"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Posts Tagged ‘Julianne Moore’

Pour revenir rapidement sur la question de la source…

Posted by Axel de Velp sur 7 décembre 2012

C’est après avoir écrit ces trois critiques de manière séparée que je me suis rendu compte de la question commune qu’elles soulevaient : la source d’un film. Si Pakula ou Snyder, à leur manière respective, réussissent à dépasser le matériau de base de leurs films, à proposer une vision de « cinéma » à partir de ce dont ils s’inspirent (qu’il s’agisse aussi de cinéma, le problème n’est pas dans la nature de la source d’ailleurs), c’en est moins le cas pour les trois autres films regroupés dans la critique qui termine cette publication. Et bien que ces trois derniers films ne soient pas foncièrement mauvais (au contraire même, ils sont très regardables), ils font quand même preuve d’une absence flagrante d’intelligence du « cinéma »…

Les Hommes du président

(réal. Alan J. Pakula, 1976 – vu le 31 octobre 2012)

Certainement l’un de mes films cultes sur la politique et le journalisme, le film de Pakula, au-delà de l’histoire captivante qu’il raconte, est aussi une véritable leçon de cinéma. D’abord dans le jeu des comédiens, où Redford et Hoffman exploitent tout leur potentiel d’acteur « classique » américain, épaulés par une ribambelle de seconds rôles campés par des acteurs tous aussi compétents les uns que les autres (Jack Warden, Hal Holbrook, Jason Robards…). Il y a ensuite l’extraordinaire travail d’écriture qui rend parfaitement explicite, sans jamais en simplifier les enjeux, une enquête journalistique particulièrement longue et ardue. Mais ce qui à chaque fois me fascine, est la mise en scène proprement dite, le travail sur le caméra, le cadre et le son. Dans une veine réaliste et classique, Pakula glisse régulièrement de très belles idées de filmage. Il y a une fluidité de la caméra assez inhabituelle qui alterne avec de longs plans fixes qui laissent les acteurs s’exprimer pleinement. Mais la composition du cadre n’est jamais laissé au hasard du jeu des comédiens, au contraire. Il y a d’ailleurs plusieurs plans assez « fous » pour ce type de film : d’un côté du cadre l’on peut voir le visage d’un comédien en premier plan, net, puis lorsque le regard se pose sur le reste du cadre, il y a une zone de flou qui découpe assez bien ce visage des arrières-plans, mais à l’opposé du cadre, il y a un arrière-plan assez lointain qui lui aussi est net. Outre l’exercice technique simple mais toujours agréable à souligner, cette composition particulière du cadre donne tout son sens à l’un des sujets du film : la solitude du journaliste dans son travail d’enquête, mais son appartenance à un univers (celui de sa rédaction) qui le soutient, l’entoure, le porte dans sa quête de la vérité. Le journaliste est un solitaire qui travaille en groupe, aussi étrange que cela puisse paraître. On le voit aussi dans la manière dont « Wood-stein » (contraction amusante du nom des deux protagonistes par le rédacteur en chef du Washington Post) travaillent : chacun avançant seul de son côté sur un élément ou un autre, mais ayant irrémédiablement besoin de l’autre pour que tout fasse sens.

Les hommes du président

Dawn of the Dead

(réal. Zack Snyder, 2004 –  vu le 2 novembre 2012)

Remake du film de Romero, Snyder signe ici une excellente reprise du chef d’œuvre du cinéaste de Night of the Living Dead. Même si le réalisateur de 300 et Sucker Punch, s’éloigne un peu des enjeux politiques qui faisaient tout le sel du film d’origine, Snyder nous en propose une relecture bien plus violente et bien plus dynamique (les années 2000 aidant bien entendu). On peut dire peut-être même plus intime, dans la caractérisation des personnages, en particulier autour de la figure du couple mixte et du bébé à naître. Par ailleurs, le film s’ouvre et se clôture sur deux séquences particulièrement réussies : au début du film, le spectateur est projeté rapidement au cœur des enjeux de survie et de choix cornéliens à faire face aux zombies (celle de la transformation d’une enfant de moins de 10 ans), démarrant comme une simple scène de film d’horreur pour se terminer en vision apocalyptique de la banlieue américaine entourant un grand centre urbain (appuyé par un formidable plan aérien illustrant la chose). A la toute fin du film, au contraire, par le biais du procédé du « found footage », et en particulier avant l’arrivée sur l’île, Snyder revient à un presque huis-clos. Bien que brefs, ces quelques plans ramènent « manu militari » ces mêmes enjeux politiques que le réalisateur avait délaissé dans le reste du film, dont la défiance de l’homme envers l’homme en situation de survie est le plus évident d’entre eux.

dawn of the dead

Twilight – Breaking Dawn – part 1

(réal. Bill Condon, 2011 – vu le 2 novembre 2012)

Twilight – Révélation 2ème partie

(réal. Bill Condon, 2012 – vu le 16 novembre 2012)

Hannibal

(réal. Ridley Scott, 2001 – vu le 5 décembre 2012)

Si l’on ne peut pas dire que Stephenie Meyer soit une auteure particulièrement douée, on ne peut pas lui enlever le fait d’avoir relancer auprès des jeunes les mythes du vampirisme et des loups-garous avec sa quadrilogie Twilight (comme Anne Rice l’avaient fait en son temps avec la série des Lestat, avec peut-être plus de talent que sa jeune consœur). Les différentes adaptations filmiques de ses livres n’ont pas jusqu’ici été particulièrement réussies, même si le lecteur, séduit par les livres (comme moi par exemple), a pu y trouver une vision assez respectueuse (peut-être un peu trop en fait) du matériau d’origine. Avec les deux derniers films de la saga, qui retrace le dernier tome de la romancière, on assiste quand même aux meilleurs épisodes de cette adaptation rigoureuse. Si le cinéaste Bill Condon a une carrière iconoclaste de faiseur correct (plusieurs téléfilms dans les années 90, puis Candyman 2, Dr. Kinsey et Dreamgirls dans les années 2000), on ne peut pas dire que ce soit son approche du film qui le rendent intéressant, il y a même quelques idées assez horribles de réalisation et quelques ratés flagrants par rapport au texte originale. Ce qui donne son charme à cette fin de la saga, ceux sont les choix dans le récit, les enjeux que Meyer dévoilent entre les personnages, les logiques présentes à l’œuvre dès le début de ses livres. Ceux sont les thématiques sur le monde des vampires, tel qu’elle l’a inventé et décrit. Mais à mon sens rien de tout cela n’est le fait du cinéaste et par extension du film lui-même et ni lui ni la proposition filmique qu’il en donne ne viennent les magnifier ou les sublimer. On touche là un des problèmes fondamentaux de l’adaptation au cinéma. Problème que j’ai de nouveau rencontré en visionnant très récemment Hannibal de Ridley Scott. Même situation : excellent thriller comme matériau de base, le film de Scott en est une adaptation correcte mais sans plus. Tout ce qui trouve grâce à mes yeux dans le film est le fait du travail d’Harris et des deux scénaristes du film, excellents eux aussi, Zaillan (Mission Impossible, Gangs of New York, Moneyball…) et Mamet (Le Verdict, Les Incorruptibles, La Prisonnière espagnole, Ronin…). En revanche, rien dans la proposition de mise en scène de Scott ne me convainc vraiment. Au contraire même, les scènes d’actions sont poussives, la violence gore est platement filmée et l’apparition des soi-disant « monstres » comme Mason Verger ou ses horribles porcs de Sardaigne confinent au ridicule dans la manière dont le cinéaste les met en avant (surabondance d’effets de caméra ou de lumière, etc.). Mêmes les comédiens cabotinent, de Hopkins (dont on sent bien que seul le chèque a du le motiver) à Julianne Moore (que j’admire généralement) mais qui ne cherche ici qu’à recréer la Clarice Starling, « inventée » par Jodie Foster, en passant par Ray Liotta, qui rend la scène de fin ridicule alors qu’elle était particulièrement réussie dans le livre. Au final donc le film est intéressant parce que le livre dont il est issue l’était et que son adaptation est correcte. Mais ces exemples sont aussi des exemples d’adaptation ratée à mon sens, car il n’apporte finalement rien ou très peu au matériau d’origine. Ces films ne magnifient pas, ne subliment pas, ne développent pas ce qu’ils proposent de mettre en image. Si je ne suis pas surpris par l’incompétence relative de Bill Condon, je le suis beaucoup plus par celle de Scott, qui avait pourtant su nous donner l’une des meilleures adaptations filmiques de SF qui soit, Blade Runner.

Affiche thaïlandaise

Affiche thaïlandaise 

Affiche japonaise

Affiche japonaise

Affiche polonaise

Affiche polonaise

Autres films vus à cette époque :
Dikkenek (réal. Olivier van Hoofstadt, 2006)

dikkenek

Sinister (réal. Scott Derrickson, 2012)

sinister

The Others (réal. Alejandro Amenabar, 2001)

the others

Baaria (réal. Giuseppe Tornatore, 2009)

baaria

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Une semaine de films – du 13 au 19 février 2012

Posted by Axel de Velp sur 19 février 2012

Je vais essayer à l’occasion de vous proposer un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film….

Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question…

Nota Bene : je m’efforcerai de vous proposer des posters inhabituels des films pour illustrer leur critique.

Lundi 13 février

Eagle Eye (réal. D.J. Caruso, 2008)

Je continue dans ma lancée sur la courte carrière jusqu’à présent de D.J. Caruso, que j’avais entamée la semaine dernière (avec l’excellent Salton Sea, le très décevant Taking Lives et l’amusant mais peu remarquable Disturbia). Eagle Eye, c’est une sorte d’Ennemi d’état (Tony Scott, 1998) que l’on aurait fait passer au stade supérieur du  concept de Big Brother is watching you… mais en beaucoup moins abouti, en un peu plus idiot (j’ai arrêté de compter au premier tiers du film les invraisemblances par rapport au postulat de départ) et surtout beaucoup moins bien filmé. Pour ceux qui me connaissent et/ou qui ont lu l’un de mes premiers billets sur ce blog (celui concernant la rédemption), malheureusement ce film n’est que très dépourvu de scènes qui auront su le racheter à mes yeux. Tout au plus une scène de climax final qui aurait dû s’arrêter là, ou bien la scène d’ouverture qui en dit long (mais subtilement) sur une Amérique qui est prête à tourner la page sur 8 années de présidence Bush (le film sort en 2008 et a donc été écrit et tourné dans les mois précédents). C’est très maigre, surtout que le film manque par moment d’un peu de peps alors que certaines scènes dans le genre film d’action sont quand même assez bien faites (la scène dans le tunnel vers la fin en est un bon exemple).

Serpico (réal. Sidney Lumet, 1973)

Il me faudrait beaucoup plus que quelques lignes pour parler ici de ce film de Lumet, certainement l’un de ses nombreux chefs d’œuvres. Al Pacino incarne à la perfection le mal-être du flic honnête entouré par la corruption et le laisser-faire généralisé. Ses errances, ses déprimes, ses montées de rage et de colère sont à la mesure du film qui enchaîne les morceaux de bravoure, tant dans ce qu’il dénonce que dans sa mise en scène de situation limite. Chapeau bas à quelques scènes qui restent gravées en mémoire : l’arrestation d’un voyou de mèche avec les flics de son commissariat et qui oblige Pacino à mettre ses collègues devant le fait accompli, sa dernière dispute avec sa compagne dans le café puis dans la rue, sa rencontre avec les autres flics corrompus dans le parc, enfin la scène quasi de fin de l’arrestation chez les narcos et qui entraîne son accident. Lumet, au-delà du sujet politiquement risqué, montre New York et ses environs comme il sait toujours aussi bien le faire : une lumière réaliste, des lieux de tournage variés et toujours à propos et un montage classique mais au combien efficace dans sa manière de traiter les ellipses et d’accompagner lentement mais sûrement le spectateur dans la terrible catabase de l’officier Serpico. Lumet se réattaquera quasiment au même sujet dans le « film somme » Prince of the City (1981), malheureusement épaulé par un Treat Williams, efficace et crédible, mais à mille lieux du jeu de Pacino.

Mardi 14 février

I Love You Phillip Morris (réal. Glenn Ficarra, John Requa, 2009)

St Valentin oblige ou pas, ce choix de film à consonance romantique ? En fait pas vraiment, mais l’idée était de s’amuser plus que de réfléchir beaucoup devant cette toile. Et il faut dire que le film fait là son office. Il est amusant, même assez drôle par moments et les deux stars masculines (Carrey et McGregor) y sont bien entendu pour beaucoup. Le fait, qui plus est, que le film soit bâti sur des faits réels vient ajouter indéniablement à la légère fascination que le personnage principal produit sur le spectateur. Les films, qui traitent d’arnaques et d’escroquerie et dont l’auteur de ces « vilains » actes est présenté comme sympathique, arrivent toujours à séduire le public : ils reposent sur la monstration en plein exercice d’un esprit criminel, mais parce que présenté comme sympathique, au-delà de sa moralité répréhensible, ce qui fait mouche chez le spectateur c’est son ingéniosité et sa débrouillardise. On ne peut pas dire que le film ne soit pas généreux de ce côté là. Plus largement, le film est également bien rythmé et sa mise en scène bien coordonnée à son propos et ses effets. Choix d’un flash-back et d’une voix-off, qui eux aussi sont efficaces et viennent clôturer un film que je recommande chaudement si l’on veut s’amuser et être un tant soit peu abasourdi par l’inventivité criminelle et la stupidité d’une certaine Amérique (comme dirait le personnage de Carrey : « Fuckiiiiing Texas »).

Mercredi 15 février

I am Number Four (réal. D.J. Caruso, 2011)

Je finis ici mon survol de la carrière de D.J. Caruso par son film le plus récent et le plus insignifiant. Que dire de cette sombre m%*$# si ce n’est que rien n’a su le racheter à mes yeux. Ni même une seule idée intelligente de mise en scène. Les méchants semblent repris d’un mauvais épisode de Buffy (et contre toute attente j’ai aimé cette série…), le scénario est aussi mauvais qu’une blague carambar et le jeu des comédiens (y compris l’habituellement sympathique Timothy Oliphant) vole aussi haut qu’un épisode de Plus belle la vie (désolé pour Carla et les autres qui apprécient la série de France3). Finalement, D.J. Caruso qui avait très bien entamé sa carrière avec Salton Sea, montre qu’il n’est ni plus ni moins qu’un faiseur sans véritable talent, qui n’arrive pas à remonter le plus naufragé des projets… C’en est à se demander si Salton Sea n’aurait pu être meilleur que ce qu’il est déjà, s’il avait été confié à un autre réalisateur… ?

A Single Man (réal. Tom Ford, 2009)

Je dois avouer que je voulais voir ce film depuis longtemps mais l’appréhension que j’avais quant à la tristesse de son sujet me freinait régulièrement et m’empêchait de passer à l’acte. Finalement je fus surpris, car même s’il est vrai que le film n’est pas dénué de mélancolie, même si son sujet n’a rien de réjouissant, le film reste quand même une formidable ode à la vie. Il est d’abord magnifiquement soutenu par le jeu tout en subtilité de Colin Firth et la flamboyance, bien que fugace, de l’apparition de Julianne Moore. Par moments, l’on pourrait se croire chez un héritier de Douglas Sirk, mais dans une version pervertie ou étrangement décalée (je pense à la scène où le personnage principal part de chez lui en voiture et salue ses voisins). Ensuite le film met en scène avec justesse et finesse le désenchantement d’une frange de la population qui sent bien que son émancipation n’est plus très lointaine mais qui sait pertinemment aussi combien la lutte devra encore être soutenue pour qu’elle ait, elle aussi, droit à la lumière et à la reconnaissance sociétale que tout un chacun rêve d’obtenir…
Si la jeunesse semble être le relais de ce combat et de cette volonté, la fin du film la laisse toute fois en pleine déshérence. Tom Ford réussit le tour de force pour un premier film au sujet délicat, non seulement de marquer l’essai qu’il a choisi de traiter, mais encore de le transformer en lui adjoignant les services d’une mise en scène très maniérée, mais en phase avec son sujet. Les jeux sur les couleurs qui vont et viennent au gré des émotions du personnage central sont à la hauteur du jeu subtil que Firth leur donne à accompagner et appuient avec poésie et un pathos très maîtrisé les processus d’identification que le réalisateur met en place entre son film et le spectateur. A quand un prochain film M. Ford ?

The Eagle (réal. Kevin MacDonald, 2011)

Kevin MacDonald vient du documentaire (et y retourne encore régulièrement puisque l’un de ses prochains films sera un docu consacré à Bob Marley). Après Le Dernier Roi d’Ecosse, particulièrement réussi sur le dictateur africain Idi Amin Dada et Jeux de pouvoir, qui avait le mérite de proposer une lecture relativement intelligente des influences politiciennes à Washington sur les médias (et un parfum de Lumet mélangé à du Pollack ou du Pakula), je dois avouer que je ne savais pas trop à quoi m’attendre de son incursion dans le péplum ou plus exactement le film d’aventure historique. Force est de reconnaître que le film est très réussi. D’abord parce qu’il traite d’un aspect de Rome peu mis en scène : les confins britanniques de l’empire ; ensuite parce que comme souvent chez MacDonald la réalisation est efficace sans être trop maniérée (quoique les scènes finales sont de ce point de vue quelque peu décevantes). Finalement le film est plus réussi dans sa dimension de film d’aventure que de film historique. Difficile en effet de se laisser convaincre, quand bien même ce serait très documenté, par la vision qu’offre le film des peuplades anglo-saxonnes auxquelles s’oppose le héros centurion. Cependant, une scène assez impressionnante ravira tous les aficionados de la Rome antique et des légions : la bataille à l’extérieur du camp romain où la manœuvre dite de la tortue démontre toute son efficacité.

La Prisonnière Espagnole (réal. David Mamet, 1997)

Certainement l’un de mes films préférés, du moins dans son genre. Mamet y fait preuve d’un sens du rythme et de l’écriture assez diabolique et bien au-delà du simple machiavélisme du scénario (assez réjouissant cela étant). Le réalisateur concentre ici toutes les marottes de sa carrière (en tant que scénariste et réalisateur) et donne à voir un concentré de ses préoccupations principales. Le film enchaîne les scènes toutes plus subtiles et délectables les unes que les autres : la scène, matrice du film, sur la plage paradisiaque, la réunion de travail autour du « process » (hommage enamouré à Hitchcock et à son concept de MacGuffin porté à son extrême), la scène dans Central Park, la scène dans l’aéroport et pour finir, bien entendu, la scène sur le ferry. Quasiment systématiquement Mamet déconstruit la dynamique de chacune de ses scènes pour en proposer une échappée différente, voire opposée, à ce que la programmation de la scène en terme de narration préparait le spectateur, le prenant ainsi toujours à revers ou à rebours de son intuition et de son travail personnel sur le film.
Cependant, Mamet le fait avec intelligence et non roublardise et à aucun moment le public ne se sent floué de ce que les scènes déroulent : à chaque fois qu’elles se développent différemment, il était en notre pouvoir avec une fine analyse de l’image et de ses constituants d’en deviner la signification autre et d’en prédire la fin différente de sa programmatique annoncée. Mais Mamet nous met devant l’une des plus grandes vérités du public face aux films : sa passivité et sa trop grande acceptation à se laisser guider, plutôt que de réfléchir sur l’image et sur ce qu’elle nous donne réellement à voir et à déchiffrer…

Jeudi 16 février

Un prophète (réal. Jacques Audiard, 2009)

Encore un film que j’ai tardé à voir alors que son succès unanime et mon appréciation des précédents films d’Audiard aurait dû me pousser à le voir plus vite. Il est vrai que le film est une claque pour le jeu de Rahim, qu’il dépeint avec un rare naturalisme les rapports de pouvoir au sein des « pensionnaires » de l’institution pénitentiaire française, que l’intelligence de la structure narrative d’Audiard soumet le film, malgré sa longueur indéniable, à une succession d’enchaînements auquel le spectateur ne peut échapper et qui le laisse souvent sans voix. On retrouve la qualité de l’écriture propre au réalisateur de Regarde les hommes tomber ou Un héros très discret, la caractérisation psychologique très juste des personnages que l’on avait su apprécier dans De battre mon cœur s’est arrêté, ou encore la mise en scène efficace des scènes d’action qui avaient su nous éblouir dans Sur mes lèvres (d’ailleurs la scène d’exécution dans la voiture des corses est une grande scène d’action à la française réussie). Cependant, je trouve néanmoins que le film par moments manque de quelque chose… Il passe trop vite sur certaines scènes, énonce les choses avec trop de lucidité et donne parfois de l’ampleur à des scènes d’une grande trivialité. Je pense ici à tout le versant « gangster » du film qu’Audiard choisit de traiter quand bien même il est « centré » sur la prison : il aurait été préférable à mon sens de ne pas le traiter autrement que par procuration, ce qu’il fait de temps en temps, mais pas assez pour que cela devienne systémique au sein du film.
Au final, je suis encore, je pense, sous le choc de l’énergie déployée par le film pour en avoir une lecture critique posée, mais ces premiers reproches que je lui oppose me semblent bien fondés et non une élucubration de ma pensée. Un prophète restera certainement un film étape dans le parcours professionnel d’Audiard, mais aussi à mon sens comme le marqueur du passage à quelque chose d’autre, quelque chose de peut-être plus ambitieux qu’avant mais par moments moins maitrisé ou moins en conformité avec ces mêmes ambitions que le film amène…

Lascars (réal. Emmanuel Klotz, Albert Pereira-Lazaro, 2009)

Tiré de la série télévisée éponyme diffusée sur Canal+ en 2000 (1ère saison) et 2007 (2nde saison), le film Lascars reprend la richesse graphique de la série en lui donnant tout de même plus de moyens et d’ampleur. Outre un casting de voix alléchant et très à propos, le film ne manque pas d’humour et propose quelques scènes inoubliables, comme celle du tournage porno dans le « sous-aquaboulevard » de banlieue, la scène de teuf monstrueuse dans le manoir neuilléen, la fête d’accueil de la nouvelle recrue dans la police ou encore les nombreuses scènes montrant Zoran et ses recherches de conquêtes féminines. L’animation assez fluide et le travail sur les détails des layouts font oublier quelques à-plats de couleurs peu heureux par moments, tellement on sent un travail un peu bâclé. Le film est soutenu par un rythme conséquent et un scénario pas inoubliable mais suffisamment prenant pour que l’on reste attaché tout du long aux déboires de ces personnages bigger than life pour certains ou too losers to be losing pour d’autres…

Bronson (réal. Nicolas Winding Refn, 2008)

En l’espace de quelques films Refn s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération. Même si je n’ai toujours pas vu la trilogie des Pushers (et c’est au programme, rassurez-vous), ses trois derniers films, Bronson, Valhalla Rising et Drive sont chacun dans leur genre et style respectif des petites pépites de mise en scène, de montage et de narration maîtrisés. Refn arrive à rendre parfaitement l’horreur et la folie d’un homme corrompu par la violence du système carcéral anglais et qui va entamer une spirale infernale où seuls les coups et le sang ont un sens libérateur. Même si on ne peut s’empêcher de penser à Kubrick (et c’est aussi le cas face à Valhalla Rising, mais évidemment pas pour les mêmes raisons), là où Orange mécanique parlait volontairement de problèmes de société et d’inadéquation entre ces problèmes et les solutions opposées à eux, Refn propose un film plus personnel, où la nature du personnage central est avant tout le problème et pas forcément le produit d’une quelconque société. Etonnamment, le film ne critique que très peu les prisons anglaises, du moins pas plus que la majorité des films traitant habituellement le sujet.
En revanche, la question de « l’ultra violence » est plus approchée comme le symptôme d’un mal-être, l’expression visuelle (et pour cela le film ne lésine pas sur les effets liés à cette violence) d’une différenciation de Bronson à son environnement immédiat. La mise en scène de Refn est dynamique, inventive et maniérée, mais jamais excessive, comme elle ne l’est d’ailleurs jamais dans ses autres films. Elle vient toujours souligner son propos et l’appuyer avec intelligence, en donnant un écrin travaillé et soigné aux images qui l’illustrent toujours parfaitement.

Vendredi 17 février

Aliens (réal. James Cameron, 1986)

Si aujourd’hui Cameron est le réalisateur des plus grands dépassements de budget (Titanic, Avatar) et celui d’une certaine forme de mièvrerie pour certains ou de romantisme naïf mais touchant pour d’autres (dont je fais plutôt partie), il fut un temps où Cameron était surtout un réalisateur de films à effets (comme on disait alors) : The Terminator, The Abyss, Terminator 2 et bien entendu Aliens. Suite du succès planétaire de Ridley Scott, Cameron prend le premier film complètement à contrepied. Là où Scott misait sur l’indicible et l’invisible, Cameron va en montrer plus que de mesure… Là où Scott opposait la terreur solitaire et inconnue à un équipage plongé dans l’incompréhension et l’ignorance, Cameron va opposer les muscles et la technologie (toujours assez déficiente) aux nombres et à l’irrédentisme des xénomorphes qui se sont accaparés la station des colons. L’on y trouve bien sûr la figure féminine iconique propre à Cameron (et qui dépasse largement le personnage de Ripley héritière du premier volet) et qui est le ferment fondateur de tous ses films. Mais au-delà de toutes ces évidences que Aliens démontre quant au cinéma de Cameron, il est une chose qui m’a toujours particulièrement étonné dans ce film, c’est l’écriture très réussie des personnages secondaires : en l’espace de quelques scènes d’introduction qui n’ont l’air de rien, la narration arrive à nous faire connaître quasiment tous les noms de ces personnages avant la première moitié du film. Non seulement, cela requiert de la part de l’écriture mais aussi du montage une prouesse inhabituelle (pour un film qui compte pas moins de 12 personnages secondaires non négligeables), mais en plus cela sert la tension que le cinéaste veut provoquer avec son film.
Puisque Cameron abandonne l’idée de travailler sur la peur pour cette suite, et alors qu’il réalise une sorte de film de guerre aux pays des aliens, la proximité des liens qu’il aura tissés entre les spectateurs et sa galerie de personnages se révèlera payante dès lors qu’à la première moitié du film, quasiment les ¾ des personnages seront morts… Ainsi il laisse le spectateur sans repère, abandonné par tous ceux qu’il imaginait être ses protecteurs pour le restant du métrage. Le cinéaste provoque ainsi une déstabilisation du public qui sera ensuite ce sur quoi il passera son temps à s’appuyer pour créer une tension quasi tenue jusqu’à la fin du film : les survivants se réfugient pour se protéger dans la station – paf, le réacteur est en surchauffe et maintenant ils doivent lutter contre, outre les aliens, la montre ; ils ont pris le temps de tout barricader autour d’eux – paf, ses maudites bestioles passent par le toit ; ils arrivent à leur échapper (moyennant quelques pertes) – paf la petite fille est enlevée ; la navette arrive – paf hors de question de partir tout de suite, Ripley va aller la sauver ; elles viennent d’échapper in extremis à la reine des bestioles – paf la navette n’est plus là à les attendre ; pour finir, tout le monde a réussi à échapper aux aliens et à l’explosion nucléaire – paf cette maudite reine s’était cachée dans le train d’atterrissage de la navette…
Finalement, Aliens n’est qu’une succession habile de tensions dont la clé de résolution vient échapper au spectateur, pour lui proposer à la place une nouvelle tension. Pas étonnant dès lors que la version spéciale (celle regardée ici même) ne vienne qu’ajouter à l’exemplaire leçon de cinéma que donne Cameron en matière de rythme et de réalisation soutenue.

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