"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Posts Tagged ‘Patrice Leconte’

Les années 60, la drogue et la religion…

Posted by Axel de Velp sur 30 novembre 2012

Cette fois-ci, trois films vous sont proposés et l’on peut dire que si le sujets et les qualités de chacun (ou leurs défauts) divergent, il y a quand même bien un point commun : tous trois font la part belle à l’image et à son esthétisme.

Paperboy

(réal. Lee Daniels, 2012 – vu le 24 octobre 2012)

Troisième film du cinéaste Lee Daniels (Shadowboxer, 2005 et Precious, 2009), Paperboy raconte l’histoire de deux frères qui enquêtent sur un meurtre dans le but d’innocenter l’accusé du crime, alors condamné à la peine de mort. Thriller au scénario attendu et dont on devine assez facilement les rebondissements, le film est sans prétention aucune quant à son intrigue (si ce n’est de n’éviter aucun sujet, jusqu’à l’homosexualité refoulée d’un des personnages). En revanche, l’ambiance délétère des années 60 en Louisiane, sur fond de racisme établi et de revendication pour les droits civiques des noirs-américains, est plutôt bien rendu. La mise en scène est classique mais efficace et la photographie baigne avec justesse les personnages dans leur environnement respectif : la moiteur du Sud, l’humidité stagnante du bayou. Film sans prétention, qui se laisse voir avec plaisir, Paperboy est loin de marquer mais confirme néanmoins les qualités de son cinéaste, en attendant que celui-ci ne s’attaque un jour à un film plus ambitieux, qui lui permettra peut-être de confirmer son véritable talent.

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Les Paradis artificiels

(réal. Marcos Prado, 2012 – vu le 29 octobre 2012)

Bénéficiant d’une diffusion en direct sur Dailymotion juste avant sa sortie en salles, Les Paradis artificiels s’était ainsi attiré les foudres de certains exploitants et avait été retiré d’un nombre de salles non négligeables, en guise de « représailles ». Au-delà de l’épisode économico-politique de sa sortie, le film malheureusement ne représentait pas grand intérêt. L’histoire relativement convenue et racontée en flashback de deux jeunes gens qui se perdent et se retrouvent à quelques années d’écart, avec de la musique techno et de la drogue en ligne de fond, peine à donner au film son intérêt et sa force. Le message moralisateur du film à destination de la jeunesse brésilienne peine aussi à convaincre, en grande partie à cause de « l’hyper esthétisation » du film, qui ne fait rien pour l’ancrer dans une veine réaliste ou naturaliste. Reste pour le film une interprétation correcte des comédiens principaux et surtout une photographie particulièrement réussie qui rend tout à fait hommage aux paysages urbains ou balnéaires du Brésil (mais aussi Amsterdam).

Paraísos-Artificiais

Des hommes et des dieux

(réal. Xavier Beauvois, 2010 – vu le 30 octobre 2012)

J’ai tardé à voir ce film pour plusieurs raisons. L’ayant manqué juste à sa sortie, l’engouement généralisé pour le film m’avait ensuite quelque peu refroidi. Non pas que je puisse être déçu par lui, mais peut-être par les attentes que la bonne presse et l’accueil du public auraient pu faire naître en moi. Par ailleurs, ayant moi-même été en novembre 2010 à Tibhirine, aux portes du monastère (mais n’ayant pas pu y pénétrer), ma soudaine, quoique relative, relation intime au sujet créait bizarrement de la distance avec mon désir de voir le film. J’ai enfin franchi le pas et je dois reconnaître que j’ai été agréablement surpris. Proposant une lecture historique de l’événement assez précise, le film ne tombe jamais pour autant dans un souci profond de réalisme ou de « vérisme ». Sans fournir de point de vue sur la question des auteurs du massacre, Beauvois traite surtout des enjeux qui ont poussé les moines à rester à Tibhirine alors que la guerre civile algérienne faisait rage autour d’eux. Les questions que traitent le film sont nombreuses et profondes : la liberté d’action face à l’oppression, le refus de prendre parti dans une lutte qui ne concerne pas complètement les moines, mais sans jamais perdre de vue leur attachement à la population locale, leur fraternité avec leurs frères musulmans. Tous ces enjeux, les moines les questionnent, les interrogent tout au long du film. Mais Beauvois traite aussi d’enjeux plus personnels : la peur, l’idée de sacrifice, la vanité possible du refus de céder à une autre autorité que celle de Dieu, l’engagement de la foi dans un sacerdoce particulier, autant de questionnements intimes et personnels que le film déroule et propose à ses spectateurs. Le rythme lent et apaisant du film peut rebuter certains, il est vrai, mais il est en parfaite adéquation à mon sens, avec ses enjeux scénaristiques. La mise en scène accompagne cette relation de la forme au fond. Le cadre est posé avec calme et le travail sur sa composition a d’autant plus d’importance que Beauvois fait un certain nombre de références à des œuvres picturales religieuses tout au long du film, dont la plus évidente est la citation « textuelle » du Christ à la colonne du Caravage (circa 1607). La photographie restitue avec brio l’environnement particulier des contreforts de l’Atlas algérien de la région de Médéa. Enfin, et ce n’est pas le moindre des points forts du film, la distribution est d’une très grande qualité. Si Lambert Wilson devait encore prouver à certains quel grand comédien il est, c’est chose faite espérons-le avec le rôle qu’il tient ici. Quant à Michael Lonsdale, il est comme à son habitude habité par le personnage. Les rôles secondaires ne sont pas en reste et tous campent avec justesse leurs rôles, des autres moines aux rebelles du GIA, jusqu’aux villageois voisins.

des hommes et des dieux

Autre film vu à cette période :
La Guerre des Miss (réal. Patrice Leconte, 2008)

guerre des miss

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Des morts et du maïs…

Posted by Axel de Velp sur 26 novembre 2012

Je change un peu de formule étant donné que j’ai beaucoup de mal à rattraper mon retard sur les films que je visionne depuis la rentrée. Dorénavant, je publierai les critiques de façon plus ramassée, deux ou trois films à la fois, rarement plus. Il est possible aussi que je « saute » certains films parmi ceux que j’aurai vu, pour me concentrer sur ceux sur lesquels je souhaite vraiment écrire (par forcément d’ailleurs les « meilleurs » ou les plus emblématiques, ça dépendra surtout de mon envie). Dans ce cas, je ferai figurer en fin de publication les films que je ne critiquerai pas, vus dans la même période que ceux de l’article. En espérant que cette nouvelle formule continue de vous plaire… Enjoy !

Le Magasin des suicides (réal. Patrice Leconte, 2012 – vu le mardi 16 octobre 2012)

Premier film d’animation du cinéaste, adapté du roman de Jean Teulé, Le Magasin des suicides nous amène dans cet univers pessimiste où le suicide est le seul moyen de « réussir » sa vie. La famille Tuvache tient un magasin dont le fonds de commerce est l’exploitation de cette activité particulière et tout va pour le mieux (ou plutôt le pire), jusqu’à l’arrivée du dernier rejeton de la famille, Alan, dont la gaieté et la joie de vivre viennent compromettre l’avenir maussade de la famille. Le ton cynique, l’humour noir du roman est très bien retranscrit à l’écran : dans l’écriture, y compris celle des chansons (puisque le cinéaste a fait le choix de faire un film chanté par moments), mais aussi dans l’esthétique du film. Réalisé en 2D (avec quelques décors en 3D), retravaillé ensuite avec succès en 3D Relief, le film est une petite merveille de graphisme, avec une attention dans les détails particulièrement jouissives. Le chara design est aussi réussi et chaque personnage traduit bien sa propre psychologie. On regrettera que le film s’essouffle un peu vers la fin, la faute peut-être à un récit original assez court et à un dénouement final est en parfaite opposition avec celui du film. Leconte a certainement ici fait un choix cher à son cœur, mais il le contraint à des acrobaties scénaristiques malheureusement dommageables pour la cohésion narrative et le rythme du film.

Les Moissons du futur (réal. Marie-Monique Robin, 2012 – vu le mardi 16 octobre 2012)

Quatre ans après Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin revient questionner les enjeux de l’agriculture de demain. Cette fois-ci, ce n’est plus l’angle de l’inquiétude d’un empoisonnement de l’agriculture intensive moderne qui est au centre de ses préoccupations, mais la recherche de solutions d’agroécologie de par le monde. Du Mexique au Japon, en passant par l’Allemagne ou l’Afrique, la journaliste-cinéaste questionne les pratiques et les hommes qui les mettent en œuvre, sans jamais oublier de donner la parole aux spécialistes (en particulier l’étonnant Olivier de Schutter, Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation des Nations Unies). Le film nous convainc de la possibilité, sans perte de rendement, d’une agriculture qui se passerait des insecticides et pesticides (dont les coûts écologiques indirects ne sont jamais pris en compte par les multinationales qui les produisent). Plutôt réussi dans son propos, le film l’est également sur le plan de la mise en scène. Certains choix de montage et d’écriture documentaire peuvent sembler naïfs de prime abord, mais ils accompagnent parfaitement la sincérité des intervenants et la simplicité du message délivré (l’agroécologie est une science d’avenir héritée du passé traditionnel des cultures du monde).

Autres films vus à cette période :
Magical Mystery Tour (réal. Bernard Knowles & The Beatles, 1967)

Les Plages d’Agnès (réal. Agnès Varda, 2008)

 

Salut les cubains (réal. Agnès Varda, 1987)

The Mosquito Coast (réal. Peter Weir, 1986)

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Trois semaines de films – du 30 juillet au 20 août 2012

Posted by Axel de Velp sur 3 octobre 2012

Les vacances et un déménagement auront eu raison de la régularité des publications du blog tout au long de l’été et de la rentrée… Mais elles reviennent avec ce premier récapitulatif et un nombre non négligeable de films variés et tout aussi plaisants les uns que les autres. Bonne lecture et à très bientôt pour des mises à jour plus fréquentes !

Jeudi 2 août

Gangsters (réal. Olivier Marchal, 2002)

Premier film de cet ancien flic, dont j’avais récemment visionné le dernier film Les Lyonnais, Gangsters reste sans conteste son meilleur film jusqu’à aujourd’hui. Intrigue très bien ficelée, écriture très aboutie, tant dans sa dimension naturaliste que dans ses effets de dialogues, qui rappellent certains grands moments du dialogue à la « française » (Audiard, Blier, Sautet…), Gangsters marque également par son casting très efficace et très crédible. Le tout est servi par une mise en scène classique mais dont la qualité n’a rien à envier à des réalisateurs plus chevronnés que ce débutant d’alors. Jusqu’à la bande originale du film qui colle parfaitement à l’ambiance, le film est une petite perle du polar français.

Vendredi 3 août

La Part des anges (réal. Ken Loach, 2012)

Il ne faut pas se fier à l’affiche française du film qui dessert grandement le propos annoncé. Le dernier film de Ken Loach est une comédie aux accents sociaux réalistes (comme souvent chez lui) réussie et enjouée. Les acteurs donnent le ton, particulièrement ceux qui ont des « gueules », et l’on ne peut pas s’empêcher de se prendre de sympathie pour ces égarés de la société, à qui l’on donne comme une dernière chance. Certains sauront la saisir au vol, d’autres non. Qu’importe, Loach nous donne à voir une tranche de vie qui donne envie de croire encore en elle et en l’espoir que chacun porte.

Samedi 4 août

The Player (réal. Robert Altman, 1992)

Toujours aussi retors et critique vis-à-vis d’Hollywood, même 20 ans après sa sortie, le film d’Altman est un condensé de ses thèmes et figures de style. On y retrouve le jeu à la fois posé et fébrile des acteurs, le tout mélangé dans une même scène, les dialogues qui vont plus vite que l’intrigue, le jeu sur les faux-semblants, la critique de la bourgeoisie américaine, etc. Construction en abyme d’un scénario qui fait la boucle sur lui-même, dans ses enjeux moraux et stylistiques, The Player est l’archétype du film d’Altman intelligent et subversif, mais jamais donneur de leçon, bien au contraire. Difficile pour le spectateur de ne pas succomber au charme « maléfique » du personnage de Tim Robbins, ou bien de ne pas avoir à l’inverse d’empathie pour celui de sa petite amie qu’il abandonnera, après l’avoir scrupuleusement humiliée. Altman ne dit rien d’autre dans ce film finalement que quelque soit le milieu dans lequel les hommes évoluent, qu’il soit celui du rêve ou du mal, ils sont tous les mêmes : capable du pire comme du bien, mais toujours dans leur intérêt et par pure égotisme.

Lundi 6 août

Les Tontons flingueurs (réal. Georges Lautner, 1963)

Que dire sur ce chef d’œuvre du cinéma comique français qui n’ait pas déjà été dit maintes et maintes fois ? Que le duo Lautner Audiard y est certainement à son firmament ? Que le casting Blier, Ventura et consorts y démontrent toute la force comique de leur jeu ? Les Tontons flingueurs, appartient à cette catégorie de films dont la légende semble dépasser leur vérité (parce qu’un nombre conséquent de scènes et de lignes de dialogue sont gravées dans la mémoire collective populaire), mais qui en réalité se dévoilent à nouveau à nous avec toute leur force et leur splendeur, lorsqu’on reprend le temps de les regarder en entier.

Mardi 7 août

Monsieur Hire (réal. Patrice Leconte, 1989)

Ce film de Leconte aura eu le mérite de faire comprendre toute la gravité possible d’un acteur comme Michel Blanc. Comme d’habitude chez le cinéaste, la concision de l’écriture et le dépouillement de sa mise en scène, marié à une photo toujours très travaillée, ont le don de marier les antagonismes au service de l’intrigue et de l’ambiance. On y retrouve son sens de l’érotisme si particulier et la gravité de situations où l’effet comique n’est jamais bien loin, mais pas vraiment à portée de main ou de rire, devrais-je dire… Monsieur Hire, c’est un voyage dans l’esprit et la vision du monde d’un homme reclus qui croit en l’amour qu’il n’a jamais vraiment connu : une ode aux amoureux transis mais éconduits qui feraient tout pour celle qu’ils aiment !

Dimanche 12 août

Les 12 travaux d’Astérix (réal. René Goscinny, Henri Gruel, Albert Uderzo & Pierre Watrin, 1976)

C’est peut-être parce que le dessin animé n’est pas vraiment adapté d’une des bandes dessinées originales, qu’il est à mon sens l’un des plus réussis de la série des Astérix et Obélix. Successions de scènes hilarantes (l’île aux plaisirs, le « psy » égyptien, le restaurateur belge, et bien entendu la maison des fous), le film nous emmène dans un délire où anachronismes et bons jeux de mots se côtoient avec réussite tout en misant sur le burlesque et le loufoque. Servie par une animation correcte, mais sans grande qualité, le film divertit à l’envie petits et grands.

Mercredi 15 août

Le Voyage de Chihiro (réal. MIYAZAKI Hayao, 2001)

Certainement l’un des meilleurs films de Miyazaki et surtout l’un des derniers qui soient vraiment réussis (mise à part peut-être Ponyo sur la falaise), Chihiro est indéniablement un aboutissement dans les thématiques chères au cinéaste japonais. Mêlant traditions nippones, croyances ancestrales, modernisme des relations humaines à un souci de discours environnemental, comme dans presque tous ses films, Chihiro emmène le spectateur dans l’accomplissement de la maturation d’une petite fille à celui d’une jeune adulte. Proposant rien moins qu’un film didactique et d’apprentissage s’il en est, Miyazaki sait aussi nous faire rêver et émerveiller, tant par l’étendue et la richesse intelligible de l’univers qu’il propose que par son foisonnement créatif. On regrettera justement dans ces films ultérieurs un certain appauvrissement tant au niveau narratif qu’au niveau purement visuel (surtout dans Le Château ambulant). Le film est également supporté par une animation 2D sans faille, d’une très grande qualité et d’un rythme parfois époustouflant, à mille lieux de tout ce qui se faisait dans le reste du monde à la même époque (à l’exception de quelques autres films nippons d’animation, bien entendu).

Dimanche 19 août

What’s Eating Gilbert Grape? (réal. Lasse Hallström, 1993)

Deuxième film américain du cinéaste suédois, Gilbert Grape est une histoire attachante, sur un scénario humain comme souvent les cinéastes émigrés à Hollywood savent en produire. Film à comédien avant tout, il est l’occasion pour deux géants du ciné US contemporain de se rencontrer. D’abord Johnny Depp, dont la carrière avait déjà décollé mais où dans ce film il confirme toute la force et l’étendue de son jeu, éloigné de son « mentor » récent, Tim Burton. Ensuite, et surtout Leonardo DiCaprio qui signe ici son premier vrai grand rôle, en même temps que Blessures secrètes (de Michael Caton-Jones), après de multiples apparitions dans des séries télévisées et des films de série B (dont Critters 3 !!!). Il faut saluer la capacité d’Hallström à donner à chaque comédien sa place justifiée dans le film sans que jamais l’un n’empiète sur l’autre, à tel point que l’écriture et la direction d’acteurs sont en parfaite symbiose et que la relation qui lie Gilbert à son frère handicapé est parfaitement retranscrite à l’écran. Le reste du casting est de très bon niveau également et l’on ne peut s’empêcher de sourire aux apparitions et performances diverses de Mary Steenburgen Kevin Tighe, John C. Reilly ou encore Crispin Glover (que j’avais aperçu récemment dans The Player).

Red Dragon (réal. Brett Ratner, 2002)

Deuxième film adapté du premier roman de la trilogie de Thomas Harris, Red Dragon est bien loin de la première adaptation signée Michael Mann, Manhunter (bêtement traduit en français par Le Sixième Sens). A l’évidence, Brett Ratner n’a pas le talent de Mann et la direction d’acteurs est particulièrement ampoulée (alors que le film est quand même servi par des comédiens de renom, dont Edward Norton et Anthony Hopkins pour ne citer que ceux là), à l’exception de Ralph Fiennes qui surpasserait presque la prestation de Tom Noonan, excellent tueur en série du premier film. Qui plus-est, tout cela est accompagné d’une mise en scène fade et sans point de vue qui empêche toute envie de se laisser happer par le film. Quelques rares scènes viennent égayer la vision d’ensemble, mais on a quand même bien l’impression d’un remake à gros sous raté, qui ne cherche qu’à capitaliser sur le grand succès critique et public que fut en son temps, Le Silence des agneaux.

Lundi 20 août

Europa (réal. Lars von Trier, 1991)

Je n’ai jamais été un grand fan du cinéaste danois. Exit pour moi Les Idiots, Dancer in the Dark ou Dogville, mais toute la première partie de la carrière du réalisateur a toujours su me parler. Qu’il s’agisse de Breaking the Waves, Element of Crime ou Europa, je me sens beaucoup plus en phase avec son cinéma de cette époque qu’avec celui plus récent qui a fait de lui la coqueluche des festivals et des revues de cinéma. Europa c’est avant tout une expérience sensorielle, l’image et le son ayant une qualité quasi hypnotique dans le film. Les passages en couleur au milieu du noir et blanc, les chevauchements sonores, les dialogues multilingues, tout concourt à perdre le spectateur dans une démesure, dont le propos du film se fait l’écho. Réflexion sur l’Europe après la Seconde Guerre Mondiale, le film de Lars von Trier brasse les culpabilités allemandes (mais pas que…) autant que les sentiments de revanche, au milieu de la désolation et de la ruine. L’image du train comme liant d’un monde décomposé ou plutôt en recomposition renvoie à une imagerie très romantique, alors même que le film ne peut s’empêcher de renvoyer à une esthétique assez froide et déshumanisée… Europa marque surtout par l’ampleur de son discours et de son sujet et l’ambition (parfois un peu too much) de poser un regard « artistique » sur l’une des périodes les plus sombres de notre récente Histoire.

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