"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Posts Tagged ‘Sidney Lumet’

Deux semaines de films – du 21 mai au 3 juin 2012

Posted by Axel de Velp sur 4 juin 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Une fois de plus, je réunis les films visionnés sur deux semaines au lieu d’une. Entre deux « redites » de qualité et trois découvertes, on va de l’intimité des êtres et de des couples, à la bêtise humaine et la folie obsessionnelle, en passant par l’immensité spatiale, l’horreur de ce qui nous est étranger et la décadence de la société humaine contemporaine. Il n’y a vraiment que le cinéma pour vous transporter aussi près et aussi loin de soi, sans jamais quitter son champ de vision restreint…

Jeudi 24 mai

7h58 ce samedi-là (réal. Sidney Lumet, 2007)

Décidément Lumet est à la fête avec moi en ce moment. Je n’avais pas revu ce film depuis sa sortie en salles, mais la très bonne impression qu’il m’avait laissée à l’époque s’est confirmée lors de cette seconde vision. Baignant dans son genre de prédilection, le « polar dramatique », le cinéaste, qui signait ici son dernier film, nous fait plonger une fois de plus dans les affres de petits criminels sans grande intelligence. La déchéance morale des personnages principaux est trop grande pour qu’elle ne contamine pas toute la trame : l’aîné qui sans vergogne s’attaque à sa famille, le cadet incapable de surmonter son complexe d’infériorité et son statut de chouchou, la femme mariée qui trompe parce qu’elle ne sait pas comment traduire autrement son angoisse, le père qui cherche dans la vengeance son ultime salut d’avoir manqué l’éducation de ses fils. Lumet montre comment l’engrenage du jeu, des dettes, de la drogue, du mensonge, mais surtout la bêtise humaine et l’incommunicabilité des hommes entre eux poussent au désespoir, au crime et à la violence. Il le fait avec une mise en scène très classique dans sa forme visuelle (le cadre est toujours très bien composé, la photo est bien calquée sur les émotions des personnages, les mouvements de caméra sont fluides – le 1er long plan dans l’appartement du dealer est à ce titre une vrai leçon de mise en scène) et une construction déstructurée mais jamais confuse pour ce qui touche à la narration. De plus, le film est servi par des acteurs au mieux de leur forme : Hoffmann, Hawke, Finney sont impressionnants par leur présence à l’écran et la crédibilité de leur jeu. Tous les cinéastes ne nous disent pas adieu avec autant de panache et de talent. Chapeau bas, M. Lumet !

Dimanche 27 mai

The Pledge (réal. Sean Penn, 2001)

Sean Penn est incontestablement un très grand comédien. Pour ce qui est de son statut de réalisateur, il est indéniable qu’il restera secondaire, mais pour autant, il nous a donné jusqu’à présent des films très réussis. The Pledge est avant tout un film d’ambiance, reposant sur son acteur principal (excellent Jack Nicholson), mais Sean Penn, comme à son habitude, a su s’entourer de collaborateurs qualifiés. La photo met très bien en valeur cette Amérique profonde où la forêt, les montagnes enneigées, les rivières, les diners, les gros trucks sont à mille lieux d’une Amérique technologique et impersonnelle et la bande originale s’en fait l’écho en une harmonique quasi parfaite. Sean Penn est fasciné par les espaces ouverts (son choix d’adapter Into The Wild en est un autre exemple) et les personnages complexes dont l’esprit est comme un paysage à découvrir et à analyser… Si l’on peut regretter que la « vérité » du récit appartienne au seul spectateur (Nicholson n’est pas vraiment fou), car cela vient brouiller quelque peu l’écriture de la progression psychologique du personnage, on ne peut s’empêcher d’accompagner ce flic à la retraite sur la pente douce des plaisirs simples de la vie. Malheureusement la violence sourde qui est tapi au creux de la nature en bordure de la vie des hommes ne manque jamais de rattraper la normalité d’un monde, où de plus en plus de nos aïeux finissent comme Jack, délaissé sur le bord d’une route, où plus personne ne s’arrête et où la folie et la mémoire sont les seuls compagnons qu’ils leur restent pour la fin du voyage.

Mardi 29 mai

The Deep Blue Sea (réal. Terence Davies, 2011)

J’avoue être toujours partagé devant les mélos. En effet, je ne peux m’empêcher la plupart du temps d’être happé par la force des sentiments déployés dans ces films (du moment qu’un minimum de talent en est à l’origine), tout en ayant du mal à ne pas ressentir une certaine distance envers ce genre, dont beaucoup de références appartiennent aujourd’hui à la Grande Histoire du Cinéma. J’avoue également que le mélo britannique ne m’est pas très familier, il est donc probable que je sois passé à côté de références spécifiques ou culturelles ; cependant pour ce qui est du film de Davies, plusieurs éléments en font sa force et sa qualité. Tout d’abord les comédiens sont exemplaires. Le film gagne énormément par leur jeu, tout en mélange de finesse et de force brute (selon les scènes), alors que la narration complique à dessein l’identification et la compréhension. C’est une des autres forces du film, sa structure. Construit sur des flash-backs (en particulier le début du film), le récit se déploie progressivement et ne dévoile que par à-coups les ressorts dramatiques qui poussent les personnages à agir (ou pas…). Enfin, la mise en scène est d’une très bonne facture classique (bien que la photo soit très inégale), même si par moments le réalisateur ose s’essayer à de très beaux effets de caméra : la scène de « lit » au début du film ou le « souvenir » du métro en sont des exemples frappants.

Jeudi 31 mai

Prometheus (réal. Ridley Scott, 2012)

Que dire de ce film que beaucoup auront attendus pendant très longtemps… Je dois avouer que depuis près d’une semaine que je l’ai vu, j’ai très souvent été amené à en discuter ou à y réfléchir et que je suis loin, alors que j’écris ces lignes, d’avoir complètement arrêté mon avis sur lui. Il me semble d’abord important de ne pas oublier que le projet initial du film ne devait rien avoir de commun avec la saga Alien, mais l’insistance de la production aura eu raison des hésitations de Scott. Cette double parenté, le film la porte en lui comme une tare qui n’a de cesse de venir compliquer son déploiement. Chaque scène est travaillée par deux logiques : celle propre au film Prometheus et à son sujet sur la création de l’Humanité (qui, soit dit en passant, fait un clin d’œil scientiste au garants du créationnisme version technologique) et celle propre à la saga Alien, avec tout son lot de référents « à venir » qu’elle est censée mettre en place. Ce double travail génère d’abord querelles ou remarques des fans (dont je fais partie), sur le nom de la planète (LV-223) qui n’est bien évidemment pas celle du premier Alien, sur les parentés de Peter/Charles Weyland, etc. La FOX a toujours su jouer de cet univers (déjà les deux Aliens vs. Predator étaient bourrés de clins d’œil aux fans), il n’est pas étonnant que là encore ce soit le cas. D’ailleurs cela se fait intelligemment et la grande qualité de la direction artistique dans les décors, les costumes, les effets visuels, ne nous mettent à aucun moment face au syndrome « Star Wars prequel » (où la technologie d’avant semblait bien plus opérante, fonctionnelle et moderne que ne le sera celle d’après…). Mais au-delà de tous ces détails (non négligeables mais secondaires quant au véritables enjeux du film et à son discours), cette double origine vient à mon sens grandement perturber le film. D’abord dans l’écriture des personnages, car ils sont pour la plupart monolithiques au possible (exception faite bien entendu de David – Fassbender étant décidément un acteur sur lequel compter) et beaucoup d’entre eux sont mêmes complètement inutiles au regard de l’importance que le film semble vouloir leur accorder (Charlize Theron et Idriss Elba en sont ici pour leurs frais). Ensuite beaucoup de scènes clés du film font les frais aussi de cette parenté bicéphale. Certaines font implicitement appel aux scènes clés identiques de la saga (je pense ici par exemple à celle du retour au vaisseau et de la question de la quarantaine) dans une logique de référence intelligente tandis que d’autres ne sont là que pour servir le rattachement du film à la saga, minant ainsi son discours central. Mes dernières remarques négatives seront pour la musique du film que je trouve particulièrement mal choisie et pour les comédiens. Si ce n’est Fassbender, aucun ne trouve grâce à mes yeux, la faute à une écriture des rôles que j’ai déjà qualifié de ratée, et la performance la pire de toutes me semble malheureusement bien être celle de Noomi Rapace, sous Sigourney Weaver dont l’ombre plane sur le film du début à la fin (bien malgré elle – mais là encore le rapprochement avec Alien est obligatoire de par l’univers du film et son ontologie). Après tout cela, on ne peut pas ne pas reconnaître la maestria de Scott à la mise en scène. Qu’il s’agisse de l’intégration des effets visuels numériques, des choix de mise en scène, du traitement 3D reflief postproduit, tout est de très grande qualité. Le film ne nous lâche pas de la première à la dernière minute, le rythme est soutenu et les ambitions « sci-fi » sont suffisantes pour faire rêver et/ou réfléchir à cette idée très répandue dans le genre de « grands Ingénieurs » qui auraient créé l’Humanité. On enchaîne quelques séquences mémorables : la découverte de la base des Ingénieurs, la « césarienne », la carte des étoiles, la naissance du « premier » Alien… Mais s’il ne fallait retenir qu’une seule chose du film de Scott, c’est bien entendu le personnage de David, parfaite synthèse (avant l’heure) d’Ash et Bishop, reflet inquiétant de l’humain et de l’inhumain, parfaitement incarné par un acteur de plus en plus surprenant. Au final, un très grand film de SF, qui souffre malheureusement d’ambitions contradictoires, et dont la pire des conséquences se concrétise dans une très mauvaise écriture des personnages…

Dimanche 3 juin

Cosmopolis (réal. David Cronenberg, 2012)

Très difficile d’écrire sur un film aussi dense et aussi particulier que peut l’être le dernier chef d’œuvre de Cronenberg. Cinéaste inattendu ces dernières années, lorsqu’il prenait avec succès le virage initié par A History of Violence, il revient avec force et conviction sur des terrains plus connus avec Cosmopolis. Flirtant avec la philosophie empirique qu’il a toujours interrogée, Cronenberg pose avec Cosmopolis sa vision du monde moderne et ses dérives face aux errances morales du capitalisme et de la finance. Mais au-delà de la critique simpliste d’un monde fasciné par les apparences et la vacuité, Cronenberg pose aussi la question plus large du rapport de l’homme à lui-même et à ses semblables : la question des rapports de force qu’ils soient professionnels, amicaux, sexuels, amoureux, ou familiaux… Finalement avec le choix de Robert Pattinson (Eric Packer) comme symbole du male dominant, Cronenberg ne fait qu’entériner un choix que la mode du marketing global aurait imposé d’elle-même. Seulement ce symbole est petit à petit dominé par les événements ou par ceux qui l’entourent, et malgré quelques sursauts de réaffirmation de sa suprématie supposée (le meurtre du garde du corps, son choix du coiffeur – qui n’est pas innocent puisqu’il le renvoie à une soumission ancienne, celle de son père, son choix d’en partir avant que la coupe ne se termine), il finira par être complètement submergé par un environnement qu’il ne peut contrôler. Cet environnement est à l’opposé de ce qu’était sa voiture ultramoderne et aseptisée, huis-clos mobile dans et hors le monde, bulle où entrent et sortent toutes sortes de gens et de choses mais uniquement selon le bon vouloir de celui qui le contrôle. L’environnement final où Eric vient se perdre et comprendre l’inanité de sa condition est un grand « foutoir » où se mêlent poussière, déchets, objets défectueux. C’est dans cette ruine où s’amoncellent les traces d’une grandeur passée et d’une organisation révolue des hommes qu’Eric essaie de repousser l’inévitable. L’homme qu’il y trouvera n’est que le miroir de ce qu’il aurait pu devenir : en un sens la fin non résolue du film à l’écran n’a pas besoin de s’inventer ou de se deviner car elle est dans la logique même des choses. Tout ce qu’Eric représente n’a qu’une fin possible, la destruction de la vie : telle est la finalité du capitalisme sauvage, y compris sa propre auto-destruction.

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Deux semaines de films – du 7 au 20 mai 2012

Posted by Axel de Velp sur 26 mai 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

J’ai traîné quelque peu alors je vous propose deux semaines réunies en un seul compte-rendu, d’autant que sur chacune je n’ai pas vu beaucoup de films. La tendance est cependant très clairement au polar en ce moment, dans des directions différentes et sur des époques de production diverses, il y en a donc pour presque tous les goûts dans le genre. Seule incartade à cette orientation, un film d’animation plaisant et sympathique que j’ai un peu tardé à voir mais que je conseille à tous, et en particulier à ceux qui aiment les félins. A bon entendeur, chat-lu !

Mercredi 9 mai

Basic Instinct (réal. Paul Verhoeven, 1992)

Film sulfureux du début des années 90, alors que Verhoeven était au mieux de sa forme, Basic Instinct reste aujourd’hui un excellent polar. Même si le caractère vaguement érotique peut toujours contribuer à son intérêt – Verhoeven sait très bien filmer la chair, surtout lorsqu’elle s’expose lors d’ébats suggestifs… – le film est avant tout servi par une intrigue policière très réussie et qui scotche le spectateur sans interruption de rythme, du début à la fin du film. Alors évidemment tout cela a quelque peu vieilli, surtout l’esthétique des costumes, coiffures et maquillages (les lunettes de Michael Douglas sont un modèle du genre), qui font encore un peu 80’s, avec quand même ce souci du début des années 90 de tendre à l’aseptisation. L’idée est appuyée en cela par la photographie très léchée de Jan DeBont (futur réalisateur de Speed et Twister). Les comédiens sont à l’honneur et pas seulement les deux rôles principaux, tout le casting est d’excellente composition, avec une mention spéciale aux différents flics qui campent leurs rôles à merveille : inoubliables scène d’interrogatoire de Sharon Stone (pas seulement pour son jeu de jambes érotique), et celle de Douglas, dont les joutes verbales sont particulièrement appréciables. Mais ce qu’il faut remarquer, c’est la mise en scène. Verhoeven utilise sa caméra avec une aisance et une fluidité qui vient coller à la dynamique des personnages. Elle accompagne quasiment en permanence leurs mouvements, les précédant ou les suivant. Elle se fait souvent aérienne et plane au-dessus des protagonistes pour ensuite rapidement revenir au ras-du-sol ou à leur hauteur d’épaule. On retiendra ainsi quelques scènes très emblématiques du film sur cette mise en scène nerveuse et dynamique : la poursuite sur la côte californienne entre la Lamborghini de Stone et la voiture miteuse de flic de Douglas, la poursuite dans les rues de San Francisco, et bien sûr les différentes scènes de sexe, qui sont plus filmées comme des scènes « d’action » que véritablement comme des scènes érotiques…

Vendredi 11 mai

Inside Man (réal. Spike Lee, 2006)

Peut-être pas aussi exemplaire que pouvait l’être 24 heures avant la nuit de la grande qualité de Spike Lee en tant que cinéaste, Inside Man (dont il faudrait vérifier le statut de film de commande ou non) reste malgré tout un excellent polar, non pas un whodunit, mais plutôt un « howdunit » : l’un des principaux plaisir du film étant de découvrir comment les braqueurs vont faire pour s’en sortir… Au-delà d’une caméra très ludique avec quelques effets bien sentis (le plan sur Denzel Washington après l’exécution de l’otage en fait partie), le film est surtout très appréciable par tout le discours au second degré qu’il porte sur l’Histoire et la Politique en générale. Un certain nombre de problèmes sociétaux sont approchés : le racisme, le machisme, une certaine forme de lutte des classes à l’américaine (dont Denzel est l’un des représentants les plus emblématiques de ces dernières années – il faut revoir sous cet angle L’Attaque du métro 123 ou Unstoppable du même réalisateur Tony Scott), mais surtout c’est l’héritage d’une forme d’immoralité de la classe dominante qui est ici démontré. Les grands de ce monde, qu’ils soient banquiers ou maires, font leur fortune sur la misère des petits et des opprimés et règlent les problèmes à leur avantage et entre eux. Mais Spike Lee, dans la foulée des événements de 9/11 qui chez lui ont recomposé sa façon de penser la société américaine (revoir The 25th Hour à ce sujet), et en précurseur de la dénonciation du grand manque de moral du monde de la finance, élève au même statut flics, peut-être pas incorruptibles, et voyous, certainement pas sans cœur ou du moins sans moralité. C’est la revanche des classes moyennes, ou quasi moyennes, qui s’exprime dans Inside Man et dont la qualification de tous les otages comme braqueurs potentiels fait de ce groupe une seule et même victime, non pas des preneurs d’otages eux-mêmes, mais avant tout de la société hyper sécuritaire (et pourtant l’une des plus violentes du monde occidental) et paranoïaque que l’Amérique a engendrée ces dernières décennies.

Samedi 19 mai

Le Chat du Rabbin (réal. Joann Sfar & Antoine Delesvaux, 2011)

Adapté des BDs de Joann Sfar, le film homonyme et co-réalisé par l’auteur lui-même est une comédie à la fois légère et intelligente sur la religion (judaïque en premier lieu), ses travers, ses forces mais avant tout ses mythes et ses déconstructions. Pour les amoureux des chats, le film aura en plus la force d’être un condensé d’humour autour de l’image légendaire de cet animal qui n’a jamais cessé de fasciner les artistes. Si l’esthétique ne peut pas forcément plaire à chacun (on ne peut pas dire que le style de Sfarr soit très consensuel, bien que je sois moi tombé sous le charme), force est de reconnaître que le travail graphique est exemplaire. Les détails foisonnent, la richesse du trait donne vie avec énormément de force et de dynamisme à Alger et à cette Afrique ensorcelante, parcourue sur une chenille Citroën. On pourrait en revanche reprocher un travail d’animation assez incertain, surtout venant d’une production européenne, dont les standards et les codes d’animation ne sont généralement pas ceux que l’on retrouve ici. Reste sur ce point deux ou trois exceptions notables dans des scènes particulièrement réussies, comme celle du rêve du chat ou celle de la fin dans la Jérusalem « noire »…

Dimanche 20 mai

The Offence (réal. Sidney Lumet, 1972)

On ne peut pas dire que Lumet n’ait pas eu une filmographie cohérente tout au long de sa carrière. Très attaché au drame politique ou au policier d’ambiance, le cinéaste américain propose avec The Offence, une variation des plus surprenante dans son genre de prédilection. L’intrigue tourne autour de la déchéance d’un policier anglais (magistralement incarné par un Sean Connery stupéfiant dans un rôle à contre-emploi) qui obsédé par la violence d’un monde moderne en décrépitude perd ses repères et sa conduite morale. Le film est hypnotisant à plusieurs égards : d’abord le jeu de Connery est véritablement envoutant et les seconds rôles sont parfaitement distribués ; ensuite l’écriture et la construction narrative qui l’accompagne font la part belle à des scènes de confrontation de personnages des plus intenses. Mais c’est peut-être la réalisation qui est la plus surprenante à la fois pour le sujet (et le genre), mais aussi pour l’époque et son réalisateur. S’appuyant sur des effets divers (ralentis, « flares », sur- ou sous-exposition), le cinéaste cherche à nous faire rentrer dans l’univers torturé de son personnage principal, en cherchant toujours à le rendre humain sans jamais oublié de le confronter à sa propre violence et son dégoût de l’humanité. Un film coup-de-poing et dérangeant quelque peu mais à découvrir absolument !

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Une semaine de films – du 13 au 19 février 2012

Posted by Axel de Velp sur 19 février 2012

Je vais essayer à l’occasion de vous proposer un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film….

Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question…

Nota Bene : je m’efforcerai de vous proposer des posters inhabituels des films pour illustrer leur critique.

Lundi 13 février

Eagle Eye (réal. D.J. Caruso, 2008)

Je continue dans ma lancée sur la courte carrière jusqu’à présent de D.J. Caruso, que j’avais entamée la semaine dernière (avec l’excellent Salton Sea, le très décevant Taking Lives et l’amusant mais peu remarquable Disturbia). Eagle Eye, c’est une sorte d’Ennemi d’état (Tony Scott, 1998) que l’on aurait fait passer au stade supérieur du  concept de Big Brother is watching you… mais en beaucoup moins abouti, en un peu plus idiot (j’ai arrêté de compter au premier tiers du film les invraisemblances par rapport au postulat de départ) et surtout beaucoup moins bien filmé. Pour ceux qui me connaissent et/ou qui ont lu l’un de mes premiers billets sur ce blog (celui concernant la rédemption), malheureusement ce film n’est que très dépourvu de scènes qui auront su le racheter à mes yeux. Tout au plus une scène de climax final qui aurait dû s’arrêter là, ou bien la scène d’ouverture qui en dit long (mais subtilement) sur une Amérique qui est prête à tourner la page sur 8 années de présidence Bush (le film sort en 2008 et a donc été écrit et tourné dans les mois précédents). C’est très maigre, surtout que le film manque par moment d’un peu de peps alors que certaines scènes dans le genre film d’action sont quand même assez bien faites (la scène dans le tunnel vers la fin en est un bon exemple).

Serpico (réal. Sidney Lumet, 1973)

Il me faudrait beaucoup plus que quelques lignes pour parler ici de ce film de Lumet, certainement l’un de ses nombreux chefs d’œuvres. Al Pacino incarne à la perfection le mal-être du flic honnête entouré par la corruption et le laisser-faire généralisé. Ses errances, ses déprimes, ses montées de rage et de colère sont à la mesure du film qui enchaîne les morceaux de bravoure, tant dans ce qu’il dénonce que dans sa mise en scène de situation limite. Chapeau bas à quelques scènes qui restent gravées en mémoire : l’arrestation d’un voyou de mèche avec les flics de son commissariat et qui oblige Pacino à mettre ses collègues devant le fait accompli, sa dernière dispute avec sa compagne dans le café puis dans la rue, sa rencontre avec les autres flics corrompus dans le parc, enfin la scène quasi de fin de l’arrestation chez les narcos et qui entraîne son accident. Lumet, au-delà du sujet politiquement risqué, montre New York et ses environs comme il sait toujours aussi bien le faire : une lumière réaliste, des lieux de tournage variés et toujours à propos et un montage classique mais au combien efficace dans sa manière de traiter les ellipses et d’accompagner lentement mais sûrement le spectateur dans la terrible catabase de l’officier Serpico. Lumet se réattaquera quasiment au même sujet dans le « film somme » Prince of the City (1981), malheureusement épaulé par un Treat Williams, efficace et crédible, mais à mille lieux du jeu de Pacino.

Mardi 14 février

I Love You Phillip Morris (réal. Glenn Ficarra, John Requa, 2009)

St Valentin oblige ou pas, ce choix de film à consonance romantique ? En fait pas vraiment, mais l’idée était de s’amuser plus que de réfléchir beaucoup devant cette toile. Et il faut dire que le film fait là son office. Il est amusant, même assez drôle par moments et les deux stars masculines (Carrey et McGregor) y sont bien entendu pour beaucoup. Le fait, qui plus est, que le film soit bâti sur des faits réels vient ajouter indéniablement à la légère fascination que le personnage principal produit sur le spectateur. Les films, qui traitent d’arnaques et d’escroquerie et dont l’auteur de ces « vilains » actes est présenté comme sympathique, arrivent toujours à séduire le public : ils reposent sur la monstration en plein exercice d’un esprit criminel, mais parce que présenté comme sympathique, au-delà de sa moralité répréhensible, ce qui fait mouche chez le spectateur c’est son ingéniosité et sa débrouillardise. On ne peut pas dire que le film ne soit pas généreux de ce côté là. Plus largement, le film est également bien rythmé et sa mise en scène bien coordonnée à son propos et ses effets. Choix d’un flash-back et d’une voix-off, qui eux aussi sont efficaces et viennent clôturer un film que je recommande chaudement si l’on veut s’amuser et être un tant soit peu abasourdi par l’inventivité criminelle et la stupidité d’une certaine Amérique (comme dirait le personnage de Carrey : « Fuckiiiiing Texas »).

Mercredi 15 février

I am Number Four (réal. D.J. Caruso, 2011)

Je finis ici mon survol de la carrière de D.J. Caruso par son film le plus récent et le plus insignifiant. Que dire de cette sombre m%*$# si ce n’est que rien n’a su le racheter à mes yeux. Ni même une seule idée intelligente de mise en scène. Les méchants semblent repris d’un mauvais épisode de Buffy (et contre toute attente j’ai aimé cette série…), le scénario est aussi mauvais qu’une blague carambar et le jeu des comédiens (y compris l’habituellement sympathique Timothy Oliphant) vole aussi haut qu’un épisode de Plus belle la vie (désolé pour Carla et les autres qui apprécient la série de France3). Finalement, D.J. Caruso qui avait très bien entamé sa carrière avec Salton Sea, montre qu’il n’est ni plus ni moins qu’un faiseur sans véritable talent, qui n’arrive pas à remonter le plus naufragé des projets… C’en est à se demander si Salton Sea n’aurait pu être meilleur que ce qu’il est déjà, s’il avait été confié à un autre réalisateur… ?

A Single Man (réal. Tom Ford, 2009)

Je dois avouer que je voulais voir ce film depuis longtemps mais l’appréhension que j’avais quant à la tristesse de son sujet me freinait régulièrement et m’empêchait de passer à l’acte. Finalement je fus surpris, car même s’il est vrai que le film n’est pas dénué de mélancolie, même si son sujet n’a rien de réjouissant, le film reste quand même une formidable ode à la vie. Il est d’abord magnifiquement soutenu par le jeu tout en subtilité de Colin Firth et la flamboyance, bien que fugace, de l’apparition de Julianne Moore. Par moments, l’on pourrait se croire chez un héritier de Douglas Sirk, mais dans une version pervertie ou étrangement décalée (je pense à la scène où le personnage principal part de chez lui en voiture et salue ses voisins). Ensuite le film met en scène avec justesse et finesse le désenchantement d’une frange de la population qui sent bien que son émancipation n’est plus très lointaine mais qui sait pertinemment aussi combien la lutte devra encore être soutenue pour qu’elle ait, elle aussi, droit à la lumière et à la reconnaissance sociétale que tout un chacun rêve d’obtenir…
Si la jeunesse semble être le relais de ce combat et de cette volonté, la fin du film la laisse toute fois en pleine déshérence. Tom Ford réussit le tour de force pour un premier film au sujet délicat, non seulement de marquer l’essai qu’il a choisi de traiter, mais encore de le transformer en lui adjoignant les services d’une mise en scène très maniérée, mais en phase avec son sujet. Les jeux sur les couleurs qui vont et viennent au gré des émotions du personnage central sont à la hauteur du jeu subtil que Firth leur donne à accompagner et appuient avec poésie et un pathos très maîtrisé les processus d’identification que le réalisateur met en place entre son film et le spectateur. A quand un prochain film M. Ford ?

The Eagle (réal. Kevin MacDonald, 2011)

Kevin MacDonald vient du documentaire (et y retourne encore régulièrement puisque l’un de ses prochains films sera un docu consacré à Bob Marley). Après Le Dernier Roi d’Ecosse, particulièrement réussi sur le dictateur africain Idi Amin Dada et Jeux de pouvoir, qui avait le mérite de proposer une lecture relativement intelligente des influences politiciennes à Washington sur les médias (et un parfum de Lumet mélangé à du Pollack ou du Pakula), je dois avouer que je ne savais pas trop à quoi m’attendre de son incursion dans le péplum ou plus exactement le film d’aventure historique. Force est de reconnaître que le film est très réussi. D’abord parce qu’il traite d’un aspect de Rome peu mis en scène : les confins britanniques de l’empire ; ensuite parce que comme souvent chez MacDonald la réalisation est efficace sans être trop maniérée (quoique les scènes finales sont de ce point de vue quelque peu décevantes). Finalement le film est plus réussi dans sa dimension de film d’aventure que de film historique. Difficile en effet de se laisser convaincre, quand bien même ce serait très documenté, par la vision qu’offre le film des peuplades anglo-saxonnes auxquelles s’oppose le héros centurion. Cependant, une scène assez impressionnante ravira tous les aficionados de la Rome antique et des légions : la bataille à l’extérieur du camp romain où la manœuvre dite de la tortue démontre toute son efficacité.

La Prisonnière Espagnole (réal. David Mamet, 1997)

Certainement l’un de mes films préférés, du moins dans son genre. Mamet y fait preuve d’un sens du rythme et de l’écriture assez diabolique et bien au-delà du simple machiavélisme du scénario (assez réjouissant cela étant). Le réalisateur concentre ici toutes les marottes de sa carrière (en tant que scénariste et réalisateur) et donne à voir un concentré de ses préoccupations principales. Le film enchaîne les scènes toutes plus subtiles et délectables les unes que les autres : la scène, matrice du film, sur la plage paradisiaque, la réunion de travail autour du « process » (hommage enamouré à Hitchcock et à son concept de MacGuffin porté à son extrême), la scène dans Central Park, la scène dans l’aéroport et pour finir, bien entendu, la scène sur le ferry. Quasiment systématiquement Mamet déconstruit la dynamique de chacune de ses scènes pour en proposer une échappée différente, voire opposée, à ce que la programmation de la scène en terme de narration préparait le spectateur, le prenant ainsi toujours à revers ou à rebours de son intuition et de son travail personnel sur le film.
Cependant, Mamet le fait avec intelligence et non roublardise et à aucun moment le public ne se sent floué de ce que les scènes déroulent : à chaque fois qu’elles se développent différemment, il était en notre pouvoir avec une fine analyse de l’image et de ses constituants d’en deviner la signification autre et d’en prédire la fin différente de sa programmatique annoncée. Mais Mamet nous met devant l’une des plus grandes vérités du public face aux films : sa passivité et sa trop grande acceptation à se laisser guider, plutôt que de réfléchir sur l’image et sur ce qu’elle nous donne réellement à voir et à déchiffrer…

Jeudi 16 février

Un prophète (réal. Jacques Audiard, 2009)

Encore un film que j’ai tardé à voir alors que son succès unanime et mon appréciation des précédents films d’Audiard aurait dû me pousser à le voir plus vite. Il est vrai que le film est une claque pour le jeu de Rahim, qu’il dépeint avec un rare naturalisme les rapports de pouvoir au sein des « pensionnaires » de l’institution pénitentiaire française, que l’intelligence de la structure narrative d’Audiard soumet le film, malgré sa longueur indéniable, à une succession d’enchaînements auquel le spectateur ne peut échapper et qui le laisse souvent sans voix. On retrouve la qualité de l’écriture propre au réalisateur de Regarde les hommes tomber ou Un héros très discret, la caractérisation psychologique très juste des personnages que l’on avait su apprécier dans De battre mon cœur s’est arrêté, ou encore la mise en scène efficace des scènes d’action qui avaient su nous éblouir dans Sur mes lèvres (d’ailleurs la scène d’exécution dans la voiture des corses est une grande scène d’action à la française réussie). Cependant, je trouve néanmoins que le film par moments manque de quelque chose… Il passe trop vite sur certaines scènes, énonce les choses avec trop de lucidité et donne parfois de l’ampleur à des scènes d’une grande trivialité. Je pense ici à tout le versant « gangster » du film qu’Audiard choisit de traiter quand bien même il est « centré » sur la prison : il aurait été préférable à mon sens de ne pas le traiter autrement que par procuration, ce qu’il fait de temps en temps, mais pas assez pour que cela devienne systémique au sein du film.
Au final, je suis encore, je pense, sous le choc de l’énergie déployée par le film pour en avoir une lecture critique posée, mais ces premiers reproches que je lui oppose me semblent bien fondés et non une élucubration de ma pensée. Un prophète restera certainement un film étape dans le parcours professionnel d’Audiard, mais aussi à mon sens comme le marqueur du passage à quelque chose d’autre, quelque chose de peut-être plus ambitieux qu’avant mais par moments moins maitrisé ou moins en conformité avec ces mêmes ambitions que le film amène…

Lascars (réal. Emmanuel Klotz, Albert Pereira-Lazaro, 2009)

Tiré de la série télévisée éponyme diffusée sur Canal+ en 2000 (1ère saison) et 2007 (2nde saison), le film Lascars reprend la richesse graphique de la série en lui donnant tout de même plus de moyens et d’ampleur. Outre un casting de voix alléchant et très à propos, le film ne manque pas d’humour et propose quelques scènes inoubliables, comme celle du tournage porno dans le « sous-aquaboulevard » de banlieue, la scène de teuf monstrueuse dans le manoir neuilléen, la fête d’accueil de la nouvelle recrue dans la police ou encore les nombreuses scènes montrant Zoran et ses recherches de conquêtes féminines. L’animation assez fluide et le travail sur les détails des layouts font oublier quelques à-plats de couleurs peu heureux par moments, tellement on sent un travail un peu bâclé. Le film est soutenu par un rythme conséquent et un scénario pas inoubliable mais suffisamment prenant pour que l’on reste attaché tout du long aux déboires de ces personnages bigger than life pour certains ou too losers to be losing pour d’autres…

Bronson (réal. Nicolas Winding Refn, 2008)

En l’espace de quelques films Refn s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération. Même si je n’ai toujours pas vu la trilogie des Pushers (et c’est au programme, rassurez-vous), ses trois derniers films, Bronson, Valhalla Rising et Drive sont chacun dans leur genre et style respectif des petites pépites de mise en scène, de montage et de narration maîtrisés. Refn arrive à rendre parfaitement l’horreur et la folie d’un homme corrompu par la violence du système carcéral anglais et qui va entamer une spirale infernale où seuls les coups et le sang ont un sens libérateur. Même si on ne peut s’empêcher de penser à Kubrick (et c’est aussi le cas face à Valhalla Rising, mais évidemment pas pour les mêmes raisons), là où Orange mécanique parlait volontairement de problèmes de société et d’inadéquation entre ces problèmes et les solutions opposées à eux, Refn propose un film plus personnel, où la nature du personnage central est avant tout le problème et pas forcément le produit d’une quelconque société. Etonnamment, le film ne critique que très peu les prisons anglaises, du moins pas plus que la majorité des films traitant habituellement le sujet.
En revanche, la question de « l’ultra violence » est plus approchée comme le symptôme d’un mal-être, l’expression visuelle (et pour cela le film ne lésine pas sur les effets liés à cette violence) d’une différenciation de Bronson à son environnement immédiat. La mise en scène de Refn est dynamique, inventive et maniérée, mais jamais excessive, comme elle ne l’est d’ailleurs jamais dans ses autres films. Elle vient toujours souligner son propos et l’appuyer avec intelligence, en donnant un écrin travaillé et soigné aux images qui l’illustrent toujours parfaitement.

Vendredi 17 février

Aliens (réal. James Cameron, 1986)

Si aujourd’hui Cameron est le réalisateur des plus grands dépassements de budget (Titanic, Avatar) et celui d’une certaine forme de mièvrerie pour certains ou de romantisme naïf mais touchant pour d’autres (dont je fais plutôt partie), il fut un temps où Cameron était surtout un réalisateur de films à effets (comme on disait alors) : The Terminator, The Abyss, Terminator 2 et bien entendu Aliens. Suite du succès planétaire de Ridley Scott, Cameron prend le premier film complètement à contrepied. Là où Scott misait sur l’indicible et l’invisible, Cameron va en montrer plus que de mesure… Là où Scott opposait la terreur solitaire et inconnue à un équipage plongé dans l’incompréhension et l’ignorance, Cameron va opposer les muscles et la technologie (toujours assez déficiente) aux nombres et à l’irrédentisme des xénomorphes qui se sont accaparés la station des colons. L’on y trouve bien sûr la figure féminine iconique propre à Cameron (et qui dépasse largement le personnage de Ripley héritière du premier volet) et qui est le ferment fondateur de tous ses films. Mais au-delà de toutes ces évidences que Aliens démontre quant au cinéma de Cameron, il est une chose qui m’a toujours particulièrement étonné dans ce film, c’est l’écriture très réussie des personnages secondaires : en l’espace de quelques scènes d’introduction qui n’ont l’air de rien, la narration arrive à nous faire connaître quasiment tous les noms de ces personnages avant la première moitié du film. Non seulement, cela requiert de la part de l’écriture mais aussi du montage une prouesse inhabituelle (pour un film qui compte pas moins de 12 personnages secondaires non négligeables), mais en plus cela sert la tension que le cinéaste veut provoquer avec son film.
Puisque Cameron abandonne l’idée de travailler sur la peur pour cette suite, et alors qu’il réalise une sorte de film de guerre aux pays des aliens, la proximité des liens qu’il aura tissés entre les spectateurs et sa galerie de personnages se révèlera payante dès lors qu’à la première moitié du film, quasiment les ¾ des personnages seront morts… Ainsi il laisse le spectateur sans repère, abandonné par tous ceux qu’il imaginait être ses protecteurs pour le restant du métrage. Le cinéaste provoque ainsi une déstabilisation du public qui sera ensuite ce sur quoi il passera son temps à s’appuyer pour créer une tension quasi tenue jusqu’à la fin du film : les survivants se réfugient pour se protéger dans la station – paf, le réacteur est en surchauffe et maintenant ils doivent lutter contre, outre les aliens, la montre ; ils ont pris le temps de tout barricader autour d’eux – paf, ses maudites bestioles passent par le toit ; ils arrivent à leur échapper (moyennant quelques pertes) – paf la petite fille est enlevée ; la navette arrive – paf hors de question de partir tout de suite, Ripley va aller la sauver ; elles viennent d’échapper in extremis à la reine des bestioles – paf la navette n’est plus là à les attendre ; pour finir, tout le monde a réussi à échapper aux aliens et à l’explosion nucléaire – paf cette maudite reine s’était cachée dans le train d’atterrissage de la navette…
Finalement, Aliens n’est qu’une succession habile de tensions dont la clé de résolution vient échapper au spectateur, pour lui proposer à la place une nouvelle tension. Pas étonnant dès lors que la version spéciale (celle regardée ici même) ne vienne qu’ajouter à l’exemplaire leçon de cinéma que donne Cameron en matière de rythme et de réalisation soutenue.

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