"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Posts Tagged ‘Lino Ventura’

Deux semaines de films – du 23 août au 2 septembre 2012

Posted by Axel de Velp sur 10 octobre 2012

 Toujours en rattrapage des séances de la fin de l’été et de la rentrée, vous trouverez ci-après 5 critiques, aux ambitions diverses et sur des films très différents les uns des autres. En espérant que des envies de (re)découvertes vous titillent après cette lecture, je vous dis à la prochaine…

Jeudi 23 août

Expendables 2 (réal. Simon West, 2012)

Malheureusement cette suite est bien en-deçà du premier opus, qui avait, lui, été réalisé par Stallone lui-même. La faute certainement à un film qui se prend bien moins au sérieux que le premier. D’abord les cameo de Willis, Schwarzenegger, Van Damme et Norris n’en sont plus vraiment et travaillent énormément les gros clins d’œil à leurs carrières respectives. Si tout cela peut prêter à sourire, la première conséquence est d’éloigner le film d’un traitement plus brut (plus bourrin diront certains), qui avait été le point fort du premier film et même des précédents films de Stallone (dont le John Rambo de 2008 en était un parfait exemple). Finalement si Expendables 2 loupe le coche, c’est bien moins parce que sa réalisation est confuse et peu aboutie (la faute à un réalisateur qui ne fut jamais vraiment inspiré sur aucun de ses films – Simon West), que les scènes d’action sont très clairement un cran en-dessous, mais surtout parce qu’en choisissant de traiter son sujet avec ironie et humour, le film ne fait que rattraper tous ceux de la fin des années 90 et début 2000, qui n’avait plus la force et la radicalité (et l’insouciance aussi, voire l’immoralité parfois malheureusement) des films d’action des années 80.

Dimanche 26 août

To be or not to be – Jeux dangereux (réal. Ernst Lubitsch, 1942)

Comédie « dramatique » sur le nazisme et la Seconde Guerre Mondiale, tourné en plein milieu des événements qu’il dépeint, le film de Lubitsch démontre toute la force comique du cinéaste, à la fois dans une écriture intelligente et drôle, mais aussi dans un vrai souci de mise en scène comique, qui emprunte à la fois au théâtre de boulevard (l’inspiration est logique au regard du sujet du film), et au burlesque. Bénéficiant d’un excellent casting, dont l’équilibre des talents n’est jamais compromis, To be or not to be est avant tout un film pour et sur les comédiens. Mais en osant s’attaquer au nazisme, le cinéaste n’oublie pas de s’intéresser à un sujet contemporain et sérieux, comme il le fera souvent tout au long de sa carrière. En traitant ce sujet par le biais de la comédie à cette époque, il nous donne à nous spectateurs d’aujourd’hui, une leçon à la fois d’humilité sur ce qu’est un engagement politique et idéologique, même lorsque l’on est un artiste de la comédie, et une leçon de cinéma, comme Chaplin l’avait fait avec Le Dictateur deux ans auparavant.

Mardi 28 août

Les Vacances de Monsieur Hulot (réal. Jacques Tati, 1953, version 1978)

Plusieurs fois remonté par le cinéaste lui-même, le film de Tati n’a pas perdu aujourd’hui de sa force comique. Héritier du burlesque originel, Tati sait jouer avec son corps et les décors qu’il met en scène. L’hôtel, la plage, la voiture, les bateaux, tout n’est que prétexte pour que le corps « désordonné » de Monsieur Hulot n’ait de cesse de chercher à s’accorder avec le monde extérieur, avec force gags et gaffes. Appuyé par une bande son qui colle toujours parfaitement aux situations et vient elle-aussi travailler les effets comiques des différentes scènes, le film donne toute sa force, alors même que très peu de dialogues viennent nourrir l’écriture profondément visuelle du film. Sans-gêne par distraction, culotté par excès de prudence ou de politesse, le personnage de Tati bouscule aussi les habitudes et les certitudes de la petite bourgeoisie qu’il a choisi de gentiment railler, tout en étant très conscient qu’il en est lui même issu…

Vendredi 1er septembre

L’Armée des ombres (réal. Jean-Pierre Melville, 1969)

Certainement mon œuvre préférée sur le sujet de la Résistance française pendant la Seconde Guerre Mondiale, le film de Melville est une épopée intime aux accents tragiques. Le choix de la voix-off, donnant un côté littéraire au film, héritage logique de l’adaptation de l’œuvre de Kessel, permet au spectateur de se faire le témoin intime des tourments que traverse le personnage principal, magistralement interprété par Lino Ventura. Le film est soutenu par une mise en scène impeccable, avec des plans longs et donnant de l’ampleur au jeu des comédiens (tous excellents, tout particulièrement Signoret, Meurisse et Barbier), tout en sachant ménager un cadre et une composition qui fassent la part belle aux ambitions esthétiques du film. Baigné dans une photographie dont les nuances de gris semblent infinies, le film apporte visuellement un cachet « naturaliste » au sujet qu’il aborde. Mais Melville sait pertinemment que son film appartient au registre de la fiction et il se permet quelques entorses à la réalité, qui ne servent uniquement qu’à asseoir son propos dans un cadre poétique et dramatique. De ce film, tout le monde connaît la scène de fusillade dans le tunnel et le choix que Gerbier (Ventura) fait au début de cette scène. L’acte de résistance par excellence : celui qui résiste non plus à un ordre extérieur, hétérogène à la volonté de l’esprit et du corps, mais celui de l’esprit qui résiste contre son propre corps, son instinct de survie, pour ne pas offrir à l’officier SS ce que celui-ci attend. Bien entendu, Gerbier ne résiste pas longtemps, la survie étant ancrée en chaque être humain, plus profondément que le désespoir et le renoncement, mais Melville montre ici ce qu’est la force de caractère et comment la puissance d’une idée peut s’opposer à celle de la terreur. D’ailleurs à la fin du film, il nous sera dévoilé qu’ une nouvelle fois arrêté, Gerbier décidera bien cette fois-là de ne pas courir, du tout !

Cette scène est certainement la plus connue du film et pour de bonnes raisons. En revanche, ce qui est moins connu, c’est ce plan étrange que l’on peut relever dans ceux qui précèdent la fusillade à proprement parler. Gerbier et ses co-détenus avancent dans le couloir qui va les amener devant les mitrailleuses. Il se rappelle alors des moments vécus, an autant de plans insérés dans le montage : la mort du traître, une balade avec Mathilde, une jeune anglaise dans un bar ET un livre de Luc Jardie – le Patron – dont le titre est « Transfini et continu ». Seulement voilà, si tous les autres inserts renvoient à des images précédemment vues dans le film, il n’en est rien de celle-ci… Alors notre sentiment à la première vision du film, c’est que cette image est celle d’un souvenir « hors-champ », un souvenir qui ne renvoie à rien d’intelligible pour le spectateur. Sauf que voilà, quelques minutes après la fin de la fusillade, alors que Gerbier s’installe dans sa planque pour se faire oublier, il regarde quelques bouquins et, surprise, il prend dans ses mains le livre en question, « Transfini et continu ». Le plan est exactement le même que celui d’avant la fusillade. Étrange coïncidence, non ? Bien sûr, on peut penser qu’il s’agit là d’une simple erreur de montage, d’une économie de moyens sur les plans, ou au pire d’un usage de la figure de l’insert comme simple contenant prêt à remplir sa fonction de bouche-trou… Mais je me refuse de croire à de telles explications. Melville n’est pas un réalisateur de seconde zone et les personnes qui travaillaient avec lui sur le film non plus. Alors quid de ce plan ? Comment se fait-il que le cinéaste, dans un film dont le naturalisme est posé comme ambition esthétique, se permette ce que nous nommerions aujourd’hui un « fast-forward » ? L’explication est-elle à chercher du côté du discours tenu par Gerbier alors qu’il marche vers la mort et surtout par sa conclusion finale : à force de ne pas croire sa mort possible jusqu’au dernier instant (qui sera le fondement même de son acte de résistance quelques minutes plus tard), on ne mourrait finalement jamais… Et si l’on ne meurt jamais, c’est donc que l’on est immortel, que la vie est un grand tout qui n’a ni fin donc ni commencement, qu’elle se referme sur elle-même… Elle est « continue » et si le transfini du livre renvoie à la notion de Mathématique qui veut que les nombres transfinis soient des nombres ordinaux (c’est à dire indiquant une position) dans un ensemble ordonné infini, alors il n’y a qu’un pas à franchir et je me permettrai de le faire : Gerbier au moment de ne pas croire qu’il va, ou plutôt, qu’il peut mourir, en acquiert même la certitude, puisqu’il a une vision du futur : événement possible car bien que transfini (occupant une position précise dans un ensemble ordonné infini – chef de cellule de la Résistance), il est néanmoins continu… Melville finalement ne fait que prolonger l’idée émise tout haut par Gerbier ensuite : la force de la volonté de l’esprit sur celle du corps transcende la peur, mais aussi le temps et l’espace, elle est fondamentalement ce qui nous permet de résister, face à soi et aux autres !

Dimanche 2 septembre

Le Mystère Silkwood (réal. Mike Nichols, 1983)

Réalisé par le cinéaste qui nous a donné entre autres Le Lauréat, Catch 22, Primary Colors, La Guerre selon Charlie Wilson, le film dépeint l’histoire vraie de la lutte d’une ouvrière d’une usine de traitement de déchets nucléaires contre sa hiérarchie et le lobby nucléaire américain. Film autant sur les dangers du nucléaire (entre 1971 et 1983, les USA connaîtront au moins 4 accidents nucléaires importants, dont celui de Three Mile Island) que sur la lutte syndicale en général, Silkwood ne ménage ni son sujet ni son propos. Film engagé, il dénonce sans ambages des conditions de travail honteuses et dangereuses, où l’exploitation des hommes est véridique, quand bien même elle se fait de manière dissimulée. On ne peut qu’être horrifié devant les scènes de « douche » pour la décontamination des ouvriers irradiés. Nichols suit avec intelligence la descente aux enfers du protagoniste principal, qui alors même qu’elle apprend sa condamnation médicale ne lâchera jamais la lutte, au point que sa mort reste toujours aujourd’hui suspecte. Le casting est excellent : Meryl Streep est convaincante et habitée par le rôle ; Cher en amie lesbienne est étonnante de naturel (bien qu’elle joue, comme souvent dans sa carrière, un rôle presque taillé sur mesure à son exubérance) et Kurt Russell en petit ami bourru est tout simplement étonnant de par la présence qu’il donne à chacun des plans où il apparaît. Un must-see en ces temps de remise en question de l’énergie nucléaire et de ses conséquences, y compris lorsque tout « se passe bien »… !

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Trois semaines de films – du 30 juillet au 20 août 2012

Posted by Axel de Velp sur 3 octobre 2012

Les vacances et un déménagement auront eu raison de la régularité des publications du blog tout au long de l’été et de la rentrée… Mais elles reviennent avec ce premier récapitulatif et un nombre non négligeable de films variés et tout aussi plaisants les uns que les autres. Bonne lecture et à très bientôt pour des mises à jour plus fréquentes !

Jeudi 2 août

Gangsters (réal. Olivier Marchal, 2002)

Premier film de cet ancien flic, dont j’avais récemment visionné le dernier film Les Lyonnais, Gangsters reste sans conteste son meilleur film jusqu’à aujourd’hui. Intrigue très bien ficelée, écriture très aboutie, tant dans sa dimension naturaliste que dans ses effets de dialogues, qui rappellent certains grands moments du dialogue à la « française » (Audiard, Blier, Sautet…), Gangsters marque également par son casting très efficace et très crédible. Le tout est servi par une mise en scène classique mais dont la qualité n’a rien à envier à des réalisateurs plus chevronnés que ce débutant d’alors. Jusqu’à la bande originale du film qui colle parfaitement à l’ambiance, le film est une petite perle du polar français.

Vendredi 3 août

La Part des anges (réal. Ken Loach, 2012)

Il ne faut pas se fier à l’affiche française du film qui dessert grandement le propos annoncé. Le dernier film de Ken Loach est une comédie aux accents sociaux réalistes (comme souvent chez lui) réussie et enjouée. Les acteurs donnent le ton, particulièrement ceux qui ont des « gueules », et l’on ne peut pas s’empêcher de se prendre de sympathie pour ces égarés de la société, à qui l’on donne comme une dernière chance. Certains sauront la saisir au vol, d’autres non. Qu’importe, Loach nous donne à voir une tranche de vie qui donne envie de croire encore en elle et en l’espoir que chacun porte.

Samedi 4 août

The Player (réal. Robert Altman, 1992)

Toujours aussi retors et critique vis-à-vis d’Hollywood, même 20 ans après sa sortie, le film d’Altman est un condensé de ses thèmes et figures de style. On y retrouve le jeu à la fois posé et fébrile des acteurs, le tout mélangé dans une même scène, les dialogues qui vont plus vite que l’intrigue, le jeu sur les faux-semblants, la critique de la bourgeoisie américaine, etc. Construction en abyme d’un scénario qui fait la boucle sur lui-même, dans ses enjeux moraux et stylistiques, The Player est l’archétype du film d’Altman intelligent et subversif, mais jamais donneur de leçon, bien au contraire. Difficile pour le spectateur de ne pas succomber au charme « maléfique » du personnage de Tim Robbins, ou bien de ne pas avoir à l’inverse d’empathie pour celui de sa petite amie qu’il abandonnera, après l’avoir scrupuleusement humiliée. Altman ne dit rien d’autre dans ce film finalement que quelque soit le milieu dans lequel les hommes évoluent, qu’il soit celui du rêve ou du mal, ils sont tous les mêmes : capable du pire comme du bien, mais toujours dans leur intérêt et par pure égotisme.

Lundi 6 août

Les Tontons flingueurs (réal. Georges Lautner, 1963)

Que dire sur ce chef d’œuvre du cinéma comique français qui n’ait pas déjà été dit maintes et maintes fois ? Que le duo Lautner Audiard y est certainement à son firmament ? Que le casting Blier, Ventura et consorts y démontrent toute la force comique de leur jeu ? Les Tontons flingueurs, appartient à cette catégorie de films dont la légende semble dépasser leur vérité (parce qu’un nombre conséquent de scènes et de lignes de dialogue sont gravées dans la mémoire collective populaire), mais qui en réalité se dévoilent à nouveau à nous avec toute leur force et leur splendeur, lorsqu’on reprend le temps de les regarder en entier.

Mardi 7 août

Monsieur Hire (réal. Patrice Leconte, 1989)

Ce film de Leconte aura eu le mérite de faire comprendre toute la gravité possible d’un acteur comme Michel Blanc. Comme d’habitude chez le cinéaste, la concision de l’écriture et le dépouillement de sa mise en scène, marié à une photo toujours très travaillée, ont le don de marier les antagonismes au service de l’intrigue et de l’ambiance. On y retrouve son sens de l’érotisme si particulier et la gravité de situations où l’effet comique n’est jamais bien loin, mais pas vraiment à portée de main ou de rire, devrais-je dire… Monsieur Hire, c’est un voyage dans l’esprit et la vision du monde d’un homme reclus qui croit en l’amour qu’il n’a jamais vraiment connu : une ode aux amoureux transis mais éconduits qui feraient tout pour celle qu’ils aiment !

Dimanche 12 août

Les 12 travaux d’Astérix (réal. René Goscinny, Henri Gruel, Albert Uderzo & Pierre Watrin, 1976)

C’est peut-être parce que le dessin animé n’est pas vraiment adapté d’une des bandes dessinées originales, qu’il est à mon sens l’un des plus réussis de la série des Astérix et Obélix. Successions de scènes hilarantes (l’île aux plaisirs, le « psy » égyptien, le restaurateur belge, et bien entendu la maison des fous), le film nous emmène dans un délire où anachronismes et bons jeux de mots se côtoient avec réussite tout en misant sur le burlesque et le loufoque. Servie par une animation correcte, mais sans grande qualité, le film divertit à l’envie petits et grands.

Mercredi 15 août

Le Voyage de Chihiro (réal. MIYAZAKI Hayao, 2001)

Certainement l’un des meilleurs films de Miyazaki et surtout l’un des derniers qui soient vraiment réussis (mise à part peut-être Ponyo sur la falaise), Chihiro est indéniablement un aboutissement dans les thématiques chères au cinéaste japonais. Mêlant traditions nippones, croyances ancestrales, modernisme des relations humaines à un souci de discours environnemental, comme dans presque tous ses films, Chihiro emmène le spectateur dans l’accomplissement de la maturation d’une petite fille à celui d’une jeune adulte. Proposant rien moins qu’un film didactique et d’apprentissage s’il en est, Miyazaki sait aussi nous faire rêver et émerveiller, tant par l’étendue et la richesse intelligible de l’univers qu’il propose que par son foisonnement créatif. On regrettera justement dans ces films ultérieurs un certain appauvrissement tant au niveau narratif qu’au niveau purement visuel (surtout dans Le Château ambulant). Le film est également supporté par une animation 2D sans faille, d’une très grande qualité et d’un rythme parfois époustouflant, à mille lieux de tout ce qui se faisait dans le reste du monde à la même époque (à l’exception de quelques autres films nippons d’animation, bien entendu).

Dimanche 19 août

What’s Eating Gilbert Grape? (réal. Lasse Hallström, 1993)

Deuxième film américain du cinéaste suédois, Gilbert Grape est une histoire attachante, sur un scénario humain comme souvent les cinéastes émigrés à Hollywood savent en produire. Film à comédien avant tout, il est l’occasion pour deux géants du ciné US contemporain de se rencontrer. D’abord Johnny Depp, dont la carrière avait déjà décollé mais où dans ce film il confirme toute la force et l’étendue de son jeu, éloigné de son « mentor » récent, Tim Burton. Ensuite, et surtout Leonardo DiCaprio qui signe ici son premier vrai grand rôle, en même temps que Blessures secrètes (de Michael Caton-Jones), après de multiples apparitions dans des séries télévisées et des films de série B (dont Critters 3 !!!). Il faut saluer la capacité d’Hallström à donner à chaque comédien sa place justifiée dans le film sans que jamais l’un n’empiète sur l’autre, à tel point que l’écriture et la direction d’acteurs sont en parfaite symbiose et que la relation qui lie Gilbert à son frère handicapé est parfaitement retranscrite à l’écran. Le reste du casting est de très bon niveau également et l’on ne peut s’empêcher de sourire aux apparitions et performances diverses de Mary Steenburgen Kevin Tighe, John C. Reilly ou encore Crispin Glover (que j’avais aperçu récemment dans The Player).

Red Dragon (réal. Brett Ratner, 2002)

Deuxième film adapté du premier roman de la trilogie de Thomas Harris, Red Dragon est bien loin de la première adaptation signée Michael Mann, Manhunter (bêtement traduit en français par Le Sixième Sens). A l’évidence, Brett Ratner n’a pas le talent de Mann et la direction d’acteurs est particulièrement ampoulée (alors que le film est quand même servi par des comédiens de renom, dont Edward Norton et Anthony Hopkins pour ne citer que ceux là), à l’exception de Ralph Fiennes qui surpasserait presque la prestation de Tom Noonan, excellent tueur en série du premier film. Qui plus-est, tout cela est accompagné d’une mise en scène fade et sans point de vue qui empêche toute envie de se laisser happer par le film. Quelques rares scènes viennent égayer la vision d’ensemble, mais on a quand même bien l’impression d’un remake à gros sous raté, qui ne cherche qu’à capitaliser sur le grand succès critique et public que fut en son temps, Le Silence des agneaux.

Lundi 20 août

Europa (réal. Lars von Trier, 1991)

Je n’ai jamais été un grand fan du cinéaste danois. Exit pour moi Les Idiots, Dancer in the Dark ou Dogville, mais toute la première partie de la carrière du réalisateur a toujours su me parler. Qu’il s’agisse de Breaking the Waves, Element of Crime ou Europa, je me sens beaucoup plus en phase avec son cinéma de cette époque qu’avec celui plus récent qui a fait de lui la coqueluche des festivals et des revues de cinéma. Europa c’est avant tout une expérience sensorielle, l’image et le son ayant une qualité quasi hypnotique dans le film. Les passages en couleur au milieu du noir et blanc, les chevauchements sonores, les dialogues multilingues, tout concourt à perdre le spectateur dans une démesure, dont le propos du film se fait l’écho. Réflexion sur l’Europe après la Seconde Guerre Mondiale, le film de Lars von Trier brasse les culpabilités allemandes (mais pas que…) autant que les sentiments de revanche, au milieu de la désolation et de la ruine. L’image du train comme liant d’un monde décomposé ou plutôt en recomposition renvoie à une imagerie très romantique, alors même que le film ne peut s’empêcher de renvoyer à une esthétique assez froide et déshumanisée… Europa marque surtout par l’ampleur de son discours et de son sujet et l’ambition (parfois un peu too much) de poser un regard « artistique » sur l’une des périodes les plus sombres de notre récente Histoire.

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Une semaine de films – du 2 au 8 avril 2012

Posted by Axel de Velp sur 10 avril 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Décidément, j’enchaîne les semaines maigres en ce moment. Seulement deux films à vous proposer. Mais deux films qui méritent largement le détour. Bien que le premier ne m’ait pas beaucoup surpris par rapport à mes précédentes visions, il reste encore aujourd’hui l’un de mes films préférés sur l’idée de comment écrit-on une histoire en y incorporant – visuellement – de l’Histoire. Le second a été l’occasion d’une agréable redécouverte à l’occasion de la triste disparition du réalisateur de L’Effrontée et de La Classe de neige (pour ne citer que ceux-là).

Jeudi 5 avril

Titanic (réal. James Cameron, 1997 – 2011 pour la version en 3D)

Revoir en salle le film de Cameron reste pour moi une expérience hors du commun. Sans m’appesantir sur les raisons qui me poussent à considérer Titanic comme un chef d’œuvre et qui m’ont poussé à aller voir 4 fois en tout au cinéma (celle-ci y compris), je ne ferai que les réitérer ici rapidement : l’ampleur de la production, la qualité de l’écriture, tant sur le plan historique et sociétal que sur le rythme et la romance, mais aussi la réalisation dont pas un plan n’échappe à la pensée profonde qui habite tout le film (et qui est la première raison de mon amour pour lui) : inscrire l’histoire d’un film dans l’Histoire. Alors quid de ce passage à la 3D, forcément post-produite… ? Conquis par ses choix de mise en scène d’une 3D filmé avec rarement autant d’inspiration dans Avatar, je ne pouvais qu’être curieux de voir ce que Cameron allait proposer sur le champ de la « post 3D ». Le constat est mitigé mais globalement je dirai qu’elle n’apporte pas grand chose au film. Ce qui est intéressant, c’est que Cameron essaie de suivre les mêmes choix que ceux qu’il a fait pour Avatar et donc la 3D est rarement utilisée à des fins de « spectaculaire ». Revers de la médaille, elle est donc moins évidente à mettre en valeur en postproduction puisque son usage dans Avatar prenait tout sens dès le filmage lui-même. Le film n’est donc pas transcendé par cette transformation, mais cela étant il nous fait rêver à ce qu’il aurait pu être si Cameron l’avait filmé dès le départ en 3D. Et tout particulièrement les plans sous-marins du vrai Titanic. Ils gagnent non pas en « crédibilité » (la question en fait ne se pose pas et ne s’est jamais posé, bien au contraire, puisqu’elle est l’une des forces du film dès le départ), mais ils gagnent en substance, en matière presque « palpable » à l’écran. Cet ajout de la 3D sur ces plans-là vient augmenter l’effet de « réel » de cette épave centenaire qui se déploie sous nos yeux, comme l’unique vestige de cette folle entreprise de puissance des hommes et témoignage de leur orgueil fatal et meurtrier.

Dimanche 8 avril

Garde à vue (réal. Claude Miller, 1981)

L’actualité permet parfois (et le plus souvent pour des raisons malheureuses) des séances de « rattrapage ». Ainsi, j’ai regardé Garde à vue pour la première fois lorsque je devais avoir une dizaine d’années. Le souvenir que j’en avais était plus que flou, aussi cette vision nouvelle fut-elle très appréciable. Troisième long métrage de Miller, le film est adapté d’un roman de Jon Wainwright. Production de haut niveau pour l’époque – Ventura, Serrault, Schneider au casting, Delerue à la musique, Nuytten à la photographie, Audiard aux dialogues – Garde à vue est en effet un film français policier de premier choix. L’écriture est délicieuse et donne aux comédiens de nombreuses scènes marquantes, tout en proposant une critique de la bourgeoisie provinciale qu’un Chabrol n’aurait pas renié. Ménageant le suspense avec intelligence mais sans artifices, le film montre aussi un travail visuel assez jouissif. Les lumières sont quasiment toutes travaillées sur le motif des reflets, des transparences, des vitres, dès que la caméra n’est pas centrée sur les personnages, comme pour nous faire comprendre que les enjeux de la rencontre entre le notaire et le flic vont bien au-delà des apparences et du meurtre de ces deux fillettes. Travaillant le cadre avec une composition assez théâtrale, mais sans non plus ignorer des mouvements dans le champ ou de la caméra elle-même, ces mouvements sont souvent très évocateurs (le téléphone au premier plan qui vient envahir l’image avant qu’il ne soit évoqué dans le dialogue et ne se perde ensuite dans l’arrière-plan pour donner à cet arrière-plan sa pleine place dans le cadre). Au final, le rythme du film aussi est exemplaire, car finalement assez court, il est suffisamment dense pour que la crédibilité d’une nuit entière passée dans le commissariat de police ne soit en rien entamée.

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