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Trois semaines de films – du 30 juillet au 20 août 2012

Posted by Axel de Velp sur 3 octobre 2012

Les vacances et un déménagement auront eu raison de la régularité des publications du blog tout au long de l’été et de la rentrée… Mais elles reviennent avec ce premier récapitulatif et un nombre non négligeable de films variés et tout aussi plaisants les uns que les autres. Bonne lecture et à très bientôt pour des mises à jour plus fréquentes !

Jeudi 2 août

Gangsters (réal. Olivier Marchal, 2002)

Premier film de cet ancien flic, dont j’avais récemment visionné le dernier film Les Lyonnais, Gangsters reste sans conteste son meilleur film jusqu’à aujourd’hui. Intrigue très bien ficelée, écriture très aboutie, tant dans sa dimension naturaliste que dans ses effets de dialogues, qui rappellent certains grands moments du dialogue à la « française » (Audiard, Blier, Sautet…), Gangsters marque également par son casting très efficace et très crédible. Le tout est servi par une mise en scène classique mais dont la qualité n’a rien à envier à des réalisateurs plus chevronnés que ce débutant d’alors. Jusqu’à la bande originale du film qui colle parfaitement à l’ambiance, le film est une petite perle du polar français.

Vendredi 3 août

La Part des anges (réal. Ken Loach, 2012)

Il ne faut pas se fier à l’affiche française du film qui dessert grandement le propos annoncé. Le dernier film de Ken Loach est une comédie aux accents sociaux réalistes (comme souvent chez lui) réussie et enjouée. Les acteurs donnent le ton, particulièrement ceux qui ont des « gueules », et l’on ne peut pas s’empêcher de se prendre de sympathie pour ces égarés de la société, à qui l’on donne comme une dernière chance. Certains sauront la saisir au vol, d’autres non. Qu’importe, Loach nous donne à voir une tranche de vie qui donne envie de croire encore en elle et en l’espoir que chacun porte.

Samedi 4 août

The Player (réal. Robert Altman, 1992)

Toujours aussi retors et critique vis-à-vis d’Hollywood, même 20 ans après sa sortie, le film d’Altman est un condensé de ses thèmes et figures de style. On y retrouve le jeu à la fois posé et fébrile des acteurs, le tout mélangé dans une même scène, les dialogues qui vont plus vite que l’intrigue, le jeu sur les faux-semblants, la critique de la bourgeoisie américaine, etc. Construction en abyme d’un scénario qui fait la boucle sur lui-même, dans ses enjeux moraux et stylistiques, The Player est l’archétype du film d’Altman intelligent et subversif, mais jamais donneur de leçon, bien au contraire. Difficile pour le spectateur de ne pas succomber au charme « maléfique » du personnage de Tim Robbins, ou bien de ne pas avoir à l’inverse d’empathie pour celui de sa petite amie qu’il abandonnera, après l’avoir scrupuleusement humiliée. Altman ne dit rien d’autre dans ce film finalement que quelque soit le milieu dans lequel les hommes évoluent, qu’il soit celui du rêve ou du mal, ils sont tous les mêmes : capable du pire comme du bien, mais toujours dans leur intérêt et par pure égotisme.

Lundi 6 août

Les Tontons flingueurs (réal. Georges Lautner, 1963)

Que dire sur ce chef d’œuvre du cinéma comique français qui n’ait pas déjà été dit maintes et maintes fois ? Que le duo Lautner Audiard y est certainement à son firmament ? Que le casting Blier, Ventura et consorts y démontrent toute la force comique de leur jeu ? Les Tontons flingueurs, appartient à cette catégorie de films dont la légende semble dépasser leur vérité (parce qu’un nombre conséquent de scènes et de lignes de dialogue sont gravées dans la mémoire collective populaire), mais qui en réalité se dévoilent à nouveau à nous avec toute leur force et leur splendeur, lorsqu’on reprend le temps de les regarder en entier.

Mardi 7 août

Monsieur Hire (réal. Patrice Leconte, 1989)

Ce film de Leconte aura eu le mérite de faire comprendre toute la gravité possible d’un acteur comme Michel Blanc. Comme d’habitude chez le cinéaste, la concision de l’écriture et le dépouillement de sa mise en scène, marié à une photo toujours très travaillée, ont le don de marier les antagonismes au service de l’intrigue et de l’ambiance. On y retrouve son sens de l’érotisme si particulier et la gravité de situations où l’effet comique n’est jamais bien loin, mais pas vraiment à portée de main ou de rire, devrais-je dire… Monsieur Hire, c’est un voyage dans l’esprit et la vision du monde d’un homme reclus qui croit en l’amour qu’il n’a jamais vraiment connu : une ode aux amoureux transis mais éconduits qui feraient tout pour celle qu’ils aiment !

Dimanche 12 août

Les 12 travaux d’Astérix (réal. René Goscinny, Henri Gruel, Albert Uderzo & Pierre Watrin, 1976)

C’est peut-être parce que le dessin animé n’est pas vraiment adapté d’une des bandes dessinées originales, qu’il est à mon sens l’un des plus réussis de la série des Astérix et Obélix. Successions de scènes hilarantes (l’île aux plaisirs, le « psy » égyptien, le restaurateur belge, et bien entendu la maison des fous), le film nous emmène dans un délire où anachronismes et bons jeux de mots se côtoient avec réussite tout en misant sur le burlesque et le loufoque. Servie par une animation correcte, mais sans grande qualité, le film divertit à l’envie petits et grands.

Mercredi 15 août

Le Voyage de Chihiro (réal. MIYAZAKI Hayao, 2001)

Certainement l’un des meilleurs films de Miyazaki et surtout l’un des derniers qui soient vraiment réussis (mise à part peut-être Ponyo sur la falaise), Chihiro est indéniablement un aboutissement dans les thématiques chères au cinéaste japonais. Mêlant traditions nippones, croyances ancestrales, modernisme des relations humaines à un souci de discours environnemental, comme dans presque tous ses films, Chihiro emmène le spectateur dans l’accomplissement de la maturation d’une petite fille à celui d’une jeune adulte. Proposant rien moins qu’un film didactique et d’apprentissage s’il en est, Miyazaki sait aussi nous faire rêver et émerveiller, tant par l’étendue et la richesse intelligible de l’univers qu’il propose que par son foisonnement créatif. On regrettera justement dans ces films ultérieurs un certain appauvrissement tant au niveau narratif qu’au niveau purement visuel (surtout dans Le Château ambulant). Le film est également supporté par une animation 2D sans faille, d’une très grande qualité et d’un rythme parfois époustouflant, à mille lieux de tout ce qui se faisait dans le reste du monde à la même époque (à l’exception de quelques autres films nippons d’animation, bien entendu).

Dimanche 19 août

What’s Eating Gilbert Grape? (réal. Lasse Hallström, 1993)

Deuxième film américain du cinéaste suédois, Gilbert Grape est une histoire attachante, sur un scénario humain comme souvent les cinéastes émigrés à Hollywood savent en produire. Film à comédien avant tout, il est l’occasion pour deux géants du ciné US contemporain de se rencontrer. D’abord Johnny Depp, dont la carrière avait déjà décollé mais où dans ce film il confirme toute la force et l’étendue de son jeu, éloigné de son « mentor » récent, Tim Burton. Ensuite, et surtout Leonardo DiCaprio qui signe ici son premier vrai grand rôle, en même temps que Blessures secrètes (de Michael Caton-Jones), après de multiples apparitions dans des séries télévisées et des films de série B (dont Critters 3 !!!). Il faut saluer la capacité d’Hallström à donner à chaque comédien sa place justifiée dans le film sans que jamais l’un n’empiète sur l’autre, à tel point que l’écriture et la direction d’acteurs sont en parfaite symbiose et que la relation qui lie Gilbert à son frère handicapé est parfaitement retranscrite à l’écran. Le reste du casting est de très bon niveau également et l’on ne peut s’empêcher de sourire aux apparitions et performances diverses de Mary Steenburgen Kevin Tighe, John C. Reilly ou encore Crispin Glover (que j’avais aperçu récemment dans The Player).

Red Dragon (réal. Brett Ratner, 2002)

Deuxième film adapté du premier roman de la trilogie de Thomas Harris, Red Dragon est bien loin de la première adaptation signée Michael Mann, Manhunter (bêtement traduit en français par Le Sixième Sens). A l’évidence, Brett Ratner n’a pas le talent de Mann et la direction d’acteurs est particulièrement ampoulée (alors que le film est quand même servi par des comédiens de renom, dont Edward Norton et Anthony Hopkins pour ne citer que ceux là), à l’exception de Ralph Fiennes qui surpasserait presque la prestation de Tom Noonan, excellent tueur en série du premier film. Qui plus-est, tout cela est accompagné d’une mise en scène fade et sans point de vue qui empêche toute envie de se laisser happer par le film. Quelques rares scènes viennent égayer la vision d’ensemble, mais on a quand même bien l’impression d’un remake à gros sous raté, qui ne cherche qu’à capitaliser sur le grand succès critique et public que fut en son temps, Le Silence des agneaux.

Lundi 20 août

Europa (réal. Lars von Trier, 1991)

Je n’ai jamais été un grand fan du cinéaste danois. Exit pour moi Les Idiots, Dancer in the Dark ou Dogville, mais toute la première partie de la carrière du réalisateur a toujours su me parler. Qu’il s’agisse de Breaking the Waves, Element of Crime ou Europa, je me sens beaucoup plus en phase avec son cinéma de cette époque qu’avec celui plus récent qui a fait de lui la coqueluche des festivals et des revues de cinéma. Europa c’est avant tout une expérience sensorielle, l’image et le son ayant une qualité quasi hypnotique dans le film. Les passages en couleur au milieu du noir et blanc, les chevauchements sonores, les dialogues multilingues, tout concourt à perdre le spectateur dans une démesure, dont le propos du film se fait l’écho. Réflexion sur l’Europe après la Seconde Guerre Mondiale, le film de Lars von Trier brasse les culpabilités allemandes (mais pas que…) autant que les sentiments de revanche, au milieu de la désolation et de la ruine. L’image du train comme liant d’un monde décomposé ou plutôt en recomposition renvoie à une imagerie très romantique, alors même que le film ne peut s’empêcher de renvoyer à une esthétique assez froide et déshumanisée… Europa marque surtout par l’ampleur de son discours et de son sujet et l’ambition (parfois un peu too much) de poser un regard « artistique » sur l’une des périodes les plus sombres de notre récente Histoire.

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Trois semaines de films – du 9 au 29 juillet 2012

Posted by Axel de Velp sur 4 août 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Ah les vacances… ! Je réunis donc trois semaines de visionnages de film en un post pour me rattraper sur mon retard. Les vacances n’étant pas encore terminées (je ne m’en plains pas d’ailleurs), le rythme risque de continuer à ralentir encore un peu. Mais la diversité reste de mise pour un été 2012, qui réservera, je pense, plus de surprises sur le petit écran que le grand. Qu’importe, l’important c’est de s’enrichir visuellement, quel que soit la méthode. Profitez bien du beau temps, si vous en avez, et n’oubliez pas quand même de vous perdre dans un film ou deux, les vacances c’est aussi fait pour cela.

Lundi 9 juillet

Dark Shadows (réal. Tim Burton, 2012)

Avec Dark Shadows, on pourrait croire que Burton revient à ses premiers amours. Ambiance gothique et monstrueuse, romance impossible, personnages hauts en couleur, mise en scène baroque et kitsch en même temps, univers barré et fantastique mais séduisant et parfois amusant… Burton ne fait d’ailleurs pas que retrouver le chemin et les inspirations qu’il avait perdu (selon moi) avec La Planète des singes, Big Fish ou encore Alice ou Charlie et la chocolaterie, il sait aussi quelque peu se renouveler : Dark Shadows parle et met en scène le sexe comme rarement Burton ne l’aura fait auparavant. Le spectateur peut donc s’enthousiasmer face à ces annonces de retrouvailles, enrichies et augmentées, avec le cinéaste perdu en chemin. Seulement voilà, l’école buissonnière qu’a suivie Burton ces dernières années, n’avait pas fait que le détourner de ses thématiques et figures stylistiques, malheureusement elle a aussi émoussé son sens de l’écriture et de la mise en scène. Combien de personnages secondaires, attachants au demeurant, mais dont on aurait pu se passer dans ce dernier film, tellement ils sont peu travaillés ? Combien de lenteurs et de lourdeurs, y compris dans son renouvellement : la scène de « cul » entre Johnny Depp et Eva Green est à ce titre exemplaire, excellente idée, bien mise en scène, drôle et irrévérencieuse, elle est malencontreusement bien trop longue et répétitive… Et cette dégradation se retrouve dans la mise en scène : la scène du bal (avec la présence anachronique, de par son étrangeté, d’Alice Cooper à l’âge qu’il a aujourd’hui replacé dans les années 70, alors même que le film ne propose aucune lecture de l’idée de la star de rock’n’roll comme icône immortelle), cette scène est d’une mollesse accablante et la caméra a du mal à décoller des plans classiques d’un filmage de mauvais concert, même pas digne d’un live de MTV ! Au final, Tim Burton nous propose quelque chose de plus « Burtonien » que ses dernières œuvres mais aussi moins achevé, plus mou. Le film confirme une chose que j’ai toujours pensée le concernant : Burton est moins un cinéaste qu’un conteur…

Mercredi 11 juillet

Les Lyonnais (réal. Olivier Marchal, 2011)

Ancien flic, Olivier Marchal a toujours su donner à ses films un ton naturaliste, pour ne pas dire réaliste, aux ambiances de films de flics qu’ils dépeignent. Mais avec Les Lyonnais, le cœur du sujet change de camp et les flics ne sont plus le centre de l’histoire mais bien au contraire les voyous. Et là, malgré l’inspiration directe du livre « autobiographique » de Edmond Vidal, on ne peut pas dire que Marchal s’en tire avec autant d’efficacité que pour ses précédents films. Si Gangsters reste à mes yeux son film le plus réussi, Les Lyonnais n’en demeure pas moins un film de qualité, avec quelques scènes très bien emmenées et un casting intelligent. Le problème vient plus de la crédibilité de cette vieille rengaine d’une forme d’honneur ou de code qui régirait la mafia (quelle  qu’elle soit) : miroir aux alouettes des scénaristes de films et de romans policiers, tentative de réécriture de la vérité par ceux qui l’ont vécue, aujourd’hui il reste difficile de faire croire un instant que le milieu de la pègre ait jamais fonctionné ainsi. Cependant, le film travaille aussi bien le mythe que le réalisme et cette conjonction d’opposés donne dans l’ensemble un très bon résultat (d’autres avant Marchal s’y étaient aussi frottés, pour certains avec succès). Alors pour le plaisir de retrouver du polar français de qualité avec un casting bien choisi, pour une modernité de la mise en scène, qui ne cède en rien au trop spectaculaire, je ne saurai que trop conseiller ce film qui, pour les amateurs de polar, ne sera pas une déception, sans pour autant être la révélation de l’année.

Samedi 14 juillet

Le Château de Cagliostro (réal. Hayao Miyazaki, 1979)

Deuxième long métrage issu de la série télévisée Lupin III, elle-même adaptée du manga éponyme de KATÔ Kazuhiko, le film fut réalisé par Miyazaki pour ce qui fut sa première expérience de réalisateur de long métrage d’animation. Dans cette œuvre de commande, répondant aux exigences d’une bible scénaristique très arrêtée (comme souvent pour les longs métrages adaptés d’anime ou de manga), on peut déjà sentir poindre les particularismes de Miyazaki qui se développeront lors de sa future carrière : les inspirations internationales (qui ne manquaient pas cela dit dans la série puisque le héros est censé être le petit-fils d’Arsène Lupin) dont la plus emblématique est certainement dans le design du château lui-même dont nombre d’éléments esthétiques et architecturaux ne sont pas sans rappeler le château du Roi et L’Oiseau de Paul Grimault. Le film suit un rythme très nerveux pendant ses 100 minutes, les rebondissements sont légions, là encore dans une parenté évidente à la série, mais sans que jamais cela ne soit ridicule. L’intelligence de l’écriture d’ailleurs revient à petit à petit faire comprendre la place de chaque rebondissement par des indices préalables à leur avènement. La fin digne d’une « catastrophe naturelle » et la valeur non-pécuniaire du trésor des Cagliostro annoncent déjà les opinions environnementales de Miyazaki qui seront plus explicitement démontrées dans ses films suivants : Nausicaä, Le Château dans le Ciel, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke, etc. Le film est réalisé avec beaucoup d’audace visuelle et plusieurs séquences sont de petits bijoux d’animation, encore aujourd’hui (mention spéciale à la poursuite en voiture au début du film). Qui plus-est le film est bourré d’humour et comme souvent dans ce type de production, plusieurs niveaux de lecture permettent aux petits comme aux grands de savourer le film.

Dimanche 15 juillet

Zarafa (réal. Rémi Bezançon & Jean-Christophe Lie, 2011)

Rattrapage un peu tardif pour ce film, mais la bande-annonce m’avait à tort un peu refroidi, alors qu’en réalité le film est un petit bijou. Histoire sympathique, intelligente et bien rythmée, dessins fins, travaillés et bénéficiant d’un style bien identifié, qui donne à l’œuvre une cohérence esthétique forte, animation de qualité avec quelques scènes très impressionnantes, Zarafa est un film à découvrir pour les petits, mais aussi pour les grands. Les différents niveaux de lecture du scénario donnent à chacun matière à réflexion et à se divertir. Le film ne s’éternise pas non plus et alternent agréablement les scènes sérieuses, voire dramatiques, avec des séquences plus légères, voire hilarantes… Zarafa est l’exemple même de film français d’animation sans grande ambition, du moins sans grande opération marketing, mais qui démontre le savoir narratif, esthétique et technique de grande qualité, qui remonte jusqu’au Roi et l’Oiseau de Grimault et plus loin encore…

Toy Story 3 (réal. Lee Unkrich, 2010)

Décidément ce fut la semaine de l’animation. Que dire de ce troisième opus de la série la plus célèbre de Pixar ? Malgré la réputation déclinante du studio (certains de leurs derniers films sont quand même un cran en-dessous des précédents), malgré les nombreuses années écoulées entre cet opus et le précédent, malgré les inquiétudes qu’une telle suite pouvait soulever, il faut bien admettre que Pixar nous surprend une fois encore. D’abord, techniquement le film est une perle d’animation en images de synthèses. Le rendu des matières, textures, couleurs, est certainement l’un des plus aboutis de tous les films d’animation 3D (je ne parle pas ici de 3D Relief bien sûr), de même pour leurs mouvements. Ensuite l’intelligence du scénario, d’avoir su faire mûrir autant ses personnages que son public, est une trouvaille qui permet à tout un chacun d’y trouver son compte. De plus, comme souvent chez Pixar, le film est rempli d’humour, de tolérance, et de bonnes intentions, sans que jamais cela verse dans la mièvrerie. Que l’on soit petit ou grand, le film sait parfaitement aller nous chercher, pour nous attendrir, nous faire rire. Qui plus-est le film sait faire appel à notre culture cinématographique, le film étant rempli de clins d’œil cinéphiliques comme c’est l’habitude chez Pixar. Au final, le film clôt avec brio une trilogie du cinéma d’animation moderne et nous donne l’espoir que Pixar soit capable de se reprendre à l’avenir.

Death Race 2 (réal. Roel Reiné, 2010)

Suite à ma redécouverte du premier volet de la série par Paul W. S. Anderson, et sur les conseils d’un ami, j’ai voulu approfondir cet univers en regardant ce direct-to-video, ou DTV, (y compris aux Etats-Unis). Force est de constater que l’univers du film est bien développé (ce deuxième volet propose de voir comment la Death Race a été créée) et donne une ampleur au scénario, classique (par moments même un peu trop attendu) mais efficace dans le genre ; la présence d’Anderson en production n’y est certainement pas pour rien. Pour ce qui est du casting, bien que l’absence d’un acteur à la hauteur de Jason Statham soit un vrai manque, le reste du casting s’en tire bien. La mise en scène est globalement très moyenne, voire médiocre par moments, mais quelques scènes viennent véritablement racheter le film dans son entier. Je ne dirai pas que le film est un must-see (loin de là, même), mais si le premier film vous avait plu et que vous n’êtes pas contre un bon film de série B de temps à autre, alors il ne faut pas hésiter à vous plonger dans les joies et les violences de ce DTV fort sympathique…

Lundi 16 juillet

Les Trois Mousquetaires (réal. Paul W. S. Anderson, 2011)

On enchaîne avec le dernier film d’Anderson. Toujours dans la série B à grand spectacle, le film revient sur cette histoire très connue des Trois Mousquetaires, mais avec un environnement à la steampunk avant l’âge. Navires volants, appareillages sophistiqués, le film sort volontairement de la représentation médiévale classique pour coller à un modernisme visuel finalement assez réussi. Comme toujours chez Anderson, la mise en scène est de très bonne facture, rythmée, inventive et au service de l’action. Pour ce qui est du scénario, on a là quelque chose de pas très novateur, voire même par moments ennuyeux. Le casting fait ce qu’il peut (parfois très bien comme Christoph Waltz) mais souvent il est à la limite du correct (le très mou d’Artagnan en est l’exemple parfait). Encore une fois, Anderson signe un film efficace d’action, dans une ambiance relativement originale, mais peine cela dit à se montrer à la hauteur de premières, voire ses dernières productions. N’ayant pas vu le film en 3D Relief, je ne me prononcerai que sur ce qui semblait évident comme effets et qui paraissait exploiter essentiellement les effets de surprise et de « flêches vers le spectateur », à l’exception d’une ouverture du film en images de synthèses, très appréciables déjà en 2D et qui devait l’être encore plus en Relief…

Mardi 17 juillet

John Carter (réal. Andrew Stanton, 2012)

Réalisé par un cinéaste tout droit venu de l’animation (1001 pattes, Le Monde de Némo, Wall-E), John Carter est une adaptation des œuvres du romancier américain de fantastique et de science-fiction, Edgar Rice Burroughs. Si l’on peut reprocher au film son côté Disney (et pour cause puisque le film est produit par la société de Mickey) – costumes flashys et kitsch, décors par moments en carton-pâte, mièvrerie consommée pour certains aspects du scénario – le film n’en demeure pas moins une agréable surprise, surtout quand on repense à la campagne marketing qui l’avait entouré. Bien moins simplet qu’il ne pouvait paraître, le film prend le temps de bien exposer les enjeux de chaque faction martienne face à laquelle Carter va devoir survivre. Les effets spéciaux sont assez réussis et finalement, porté par une mise en scène classique mais redoutablement efficace, le film nous entraîne dans cette épopée martienne avec facilité et plaisir. On regrettera un casting un peu en demi-teinte, particulièrement le rôle principal qui malheureusement peine à nous convaincre, alors que le film repose largement sur ses épaules.

Jeudi 19 juillet

Moneyball (réal. Bennett Miller, 2011)

Réalisé par le cinéaste qui nous avait donné Truman Capote (avec l’excellent Philip Seymour Hoffman), Le Stratège (Moneyball dans son titre original) raconte l’épisode récent qui secoua le monde du baseball aux Etats-Unis. Moins un film de sport qu’un film sur le monde qui gravite autour d’un sport, peu connu hors des USA, Moneyball est avant tout un film sur la détermination d’un homme à changer son destin et celui de son équipe. Bien écrit, prenant, même quand on ne connaît rien au baseball, le film déploie une énergie calme et lente, portée par des comédiens efficaces et habités par leurs personnages. Qu’il s’agisse de Brad Pitt, Jonah Hill, ou dans des rôles plus secondaires Robin Wright et Philip Seymour Hoffman, le casting est réussi. Le film, classique dans sa forme, reste correct sur la mise en scène, la caméra est posée et laisse le temps aux comédiens de déployer tout leur art. Reste alors un film mineur sur un sujet peu populaire hors de son pays, mais qui a le mérite de parler des hommes qui gèrent ce sport et le font (ou pas) évoluer…

Vendredi 27 juillet

La Vie sans principe (réal. Johnnie TO, 2011)

Réalisateur de plus d’une cinquantaine de films, Johnnie TO est certainement l’un des cinéastes hongkongais les plus prolifiques de cette génération. Du polar à la comédie romantique ou loufoque, TO est un touche-à-tout talentueux, dont les enjeux scénaristiques sont toujours à la hauteur de ses recherches formelles en matière de mise en scène et de jeux de caméra. Qu’il soit question de remettre en question la manière dont le cinéma de Hong-Kong a filmé l’action avec The Mission, Running out of Time ou Breaking News (pour ne citer que ceux-là), de considérer la question des triades (la mafia chinoise) avec les deux Election, ou encore de s’intéresser aux mésaventures d’un moine repenti (Running on Karma) ou d’un couple de cambrioleurs (Yesterday Once More), TO a toujours à cœur de s’intéresser autant à la psychologie de ses personnages qu’à leurs actions et conséquences. Avec La Vie sans principe, le cinéaste s’intéresse aux effets de la crise financière sur la vie de gens plus ou moins ordinaires : un flic, une banquière et un voyou. L’objectif est de montrer comment l’appât du gain a pu, ou su, transformer la morale de vie des habitants de Hong-Kong. Alternant scènes d’une rare intelligence dans l’écriture dramatique des tensions dévoilées par cette crise et des scènes plus légères où l’humour est omniprésent (figure de style propre à TO), le cinéaste ne laisse jamais la caméra supplanter le jeu des comédiens, lui pourtant virtuose des mouvements de mise en scène. Il utilise sa capacité à étirer les plans pour laisser les comédiens évoluer, tout en hésitant pas à accentuer le rythme quand la narration le suggère, en s’appuyant sur une bande originale dont la mélodie en boucle est plus hypnotisant qu’entêtante…

Samedi 28 juillet

The Dark Knight Rises (réal. Christopher Nolan, 2012)

Que dire sur ce ratage complet ? Même si Nolan n’est pas un de mes réalisateurs préférés (bien loin de là même), je dois reconnaître que chaque tentative du cinéaste de confirmer son statut de chouchou de Hollywood me donne envie de revoir mon jugement. Je n’ai jamais boudé mon plaisir potentiel et, mise à part Le Prestige, j’ai toujours pris le temps d’aller voir en salles les films du réalisateur. Les deux premiers Batman m’avaient déçu, pour des raisons différentes chacun, mais ce troisième volet cumule les erreurs des deux précédents. Absence totale de dimension fantastique (manquement inacceptable à mes yeux en ce qui concerne le vengeur masqué), écriture brouillonne manquant cruellement de profondeur (les « mois » écoulés sous le règne de Bane n’ont aucune valeur dans le film), personnages secondaires faisant plus de la cameo qu’autre chose (à l’exception peut-être du personnage de Robin) ou bien la complète dédramatisation de la figure du méchant (la mort de Bane est complètement éclipsée dans un plan rapide et confus, alors que celle de Miranda est sur-jouée et sur-dramatisée, aux antipodes de ce que fut l’attention apportée à chacun d’entre eux dans le film). Que dire du ridicule de l’anonymat de Batman dans cet opus, où le moindre péquin peut connaître la double identité de Wayne. Mais le pire reste à mon sens l’écueil éternel des films de Nolan, son incapacité à filmer correctement une scène d’action. Que l’on regarde la course poursuite en voiture ou les combats de rue entre flics et « voyous-rebelles », tout cela est toujours aussi confus, peu rythmé, manquant cruellement de naturalisme d’un côté ou alors de souffle épique de l’autre. La caméra est souvent mal posée ou mal cadrée, le montage pas assez nerveux ou inventif et dans la scène de combat final entre Bane et Batman, quelques grossières erreurs de montage sont venus me piquer les yeux. De plus, la critique sociale du film d’une certaine forme de capitalisme sauvage (le braquage de Wall Street) est finalement évacuée comme un acte de pure piraterie financière, Nolan passant complètement à mon sens sur ce sujet potentiel. Ce troisième opus était l’occasion de pointer la toujours très ambiguë position de Batman quant à la liberté et l’ordre dans la société, faisant de lui selon les premiers comics de Bob Kane, un personnage oscillant entre le Bien et le Mal, l’Ordre et le Chaos (plus encore que la plupart des autres super-héros). Ici, il n’en est point question, Batman est soit un opportuniste vieillissant, soit un bras armé d’une certaine Justice, qui ne rend de compte à personne, au service de l’Ordre et de la Morale… Il serait opportun de considérer à quel point les films de Nolan sont des films conservateurs, voire réactionnaires, mais là c’est un pas que je n’oserai franchir ici et que peut-être un jour je creuserai, dans un post spécifiquement dédié à cette question.

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« Anime – La philosophie de l’animation japonaise » – The Philosopher’s Zone

Posted by Axel de Velp sur 29 décembre 2010

The Philosopher’s Zone
Émission de radio sur ABC.net.au, présentée par Alan Saunders.
Émission du 16 octobre 2010.

Alan Saunders : Bonjour, et bienvenue sur The Philosopher’s Zone. Je suis Alan Saunders.

Thème musical de Kimba, the White Lion[1]

Alan Saunders : C’était le thème musical d’ouverture de Kimba, the White Lion[2], un anime produit dans les années 1960 par Osamu Tezuka[3], communément reconnu comme l’inspiration de base pour Le Roi Lion de Walt Disney. L’histoire suit Kimba dans sa quête de création d’un refuge pour tous les animaux de la jungle.

Dialogues extraits de Kimba

Jungle Taitei, 1965 (réal. YAMAMOTO Eiichi)

Alan Saunders : Aujourd’hui nous continuons notre série sur le Japon et nous questionnons la présence ou non de philosophie dans les anime.

Montage sonore d’extraits d’anime

Heisei Tanuki Gassen Ponpoko, 1994 (réal. TAKAHATA Isao)

Alan Saunders : Aujourd’hui au Japon, le terme anime fait référence à toute forme d’animation, mais pour les spectateurs occidentaux, cela représente l’animation dans un style japonais très distinctif. Les anime repoussent les frontières de ce qui est acceptable, parce qu’ils peuvent se le permettre. Ils sont totalement contrôlés et créés par l’imagination des animateurs. Comme notre invité du jour va en témoigner, les anime n’appartiennent pas seulement au royaume de l’enfance ; ils peuvent être sombres, incroyablement violents, et très explicites sexuellement.
Mais représentent-ils une vision du monde japonaise distinctive ? Le traitement du corps, le mélange de l’ancien, du magique et de la haute-technologie constitue-t-il une philosophie ? Ou bien n’est-ce qu’un loisir inoffensif ?
Pour en savoir plus, nous sommes accompagnés par Jane Goodall, Chargée de cours dans le programme d’Écriture et de Recherche à l’Université Western Sydney. Jane, bienvenue dans l’émission.

Jane Goodall : Bonjour.

Alan Saunders : Commençons par préciser si vous admettez qu’il existe une philosophie de l’anime, ou bien si vous pensez plutôt qu’il existe des thèmes philosophiques ou des lectures philosophiques dans les anime.

Jane Goodall : Je devrai probablement répondre qu’il y a de bien différentes façons de faire de la philosophie. Et peut-être que dans les programmes universitaires de philosophie, nous avons pris l’habitude de penser que cela commen ce par la photocopie de textes argumentés très denses d’un penseur européen très renommé, ou encore d’un Classique. Mais la philosophie peut aussi être une sorte de spéculation intellectuelle libre et l’on trouve aussi des cultures populaires dans la philosophie. Peut-être qu’au Japon est plus présent un mélange plus harmonieux entre une pensée institutionnalisée, et plus rigoureuse, à propos de la signification du monde et entre la structure du cosmos. Et la réflexion populaire.
Mais peut-être pour démarrer, je suis intéressé par le fait que le mot anime et le mot occidental « animation » partagent la même racine que le mot « animisme », où l’univers est investi par les esprits et une sorte de pouvoir divin investissant la nature, les substances. Il s’agit d’une pensée dont les scientifiques occidentaux ne veulent pas en entendre parler ; ça appartient à la vision alchémique du monde de l’époque de la Renaissance. Mais c’est fascinant de simplement permettre aux gens de librement l’imaginer : que les arbres puissent parler et que des pierres vous fassent volontairement trébucher.

Alan Saunders : Et est-ce que cet intérêt pour l’animisme ; reflète-t-il  des origines prises, je le suppose, dans la religion nationale du Japon, le shintoïsme ?

Jane Goodall : Je ne suis pas une spécialiste du shintoïsme, mais il existe effectivement une tradition au Japon d’organiser la conception du monde autour des Éléments naturels. Nous avons la Terre, l’Air, le Feu et l’Eau, ainsi qu’un cinquième élément que les japonais ont tendance à ajouter et que l’on pourrait grossièrement traduire par Vide ou Néant. C’est l’élément le plus « élevé » car il implique une certaine discipline spirituelle pour l’atteindre. Mais le plus puissant c’est le Feu, il existe donc une hiérarchie de pouvoir entre les éléments. Et cela est relié à l’animisme, parce que les Éléments sont les forces du monde, quelque soient leurs formes et la combinaison de ces forces.

Alan Saunders : Il s’agit donc d’une exploration complètement désinhibée dans laquelle l’imagination d’un créateur peut l’emmener ?

Jane Goodall : En effet, c’est possible. Et évidemment, si l’imagination humaine est complètement désinhibée, elle va vous emmener dans des directions que que le bon sens réprouve. Et l’une des directions les plus sensibles c’est lorsque l’innocence va à la rencontre de la limite de l’éventail des expériences ; je veux parler là des limites les plus décadentes. Donc des personnages mignons et innocents attirent des prédateurs et lorsque cela devient sexuel, c’est particulièrement troublant : comme par exemple avec une jeune innocente et charmante écolière, épiée par le trou de serrure de la porte des vestiaires des filles, par un personnage, dont le design est malsain, avec un corps, clairement plus âgé, plus puissant. En animation, il faut très peu de choses pour le réaliser. Il n’y a personne pour vous arrêter, vous ne faites que dessiner sur une page et l’animer ensuite.

Alan Saunders : Nous avons déjà mentionné le shintoïsme, et vous avez précédemment évoqué les disciplines nécessaires pour atteindre le Néant, ceux qui sont des idées trsè boudhistes. Pouvons nous voir cela comme un mélange de ces anciennes philosophies dans la vie moderne ? Comme un mélange entre thématiques classiques shintoïstes ou boudhistes et la haute technologie ?

Jane Goodall : Oui, cela m’intéresse que dans ce que l’on appelle communément la culture occidentale, il existe cette très forte critique envers la pensée animiste au sein de la science. Vous savez les scientifiques européens et américains, n’aiment pas cette façon de penser. Ils trouvent cela ignorant et superstitieux. Alors qu’au Japon, la tradition de l’anime lui a permis une complète continuité et a ainsi rendu possible l’exploration d’une certaine sophistication de la pensée animiste du monde dans une culture électronique.

Alan Saunders : Sans aucun doute, les anime les plus célèbres en dehors du Japon sont les films de Hayao Miyazaki et du Studio Ghibli. Des films comme Le Voyage de Chihiro[4] et Mon voisin Totoro[5]. Puisant dans cette vision animiste du monde, les films de Miyazaki abordent des thèmes aussi divers que la tradition, l’environnement, le féminisme ou la passivité. Souvent, les personnages humains sont les causes de la destruction et de la rédemption. Un film en particulier, Nausicaä de la vallée du vent[6], est l’un de ses premiers travaux sur ces questions.

Extraits sonores de film

Kaze no Tani no Nausicaa, 1984 (réal. MIYAZAKI Hayao)

Jane Goodall : Vous avez cette vision d’un monde divisé et Nausicaa appartient à un royaume des vents, localisé dans une vallée des vents, donc son élément principal est le Vent. Elle est un esprit aérien, une sorte d’Arial moderne, une jeune fille ayant juste atteint l’âge de puberté, ce qui lui donne une jolie image d’innocence intérieure. De plus, elle maîtrise sa propre technologie. Elle pilote une sorte de planeur très léger, dépourvu de moteur. Enfin, elle « murmure », plus exactement elle parle aux monstres, entre autres ces sortes de trilobites géants, qui causent énormément de troubles dans son monde et qu’elle calme par ses murmures. Mais le véritable danger vient de l’invasion d’une culture « high-tech », qui veut s’emparer des lieux et utiliser leurs ressources, et qui après avoir tué le Roi de ce peuple (celui de Nausicaä), lui tient un discours, comme quoi leur culture appartient au passé et qu’il va leur falloir changer et avancer dans une nouvelle ère.

Alan Saunders : Le traitement du corps et des expériences dans les anime est aussi très intéressant et parfois assez extrême ; d’ailleurs vous tissez des liens, n’est-ce pas, avec les idées de William Blake sur la métamorphose et le changement. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Jane Goodall : Oui, cela nous fait aborder la question de que l’on peut penser d’une frontière Est Ouest. Mais la philosophie japonaise est en réalité très éclectique et c’est aussi le cas de Blake. Et lorsque des personnes s’interrogent sur la mythologie et la cosmologie, vous obtenez beaucoup de croisement entre des traditions. C’est pour cette raison que je me permets d’évoquer Blake dans ce contexte. Mais c’est vrai que je suis fascinée par la façon dont caractérisation de Blake de ce dualisme, innocence et expérience, sied parfaitement à la tradition de l’anime. Parce qu’être innocent, c’est être vraiment bon, les yeux grands ouverts et être mignon, ne faire de mal à personne, être avenant et aimant.
Mais même la tradition japonaise du kawai (mignon) a été critiquée comme une mentalité engendrant l’absence d’affirmation. C’est comme cela que l’a défini une féministe japonaise. Et c’est effectivemment ainsi que Blake voit les choses. Il symbolise l’innocence par des petits agneaux, des enfants qui pleurent, des garçons perdus, des ramonneurs, toutes ces figures du pathos. Elles sont peut-être bonnes, en effet, elles ne font certainement aucun mal dans le monde, mais elles attirent des prédateurs et elles n’ont aucun pouvoir et ne peuvent rien changer. Donc comme principe, l’innocence fait de la bonté un principe très faible. Mais avec l’expérience qui s’occupe d’accomplir toutes les choses interdites, cela devient très sexuel, très violent, cela joue avec toutes les énergies très fortes de la vie et c’est ce qui fait changer le monde. Donc Blake veut en quelque sorte valider l’expérience et l’énergie, l’énergie est la seule vie et elle provient du corps, selon lui. Ce qui l’intéresse, c’est une vision très physique d’un univers basé sur l’énergie.

Alan Saunders : C’est intéressant car vous avez parlé de la manière dont la sqcience moderne ne veut pas entendre parler de l’animisme, or Blake ne voulait rien savoir de la science de son époque. Il était très critique de la science Newtonienne.

Jane Goodall : Il est contre la raison. Il pense que la raison créé des frontières autour de la manière dont l’esprit travaille. Il a cette sorte de dualisme entre force et forme. La raison est une question de forme et il est plus intéressé par les forces qui changent ces formes, ce qui était une ambition de la pensée révolutionnaire pré-scientifique, l’alchémie qui s’intéressait au changement des formes par le jeu de forces, de forces élémentaires. Et c’est exactement la manière dont l’animation fonctionne. Si vous regardez les buts les plus complexes de l’animation, comme par exemple la série japonaise des Urotsukidoji[7]. Les éléments naturels y sont en jeu et cela ne parle que de changement de formes et de l’altération de formes et de valeurs.

Alan Saunders : Vous avez un écrit de Blake qui est significatif ici, non ?

Jane Goodall : Cela provient de Le Mariage du Ciel et de l’Enfer. Un autre de ses principes est que vous pouvez comprendre le monde en termes de dualités, mais si vous en restez là, vous obtenez une « stase » artificielle. Et vous ne commencez à obtenir de choses intéressantes dans le monde, qu’à partir du moment où vous autorisez ces dualités à se rencontrer, se mêler et se troubler les unes les autres. Il dit donc :
« Sans contraires, il n’y a pas de progression. Attraction et répulsion, raison et énergie, amour et haine, sont nécessaires à l’existence humaine. »
Vous pourriez en faire le motto de cette série japonaise, Urotsukidoji.

Extraits sonores de film

Choujin Densetsu Urotsukidoji, 1987 (réal. TAKAYAMA Hideki)

Alan Saunders : C’était la scène d’ouverture d’Urotsukidoji, une série à propos de laquelle vous avez écrit, Jane Goodall, et il s’agit d’un genre particulièrement violent d’anime. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette série et que retenez-vous de ce type d’anime ?

Jane Goodall : C’est une histoire imposante. Rien que la folie du projet est fascinante. Il s’agit d’un drame cosmologique autour d’une créature, un avatar. Dans les anime mythologiques, il y a toujours un avatar, un personnage qui voyagent à travers les mondes. Et ce genre d’être bestial est l’envoyé d’un monde surnaturel. Ce serait compliqué de dire lequel, tellement il y en a. Il est venu sur Terre pour trouver cet être mystique, caché, le Shojin, qui naît à chaque ère dans le but de changer le monde. Il naît sous la forme d’un être humain, ou sous la forme de toute autre être vivant et doit être révélé. Entre temps, il y a d’autres créatures aux maléfiques desseins qui sont à la recherche du Shojin.
Voilà le récit de base et autour il y a une prolifération de différents types d’êtres vivants : des créatures bestiales, d’autres à moitié surnaturelles, certaines pleinement surnaturelles. Mais ce qui donne une énergie à tout cela, c’est qu’il est difficile de savoir si ce système est bon, mauvais ou mélange des deux.

Choujin Densetsu Urotsukidoji, 1987 (réal. TAKAYAMA Hideki)

 

Alan Saunders : Et ce film dont nous parlons, Urotsukidoji, démarre en quelque sorte la tradition « adulte » de l’anime, et il repousse les limites de ce qui est acceptable et évoque nos peurs les plus profondes, non ?

Jane Goodall : C’est un film très extrême. Lorsque je l’ai vu pour la première fois, certaines scènes m’ont particulièrement choquée, comme celles des viols par tentacules. Le film est d’ailleurs célèbre à cause de le première scène de viol par tentacule, et tous ces gros plans d’actes érotiques et violents. Mais je pense que l’on est là en face d’une authentique expérimentation. Là encore, si je puis citer Blake :
« La route de l’excès mène au Palais de la Sagesse ».
Et apparemment, le créateur original du manga Urotsukidoji, la version papier, un certain Toshio Maeda, était lui-même choqué par la version animée, et avait du mal à l’accepter, tout en reconnaissant qu’elle proposait des choses vraiment intéressantes.

Choujin Densetsu Urotsukidoji, 1987 (réal. TAKAYAMA Hideki)

Alan Saunders : Beaucoup d’anime traitent de thèmes similaires de dystopie, d’apocalypse et de destruction du monde. Bien entendu, ces thématiques sont aussi beaucoup et intensivement explorées en philosophie, n’est-ce pas ?

Jane Goodall : Bien sûr. Ce qu’il y a de très oriental dans les anime, c’est l’idée de la réincarnation, incluant jusqu’au monde lui-même qui semble en nécessiter. Une ère naît et meurt. La figure de l’avatar dans l’anime est ainsi instrumentale dans la possibilité de la renaissance d’une ère, mais avant cela, il faut qu’elle « meure » et cette mort est représentée par cette étonnante et sensationnelle explosion de violence et de destruction. Et parce que l’animation nécessite pour ce type d’image moins de ressources qu’un décor en prise de vues réelles ne le ferait, c’est véritablement un test sur les capacités de l’imagination humaine en termes cinématographiques. Les animateurs japonais sont réellement de très grands créateurs d’images.

Alan Saunders : Le Japon lui-même fut à l’agonie. Le pays fut énormément bombardé durant la Seconde Guerre Mondiale, rien que les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, mais sans oublier que les bombardements traditionnels sur Tokyo furent au moins aussi meurtriers. On dit souvent que le plus célèbre des monstres nippons, Gojira ou Godzilla comme nous l’appelons, est un reflet de ces destructions de la Seconde Guerre Mondiale. Pensez-vous que cette expérience trouve sa place dans les anime ?

Jane Goodall : J’en suis certaine. Une des choses que l’on peut voir dans Urotsukidoji est cette image d’une mégalopole qui fond tout simplement. Cette vision est héritée directement d’Hiroshima : une bombe atomique lâchée sur une ville, où (et là on retrouve le principe de l’élément Feu) tout brûle à une telle température que toute substance connue se met à fondre.

Alan Saunders : Si nous abordons le sujet de la référence, on peut trouver des dualismes typiques dans les contes d’apprentissage entre mythe et folklore, le Bien et le Mal, et si l’on pense ici à Blake, entre l’Innocence et l’Expérience. On retrouve tout cela dans les anime, mais selon vous, les japonais ont tendance à opposer ces dualismes et à souvent les compliquer ou les rendre moins lisibles.

Jane Goodall : Oui et je pense que cela vient de l’idée de la création artistique. Si l’on pense à quelqu’un qui travaille avec un crayon et du papier, il peut transformer un lapin en un canard en un coup de crayon. Avec quelqu’un qui « dessine » sur un écran, la sophistication du geste est démultipliée. Il peut décider en quelques photogrammes de transformer un petit lapin mignon en un monstre érotique, dangereusement musclé et réellement puissant. Cela vient de cette liberté accordé à l’esprit de changer de la forme de quelque chose en autre chose. Le rôle et le thème du transformiste, celui qui change de forme, nous les retrouvons dans les rêves.

Alan Saunders : Je suis ravi que vous ayez utilisé l’image du canard et du lapin, parce que c’est certainement l’illustration la plus connue dans l’histoire de la philosophie. Wittgenstein s’en est servi dans ses investigations philosophiques, avec une illustration qui selon l’angle d’où on la regarde peut soit ressembler à un canard, soit à un lapin.

Jane Goodall : On est dans le sujet, parce que l’on peut dire que l’on habitue son esprit à un certain type de perception, et lorsque l’on veut passer à un autre, on ne peut faire cohabiter les deux ensembles. Et l’animation ne vous demande pas nécessairement de rester sur cette ambiguité, mais vous propose d’en faire un véritable hybride et de voir ce que cet hybride fait.

Choujin Densetsu Urotsukidoji, 1987 (réal. TAKAYAMA Hideki)

Alan Saunders : Pour finir, je voudrai que l’on s’intéresse aux différences entre l’animation japonaise et occidentale et cette notion de dualisme entre expérience et innocence. Vous avez écrit que nous sommes dans un champ de « sur-expérience » très angoissante et que cela est exploré de façon très différente par les animateurs japonais et américains. Qu’avez-vous à en dire ?

Jane Goodall : Oui, encore une fois, je pense qu’au Japon, il y a cette liberté de fusionner, « d’hybridiser », de métamorphoser, qui s’applique bien aux expérimentations sur la dissolution des dualismes. Donc vous appréhendez le monde en termes opposés, parce que cela vous aide à organiser la façon dont vous voyez les choses. Mais alors vous autorisez ces termes opposés à fusionner et à se transformer. En Amérique, je pense qu’avec l’influence de la science rationaliste, il y a un besoin de s’accrocher à ces taxinomies, et pour beaucoup, cela peut être très déstabilisant de ne pas arriver à distinguer le canard du lapin, d’autant que si vous vous intéressez à l’évolution, cela est primordial.
Et il y a une tradition morale qui n’apprécie pas que l’on ne puisse pas faire la différence entre le Bien et le Mal. Mais tout cela freine l’imagination. Cependant Avatar de Cameron est très révélateur à ce sujet et la manière dont les mondes dans le film sont séparés est la dynamique même du film, son mode de fonctionnement. Vous ne pouvez aller du monde militaro-industriel technologique au monde des êtres « écologico-forestiers » sans changer de dimension. Vous avez besoin d’un changement mental et corporel complet pour réaliser la transition. Vous devenez littéralement une autre personne. Finalement les avatars envoyés du monde industriel au monde de l’innocence, décident qu’ils préfèrent ce dernier. Alors leurs esprits ne peuvent subsister dans la forme qui les a vu naître.

Extraits sonores de film

Alan Saunders : Jane Goodall est Professeur Adjointe au Programme d’écriture et de Recherche à la University of Western Sydney.

 

Affiche française du film Avatar, 2009 (réal. James Cameron)

Note du Traducteur (NdT) : cette traduction a été réalisée avec l’aimable autorisation de Kyla Slaven, productrice de l’émission.


[1] NdT : Jungle Taitei, 1965, Japon, série télévisée de 52 épisodes, réalisée par YAMAMOTO Eiichi.
[2] NdT : Le Retour de Léo en France.
[3] NdT : la série télévisée de 1965 n’avait pas satisfait Tezuka, qui a également participé à une adaptation en film de son manga en 1966 (dont seulement quelques minutes sont reprises de la série), Chouhen Jungle Taitei, réalisé par YAMAMOTO Eiichi.
[4] NdT : Sen to Chihiro no kamikakushi, MIYAZAKI Hayao, 2001.
[5] NdT : Tonari no Totoro, MIYAZAKI Hayao, 1988.
[6] NdT : Kaze no Tani no Nausicaa, MIYAZAKI Hayao, 1984.
[7] NdT : Choujin Densetsu Urotsukidoji, TAKAYAMA Hideki, 1987.

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