et la bande originale s’en fait l’écho en une harmonique quasi parfaite. Sean Penn est fasciné par les espaces ouverts (son choix d’adapter Into The Wild en est un autre exemple) et les personnages complexes dont l’esprit est comme un paysage à découvrir et à analyser… Si l’on peut regretter que la « vérité » du récit appartienne au seul spectateur (Nicholson n’est pas vraiment fou), car cela vient brouiller quelque peu l’écriture de la progression psychologique du personnage, on ne peut s’empêcher d’accompagner ce flic à la retraite sur la pente douce des plaisirs simples de la vie. Malheureusement la violence sourde qui est tapi au creux de la nature en bordure de la vie des hommes ne manque jamais de rattraper la normalité d’un monde, où de plus en plus de nos aïeux finissent comme Jack, délaissé sur le bord d’une route, où plus personne ne s’arrête et où la folie et la mémoire sont les seuls compagnons qu’ils leur restent pour la fin du voyage.

Mardi 29 mai

The Deep Blue Sea (réal. Terence Davies, 2011)

J’avoue être toujours partagé devant les mélos. En effet, je ne peux m’empêcher la plupart du temps d’être happé par la force des sentiments déployés dans ces films (du moment qu’un minimum de talent en est à l’origine), tout en ayant du mal à ne pas ressentir une certaine distance envers ce genre, dont beaucoup de références appartiennent aujourd’hui à la Grande Histoire du Cinéma. J’avoue également que le mélo britannique ne m’est pas très familier, il est donc probable que je sois passé à côté de références spécifiques ou culturelles ; cependant pour ce qui est du film de Davies, plusieurs éléments en font sa force et sa qualité. Tout d’abord les comédiens sont exemplaires. Le film gagne énormément par leur jeu, tout en mélange de finesse et de force brute (selon les scènes), alors que la narration complique à dessein l’identification et la compréhension. C’est une des autres forces du film, sa structure. Construit sur des flash-backs (en particulier le début du film), le récit se déploie progressivement et ne dévoile que par à-coups les ressorts dramatiques qui poussent les personnages à agir (ou pas…). Enfin, la mise en scène est d’une très bonne facture classique (bien que la photo soit très inégale), même si par moments le réalisateur ose s’essayer à de très beaux effets de caméra : la scène de « lit » au début du film ou le « souvenir » du métro en sont des exemples frappants.

Jeudi 31 mai

Prometheus (réal. Ridley Scott, 2012)

Que dire de ce film que beaucoup auront attendus pendant très longtemps… Je dois avouer que depuis près d’une semaine que je l’ai vu, j’ai très souvent été amené à en discuter ou à y réfléchir et que je suis loin, alors que j’écris ces lignes, d’avoir complètement arrêté mon avis sur lui. Il me semble d’abord important de ne pas oublier que le projet initial du film ne devait rien avoir de commun avec la saga Alien, mais l’insistance de la production aura eu raison des hésitations de Scott. Cette double parenté, le film la porte en lui comme une tare qui n’a de cesse de venir compliquer son déploiement. Chaque scène est travaillée par deux logiques : celle propre au film Prometheus et à son sujet sur la création de l’Humanité (qui, soit dit en passant, fait un clin d’œil scientiste au garants du créationnisme version technologique) et celle propre à la saga Alien, avec tout son lot de référents « à venir » qu’elle est censée mettre en place. Ce double travail génère d’abord querelles ou remarques des fans (dont je fais partie), sur le nom de la planète (LV-223) qui n’est bien évidemment pas celle du premier Alien, sur les parentés de Peter/Charles Weyland, etc. La FOX a toujours su jouer de cet univers (déjà les deux Aliens vs. Predator étaient bourrés de clins d’œil aux fans), il n’est pas étonnant que là encore ce soit le cas. D’ailleurs cela se fait intelligemment et la grande qualité de la direction artistique dans les décors, les costumes, les effets visuels, ne nous mettent à aucun moment face au syndrome « Star Wars prequel » (où la technologie d’avant semblait bien plus opérante, fonctionnelle et moderne que ne le sera celle d’après…). Mais au-delà de tous ces détails (non négligeables mais secondaires quant au véritables enjeux du film et à son discours), cette double origine vient à mon sens grandement perturber le film. D’abord dans l’écriture des personnages, car ils sont pour la plupart monolithiques au possible (exception faite bien entendu de David – Fassbender étant décidément un acteur sur lequel compter) et beaucoup d’entre eux sont mêmes complètement inutiles au regard de l’importance que le film semble vouloir leur accorder (Charlize Theron et Idriss Elba en sont ici pour leurs frais). Ensuite beaucoup de scènes clés du film font les frais aussi de cette parenté bicéphale. Certaines font implicitement appel aux scènes clés identiques de la saga (je pense ici par exemple à celle du retour au vaisseau et de la question de la quarantaine) dans une logique de référence intelligente tandis que d’autres ne sont là que pour servir le rattachement du film à la saga, minant ainsi son discours central. Mes dernières remarques négatives seront pour la musique du film que je trouve particulièrement mal choisie et pour les comédiens. Si ce n’est Fassbender, aucun ne trouve grâce à mes yeux, la faute à une écriture des rôles que j’ai déjà qualifié de ratée, et la performance la pire de toutes me semble malheureusement bien être celle de Noomi Rapace, sous Sigourney Weaver dont l’ombre plane sur le film du début à la fin (bien malgré elle – mais là encore le rapprochement avec Alien est obligatoire de par l’univers du film et son ontologie). Après tout cela, on ne peut pas ne pas reconnaître la maestria de Scott à la mise en scène. Qu’il s’agisse de l’intégration des effets visuels numériques, des choix de mise en scène, du traitement 3D reflief postproduit, tout est de très grande qualité. Le film ne nous lâche pas de la première à la dernière minute, le rythme est soutenu et les ambitions « sci-fi » sont suffisantes pour faire rêver et/ou réfléchir à cette idée très répandue dans le genre de « grands Ingénieurs » qui auraient créé l’Humanité. On enchaîne quelques séquences mémorables : la découverte de la base des Ingénieurs, la « césarienne », la carte des étoiles, la naissance du « premier » Alien… Mais s’il ne fallait retenir qu’une seule chose du film de Scott, c’est bien entendu le personnage de David, parfaite synthèse (avant l’heure) d’Ash et Bishop, reflet inquiétant de l’humain et de l’inhumain, parfaitement incarné par un acteur de plus en plus surprenant. Au final, un très grand film de SF, qui souffre malheureusement d’ambitions contradictoires, et dont la pire des conséquences se concrétise dans une très mauvaise écriture des personnages…

Dimanche 3 juin

Cosmopolis (réal. David Cronenberg, 2012)

Très difficile d’écrire sur un film aussi dense et aussi particulier que peut l’être le dernier chef d’œuvre de Cronenberg. Cinéaste inattendu ces dernières années, lorsqu’il prenait avec succès le virage initié par A History of Violence, il revient avec force et conviction sur des terrains plus connus avec Cosmopolis. Flirtant avec la philosophie empirique qu’il a toujours interrogée, Cronenberg pose avec Cosmopolis sa vision du monde moderne et ses dérives face aux errances morales du capitalisme et de la finance. Mais au-delà de la critique simpliste d’un monde fasciné par les apparences et la vacuité, Cronenberg pose aussi la question plus large du rapport de l’homme à lui-même et à ses semblables : la question des rapports de force qu’ils soient professionnels, amicaux, sexuels, amoureux, ou familiaux… Finalement avec le choix de Robert Pattinson (Eric Packer) comme symbole du male dominant, Cronenberg ne fait qu’entériner un choix que la mode du marketing global aurait imposé d’elle-même. Seulement ce symbole est petit à petit dominé par les événements ou par ceux qui l’entourent, et malgré quelques sursauts de réaffirmation de sa suprématie supposée (le meurtre du garde du corps, son choix du coiffeur – qui n’est pas innocent puisqu’il le renvoie à une soumission ancienne, celle de son père, son choix d’en partir avant que la coupe ne se termine), il finira par être complètement submergé par un environnement qu’il ne peut contrôler. Cet environnement est à l’opposé de ce qu’était sa voiture ultramoderne et aseptisée, huis-clos mobile dans et hors le monde, bulle où entrent et sortent toutes sortes de gens et de choses mais uniquement selon le bon vouloir de celui qui le contrôle. L’environnement final où Eric vient se perdre et comprendre l’inanité de sa condition est un grand « foutoir » où se mêlent poussière, déchets, objets défectueux. C’est dans cette ruine où s’amoncellent les traces d’une grandeur passée et d’une organisation révolue des hommes qu’Eric essaie de repousser l’inévitable. L’homme qu’il y trouvera n’est que le miroir de ce qu’il aurait pu devenir : en un sens la fin non résolue du film à l’écran n’a pas besoin de s’inventer ou de se deviner car elle est dans la logique même des choses. Tout ce qu’Eric représente n’a qu’une fin possible, la destruction de la vie : telle est la finalité du capitalisme sauvage, y compris sa propre auto-destruction.

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