"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Entre fin du monde et fin de Bond…

Posted by Axel de Velp sur 29 novembre 2012

Entre un film quasi-inconnu du début des années 80 et le dernier James Bond à être sorti sur les écrans, je fais donc le grand écart dans cette publication, mais quelque soit le film, je les recommande tous les deux vivement !

Virus

(réal. FUKASAKU Kinji, 1980 – vu le 18 octobre 2012)

Curiosité cinématographique, le film de FUKASAKU est une production nippone internationale, dont le casting est à 90% anglo-saxon et dont l’action se situe pour l’essentiel hors de l’Archipel. Film de fin du monde, Virus raconte comment l’humanité trouve sa perte dans la libération accidentelle d’un virus mortel créé par l’homme. Dépeignant un anéantissement global de la population (seuls quelques centaines individus survivent au Pôle Sud), le film du cinéaste nippon ne s’épargne aucune situation découlant de cette situation extrême : scènes d’apocalypse urbain, obligation de concertation internationale, mais surtout peut-être la scène la plus impressionnante du film, celle où il faut débattre de la condition des 11 seules femmes survivantes au sein de la population humaine et qui vont devoir servir de « vivier » pour rebâtir une humanité et satisfaire à l’épanouissement sexuel des hommes survivants. Le film malgré ses deux heures quarante en version intégrale se regarde sans broncher de bout en bout et par le biais d’une narration en flash-back ne ménagent aucunement le spectateur sur les tenants et les aboutissants de l’évolution des motivations de chacun des personnages. Le final est peut-être le plus impressionnant où un survivant japonais parcourt tout le continent américain, de Washington D.C. jusqu’au tréfonds de la Patagonie, dans l’unique espoir de revoir la femme qu’il aime. FUKASAKU va aux limites de la logique du film et termine sur des plans somptueux d’apocalypse, peuplés uniquement par la silhouette d’un homme seul, avant de redonner quelque espoir et de dire sa profonde croyance en l’avenir de l’humanité dans la survivance des femmes et de leur prédominance sur les cultures à venir.

Skyfall

(réal. Sam Mendes, 2012 – vu le 29 octobre 2012)

Avec Skyfall, la saga Bond revient à un film de grande qualité après l’oubliable Quantum of Solace. Si Casino Royale réinventait le mythe (héros blond, amoureux d’une seule femme, admis à devenir un « double zéro », etc.), Skyfall ancre le mythe dans le réel par le biais d’une plongée dans son passé et dans la constitution de sa légende. Passons sur la supposée « mort » de 007, puisque Skyfall n’est pas le premier film à la mettre en scène, bien que cette fois-ci à l’exception de Bond lui-même, tout le monde pense qu’il est effectivement décédé. Là où Skyfall se démarque vraiment et vient renouveler la saga, c’est dans l’établissement implicite de relations intimes et non-dénuées d’une certaine tension affective entre Bond et M. Renouvellement aussi dans la figure du méchant, sorte de double maléfique (et gay, le jeu exagéré) de 007, « enfant illégitime » de M (si Bond est considéré comme un enfant « légitime »). La distribution est excellente : Craig toujours aussi impassible dans son rôle du plus grand agent secret de l’histoire du cinéma, Judi Dench incroyable de sensibilité dissimulée derrière le masque froid de son interprétation et bien entendu Javier Bardem qui, bien que cabotinant quelque peu, remplit l’écran avec une facilité déconcertante, presque à en voler la vedette à Craig. Au-delà de l’excellente qualité scénaristique et narrative du film, Skyfall est qui plus-est très bien réalisé. Sam Mendes ne déroge pas à sa réputation et à la qualité de ses précédents films (American Beauty, Les Sentiers de la perdition, Jarhead, etc.). La photographie est aux petits oignons et quelques scènes relèvent purement d’une esthétique quasi sur-réelle (la bagarre dans le building chinois, l’entrée en scène de Craig dans le casino, les landes écossaises et leur ambiance « primitive »). L’emploi de la profondeur de champ et du passage du flou au net comme révélateur des enjeux du cadre sont omniprésents et ce dès le début du film : ainsi ce plan superbe où la silhouette de Bond floue arrive du fond du cadre, avant qu’il ne le remplisse quasi entièrement au premier plan et que son visage devenu net ne vienne se découper sur des jeux d’ombres et de lumière francs, que le spectateur ne pouvait imaginer au départ.

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Une semaine de films – du 2 au 8 juillet 2012

Posted by Axel de Velp sur 16 juillet 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Semaine peu riche, mais avec une belle surprise pour démarrer, car je n’aurai pas cru que le Tintin de Spielberg me séduirait autant. Le reste est inégal et peu profond, mais néanmoins divertissant, avec à chaque fois des raisons différentes !

Jeudi 5 juillet

Les Aventures de Tintin : le secret de la Licorne (réal. Steven Spielberg, 2011)

Après avoir vu ce Tintin « nouvelle sauce » sur mon écran HD, je regrette vivement de ne pas avoir pris le temps d’aller le voir en salles (en 3D pourquoi pas ?). Évacuons la question de l’adaptation (qui me semble être un faux problème comme souvent avec cet exercice) : je la trouve très correcte dans son respect global d’un univers, bien évidemment avec des choix de rythme et d’action qui, eux, sont quelque peu éloignés de l’univers originel d’Hergé, mais comment ne pas comprendre ces choix là. Les précédentes adaptations « cinématographiques » du petit reporter belge avaient cruellement fait sentir la rythmique toute particulière de la bande dessinée d’origine et la volonté de proposer quelque chose de plus moderne est un choix qui me semble cohérent dans une volonté à la fois de respect de l’œuvre, de son esprit mais aussi d’un jeune public différent de celui qui découvrait en son temps les aventures de Tintin lors de leurs parutions. Le film, même s’il ne colle pas exactement au récit du volume dont il s’inspire (nommément, Le Secret de la Licorne), en propose une relecture agréable et divertissante, remplie à foison de clins d’œil divers et variés à la saga d’Hergé. Pour mieux apprécier le travail des comédiens, dont il ne faut pas oublier que leur performance est présente à l’écran par la technologie, ici superbement démontrée, de la motion capture, j’ai choisi de regarder le film en VO. Si j’ai apprécié donc de pouvoir retrouver via leurs voix toute l’étendue du travail d’acteurs donné par Jamie Bell, Andy Serkis (excellent) ou encore Daniel Craig (excellent également), je dois quand même avouer que cela m’a fait bizarre d’entendre Milou se faire appeler Snowy ou bien de ne pas vraiment reconnaître les jurons et injures réputés du Capitaine Haddock. Maintenant venons au plus important du film selon moi : la réalisation. Spielberg et Jackson démontrent ici toute l’étendue de leur talent de metteur en scène. Plusieurs séquences sont de véritables scènes d’anthologie : l’évasion du bateau, la course poursuite dans la ville orientale, la bataille navale avec les pirates, mais parfois aussi quelques scènes simples et sans action : à chaque fois l’inventivité de la caméra dans l’univers en image de synthèses n’a rien à envier à un Zemeckis ou un Fincher…

Vendredi 6 juillet

Death Race (réal. Paul W. S. Anderson, 2008)

Au risque de me mettre à dos un certain nombre de mes lecteurs (mais un blog de critique entraîne aussi cela), je me vois contraint de dire d’emblée que je considère Paul W. S. Anderson comme un très bon « faiseur ». Réalisateur de films efficaces et plutôt réussis à mon goût dans leur genre (Resident Evil, Alien vs. Predator, Resident Evil : Afterlife), il est même le réalisateur d’un vrai chef d’oeuvre contemporain du cinéma de science-fiction et d’horreur : Event Horizon. Avec Death Race, Anderson signe un film d’action mené tambour battant, sans faute de rythme, porté par l’un des acteurs-stars du genre, Jason Statham. Alors si le film est un remake du Death Race 2000 produit par Corman et réalisé par  Paul Bartel en 1975 (avec Stallone dans le rôle titre), la nouvelle mouture est incontestablement plus réussie que l’original. Le scénario n’est pas particulièrement recherché mais la simplicité de sa structure permet au film de s’attarder sur ce qui fait tout son sel et son intérêt : la réalisation. Inventive, nerveuse, jamais classique, la mise en scène porte le film du début à la fin. Entre les scènes d’ouverture, dont le travail de la photo est d’excellente qualité, et les scènes de course en voitures, Anderson nous montre à quel point il maitrise son sujet. Le montage et les effets sonores sont redoutables tant ils accompagnent à la perfection le film et sa violence graphique très explicite. Pour parachever le tout, le casting est assez réussi et les gueules des comédiens secondaires sont raccord avec le sujet et son ambiance. En bref, un film de genre très réussi et que je conseille vivement, avec la réserve qu’il s’agit bien évidemment d’un film qui ne se prend pas plus que cela au sérieux et dont les ambitions se limitent à ce que ce type de film a à offrir.

Samedi 7 juillet

Star Wars Épisode I : la menace fantôme (réal. Georges Lucas, 1999)

Je n’avais pas revu le film depuis sa sortie, il y a une douzaine d’années et décidément, Georges Lucas aura réussi à me décevoir encore et encore… Passons d’abord sur le syndrôme « Star Wars prequel » qui veut que la technologie de l’époque de la trilogie des années 2000 soit plus avancée que celle des années 80, alors qu’elle se déroule plusieurs décennies avant. Si l’on comprend bien que les avancées techniques en termes d’images de synthèse sont telles que des différences évidentes allaient se faire jour, il aurait fallu faire des choix esthétiques qui auraient travaillé dans le sens inverse (à l’instar de Prometheus et de son vaisseau, en rapport avec le premier Alien). Or justement Lucas ne va pas du tout faire ce choix là, bien au contraire. L’esthétique de cette prequel est particulièrement aseptisée et beaucoup trop technologique et colorée par rapport à la trilogie originelle. Ensuite, l’écriture est ampoulée, et le choix évidemment suspect du personnage de Jar Jar Binks est une grossière erreur de « casting » ; même ma fille de 7 ans le trouvait énervant. Au final, le film se traîne et l’on peut sentir le désir de la production d’en tirer un maximum de produits dérivés dans la succession de scènes que le film propose. Heureusement, les deux épisodes qui suivront seront bien plus réussis que cette médiocre mise en bouche de l’une des sagas les plus célèbres de l’Histoire du cinéma.

Dimanche 8 juillet

L’Âge de glace 4 : la dérive des continents (réal. Steve Martino & Mike Thurmeier, 2012)

Dans mon esprit j’ai toujours opposé pour je ne sais quelle raison deux séries d’animation récentes, Ice Age et Madagascar. Comme la première est un poil plus ancienne que la seconde (ce qui explique le décalage du nombre d’épisodes), elle souffrait au départ d’une réalisation un brin moins aboutie et plus « grossière ». Malheureusement, c’est encore le cas aujourd’hui et, à l’exception peut-être de gros efforts sur le n°3, les détails au niveau du background ou de l’esthétique des personnages ont toujours été un cran au-dessous de la série de Dreamworks, qui elle au contraire a toujours été, à mon goût, moins fine et moins élaborée, en termes d’écriture que la série de la Fox (toute proportion gardée bien entendu, car on ne peut pas dire que ces séries d’animation brillent par l’intelligence ou la profondeur de leur scénario). Ainsi, je me délectais plus facilement de l’histoire des Ice Age, mais ce 4ème épisode aura eu raison de cet état de fait. Je ne boude pas mon plaisir non plus, j’ai bien rigolé devant ce film et quelques séquences (en particulier celles avec Scrat) certains ou personnages (surtout celui de la Mémé) m’ont beaucoup fait rire, mais je trouve que le film manque de souffle et de la folie qui avait fait du troisième opus un film très réussi. Reste une bonne partie de rigolade, plus sympathique que Madagascar 3, moins bien réalisée peut-être (et c’est dommage) mais quand même plus divertissante.

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Une semaine de films – du 4 au 10 juin 2012

Posted by Axel de Velp sur 14 juin 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Enfin une semaine bien chargée comme on les aime. Principalement du ciné US, plutôt orienté blockbuster, avec une entorse à la toute fin et un film « identifié » d’auteur, qui a fait l’ouverture du dernier festival de Cannes. Beaucoup d’extra-terrestres quand on y pense, et l’envie aussi de réfléchir sur le cinéma et la vie…

Lundi 4 juin

Men In Black III (réal. Barry Sonnenfeld, 2012)

Retour à cette franchise initiée à la fin des années 90 et qui avait su en son temps mêler science-fiction et humour avec talent, au moins pour son premier épisode, le second se situant quand même en deçà de son prédécesseur. Dans ce troisième opus, on ne change (presque) pas une formule qui gagne et les extraterrestres délirants sont toujours aussi présents ainsi que la relecture sauce « Men In Black » de l’histoire US contemporaine (excellent clin d’œil à Warhol dont le « travestissement » est utilisé en contre-pied de ce que la série aurait pu faire deviner au spectateur). Le film est suffisamment drôle pour que l’on ne s’embête pas devant, la mise en scène est de qualité, sauf quelques plans d’ensemble parfois un peu malheureux en termes de composition de cadre… Le « remplacement » de Tommy Lee Jones par Josh Brolin est une excellente idée de casting car, tout en donnant sa carrure au personnage, Brolin donne vraiment l’impression d’être Jones plus jeune, dans les regards, la voix, et l’attitude. Il vole la vedette à Smith (dont la carrière est un peu sur la pente déclinante depuis quelques années), et dont on peine à ressentir chez lui la même fraicheur et la même propension ludique dans son jeu que dans le premier MIB. Le choix de faire un bond dans le passé ménage quelques effets comiques bien sentis, même si là aussi on peut dire que la fraîcheur et le ton décalé ne sont pas assez présents et l’on aurait souhaité plus de jeu encore sur les différences d’époque ou la vision « MIB » de la fin des années 60.

Cowboys & Aliens (réal. Jon Favreau, 2011)

Dans la plus pure tradition hollywoodienne moderne, quand deux genres sont en pertes de vitesse (la SF et le western), mais que temps à autre un film ou un autre arrive à redonner ses lettres de noblesse au genre déclinant, alors les pontes des studios n’ont pas d’autres idées que de mixer l’un avec l’autre, en espérant en faire quelque chose de commercial. Si l’argument de Cowboys & Aliens prête à sourire, voire à donner envie de découvrir cette fusion étrange, l’on peut dire que l’on est très vite déçu. Les clichés du western appelés par le film sont très rapidement écartés ou trahis sans même que cela soit l’objet d’une déconstruction mythologique intéressante. Idem pour ce qui est des références SF que le film utilise. Finalement le plus navrant est sans doute l’attachement aux bons sentiments que le film véhicule comme objectif final à atteindre. Le méchant patron local (Ford plus monolithique que jamais dans son jeu d’acteur) n’est finalement qu’un ancien militaire traumatisé dont l’incapacité à gérer sa progéniture l’a transformé en un homme méchant et autoritaire. Le fils idiot et imbu de lui-même se rachètera une conduite, après son passage en tant que prisonnier des extraterrestres. Jusqu’aux hors-la-loi qui finissent par « gentiment » ripailler dans le bar du coin, mais savent se tenir quand on le leur demande. Quant au personnage principal (interprété par un Daniel Craig peu inspiré), son amnésie lui donne le droit de racheter à moindre frais sa conduite passée de brigand. Un film décevant, dont la mise en scène mollassonne (voir la ridicule bataille finale autour du vaisseau-mère) ne rattrape même pas un traitement de son sujet que l’on aurait souhaité plus inventif, vu la mixité de ses origines…

Mardi 5 juin

Moonrise Kingdom (réal. Wes Anderson, 2012)

Décidément plus Wes Anderson fait de films et plus je les aime… À chaque fois que je me retrouve devant un de ces films (à l’exception de Fantastic Mr. Fox, que je n’ai toujours pas vu), je me sens transporté dans un ailleurs poétique, une sorte de parenthèse dans l’univers réel, où les choses sont bien ordonnées, même quand elles dérapent. Avec Moonrise Kingdom, Anderson une fois encore organise, ordonne, arrange, déploie sous nos yeux une vision alternative d’un monde, dans lequel les rêves et les désirs peuvent et doivent devenir des réalités. Et même si la réalité finit toujours par rattraper ses protagonistes, leur détermination et leur conviction dans la réussite de leur entreprise leur fait surmonter leurs obstacles ou les contourner ou s’en accommoder… Mais ce que je trouve fascinant chez Anderson, c’est comment la mise en scène vient appuyer ces principes de récit et de narration. Son usage abondant de plans fixes à hauteur des yeux, avec des personnages près de l’écran, mais avec un large champ net derrière eux, les placent au centre du processus de vision du spectateur. Lorsque la caméra bouge c’est souvent à la faveur de lents travellings (ou panoramiques mais c’est plus rare), qui donnent à découvrir comment le monde qu’elle filme s’ordonne. Il arrive qu’une action ait lieu hors-champ mais dans ce cas la caméra finira toujours par revenir sur les conséquences de cette action. Il y a comme un didactisme dans la manière de filmer du cinéaste : chaque plan appelle l’autre et il n’est jamais très compliqué de deviner quel sera le prochain. Cela n’enlève en rien au plaisir du film, car le spectateur ne se trouve pas devant un travail évident, ni devant une leçon de cinéma, mais plutôt devant un apprentissage commun avec la caméra de ce que la narration a à nous raconter. Elle nous y emmène en nous tenant la main. Il n’est pas étonnant que les enfants dans le film écoutent un disque qui apprend comme un orchestre de musique classique se compose et joue. Ce clin d’œil à sa manière de filmer, Anderson ira même jusqu’à en contaminer son compositeur (Alexandre Desplat) : le morceau final sur le générique de fin du film est lui-même commenté par la voix d’un enfant.

Jeudi 7 juin

Sucker Punch (version longue, réal. Zack Snyder, 2011)

Je l’avais choisi comme deuxième film de l’année 2011 et je reste encore aujourd’hui convaincu de ce choix, même après un deuxième regard sur le film. J’avoue avoir un faible pour Snyder, car, mis à part Legend of the Guardians: The Owls of Ga’Hoole que je n’ai pas encore vu, aucun de ses films ne m’a jamais déçu… Outre un scénario qui est bien plus subtil qu’il ne paraît de prime abord, le film bénéficie surtout d’une mise en scène époustouflante de technicité, de maîtrise et de cohérence artistique et esthétique, faisant bien évidemment la part belle aux effets numériques. Les influences nombreuses du jeu vidéo sur la structure de la narration, sur l’ambiance esthétique et sur le jeu de la caméra viennent aussi beaucoup jouer dans mon appréciation du film. Par ailleurs, la musique choisie pour le film colle parfaitement à l’ambiance et il faut voir à ce sujet la version longue, dont le principal ajout est une scène de « comédie musicale » toute particulière. Mais là où Snyder est véritablement inspiré, c’est que sa réalisation n’échappe jamais à l’ennui ou la facilité. Que les plans et les mouvements de caméra soient étonnants lors des scènes d’action, c’est le moins que l’on puisse attendre d’un tel film. Mais que la même inventivité soit à l’œuvre lors de scènes plus conventionnelles de dialogues ou d’exposition du récit est déjà beaucoup moins fréquent. Si je ne devais retenir qu’une seule scène pour illustrer ce point particulier, ce serait certainement celle de la discussion dans la loge entre les filles devant le miroir, dans le premier tiers du film. Le spectateur « absorbé » par la discussion peut ne pas vraiment se rendre compte du jeu particulièrement jouissif de la caméra avec le regard et les corps des actrices via leur reflet dans le miroir : il faut voir la scène pour en comprendre toute l’inventivité visuelle, en parfaite harmonie avec le sujet du film et la discussion entre les protagonistes à ce moment-là !

Vendredi 8 juin

X-Men, le commencement (réal. Matthew Vaughn, 2011)

Si les deux premiers X-Men m’avaient bien plu (Singer avait bien réussi l’adaptation), on ne peut pas en dire autant du troisième opus, réalisé par le médiocre Brett Ratner. J’avoue alors que l’annonce d’une prequel de la trilogie, ne me faisait ni chaud ni froid. Mais après plusieurs avis enthousiastes de mon entourage et la présence derrière la caméra du réalisateur de deux films assez réussis (n’ayant pas vu Stardust), Layer Cake et Kick-Ass, l’envie de découvrir les origines de nos super héros me titillait de plus en plus. Le film est finalement bien plus réussi que ne l’était son prédécesseur chronologique et je dois reconnaître que le choix d’inscrire la trame du film dans l’Histoire est une excellente idée. On retrouve les thématiques chères à la saga sur la tolérance et l’ouverture aux autres, l’acceptation des différences : en ce sens, je pense que l’on oublie trop souvent que la littérature du super héros est avant tout une littérature sur l’Autre et le rapport de chacun à l’Étranger et ce qu’il y a d’Étrange en lui, une littérature de fraternité humaine ; et les films qui s’en font l’adaptation sont bien évidemment aussi pétris de ces idées là. Après la mise en scène est efficace, même si Vaughn paraît moins inspiré qu’il ne l’était dans Kick-Ass, la faute peut-être au carcan d’une saga dont les passages obligés sont parfois évidents en termes de narration. Reste également une sympathique distribution (ah Kevin Bacon en super méchant…), dont le plus éminent des représentants est bien évidemment Fassbender, dont la prestation, comme à son habitude, écrase littéralement James McAvoy, dont l’ interprétation de Charles Xavier n’est pas à la hauteur de son « rival ».

Samedi 9 juin

The Thing (réal. Matthijs van Heijningen Jr., 2011)

L’idée de ne pas vouloir faire un remake, comme c’est la mode depuis quelques années, de ce grand classique de l’horreur qu’est le film de John Carpenter a poussé la production et le jeune réalisateur du film vers l’idée d’une prequel, centrée autour de la base norvégienne, évoquée dans le film de 1982. Bonne idée, si ce n’est que pour ceux qui ont vu le film de Carpenter, la fin en est déjà écrite (mais elle en accord avec celle du film de 1982, donc cela aussi est cohérent). Reste alors à meubler le film avec des événements dont certaines scènes clés devront être présentées au spectateur pour que la « jonction » des récits se fassent sans problème. Si le fan est plus que satisfait sur ce point (le film ne présente quasiment aucun « défaut de continuité »), il faut reconnaître que sur d’autres points, on a quand même passablement à faire à un ersatz médiocre de l’original. Beaucoup de similitudes (tempêtes de neige, lance-flammes à gogo, autopsies peu ragoutantes et une Chose bien plus entêtée et visible que précédemment), des différences un peu farfelues (toute la fin dans le vaisseau de la Chose) et une mise en scène pas toujours très inspirée. Le casting n’a pas la qualité de celui de 1982 et la protagoniste centrale du film n’a clairement pas le panache d’un Kurt Russell. Finalement, la seule « bonne » idée du film reste celle qui consiste à découvrir ceux des personnages qui ne sont pas contaminés, en vérifiant l’état de leur dentition, comme contrepoint du « test sanguin » du film de Carpenter. Amis de la brosse à dents régulièrement appliquée et de l’héritage génétique dentaire de qualité, méfiez-vous, vous n’êtes peut-être pas qui vous prétendez être… !

Dimanche 10 juin

Le Caïman (réal. Nanni Moretti, 2006)

Finalement, quand je fais le compte, je n’ai pas vu beaucoup de films de Moretti. Cela faisait un petit moment que je voulais voir Le Caïman, que l’on m’avait « vendu » comme un film sur Berlusconi, et avec Moretti, je m’attendais à quelque chose de politiquement très « musclé ». On ne peut pas dire que je fus servi à la hauteur de mes espérances. Non pas que le film ne m’ait pas plu, mais je n’irai pas jusqu’à dire que le film parle vraiment de Berlusconi. Il parle plutôt de l’Italie sous Berlusconi, d’un producteur qui veut faire un film sur Berlusconi, de ces italiens qui ont voté ou pas pour lui, mais qui se rendent bien compte (à l’époque du film en 2006) au bout de 30 ans, que leur pays a sensiblement glissé dans la ploutocratie. En réalité, le film parle avant tout de cinéma et du métier de producteur : le petit, celui qui se bat contre vents et marées, au milieu de ses déboires personnels, pour faire les films qui lui plaisent, ceux pour lesquels il se réveille en pleine nuit et en continue inlassablement la lecture du scénario. C’est au travers de ce prisme du producteur qui mêle vie privée et vie professionnelle, que Moretti montre l’Italie de Berlusconi et de l’influence de cette évolution sur la vie des gens. Alors que pour certains la société s’ouvre et se développe, d’autres s’enferment dans l’argent, le vice, la démesure ou la bêtise crasse et ne respecte même plus leurs engagements quand il est question d’argent (l’attitude du « grand comédien » censé jouer le rôle de Berlusconi est à ce titre éloquente). Finalement, le héros, comme il produisait des films de série B ou Z avec tout son cœur, va se mettre à produire un film politique, voué aux gémonies par l’establishment audiovisuel financier italien, avec toute l’énergie qu’il peut déployer, car comme disait une très grande comédienne française : « le cinéma, c’est la vie » ! Et Moretti d’en donner une leçon plus que réussie, d’autant qu’il choisit « d’enfermer » son récit dans une boucle de film : au début, une imitation de nanar italien et à la fin, un brûlot politique engagé ; entre ces deux moments de cinéma, la vie tout simplement…

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