"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Deux semaines de films – du 1er au 14 octobre 2012

Posted by Axel de Velp sur 2 novembre 2012

Je continue de « rattraper » mon retard. Cette fois-ci, c’est presque une dizaine de films que je vous propose. Quelques nouveautés en salles de ces derniers jours, mais aussi du plus ancien. Du film de genre, de l’humour, du drame, mais avant tout des films que je vous recommande chaudement, chacun pour ses propres raisons…

Lundi 1er octobre

Des hommes sans loi (réal. John Hillcoat, 2012)

Repéré pour son western à la très bonne réputation, The Proposition (2005), et remarqué à nouveau pour son excellente adaptation du roman de Cormac McCarthy, La Route (2009), John Hillcoat continue de s’intéresser à la part d’ombre du mythe américain avec Lawless. Il se penche cette fois-ci sur une histoire vraie de bootleggers de la Virginie dans les années de la Prohibition. Violent, rythmé, intelligent dans sa mise en scène, avec une photographie très crépusculaire, le film retranscrit à merveille ce qu’à pu être l’ambiance de cette période là. Même s’il a tendance à faire l’apologie d’une certaine forme de crime, il n’en reste pas moins critique sur les dérives de telles pratiques, mais surtout sur les dérives de ceux qui sont censés faire régner la loi. Tout l’enjeu du film se situe dans cet affrontement entre deux conceptions de la loi et de la liberté, et dans l’affrontement extrême qui en résulte. Les hommes sans loi évoqués par le titre ne sont pas cantonnés à ceux qui l’enfreignent, bien au contraire. La déchéance d’une Amérique qui ne sait plus comment traiter son mal-être et en vient à recourir à la Prohibition, est le lieu idéal pour concrétiser le désir de violence et de mort de ceux qui possèdent un semblant de pouvoir, qu’ils soient flics ou voyous. La force de la véracité de l’histoire tient dans son dénouement. La scène quasi-finale de règlement de comptes entre flics et voyous sert de catharsis à l’expression d’une violence plus ou moins sourde et permet à l’histoire de reprendre son cours normal, d’autant que la Prohibition sera abolie très peu de temps après. Pour le casting, on notera avant tout les excellentes prestations de Tom Hardy et Guy Pearce, ou celle plus discrète de Gary Oldman, qui toutes trois occultent largement celle de Shia Labeouf, assez fade et peu convaincante.

Mercredi 3 octobre

Un plan simple (réal. Sam Raimi, 1998)

Revoir ce film après tant d’années est toujours un réel plaisir. La qualité de l’écriture, l’engrenage diabolique de l’appât du gain sur la psychologie et les motivations des personnages est toujours d’une efficacité redoutable. Si Raimi dénonce ici les travers d’une Amérique cupide, il le fait avant tout par le prisme d’une Amérique abrutie par le délaissement de ses campagnes profondes et de la fin annoncée du rêve américain, qui pousse les protagonistes de ce drame à agir comme ils le font. Le casting est convaincant (remarquable Billy Bob Thornton), et si l’on peut reprocher au cinéaste une certaine forme de misogynie dans cette histoire de « mecs », les actrices accomplissent néanmoins à merveille les rôles qui leur ont été confiés. La mise en scène comme à son habitude chez Raimi est très inspirée, la photographie est splendide, en particulier dès qu’il y a un peu de soleil sur la neige et le film se moule parfaitement dans cette imagerie américaine de petit coin de (faux) paradis perdu, hors du temps et de la réalité. Mais l’argent, la violence qui l’accompagne (et pas seulement celle qui va exploser parmi les protagonistes mais aussi celle figurée par l’argent lui-même – enlèvement, mafia ?), le chômage, la perte des idéaux et des espoirs de jeunesse, sont autant de révélateurs que ces « paradis perdus » le sont vraiment et pour toujours et qu’ils doivent maintenant réintégrer la réalité d’une Amérique en crise sur ses valeurs, au crépuscule du XXème siècle…

Jeudi 4 octobre

Les Enfants loups, Ame & Yuki (réal. HOSODA Mamoru, 2012)

HOSODA a déjà une carrière bien remplie : animateur ou animateur-clé sur de nombreuses séries à succès et parfois réalisateur de nombreux films à licence (One Piece, Digimon, Samurai Champloo), il est connu depuis quelques années en Occident pour ses deux précédents films, La Traversée du temps et Summer Wars. Avec ce dernier film, le cinéaste explore encore le fantastique : des enfants-loups nés d’un père lycanthrope, mort peu de temps après leur naissance, sont élevés par leur mère seule. Son humanité « simple » à elle la désarçonne quant à la marche à suivre pour s’occuper de sa progéniture. Après avoir tenté de survivre en milieu urbain, elle comprendra que la seule solution réside dans l’ostracisme relatif en partant s’exiler à la campagne. Là-bas, les enfants découvriront en même temps que la nature, la véritable dimension de leur capacité de métamorphose. Viendra alors le temps de faire des choix. Devenir pleinement humain, en reléguant sa nature de loup au second plan, ou bien faire le choix inverse… Outre une animation toujours aussi fluide et une mise en scène rythmée, le chara design est toujours dans la même ligne esthétique que celle des films précédents du réalisateur. Personnages longilignes, traits fins et subtils, la délicatesse du dessin et du design en général se retrouve également dans l’écriture. Souvent en non-dit et en silence, la psychologie des personnages évolue au fil du temps qui passe. HOSODA le dépeint d’ailleurs avec merveille en peignant la vie à la campagne, avec ses langueurs, sa dévotion à la terre et à ses occupations. Sans perte de rythme, le film nous emmène sur une allégorie de l’adolescence et de ses questionnements, ainsi que de la place de chacun dans la société des hommes (ou pas) !

Después de Lucia (réal. Michel Franco, 2012)

Film mexicain, dont l’intrigue se passe dans la bourgeoisie aisée, Después de Lucia raconte la lente descente aux enfers d’une jeune fille qui a perdu sa mère et va vivre avec son père à Mexico. Elle se retrouve victime d’abus et harcèlement de la part des autres élèves du lycée qu’elle fréquente, à tel point que cette situation entraînera plus d’un drame. La violence des situations et leur naturalisme donnent au film une force quasi hypnotique et en même temps très dérangeante. Tous les personnages font sens, y compris dans la circulation de leur motivation : le jeune garçon, qui avant l’arrivée de l’héroïne était le souffre-douleur, participera allègrement à son « bizutage » extrême, avant d’être le premier à se dénoncer lorsque les autorités parentales interviennent. Par ailleurs, l’intrigue ne fonctionne pas vraiment sur un principe de suspense, mais le spectateur est néanmoins fasciné par ce qu’il advient sous ses yeux. Cette captation est en grande partie due à la mise en scène. Franco privilégie les plans longs, enfermés, la caméra posée et très peu mobile. Il laisse le temps aux comédiens d’installer leurs personnages à l’écran, de leur donner corps (la manière de les filmer est ici importante). Le jeu d’acteur et la caméra ne cesse de montrer les corps comme des extensions des problèmes psychologiques que les personnages rencontrent : impossibilité de rester en place, tics, procrastination, souffle lourd d’une respiration haletante… Le titre renvoie à l’absence de la mère, qui est la seule personne omniprésente du film. Dans le long plan de début du film où le père et la fille font le trajet en voiture, son absence/présence est immanquable, comme le sera celle de la fille dans le long plan final sur la barque. La mort de l’être cher, qu’elle soit réelle, supposée ou à venir, occupe la place centrale de la construction scénaristique et de composition du cadre et des mouvements de caméra. Par ailleurs, cette focalisation sur un événement particulier à filmer, quitte à l’étirer au maximum (comme la scène de la barque ou celle du viol dans la salle de bains), montre toute la résolution des personnages à aller jusqu’au bout de leur logique personnelle. Les comédiens ne font jamais défaut aux ambitions du film, les deux rôles principaux en tête, mais aussi le casting des jeunes lycéens qui est à particulièrement réussi.

Samedi 6 octobre

Savages (réal. Oliver Stones, 2012)

Lorsque l’on regarde Savages, on ne peut s’empêcher de se dire que Oliver Stone est un cinéaste constant et dont l’âge et la durée de sa carrière n’ont finalement que peu d’effets sur la force et l’intelligence de son cinéma. Même si Savages n’est pas un film inoubliable, il n’en reste pas moins très plaisant. Qualité de la mise en scène, du rythme de l’écriture, photographie travaillée (voire maniérée mais tellement réussie), le film accumule les « bons points ». Stone n’a pas perdu de sa nervosité et de sa violence visuelle et l’on sent poindre les héritages évidents de U-Turn ou Natural Born Killers, en moins réussi cela dit. Les comédiens sont efficaces, en particulier les seconds rôles (Benicio del Toro, Salma Hayek, John Travolta) qui réussissent, l’espace de scènes qui leur sont consacrées, à voler la vedette au trio plus fade, qui compose les trois personnages principaux. Si l’intrigue n’est pas particulièrement originale et l’usage d’un vrai-faux twist de fin un peu attendu et éculé, on appréciera en revanche les nombreuses références cinématographiques qui peuplent le film, tant sur le plan visuel que sur celui du récit.

Dimanche 7 octobre

J’irai dormir à Hollywood (réal. Antoine de Maximy, 2008)

Version « grand format » de l’émission télévisée « J’irai dormir chez vous », le film d’Antoine de Maximy propose dans un étirement constant son principe de découverte d’un pays et d’une culture en allant à la rencontre des autres et en s’imposant chez eux (quitte à se casser le nez à l’occasion), pour mieux les connaître et les découvrir. Si le principe fonctionne assez bien sur une émission à la temporalité réduite et pensée donc pour, il n’en va pas exactement de même dans le cas présent. Le choix de l’Amérique eut pu semblé un choix intelligent, étant donné la grandeur du pays et la diversité des personnes et des parcours que l’on peut y croiser, mais de Maximy semble néanmoins quand même sauter de saynètes en saynètes, sans jamais trouver d’autre liant que sa propre personne. Travaillant parfois sur et parfois à l’encontre de certains clichés, il n’enfonce finalement que des portes ouvertes (c’est le cas de le dire) et à l’exception de celle de George Clooney, toutes semblent bien vouloir s’ouvrir à lui. Il est intéressant de noter que le seul échec de demande d’hospitalité présenté dans le film soit celui-là. Il y a des choses que l’Amérique ne partage pas et celle de l’opulence et de la désinvolture de ses stars en est certainement une. Finalement sans s’en rendre compte peut-être vraiment, de Maximy termine son film sur une posture bien plus politique que d’autres plus évidentes tout au long du film. La rencontre finale avec le SDF de la plage de Los Angeles résume assez bien l’Amérique d’aujourd’hui et les fossés qui existent en son sein, mais elle ne permet pas de mettre en perspective toute l’étendue des différences qui peuplent ce pays.

Mercredi 10 octobre

Resident Evil Retribution 3D (réal. Paul W. S. Anderson, 2012)

Un peu idiotement, je suis allé voir ce dernier opus de la saga cinématographique Resident Evil, sans avoir visionné le précédent. Étant donné que le film se permet de reprendre l’action exactement là ou celui d’avant s’était arrêté, j’avoue avoir été un peu décontenancé. Cependant, très vite le film met en place un résumé et le spectateur distrait comme moi retrouve très vite ses marques. C’est une caractéristique habituelle finalement de ces films de franchise que de tous se ressembler alors même qu’ils se suivent ou se précèdent (selon les choix des scénaristes). Les situations et les enjeux scénaristiques sont relativement interchangeables. Le plaisir à prendre devant eux relève alors de deux points particuliers. Premièrement, leur capacité à satisfaire les fans de la franchise dans l’exploitation de situations attendues (c’est le cas dans ce film là). Deuxièmement, une mise en scène de qualité dans le genre précis du film. Avec Anderson aux commandes, je dois avouer que j’étais assez rassuré avant même de voir le film. J’ai déjà évoqué dans mes chroniques tout le bien que je pensais de ce talentueux faiseur de films de genre. Retribution ne m’a pas déçu sur ce point précis. Quelques scènes m’ont particulièrement séduites : la bataille à mains nues dans le couloir futuriste, à la sortie de la zone de Tokyo, la course poursuite dans Moscou, la scène finale sur le lac glacé, en particulier le plan magnifique de la pyramide de zombies amphibies venant des profondeurs glacés…

Soul Kitchen (réal. Fatih Akin, 2009)

Comédie dramatique assez réussie, Soul Kitchen s’éloigne néanmoins des préoccupations habituelles de Fatih Akin. Si le film prête plus à sourire qu’à franchement rigoler, c’est peut-être parce qu’il hésite constamment à se placer dans sa double appartenance de genre. Pas assez drôle par moments, le film n’arrive pas non plus à nous faire croire suffisamment au sérieux de certaines situations, car leur résolution est bien trop peu « réaliste ». Le casting est cependant de grande qualité et l’on s’étonne toujours devant ces films allemands où les comédiens sont irréprochables, de ne pas profiter d’eux plus souvent. La photographie de Hambourg magnifie la ville et la réalisation est elle toujours aussi inventive, malgré un léger essoufflement sur quelques gimmicks de caméra un peu trop utilisés par le cinéaste. En revanche le travail sonore du film est exemplaire et la bande originale, un réel plaisir pour les oreilles (et la bonne humeur) !

Dimanche 14 octobre

Zazie dans le métro (réal. Louis Malle, 1960)

Revu pour la première fois depuis plus de vingt ans, je dois reconnaître que mes souvenirs du film n’étaient pas très nombreux et précis. Néanmoins, j’ai tout de suite retrouvé la magie, l’humour si particulier et le caractère « foldingue » de ce film hors du commun. Troisième film de fiction du cinéaste, adapté du roman de Queneau, Zazie dans le métro reste encore aujourd’hui un film d’une rare intelligence et d’une grande force comique (autant avec les petits que les grands). Il nous propose un voyage dans l’imaginaire enfantin confronté au monde incongru et pittoresque des adultes. Mais il est aussi une critique satirique de la vie parisienne à la fin des années 50, et il n’hésite pas à dépeindre une insouciance mêlée à des restes de nostalgie de la Seconde Guerre Mondiale, qui ne signifient rien pour une enfant de 12 ans. Ce qui intéresse Zazie, c’est le métro : symbole d’une fausse modernité, qu’elle voudrait prendre en marche, mais qu’une grève est venu immobiliser. Elle finira par apprendre la douce folie du monde adulte, au travers des errements amoureux de son oncle et de plein d’autres personnages alentours. Par une mise en scène très rythmée, un montage assez nerveux pour l’époque, une direction d’acteurs exemplaire, avec un jeu plutôt loufoque, Malle donne naissance aux personnages de Queneau. Il est aidé en cela par une distribution de qualité, comme la France pouvait en fournir dans ces années-là : Philippe Noiret y apparaît dans l’un de ses premiers rôles au cinéma et déjà l’on peut sentir chez lui une présence à l’écran remarquable et la grande diversité de son jeu.

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Une semaine de films – du 13 au 19 février 2012

Posted by Axel de Velp sur 19 février 2012

Je vais essayer à l’occasion de vous proposer un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film….

Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question…

Nota Bene : je m’efforcerai de vous proposer des posters inhabituels des films pour illustrer leur critique.

Lundi 13 février

Eagle Eye (réal. D.J. Caruso, 2008)

Je continue dans ma lancée sur la courte carrière jusqu’à présent de D.J. Caruso, que j’avais entamée la semaine dernière (avec l’excellent Salton Sea, le très décevant Taking Lives et l’amusant mais peu remarquable Disturbia). Eagle Eye, c’est une sorte d’Ennemi d’état (Tony Scott, 1998) que l’on aurait fait passer au stade supérieur du  concept de Big Brother is watching you… mais en beaucoup moins abouti, en un peu plus idiot (j’ai arrêté de compter au premier tiers du film les invraisemblances par rapport au postulat de départ) et surtout beaucoup moins bien filmé. Pour ceux qui me connaissent et/ou qui ont lu l’un de mes premiers billets sur ce blog (celui concernant la rédemption), malheureusement ce film n’est que très dépourvu de scènes qui auront su le racheter à mes yeux. Tout au plus une scène de climax final qui aurait dû s’arrêter là, ou bien la scène d’ouverture qui en dit long (mais subtilement) sur une Amérique qui est prête à tourner la page sur 8 années de présidence Bush (le film sort en 2008 et a donc été écrit et tourné dans les mois précédents). C’est très maigre, surtout que le film manque par moment d’un peu de peps alors que certaines scènes dans le genre film d’action sont quand même assez bien faites (la scène dans le tunnel vers la fin en est un bon exemple).

Serpico (réal. Sidney Lumet, 1973)

Il me faudrait beaucoup plus que quelques lignes pour parler ici de ce film de Lumet, certainement l’un de ses nombreux chefs d’œuvres. Al Pacino incarne à la perfection le mal-être du flic honnête entouré par la corruption et le laisser-faire généralisé. Ses errances, ses déprimes, ses montées de rage et de colère sont à la mesure du film qui enchaîne les morceaux de bravoure, tant dans ce qu’il dénonce que dans sa mise en scène de situation limite. Chapeau bas à quelques scènes qui restent gravées en mémoire : l’arrestation d’un voyou de mèche avec les flics de son commissariat et qui oblige Pacino à mettre ses collègues devant le fait accompli, sa dernière dispute avec sa compagne dans le café puis dans la rue, sa rencontre avec les autres flics corrompus dans le parc, enfin la scène quasi de fin de l’arrestation chez les narcos et qui entraîne son accident. Lumet, au-delà du sujet politiquement risqué, montre New York et ses environs comme il sait toujours aussi bien le faire : une lumière réaliste, des lieux de tournage variés et toujours à propos et un montage classique mais au combien efficace dans sa manière de traiter les ellipses et d’accompagner lentement mais sûrement le spectateur dans la terrible catabase de l’officier Serpico. Lumet se réattaquera quasiment au même sujet dans le « film somme » Prince of the City (1981), malheureusement épaulé par un Treat Williams, efficace et crédible, mais à mille lieux du jeu de Pacino.

Mardi 14 février

I Love You Phillip Morris (réal. Glenn Ficarra, John Requa, 2009)

St Valentin oblige ou pas, ce choix de film à consonance romantique ? En fait pas vraiment, mais l’idée était de s’amuser plus que de réfléchir beaucoup devant cette toile. Et il faut dire que le film fait là son office. Il est amusant, même assez drôle par moments et les deux stars masculines (Carrey et McGregor) y sont bien entendu pour beaucoup. Le fait, qui plus est, que le film soit bâti sur des faits réels vient ajouter indéniablement à la légère fascination que le personnage principal produit sur le spectateur. Les films, qui traitent d’arnaques et d’escroquerie et dont l’auteur de ces « vilains » actes est présenté comme sympathique, arrivent toujours à séduire le public : ils reposent sur la monstration en plein exercice d’un esprit criminel, mais parce que présenté comme sympathique, au-delà de sa moralité répréhensible, ce qui fait mouche chez le spectateur c’est son ingéniosité et sa débrouillardise. On ne peut pas dire que le film ne soit pas généreux de ce côté là. Plus largement, le film est également bien rythmé et sa mise en scène bien coordonnée à son propos et ses effets. Choix d’un flash-back et d’une voix-off, qui eux aussi sont efficaces et viennent clôturer un film que je recommande chaudement si l’on veut s’amuser et être un tant soit peu abasourdi par l’inventivité criminelle et la stupidité d’une certaine Amérique (comme dirait le personnage de Carrey : « Fuckiiiiing Texas »).

Mercredi 15 février

I am Number Four (réal. D.J. Caruso, 2011)

Je finis ici mon survol de la carrière de D.J. Caruso par son film le plus récent et le plus insignifiant. Que dire de cette sombre m%*$# si ce n’est que rien n’a su le racheter à mes yeux. Ni même une seule idée intelligente de mise en scène. Les méchants semblent repris d’un mauvais épisode de Buffy (et contre toute attente j’ai aimé cette série…), le scénario est aussi mauvais qu’une blague carambar et le jeu des comédiens (y compris l’habituellement sympathique Timothy Oliphant) vole aussi haut qu’un épisode de Plus belle la vie (désolé pour Carla et les autres qui apprécient la série de France3). Finalement, D.J. Caruso qui avait très bien entamé sa carrière avec Salton Sea, montre qu’il n’est ni plus ni moins qu’un faiseur sans véritable talent, qui n’arrive pas à remonter le plus naufragé des projets… C’en est à se demander si Salton Sea n’aurait pu être meilleur que ce qu’il est déjà, s’il avait été confié à un autre réalisateur… ?

A Single Man (réal. Tom Ford, 2009)

Je dois avouer que je voulais voir ce film depuis longtemps mais l’appréhension que j’avais quant à la tristesse de son sujet me freinait régulièrement et m’empêchait de passer à l’acte. Finalement je fus surpris, car même s’il est vrai que le film n’est pas dénué de mélancolie, même si son sujet n’a rien de réjouissant, le film reste quand même une formidable ode à la vie. Il est d’abord magnifiquement soutenu par le jeu tout en subtilité de Colin Firth et la flamboyance, bien que fugace, de l’apparition de Julianne Moore. Par moments, l’on pourrait se croire chez un héritier de Douglas Sirk, mais dans une version pervertie ou étrangement décalée (je pense à la scène où le personnage principal part de chez lui en voiture et salue ses voisins). Ensuite le film met en scène avec justesse et finesse le désenchantement d’une frange de la population qui sent bien que son émancipation n’est plus très lointaine mais qui sait pertinemment aussi combien la lutte devra encore être soutenue pour qu’elle ait, elle aussi, droit à la lumière et à la reconnaissance sociétale que tout un chacun rêve d’obtenir…
Si la jeunesse semble être le relais de ce combat et de cette volonté, la fin du film la laisse toute fois en pleine déshérence. Tom Ford réussit le tour de force pour un premier film au sujet délicat, non seulement de marquer l’essai qu’il a choisi de traiter, mais encore de le transformer en lui adjoignant les services d’une mise en scène très maniérée, mais en phase avec son sujet. Les jeux sur les couleurs qui vont et viennent au gré des émotions du personnage central sont à la hauteur du jeu subtil que Firth leur donne à accompagner et appuient avec poésie et un pathos très maîtrisé les processus d’identification que le réalisateur met en place entre son film et le spectateur. A quand un prochain film M. Ford ?

The Eagle (réal. Kevin MacDonald, 2011)

Kevin MacDonald vient du documentaire (et y retourne encore régulièrement puisque l’un de ses prochains films sera un docu consacré à Bob Marley). Après Le Dernier Roi d’Ecosse, particulièrement réussi sur le dictateur africain Idi Amin Dada et Jeux de pouvoir, qui avait le mérite de proposer une lecture relativement intelligente des influences politiciennes à Washington sur les médias (et un parfum de Lumet mélangé à du Pollack ou du Pakula), je dois avouer que je ne savais pas trop à quoi m’attendre de son incursion dans le péplum ou plus exactement le film d’aventure historique. Force est de reconnaître que le film est très réussi. D’abord parce qu’il traite d’un aspect de Rome peu mis en scène : les confins britanniques de l’empire ; ensuite parce que comme souvent chez MacDonald la réalisation est efficace sans être trop maniérée (quoique les scènes finales sont de ce point de vue quelque peu décevantes). Finalement le film est plus réussi dans sa dimension de film d’aventure que de film historique. Difficile en effet de se laisser convaincre, quand bien même ce serait très documenté, par la vision qu’offre le film des peuplades anglo-saxonnes auxquelles s’oppose le héros centurion. Cependant, une scène assez impressionnante ravira tous les aficionados de la Rome antique et des légions : la bataille à l’extérieur du camp romain où la manœuvre dite de la tortue démontre toute son efficacité.

La Prisonnière Espagnole (réal. David Mamet, 1997)

Certainement l’un de mes films préférés, du moins dans son genre. Mamet y fait preuve d’un sens du rythme et de l’écriture assez diabolique et bien au-delà du simple machiavélisme du scénario (assez réjouissant cela étant). Le réalisateur concentre ici toutes les marottes de sa carrière (en tant que scénariste et réalisateur) et donne à voir un concentré de ses préoccupations principales. Le film enchaîne les scènes toutes plus subtiles et délectables les unes que les autres : la scène, matrice du film, sur la plage paradisiaque, la réunion de travail autour du « process » (hommage enamouré à Hitchcock et à son concept de MacGuffin porté à son extrême), la scène dans Central Park, la scène dans l’aéroport et pour finir, bien entendu, la scène sur le ferry. Quasiment systématiquement Mamet déconstruit la dynamique de chacune de ses scènes pour en proposer une échappée différente, voire opposée, à ce que la programmation de la scène en terme de narration préparait le spectateur, le prenant ainsi toujours à revers ou à rebours de son intuition et de son travail personnel sur le film.
Cependant, Mamet le fait avec intelligence et non roublardise et à aucun moment le public ne se sent floué de ce que les scènes déroulent : à chaque fois qu’elles se développent différemment, il était en notre pouvoir avec une fine analyse de l’image et de ses constituants d’en deviner la signification autre et d’en prédire la fin différente de sa programmatique annoncée. Mais Mamet nous met devant l’une des plus grandes vérités du public face aux films : sa passivité et sa trop grande acceptation à se laisser guider, plutôt que de réfléchir sur l’image et sur ce qu’elle nous donne réellement à voir et à déchiffrer…

Jeudi 16 février

Un prophète (réal. Jacques Audiard, 2009)

Encore un film que j’ai tardé à voir alors que son succès unanime et mon appréciation des précédents films d’Audiard aurait dû me pousser à le voir plus vite. Il est vrai que le film est une claque pour le jeu de Rahim, qu’il dépeint avec un rare naturalisme les rapports de pouvoir au sein des « pensionnaires » de l’institution pénitentiaire française, que l’intelligence de la structure narrative d’Audiard soumet le film, malgré sa longueur indéniable, à une succession d’enchaînements auquel le spectateur ne peut échapper et qui le laisse souvent sans voix. On retrouve la qualité de l’écriture propre au réalisateur de Regarde les hommes tomber ou Un héros très discret, la caractérisation psychologique très juste des personnages que l’on avait su apprécier dans De battre mon cœur s’est arrêté, ou encore la mise en scène efficace des scènes d’action qui avaient su nous éblouir dans Sur mes lèvres (d’ailleurs la scène d’exécution dans la voiture des corses est une grande scène d’action à la française réussie). Cependant, je trouve néanmoins que le film par moments manque de quelque chose… Il passe trop vite sur certaines scènes, énonce les choses avec trop de lucidité et donne parfois de l’ampleur à des scènes d’une grande trivialité. Je pense ici à tout le versant « gangster » du film qu’Audiard choisit de traiter quand bien même il est « centré » sur la prison : il aurait été préférable à mon sens de ne pas le traiter autrement que par procuration, ce qu’il fait de temps en temps, mais pas assez pour que cela devienne systémique au sein du film.
Au final, je suis encore, je pense, sous le choc de l’énergie déployée par le film pour en avoir une lecture critique posée, mais ces premiers reproches que je lui oppose me semblent bien fondés et non une élucubration de ma pensée. Un prophète restera certainement un film étape dans le parcours professionnel d’Audiard, mais aussi à mon sens comme le marqueur du passage à quelque chose d’autre, quelque chose de peut-être plus ambitieux qu’avant mais par moments moins maitrisé ou moins en conformité avec ces mêmes ambitions que le film amène…

Lascars (réal. Emmanuel Klotz, Albert Pereira-Lazaro, 2009)

Tiré de la série télévisée éponyme diffusée sur Canal+ en 2000 (1ère saison) et 2007 (2nde saison), le film Lascars reprend la richesse graphique de la série en lui donnant tout de même plus de moyens et d’ampleur. Outre un casting de voix alléchant et très à propos, le film ne manque pas d’humour et propose quelques scènes inoubliables, comme celle du tournage porno dans le « sous-aquaboulevard » de banlieue, la scène de teuf monstrueuse dans le manoir neuilléen, la fête d’accueil de la nouvelle recrue dans la police ou encore les nombreuses scènes montrant Zoran et ses recherches de conquêtes féminines. L’animation assez fluide et le travail sur les détails des layouts font oublier quelques à-plats de couleurs peu heureux par moments, tellement on sent un travail un peu bâclé. Le film est soutenu par un rythme conséquent et un scénario pas inoubliable mais suffisamment prenant pour que l’on reste attaché tout du long aux déboires de ces personnages bigger than life pour certains ou too losers to be losing pour d’autres…

Bronson (réal. Nicolas Winding Refn, 2008)

En l’espace de quelques films Refn s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération. Même si je n’ai toujours pas vu la trilogie des Pushers (et c’est au programme, rassurez-vous), ses trois derniers films, Bronson, Valhalla Rising et Drive sont chacun dans leur genre et style respectif des petites pépites de mise en scène, de montage et de narration maîtrisés. Refn arrive à rendre parfaitement l’horreur et la folie d’un homme corrompu par la violence du système carcéral anglais et qui va entamer une spirale infernale où seuls les coups et le sang ont un sens libérateur. Même si on ne peut s’empêcher de penser à Kubrick (et c’est aussi le cas face à Valhalla Rising, mais évidemment pas pour les mêmes raisons), là où Orange mécanique parlait volontairement de problèmes de société et d’inadéquation entre ces problèmes et les solutions opposées à eux, Refn propose un film plus personnel, où la nature du personnage central est avant tout le problème et pas forcément le produit d’une quelconque société. Etonnamment, le film ne critique que très peu les prisons anglaises, du moins pas plus que la majorité des films traitant habituellement le sujet.
En revanche, la question de « l’ultra violence » est plus approchée comme le symptôme d’un mal-être, l’expression visuelle (et pour cela le film ne lésine pas sur les effets liés à cette violence) d’une différenciation de Bronson à son environnement immédiat. La mise en scène de Refn est dynamique, inventive et maniérée, mais jamais excessive, comme elle ne l’est d’ailleurs jamais dans ses autres films. Elle vient toujours souligner son propos et l’appuyer avec intelligence, en donnant un écrin travaillé et soigné aux images qui l’illustrent toujours parfaitement.

Vendredi 17 février

Aliens (réal. James Cameron, 1986)

Si aujourd’hui Cameron est le réalisateur des plus grands dépassements de budget (Titanic, Avatar) et celui d’une certaine forme de mièvrerie pour certains ou de romantisme naïf mais touchant pour d’autres (dont je fais plutôt partie), il fut un temps où Cameron était surtout un réalisateur de films à effets (comme on disait alors) : The Terminator, The Abyss, Terminator 2 et bien entendu Aliens. Suite du succès planétaire de Ridley Scott, Cameron prend le premier film complètement à contrepied. Là où Scott misait sur l’indicible et l’invisible, Cameron va en montrer plus que de mesure… Là où Scott opposait la terreur solitaire et inconnue à un équipage plongé dans l’incompréhension et l’ignorance, Cameron va opposer les muscles et la technologie (toujours assez déficiente) aux nombres et à l’irrédentisme des xénomorphes qui se sont accaparés la station des colons. L’on y trouve bien sûr la figure féminine iconique propre à Cameron (et qui dépasse largement le personnage de Ripley héritière du premier volet) et qui est le ferment fondateur de tous ses films. Mais au-delà de toutes ces évidences que Aliens démontre quant au cinéma de Cameron, il est une chose qui m’a toujours particulièrement étonné dans ce film, c’est l’écriture très réussie des personnages secondaires : en l’espace de quelques scènes d’introduction qui n’ont l’air de rien, la narration arrive à nous faire connaître quasiment tous les noms de ces personnages avant la première moitié du film. Non seulement, cela requiert de la part de l’écriture mais aussi du montage une prouesse inhabituelle (pour un film qui compte pas moins de 12 personnages secondaires non négligeables), mais en plus cela sert la tension que le cinéaste veut provoquer avec son film.
Puisque Cameron abandonne l’idée de travailler sur la peur pour cette suite, et alors qu’il réalise une sorte de film de guerre aux pays des aliens, la proximité des liens qu’il aura tissés entre les spectateurs et sa galerie de personnages se révèlera payante dès lors qu’à la première moitié du film, quasiment les ¾ des personnages seront morts… Ainsi il laisse le spectateur sans repère, abandonné par tous ceux qu’il imaginait être ses protecteurs pour le restant du métrage. Le cinéaste provoque ainsi une déstabilisation du public qui sera ensuite ce sur quoi il passera son temps à s’appuyer pour créer une tension quasi tenue jusqu’à la fin du film : les survivants se réfugient pour se protéger dans la station – paf, le réacteur est en surchauffe et maintenant ils doivent lutter contre, outre les aliens, la montre ; ils ont pris le temps de tout barricader autour d’eux – paf, ses maudites bestioles passent par le toit ; ils arrivent à leur échapper (moyennant quelques pertes) – paf la petite fille est enlevée ; la navette arrive – paf hors de question de partir tout de suite, Ripley va aller la sauver ; elles viennent d’échapper in extremis à la reine des bestioles – paf la navette n’est plus là à les attendre ; pour finir, tout le monde a réussi à échapper aux aliens et à l’explosion nucléaire – paf cette maudite reine s’était cachée dans le train d’atterrissage de la navette…
Finalement, Aliens n’est qu’une succession habile de tensions dont la clé de résolution vient échapper au spectateur, pour lui proposer à la place une nouvelle tension. Pas étonnant dès lors que la version spéciale (celle regardée ici même) ne vienne qu’ajouter à l’exemplaire leçon de cinéma que donne Cameron en matière de rythme et de réalisation soutenue.

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