"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Trois semaines de films – du 9 au 29 juillet 2012

Posted by Axel de Velp sur 4 août 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Ah les vacances… ! Je réunis donc trois semaines de visionnages de film en un post pour me rattraper sur mon retard. Les vacances n’étant pas encore terminées (je ne m’en plains pas d’ailleurs), le rythme risque de continuer à ralentir encore un peu. Mais la diversité reste de mise pour un été 2012, qui réservera, je pense, plus de surprises sur le petit écran que le grand. Qu’importe, l’important c’est de s’enrichir visuellement, quel que soit la méthode. Profitez bien du beau temps, si vous en avez, et n’oubliez pas quand même de vous perdre dans un film ou deux, les vacances c’est aussi fait pour cela.

Lundi 9 juillet

Dark Shadows (réal. Tim Burton, 2012)

Avec Dark Shadows, on pourrait croire que Burton revient à ses premiers amours. Ambiance gothique et monstrueuse, romance impossible, personnages hauts en couleur, mise en scène baroque et kitsch en même temps, univers barré et fantastique mais séduisant et parfois amusant… Burton ne fait d’ailleurs pas que retrouver le chemin et les inspirations qu’il avait perdu (selon moi) avec La Planète des singes, Big Fish ou encore Alice ou Charlie et la chocolaterie, il sait aussi quelque peu se renouveler : Dark Shadows parle et met en scène le sexe comme rarement Burton ne l’aura fait auparavant. Le spectateur peut donc s’enthousiasmer face à ces annonces de retrouvailles, enrichies et augmentées, avec le cinéaste perdu en chemin. Seulement voilà, l’école buissonnière qu’a suivie Burton ces dernières années, n’avait pas fait que le détourner de ses thématiques et figures stylistiques, malheureusement elle a aussi émoussé son sens de l’écriture et de la mise en scène. Combien de personnages secondaires, attachants au demeurant, mais dont on aurait pu se passer dans ce dernier film, tellement ils sont peu travaillés ? Combien de lenteurs et de lourdeurs, y compris dans son renouvellement : la scène de « cul » entre Johnny Depp et Eva Green est à ce titre exemplaire, excellente idée, bien mise en scène, drôle et irrévérencieuse, elle est malencontreusement bien trop longue et répétitive… Et cette dégradation se retrouve dans la mise en scène : la scène du bal (avec la présence anachronique, de par son étrangeté, d’Alice Cooper à l’âge qu’il a aujourd’hui replacé dans les années 70, alors même que le film ne propose aucune lecture de l’idée de la star de rock’n’roll comme icône immortelle), cette scène est d’une mollesse accablante et la caméra a du mal à décoller des plans classiques d’un filmage de mauvais concert, même pas digne d’un live de MTV ! Au final, Tim Burton nous propose quelque chose de plus « Burtonien » que ses dernières œuvres mais aussi moins achevé, plus mou. Le film confirme une chose que j’ai toujours pensée le concernant : Burton est moins un cinéaste qu’un conteur…

Mercredi 11 juillet

Les Lyonnais (réal. Olivier Marchal, 2011)

Ancien flic, Olivier Marchal a toujours su donner à ses films un ton naturaliste, pour ne pas dire réaliste, aux ambiances de films de flics qu’ils dépeignent. Mais avec Les Lyonnais, le cœur du sujet change de camp et les flics ne sont plus le centre de l’histoire mais bien au contraire les voyous. Et là, malgré l’inspiration directe du livre « autobiographique » de Edmond Vidal, on ne peut pas dire que Marchal s’en tire avec autant d’efficacité que pour ses précédents films. Si Gangsters reste à mes yeux son film le plus réussi, Les Lyonnais n’en demeure pas moins un film de qualité, avec quelques scènes très bien emmenées et un casting intelligent. Le problème vient plus de la crédibilité de cette vieille rengaine d’une forme d’honneur ou de code qui régirait la mafia (quelle  qu’elle soit) : miroir aux alouettes des scénaristes de films et de romans policiers, tentative de réécriture de la vérité par ceux qui l’ont vécue, aujourd’hui il reste difficile de faire croire un instant que le milieu de la pègre ait jamais fonctionné ainsi. Cependant, le film travaille aussi bien le mythe que le réalisme et cette conjonction d’opposés donne dans l’ensemble un très bon résultat (d’autres avant Marchal s’y étaient aussi frottés, pour certains avec succès). Alors pour le plaisir de retrouver du polar français de qualité avec un casting bien choisi, pour une modernité de la mise en scène, qui ne cède en rien au trop spectaculaire, je ne saurai que trop conseiller ce film qui, pour les amateurs de polar, ne sera pas une déception, sans pour autant être la révélation de l’année.

Samedi 14 juillet

Le Château de Cagliostro (réal. Hayao Miyazaki, 1979)

Deuxième long métrage issu de la série télévisée Lupin III, elle-même adaptée du manga éponyme de KATÔ Kazuhiko, le film fut réalisé par Miyazaki pour ce qui fut sa première expérience de réalisateur de long métrage d’animation. Dans cette œuvre de commande, répondant aux exigences d’une bible scénaristique très arrêtée (comme souvent pour les longs métrages adaptés d’anime ou de manga), on peut déjà sentir poindre les particularismes de Miyazaki qui se développeront lors de sa future carrière : les inspirations internationales (qui ne manquaient pas cela dit dans la série puisque le héros est censé être le petit-fils d’Arsène Lupin) dont la plus emblématique est certainement dans le design du château lui-même dont nombre d’éléments esthétiques et architecturaux ne sont pas sans rappeler le château du Roi et L’Oiseau de Paul Grimault. Le film suit un rythme très nerveux pendant ses 100 minutes, les rebondissements sont légions, là encore dans une parenté évidente à la série, mais sans que jamais cela ne soit ridicule. L’intelligence de l’écriture d’ailleurs revient à petit à petit faire comprendre la place de chaque rebondissement par des indices préalables à leur avènement. La fin digne d’une « catastrophe naturelle » et la valeur non-pécuniaire du trésor des Cagliostro annoncent déjà les opinions environnementales de Miyazaki qui seront plus explicitement démontrées dans ses films suivants : Nausicaä, Le Château dans le Ciel, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke, etc. Le film est réalisé avec beaucoup d’audace visuelle et plusieurs séquences sont de petits bijoux d’animation, encore aujourd’hui (mention spéciale à la poursuite en voiture au début du film). Qui plus-est le film est bourré d’humour et comme souvent dans ce type de production, plusieurs niveaux de lecture permettent aux petits comme aux grands de savourer le film.

Dimanche 15 juillet

Zarafa (réal. Rémi Bezançon & Jean-Christophe Lie, 2011)

Rattrapage un peu tardif pour ce film, mais la bande-annonce m’avait à tort un peu refroidi, alors qu’en réalité le film est un petit bijou. Histoire sympathique, intelligente et bien rythmée, dessins fins, travaillés et bénéficiant d’un style bien identifié, qui donne à l’œuvre une cohérence esthétique forte, animation de qualité avec quelques scènes très impressionnantes, Zarafa est un film à découvrir pour les petits, mais aussi pour les grands. Les différents niveaux de lecture du scénario donnent à chacun matière à réflexion et à se divertir. Le film ne s’éternise pas non plus et alternent agréablement les scènes sérieuses, voire dramatiques, avec des séquences plus légères, voire hilarantes… Zarafa est l’exemple même de film français d’animation sans grande ambition, du moins sans grande opération marketing, mais qui démontre le savoir narratif, esthétique et technique de grande qualité, qui remonte jusqu’au Roi et l’Oiseau de Grimault et plus loin encore…

Toy Story 3 (réal. Lee Unkrich, 2010)

Décidément ce fut la semaine de l’animation. Que dire de ce troisième opus de la série la plus célèbre de Pixar ? Malgré la réputation déclinante du studio (certains de leurs derniers films sont quand même un cran en-dessous des précédents), malgré les nombreuses années écoulées entre cet opus et le précédent, malgré les inquiétudes qu’une telle suite pouvait soulever, il faut bien admettre que Pixar nous surprend une fois encore. D’abord, techniquement le film est une perle d’animation en images de synthèses. Le rendu des matières, textures, couleurs, est certainement l’un des plus aboutis de tous les films d’animation 3D (je ne parle pas ici de 3D Relief bien sûr), de même pour leurs mouvements. Ensuite l’intelligence du scénario, d’avoir su faire mûrir autant ses personnages que son public, est une trouvaille qui permet à tout un chacun d’y trouver son compte. De plus, comme souvent chez Pixar, le film est rempli d’humour, de tolérance, et de bonnes intentions, sans que jamais cela verse dans la mièvrerie. Que l’on soit petit ou grand, le film sait parfaitement aller nous chercher, pour nous attendrir, nous faire rire. Qui plus-est le film sait faire appel à notre culture cinématographique, le film étant rempli de clins d’œil cinéphiliques comme c’est l’habitude chez Pixar. Au final, le film clôt avec brio une trilogie du cinéma d’animation moderne et nous donne l’espoir que Pixar soit capable de se reprendre à l’avenir.

Death Race 2 (réal. Roel Reiné, 2010)

Suite à ma redécouverte du premier volet de la série par Paul W. S. Anderson, et sur les conseils d’un ami, j’ai voulu approfondir cet univers en regardant ce direct-to-video, ou DTV, (y compris aux Etats-Unis). Force est de constater que l’univers du film est bien développé (ce deuxième volet propose de voir comment la Death Race a été créée) et donne une ampleur au scénario, classique (par moments même un peu trop attendu) mais efficace dans le genre ; la présence d’Anderson en production n’y est certainement pas pour rien. Pour ce qui est du casting, bien que l’absence d’un acteur à la hauteur de Jason Statham soit un vrai manque, le reste du casting s’en tire bien. La mise en scène est globalement très moyenne, voire médiocre par moments, mais quelques scènes viennent véritablement racheter le film dans son entier. Je ne dirai pas que le film est un must-see (loin de là, même), mais si le premier film vous avait plu et que vous n’êtes pas contre un bon film de série B de temps à autre, alors il ne faut pas hésiter à vous plonger dans les joies et les violences de ce DTV fort sympathique…

Lundi 16 juillet

Les Trois Mousquetaires (réal. Paul W. S. Anderson, 2011)

On enchaîne avec le dernier film d’Anderson. Toujours dans la série B à grand spectacle, le film revient sur cette histoire très connue des Trois Mousquetaires, mais avec un environnement à la steampunk avant l’âge. Navires volants, appareillages sophistiqués, le film sort volontairement de la représentation médiévale classique pour coller à un modernisme visuel finalement assez réussi. Comme toujours chez Anderson, la mise en scène est de très bonne facture, rythmée, inventive et au service de l’action. Pour ce qui est du scénario, on a là quelque chose de pas très novateur, voire même par moments ennuyeux. Le casting fait ce qu’il peut (parfois très bien comme Christoph Waltz) mais souvent il est à la limite du correct (le très mou d’Artagnan en est l’exemple parfait). Encore une fois, Anderson signe un film efficace d’action, dans une ambiance relativement originale, mais peine cela dit à se montrer à la hauteur de premières, voire ses dernières productions. N’ayant pas vu le film en 3D Relief, je ne me prononcerai que sur ce qui semblait évident comme effets et qui paraissait exploiter essentiellement les effets de surprise et de « flêches vers le spectateur », à l’exception d’une ouverture du film en images de synthèses, très appréciables déjà en 2D et qui devait l’être encore plus en Relief…

Mardi 17 juillet

John Carter (réal. Andrew Stanton, 2012)

Réalisé par un cinéaste tout droit venu de l’animation (1001 pattes, Le Monde de Némo, Wall-E), John Carter est une adaptation des œuvres du romancier américain de fantastique et de science-fiction, Edgar Rice Burroughs. Si l’on peut reprocher au film son côté Disney (et pour cause puisque le film est produit par la société de Mickey) – costumes flashys et kitsch, décors par moments en carton-pâte, mièvrerie consommée pour certains aspects du scénario – le film n’en demeure pas moins une agréable surprise, surtout quand on repense à la campagne marketing qui l’avait entouré. Bien moins simplet qu’il ne pouvait paraître, le film prend le temps de bien exposer les enjeux de chaque faction martienne face à laquelle Carter va devoir survivre. Les effets spéciaux sont assez réussis et finalement, porté par une mise en scène classique mais redoutablement efficace, le film nous entraîne dans cette épopée martienne avec facilité et plaisir. On regrettera un casting un peu en demi-teinte, particulièrement le rôle principal qui malheureusement peine à nous convaincre, alors que le film repose largement sur ses épaules.

Jeudi 19 juillet

Moneyball (réal. Bennett Miller, 2011)

Réalisé par le cinéaste qui nous avait donné Truman Capote (avec l’excellent Philip Seymour Hoffman), Le Stratège (Moneyball dans son titre original) raconte l’épisode récent qui secoua le monde du baseball aux Etats-Unis. Moins un film de sport qu’un film sur le monde qui gravite autour d’un sport, peu connu hors des USA, Moneyball est avant tout un film sur la détermination d’un homme à changer son destin et celui de son équipe. Bien écrit, prenant, même quand on ne connaît rien au baseball, le film déploie une énergie calme et lente, portée par des comédiens efficaces et habités par leurs personnages. Qu’il s’agisse de Brad Pitt, Jonah Hill, ou dans des rôles plus secondaires Robin Wright et Philip Seymour Hoffman, le casting est réussi. Le film, classique dans sa forme, reste correct sur la mise en scène, la caméra est posée et laisse le temps aux comédiens de déployer tout leur art. Reste alors un film mineur sur un sujet peu populaire hors de son pays, mais qui a le mérite de parler des hommes qui gèrent ce sport et le font (ou pas) évoluer…

Vendredi 27 juillet

La Vie sans principe (réal. Johnnie TO, 2011)

Réalisateur de plus d’une cinquantaine de films, Johnnie TO est certainement l’un des cinéastes hongkongais les plus prolifiques de cette génération. Du polar à la comédie romantique ou loufoque, TO est un touche-à-tout talentueux, dont les enjeux scénaristiques sont toujours à la hauteur de ses recherches formelles en matière de mise en scène et de jeux de caméra. Qu’il soit question de remettre en question la manière dont le cinéma de Hong-Kong a filmé l’action avec The Mission, Running out of Time ou Breaking News (pour ne citer que ceux-là), de considérer la question des triades (la mafia chinoise) avec les deux Election, ou encore de s’intéresser aux mésaventures d’un moine repenti (Running on Karma) ou d’un couple de cambrioleurs (Yesterday Once More), TO a toujours à cœur de s’intéresser autant à la psychologie de ses personnages qu’à leurs actions et conséquences. Avec La Vie sans principe, le cinéaste s’intéresse aux effets de la crise financière sur la vie de gens plus ou moins ordinaires : un flic, une banquière et un voyou. L’objectif est de montrer comment l’appât du gain a pu, ou su, transformer la morale de vie des habitants de Hong-Kong. Alternant scènes d’une rare intelligence dans l’écriture dramatique des tensions dévoilées par cette crise et des scènes plus légères où l’humour est omniprésent (figure de style propre à TO), le cinéaste ne laisse jamais la caméra supplanter le jeu des comédiens, lui pourtant virtuose des mouvements de mise en scène. Il utilise sa capacité à étirer les plans pour laisser les comédiens évoluer, tout en hésitant pas à accentuer le rythme quand la narration le suggère, en s’appuyant sur une bande originale dont la mélodie en boucle est plus hypnotisant qu’entêtante…

Samedi 28 juillet

The Dark Knight Rises (réal. Christopher Nolan, 2012)

Que dire sur ce ratage complet ? Même si Nolan n’est pas un de mes réalisateurs préférés (bien loin de là même), je dois reconnaître que chaque tentative du cinéaste de confirmer son statut de chouchou de Hollywood me donne envie de revoir mon jugement. Je n’ai jamais boudé mon plaisir potentiel et, mise à part Le Prestige, j’ai toujours pris le temps d’aller voir en salles les films du réalisateur. Les deux premiers Batman m’avaient déçu, pour des raisons différentes chacun, mais ce troisième volet cumule les erreurs des deux précédents. Absence totale de dimension fantastique (manquement inacceptable à mes yeux en ce qui concerne le vengeur masqué), écriture brouillonne manquant cruellement de profondeur (les « mois » écoulés sous le règne de Bane n’ont aucune valeur dans le film), personnages secondaires faisant plus de la cameo qu’autre chose (à l’exception peut-être du personnage de Robin) ou bien la complète dédramatisation de la figure du méchant (la mort de Bane est complètement éclipsée dans un plan rapide et confus, alors que celle de Miranda est sur-jouée et sur-dramatisée, aux antipodes de ce que fut l’attention apportée à chacun d’entre eux dans le film). Que dire du ridicule de l’anonymat de Batman dans cet opus, où le moindre péquin peut connaître la double identité de Wayne. Mais le pire reste à mon sens l’écueil éternel des films de Nolan, son incapacité à filmer correctement une scène d’action. Que l’on regarde la course poursuite en voiture ou les combats de rue entre flics et « voyous-rebelles », tout cela est toujours aussi confus, peu rythmé, manquant cruellement de naturalisme d’un côté ou alors de souffle épique de l’autre. La caméra est souvent mal posée ou mal cadrée, le montage pas assez nerveux ou inventif et dans la scène de combat final entre Bane et Batman, quelques grossières erreurs de montage sont venus me piquer les yeux. De plus, la critique sociale du film d’une certaine forme de capitalisme sauvage (le braquage de Wall Street) est finalement évacuée comme un acte de pure piraterie financière, Nolan passant complètement à mon sens sur ce sujet potentiel. Ce troisième opus était l’occasion de pointer la toujours très ambiguë position de Batman quant à la liberté et l’ordre dans la société, faisant de lui selon les premiers comics de Bob Kane, un personnage oscillant entre le Bien et le Mal, l’Ordre et le Chaos (plus encore que la plupart des autres super-héros). Ici, il n’en est point question, Batman est soit un opportuniste vieillissant, soit un bras armé d’une certaine Justice, qui ne rend de compte à personne, au service de l’Ordre et de la Morale… Il serait opportun de considérer à quel point les films de Nolan sont des films conservateurs, voire réactionnaires, mais là c’est un pas que je n’oserai franchir ici et que peut-être un jour je creuserai, dans un post spécifiquement dédié à cette question.

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Deux semaines de films – du 18 juin au 1er juillet 2012

Posted by Axel de Velp sur 5 juillet 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Si la première des deux semaines critiquées ici fut chargée en « matériau », on ne peut pas en dire autant de la seconde, d’où l’idée de les réunir pour la publication. Finalement, en l’espace de 14 jours, je me serai baladé de films en films sur des cinématographies très variées tant par leur nationalité que par leur genre. Je vous laisse le soin de découvrir cette balade, qui va du film d’espionnage au film social anglais, en passant par les comédies potaches françaises et US, le film d’auteur mexicain et l’animation nippone !

Lundi 18 juin

L’Affaire Rachel Singer (réal. John Madden, 2010)

Remake d’un film israélien de 2007, Ha-Hov, de Assaf Bernstein, The Debt raconte comment 3 agents du Mossad, Rachel, David et Stephan, en mission en Allemagne de l’Est dans les années 60, vont tenter d’exfiltrer, après l’avoir enlevé, un ancien nazi, le « chirurgien de Birkenau » (surnom qui a été donné dans la réalité à Mengele »). 30 années plus tard, les protagonistes sont de nouveau confrontés à ce passé périlleux, dont le secret le plus retentissant n’appartient qu’à eux. Même si assez rapidement on peut se douter du secret de polichinelle que cache le récit, il faut avouer que le récit en flash-back est assez intelligemment mené, par le biais d’une narration limpide et bien structurée. On se trouve là devant un film d’espionnage assez classique, mais efficace. Je ne me prononcerai pas sur ses qualités ou ses défauts de remake, n’ayant pas vu l’original, mais au vu des articules publiés ici ou là sur la Toile, il semblerait que le film US mette plus l’accent sur le triangle amoureux entre les 3 agents que le film israélien, ainsi que sur quelques rares scènes d’action, dont une plutôt réussie (l’échec de l’exfiltration) et une autre assez ratée (la bagarre dans l’asile à la fin du film). Finalement, la mise en scène plate mais conventionnelle, le jeu des comédiens là aussi très attendu mais sans fausses notes, donne un film une efficacité et une facture de qualité. Pas inoubliable, The Debt permet néanmoins de renouer avec plaisir avec un cinéma d’espionnage, que les américains ont eu tendance à négliger cette dernière décennie, mais qui semble revenir en force depuis un ou deux ans.

Mercredi 20 juin

Le Filet (réal. Emilio Fernandez, 1953)

Réalisé par l’un grands noms du cinéma mexicain de la seconde moitié du XXème siècle, Le Filet est un film qui narre la vie à trois de deux brigands et de la femme de l’un d’entre eux (ancienne amante du second), vivant en reclus au bord de la plage, sur les falaises, survivant grâce aux poissons et aux éponges, qu’ils vendent sur le marché du village voisin. Film assez avare en dialogues, une grande partie des enjeux du triangle amoureux se situent dans le jeu tout en gestes, regards et attitudes des comédiens. Appuyé par une mise en scène classique (dont l’usage d’éléments de premier plan, comme perturbateur de la lecture du cadre, sont autant de clins d’œil à un Von Sternberg, pour ne citer que lui), le montage est d’une rare efficacité tant il sait appeler d’un plan à l’autre les enchaînements que la narration du récit imposent. Cependant, le film repose avant tout sur la présence ensorcelante de son actrice principale et de sa plastique envoutante (le cinéaste ne s’y est d’ailleurs pas trompé, puisqu’elle passe près des ¾ du film dans des tenues suggestives ou la mettant en valeur plus que de nécessaire ou de réaliste). Pour finir, le film, et son histoire somme toute banale, est également sublimé par une photographie magnifique, qui rend parfaitement justice à cette côte mexicaine, faîte de jungles éparses, de falaises rocheuses et peu arborées, de plages aux vagues incessantes, dont le ressac scande le passage lent des heures du jour. Seul élément du récit qui sort quelque peu du schéma habituel auquel on peut être habitué pour ce genre de films : la protection offerte par la ville aux brigands en cavale, réfugiés près de la mer, est le signe profond d’une méfiance du Mexique populaire et rural face à son État et le gouvernement et les instances qui le représentent (en particulier la police fédérale).

Jeudi 21 juin

The Dictator (réal. Larry Charles, 2012)

Sacha Baron Cohen fait certainement partie des grands comiques américains apparus ces 15 dernières années : l’acteur est excellent (revoir le dernier Scorsese sur ce point pour le comprendre) et les déploiements comiques qui sont les siens sont toujours assez osés. Si je n’ai pas encore vu Brüno (mais je vais vite me rattraper), Borat en revanche m’avait laissé une impression mitigée, mais globalement positive. Quelques séquences (comme celle qui se déroule dans une église protestante fondamentaliste si je me souviens bien) en rattrapaient largement d’autres. Par des effets comiques s’appuyant sur les principes de l’excessif, de l’outrage ou de l’opposition à la bienséance et le politiquement correct, Baron Cohen nous force à regarder nos propres travers et à nous remettre en question sur nos excès de bonne volonté ou de bons sentiments. Mais avec The Dictator, il nous force aussi à être critique sur les excès inverses : à trop vouloir parfois s’affranchir d’une « bien-pensance », cela nous pousserait à oublier les raisons de tel ou tel contrat social aujourd’hui établi. Il en va ainsi dans The Dictator, lorsqu’il est très évident pour lui que c’est l’environnement qui détermine l’homme (jusqu’à un certain point). Là aussi le film passe d’une scène comique à l’autre, mais avec une intelligence du « liant » scénaristique et narratif bien plus réussi que ça ne l’était dans Borat. Le film joue également très bien de son image et de tout l’environnement qu’il a su créer autour, qui en font à la fois un élément subversif et en même temps une énorme machine de marketing très bien huilée… C’est la force du cinéma de Baron Cohen : savoir remettre en causes les autres et jusqu’à soi-même. Se montrer comme l’étape ultime du travail de dérision, auquel rien ne doit échapper, pas même la dérision en propre.

Vendredi 22 juin

Adieu Berthe, l’enterrement de Mémé (réal. Bruno Podalydès, 2012)

Pour moi Denis Podalydès est l’un des plus grands acteurs français de ces vingt dernières années. Avec d’autres, comme Jean-Pierre Darroussin par exemple, il propose une présence, une subtilité différente de l’ancienne garde d’acteurs français. Chez lui, c’est un jeu, hérité du théâtre, mais affranchi des limites des planches et de la scène, et qui sait allier sophistication et naturel immédiat. En tandem avec son frère, ils ont proposé des films de qualité variée mais toujours d’une intelligence délicate et spontanée, même quand ils adaptent Gaston Leroux. Avec Adieu Berthe, les frères Podalydès nous proposent de réfléchir sur des sujets sérieux (la mort, la séparation, l’adultère, l’indépendance), au travers de personnages loufoques et un peu barrés, à tout le moins paumés. Le film aborde ces questions sérieuses avec beaucoup d’humour, tant dans les dialogues que dans les situations comiques, et ce qui fait le lien entre tout cela, c’est une touche de poésie, incarnée par la référence constante à la magie. La réalisation comme souvent chez Bruno Podalydès n’est pas sans efficacité avec un certain classicisme, cependant quelques scènes viennent donner un léger grain de folie visuelle. Il ne faut cependant pas se leurrer, il s’agit là avant tout d’un cinéma centré sur le récit et la narration, par le biais des dialogues et du jeu des comédiens, et dans ce genre-là, il faut reconnaître que le film est une réussite complète. Je ne saurai que trop le conseiller…

La Vérité si je mens ! 3 (réal. Thomas Gilou, 2011)

Si je reconnais que les deux premiers opus étaient disposés à me faire rire, le plus souvent de bon cœur, je ne peux pas en dire autant de ce troisième volet. J’ai pu sourire à l’occasion, peut-être même rigoler franchement sur une ou deux scènes, mais ça s’arrête là. On sent les acteurs fatigués par des accents et des situations comiques qui se répètent. La réalisation est peu inspirée, parfois même bancale et supporte mal quelques grossières erreurs de montage. Mais ce qui est sûrement le plus désagréable c’est l’indécence de valeurs du film et l’ignorance de la réalité sociale de la France d’aujourd’hui dans laquelle baigne le film. Il est des comiques dont il ne faut pas rire à certains moments, quand bien même je pense que l’on peut rire de tout, encore faut-il savoir comment on doit le faire. Les années écoulées entre le deuxième et le troisième film ont changé certaines donnes. Le « bling-bling » ne fait plus rire ou fantasmer de la même façon qu’avant et même dans l’idée qu’il faudrait proposer au spectateur morose une évasion de sa triste réalité, la mise en scène de cette évasion ne fait pas vraiment rêver…

Samedi 23 juin

Romeo + Juliet (réal. Baz Luhrmann, 1996)

Près de quinze après sa sortie, le film de Luhrmann garde sa force toute particulière. Vidéoclip version longue pour les uns (dont je ne fais pas partie), sublime adaptation post-moderne de la pièce de Shakespeare (mon opinion bien entendu), il n’en demeure pas moins, quelque soit le côté vers lequel on penche, qu’il faut saluer dans la démarche de Luhrmann deux éléments qui ne peuvent que rendre l’entreprise singulière : premièrement le choix de coller au texte le plus possible, non pas dans la coupe de certaines scènes ou répliques, mais surtout dans le texte lui-même, ce phrasé si particulier de l’anglais de l’époque. Deuxièmement, le choix de placer ce texte dans un environnement qui lui semble étranger : une version moderne de Verona, à mi-chemin entre la ville californienne décadente et la cité balnéaire mexicaine, en proie à la fureur des armes et des gangs. Pour le moi, le charme opère : réalisation survoltée mais toujours à propos, esthétique kitsch en parfaite harmonie avec le décalage entre la « mise en place » et le texte d’origine, bande originale choisie avec une maestria digne d’un Tarantino ou d’un Kubrick dans leur genre et jusqu’au casting qui malgré beaucoup de seconds rôles à peine effleurés (les parents de Romeo, le Prince et d’autres) est d’une intelligence et d’une qualité rarement atteinte sur l’ensemble des rôles. Reste au final également la révélation de deux jeunes comédiens, DiCaprio et Danes qui livre ici un jeu total, d’une rare finesse et d’une juste emphase, jeu qui n’est jamais éclipsée par la mise en scène faste et halluciné de Luhrmann.

L’Étrange Noël de Monsieur Jack (réal. Henry Selick, 1993)

Pour des questions familiales (qui seront reproduites ci-dessous avec L’Ours), j’ai vu ce film en VF pour la première fois. Alors que je ne l’avais jamais vu autrement qu’en VO (j’ai découvert ce film en trailer sur une VHS importée d’Angleterre de Reservoir Dogs et lorsque je le vis pour la première fois, ce fut sur un support identique), je me suis rendu compte de deux choses : la première, c’est la force des textes d’Elfman inspiré par le scénario de Burton, McDowell et Thompson, qui malgré une traduction, reste entière. La seconde c’est la capacité de Burton à avoir créé un imaginaire à partir de contes, légendes et folklores, qui capte l’attention, met le spectateur en terrain connu, tout en lui ménageant de constantes surprises. Alors il ne faut pas oublier que la réalisation n’est pas de Burton, mais de Selick, dont la suite de la carrière (James et la pêche géante, Coraline) prouvera bien qu’il ne fut pas qu’un tâcheron à la solde de Burton sur le film, bien au contraire. La qualité de l’animation image par image est exemplaire et colle parfaitement aux chansons d’Elfman, qui prête d’ailleurs sa voix dans la version originale. La mise en scène est assez élégante et par moment très enlevée, le rythme du film ne s’essouffle jamais et sait toujours rebondir d’une situation à une autre.

Dimanche 24 juin

L’Ours (réal. Jean-Jacques Annaud, 1988)

Je n’avais pas revu ce film depuis ma tendre enfance et le redécouvrir en Blu-ray fut un vrai plaisir. J’avais le souvenir d’images marquantes et en effet la photographie (mais comme souvent chez Annaud) est magnifique et rend parfaitement justice à la montagne et aux animaux. L’intelligence du scénario réside dans sa capacité à nous faire comprendre les impératifs de l’ourson et de son « père adoptif », uniquement par le biais du montage et de l’excellent dressage des bêtes. Les séquences de rêves de l’ourson sont amusantes et le parti pris d’une animation image par image (réalisée par un spécialiste tchèque Bretislav Pojar) est un choix pertinent afin de créer une frontière entre les deux niveaux de récit, en particulier pour faire comprendre facilement à des enfants (public premier du film) le passage de l’un à l’autre. L’émotion que le film dégage est du aussi en partie au jeu des comédiens, en particulier Tchéky Karyo, qui trouve ici certainement l’un de ses meilleurs rôles. La narration ne fait preuve d’aucune erreur de rythme et le film se déroule implacablement jusqu’à sa fin, un peu idyllique mais ô combien positive. Le regarder reste donc une expérience visuelle et émotive très forte, autant pour les plus jeunes que les plus âgés…

Millenium Actress (réal. KON Satoshi, 2001)

Réalisateur de 4 films et d’une série télévisée (il a bien entendu participé à beaucoup d’autres productions animées que juste celles-là), KON Satoshi nous a quitté bien trop tôt pour que son œuvre semble achevée. En effet, le réalisateur de Perfect Blue, Millenium Actress, Tokyo Godfathers, Paprika et Paranoïa Agent, semblait vouloir toujours se faire télescoper réalité et monde imaginaire ou virtuel, fantasmé ou marginal. Dans Millenium Actress, il rend un hommage vibrant au cinéma japonais depuis les années d’avant-guerre jusqu’aux années 70, par le biais d’une histoire d’amour impossible et mythifiée par sa protagoniste principale. Si la narration est complexe, c’est parce que KON souhaite que le spectateur se perde dans la mémoire de cette actrice, dont le passage du temps a mélangé ses souvenirs avec les fantasmes de ses retrouvailles avec un homme qu’elle avait protégé de la police secrète japonaise. On passe de la réalité d’un plateau de tournage à celle d’un film de sabre ou bien à celle d’un drame romantique. Le saut qualitatif d’une image virtuelle ou fantasmée à celle qui dépeint une réalité (que celle ci soit souvenir ou le présent en train de se dérouler) se fait sans aucun problème, à la fois parce que le montage le permet (dans la résolution du passage dans la coupe d’un champ/contre-champ par exemple), mais surtout parce qu’il n’y pas de différence d’image dans le dessin lui-même (à l’exception d’une séquence qui montrerait un récit « en accéléré » des films tournés par la comédienne). C’est là une des grandes forces de l’animation. Le dessin d’une scène de réalité a la même « valeur » visuelle que celui d’une scène de souvenir, de fantasme ou d’imaginaire. Cela KON l’avait parfaitement compris et il n’est pas étonnant que dans tous ses films et projets, l’animation serve avant tout un propos sur le mélange des niveaux de réalité et de perception du monde de la part de ses personnages mais finalement aussi du spectateur. Le mélange entre rêve, récit, réalité, imaginaire, est le grand propos de l’œuvre du cinéaste de Paprika. Avec Millenium Actress, il y mêle un hommage appuyé au cinéma (japonais plus particulièrement), accompagnée d’une histoire d’amour contrarié aux accents lyriques.

Mercredi 27 juin

My Name is Hallam Foe (réal. David McKenzie, 2007)

Quatrième long métrage du réalisateur anglais (qui en compte aujourd’hui sept à son actif), My Name is Hallam Foe narre les mésaventures d’un jeune homme perturbé par la mort de sa mère (dont il imagine sa belle-mère coupable) et qui va décider de fuguer de chez son père et de vivre par lui-même dans la capitale écossaise. Il va y rencontrer une jeune fille qui ressemble étrangement à sa mère dans sa jeunesse et va progressivement tomber amoureux d’elle. Si l’histoire d’amour raté que le film met en scène n’est pas particulièrement originale (sauf peut-être son dénouement qui évite au film d’être trop marqué par la tendance habituelle anglo-saxonne au happy ending), son environnement l’est déjà plus. En effet, le personnage, incarné par l’excellent Jamie Bell (Billy Elliot, King Kong, La Mémoire de nos pères), est un voyeur obsessionnel et  légèrement paranoïaque, en plus d’être gravement perturbé par la mort de sa mère, au point de sombrer dans une folie meurtrière. Cette écriture intéressante et complexe du personnage central du film, si elle plaide en faveur d’une certaine recherche de complexité dramatique, a malheureusement pour effet secondaire d’empêcher une identification facile au héros du film. Le spectateur oscille entre empathie et dégoût. Cela étant l’ensemble des personnages ne sont pas des enfants de chœur, y compris l’héroïne, et permet de fondre le personnage principal dans une masse à laquelle il semble plus ou moins bien appartenir. Le jeu des comédiens est pour beaucoup dans la qualité du film (la présence de Ciaran Hinds dans un rôle secondaire tardif est un vrai plaisir), car la mise en scène ne brille pas par son inventivité ou même son efficacité. Cela dit, elle n’est pas pour autant médiocre et fait le nécessaire, voire un peu plus si l’on ne s’arrête qu’à la photographie qui a le mérite d’être particulièrement réussie et rend un très bel hommage aux couleurs urbaines et campagnardes d’une Écosse, que l’on aperçoit que trop rarement sur nos écrans français…

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Une semaine de films – du 5 au 11 mars 2012

Posted by Axel de Velp sur 12 mars 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Lundi 5 mars

Sweeney Todd (réal. Tim Burton, 2007)

Disons le franchement depuis Mars Attacks et Sleepy Hollow, Burton n’avait pas cessé de me décevoir. Son dernier film, Alice, confirmait avec fracas cette perte de vitesse d’un cinéaste qui ne fait que ressasser ses thématiques habituelles sans leur donner un nouveau souffle ou une nouvelle envergure. On est loin du renouvellement stupéfiant d’un Cronenberg, ou même la recherche active d’un Eastwood ou d’un Scorsese (au risque de quelques écueils). Burton fait du Burton, ne se renouvelle pas et arrive, en plus, à faire moins bien qu’avant, en gros à se parodier lui-même. C’est dans cet état d’esprit que j’avais accueilli la sortie de Sweeney Todd et j’avais donc écarté le film, à la fois par fainéantise de devoir remettre sur le couvert une recette que j’imaginais connaître d’avance, mais aussi par tristesse de constater une fois de plus le déclin de ce cinéaste dont les premiers films restent encore très chers à mon cœur. Soyons franc, je me suis trompé pour ce film. L’adaptation de l’œuvre de Stephen Sondheim et Hugh Wheeler est un film particulièrement riche, prenant et réussi. Alors comment se fait-il que Burton arrive à nous donner un film aussi abouti alors que ceux qui l’entourent ne sont qu’une pâle imitation de ses précédents succès ? La réponse est dans la question. Sweeney Todd n’est pas une imitation d’un motif précédent. Bien sûr, le film travaille des figures esthétiques et narratives proches du cinéaste, mais l’enrobage de tout cela, le sujet, le traitement (un musical), viennent d’ailleurs. Sondheim est un des auteurs de musical les plus réputés aux Etats-Unis et la pièce éponyme du film, l’une de ses œuvres les plus célèbres. Burton a su choisir un sujet qui lui correspondait, une adaptation à sa mesure et ce choix de Sweeney Todd, il l’avait déjà fait depuis la fin des années 80, mais il n’avait jamais pu le concrétiser jusqu’alors. Alors la richesse du scénario, la profondeur des personnages, la beauté des dialogues, le potentiel du background, tout cela vient du musical, pas de Burton. Mais il est indéniable qu’en se laissant structurer et guider par une source extérieure à son imaginaire propre (mais en relation étroite avec lui), le cinéaste a su retrouver sa force et sa verve d’antan. Le travail sur les costumes, les décors, la photo, montre une réelle implication de la part du réalisateur de s’emparer de son sujet, de le faire sien. Son choix d’accentuer le côté gore de la pièce prouve également qu’il a su se poser les bonnes questions liées à l’adaptation et des forces respectives de la scène et de l’écran. Le choix de Burton de se concentrer sur le duo Depp-Carter (et de reléguer au second plan la romance entre la fille de Todd et le jeune homme) est payant car il concentre ainsi les enjeux dramatiques de la pièce et lui donne l’occasion de travailler plus en profondeur les espaces et les thèmes abordés par ce duo. La mise en scène n’est pas oubliée : elle est inspirée et le dynamisme des mouvements de caméra, en particulier dans l’atelier de Sweeney, épouse avec force et douceur (selon les situations) l’esprit de revanche ou de mélancolie, qui baignent les chansons et le jeu des comédiens. Là aussi, Johnny Depp et Helena Bonham Carter trouve un registre familier mais néanmoins suffisamment différent pour y renouveler leur art. Depp est à cent lieux de l’interprétation excessivement bouffonne et outrancière du Chapelier Fou dans Alice, nous rappelant qu’il est certainement l’un des plus grands acteur américains en exercice actuellement, tant il est capable de transformations et de prouesses diverses et variées.

Mardi 6 mars

Jeu d’espion (réal. David WU Dai-Wai, 1990)

Comédie déjantée de Hong Kong, produite par Tsui Hark, Jeu d’espion est une vraie partie de plaisir, du moment qu’on ne pense pas un instant à prendre le film au sérieux. Mélangeant comédie romantique et film d’espionnage, avec une pincée d’exotisme (une japonaise perdue dans Hong Kong), le film multiplie les scènes comiques avec un rythme effréné, sans pour autant négliger la mièvrerie si caractéristique des comédies HK de cette époque-là. Alors, à condition de prendre le recul nécessaire, on s’amuse vraiment devant ce film : la scène de la chanson « Happy Birthday Sweet Sixteen » est certainement l’une des plus réussies. La réalisation fait l’affaire, sans plus malheureusement, et l’on est bien obligé de remarquer que les productions Tsui Hark ont été plus inspirées. David WU est bien meilleur monteur (la trilogie Syndicat du Crime, Une balle dans la tête, A toute épreuve, Le Pacte des loups, pour ne citer qu’eux…) qu’il n’est réalisateur. Cependant, il ne faut pas oublier que sur les films de cette époque, sortant de la société Film Workshop, Tsui Hark n’était jamais bien loin de diriger lui-même les opérations, la déception n’en est donc que plus grande !

Mercredi 7 mars

Le Silence des agneaux (réal. Jonathan Demme, 1990)

Avec Manhunter de Michael Mann, Le Silence des agneaux reste certainement l’une des meilleures adaptations de l’œuvre de Thomas Harris. Condensé très réussi en deux heures du livre original, le film a offert à Hopkins le rôle qui allait relancer sa carrière. Même si le film a quelque peu vieilli (en particulier les scènes qui se déroulent à Quantico, siège du FBI), il reste toujours aussi efficace en termes d’ambiances et d’angoisses. Portée par la musique envoutante de Howard Shore, la mise en scène de Demme est d’un grand classicisme et c’est sûrement de là que le film tire l’une de ses forces. Exploitant à outrance le jeu du cadre et des regards dans l’exercice du champ/contre-champ, Demme prend soin de placer quasi systématiquement sa caméra à hauteur de regard d’un côté et en légère plongée de l’autre, pour jouer sur les rapports de pouvoir entre les différents protagonistes : ce sera le cas dans la scène où Clarice et Crawford viennent examiner le corps et où elle se retrouve toute seule entourée de tous les policiers – sur eux, la caméra est de face, sur elle en plongée, car elle est en position de « faiblesse » à ce moment-là de la séquence. À l’inverse, quelques minutes plus tard, alors que le souvenir de l’enterrement de son père l’a certainement perturbé mais aussi ramené à la réalité des policiers de « campagne », lorsqu’elle leur demande de quitter la pièce, où va se dérouler l’autopsie, la caméra est face sur elle, mais en plongée sur eux, car là c’est elle qui a l’ascendant, car elle a su leur demander avec les mots qu’il faut (même si un silence court traduit quand même leur étonnement face à ce « petit bout de femme » qui leur donne l’ordre de sortir). Il en va de même dans tous les face-à-face entre Clarice et Lecter, où cette figure particulière du jeu de champ/contre-champ obéit inlassablement à l’idée de véhiculer qui a l’ascendant sur qui. Il est évident que Lecter est le gagnant le plus souvent. Mais encore plus inhabituelle dans une construction classique de la mise en scène, c’est l’usage, dans la figure du champ/contrechamp, du regard caméra. Plusieurs regards dans le film, non seulement sont tournés à hauteur de regard (ce qui a toujours pour effet d’impliquer le spectateur plus efficacement dans l’action), mais encore Demme demande à ses comédiens de regarder directement la caméra. Parce que le réalisateur a l’intelligence de ne l’utiliser qu’avec parcimonie et uniquement dans le flot d’une conversation, le spectateur ne prend pas cette image comme s’adressant directement à lui (problème évident du regard caméra), mais néanmoins l’effet de son adresse immédiate à l’encontre du public ne peut que trouver écho chez celui-ci (l’impliquant malgré lui).
Le film ne s’appuie pas seulement sur une mise en scène classique mais efficace, Demme joue également beaucoup sur le montage. Sa manière de mêler les flash-backs au récit, sans coupure diégétique, est dans la continuité de son traitement du champ/contre-champ. Les flashbacks de Clarice ne sont que les contre-champs de son regard, non pas tourné vers autre chose (le ciel, un funérarium), mais finalement tourné vers elle-même, vers les souvenirs que l’objet de son regard rappelle à la mémoire et donne au spectateur à contempler, comme si cette fois-ci le public regarde directement dans le comédien, comme le comédien regarde parfois directement le public dans certains plans. Toujours sur le montage, Demme propose d’ailleurs un jeu sur l’un des effets de montage les plus connus dans les films à suspense : la confusion entre montage alterné et montage parallèle. Comme je l’ai évoqué dans mon précédent post (autour du film The Next Three Days) cela suppose de montrer au spectateur une séquence en montage supposément alterné (deux événements distincts se déroulent simultanément dans des espaces qui peuvent être assez proches ou similaires : l’intérieur d’une maison et une maison encerclée par le FBI, dans le cas présent), pour finir par relâcher la tension en nous faisant comprendre que nous n’étions finalement que devant un montage parallèle (deux événements distincts qui n’ont pas le même espace de résolution : d’un côté la maison de Buffalo Bill avec Clarice à la porte et de l’autre la maison vide attaquée par le FBI). Mais si d’ordinaire, la résolution de cette confusion tend à faire redescendre la tension de la scène, puisque l’on finit par comprendre que chaque espace ne possède pas les mêmes enjeux et qu’il n’y a donc pas de « clash » possible entre eux, son usage dans le film sert un autre but. Dans le cas du Silence des agneaux, la tension à l’issue de la confusion ne redescend pas, au contraire elle explose. Car le spectateur grâce à cette issue comprend avant Clarice, qu’elle va devoir affronter seule le serial killer. On l’aura compris, la notion de regard (qui voit quoi ? comment ? quand ? pourquoi ?) est fondamentale dans le film de Demme et posée comme question préludant à tout enjeu esthétique et narratif du film (c’est parce qu’ils ont mal « regardé » le policier blessé, que les flics chargés de la sécurité de Lecter le laisse s’échapper). Pas étonnant lorsque l’on fait un film sur un serial killer dont la mécanique psychologique repose sur la convoitise : car l’on ne peut convoiter que ce que l’on a sous les yeux, comme le dit très justement Lecter. Il aura d’ailleurs tout loisir de convoiter le Dr. Chilton pendant le très long générique de fin, où l’image ne cesse d’être diffusée sous les crédits qui défilent. Comme si Jonathan Demme invitait le spectateur lui-aussi à être le sujet d’une telle convoitise (et bien entendu le questionner sur l’autre versant de la question du regard comme enjeu esthétique, la position du voyeur, mais ça c’est une autre histoire)…

Jeudi 8 mars

Nomads (réal. John McTiernan, 1986)

Depuis longtemps, je suis un fan de John McTiernan. Réalisateur maudit depuis quelques années (et dont l’équilibre psychologique est aujourd’hui plus qu’instable), McTiernan nous a quand même donné quelques uns des meilleurs films d’action des années 80 et 90 : À la poursuite d’Octobre Rouge, Predator, Piège de cristal, Une journée en enfer, Last Action Hero. Pendant très longtemps, j’ai su que son premier film était un film fantastique avec Pierce Brosnan. Au-delà de ça rien. J’ai donc pu enfin voir cette première œuvre et on ne peut pas dire que le résultat fut à la hauteur de mes années d’attente. Nomads, c’est le film typique des années 80 qui a mal vieilli. Même si certains défauts sont imputables à un budget plutôt restreint, il est difficile de fermer les yeux sur un scénario défaillant, dont la seconde partie vire au fantastique abracadabrant, et dont on peine à sentir le côté terrifiant mis en avant par l’affiche et la bande-annonce de l’époque. La mise en scène est aussi très peu inspirée (ralentis peu convaincant, scènes de poursuite gauche et brouillonne), ce qui est beaucoup plus étonnant quand on verra la suite de la carrière de McTiernan. Mais le pire c’est encore le casting qui fait le choix d’un Brosnan jouant un français de souche avec un accent à couper au couteau.

La Question (réal. Laurent Heynemann, 1977)

Adapté du livre de Henri Alleg paru en 1958, La Question revient donc sur l’arrestation de Henri Alleg et Maurice Audin (bien que les noms aient été changés dans le film) par les paras à Alger en 1957. Soumis à la torture, Alleg ne parlera pas et sera plus chanceux qu’Audin qui finira par mourir, ce que l’Armée française continue encore aujourd’hui de démentir : il se serait « évadé », pour ne plus jamais être retrouvé ou avoir donné de signe de vie… Le film d’Heynemann revient avec justesse sur cet épisode noir de l’histoire récente de la France. Il traite, sans concession pour l’époque, les scènes de torture, mais s’attarde aussi, dans un prologue nécessaire, sur l’ambiance d’Alger avant l’arrestation d’Alleg et permet ainsi au spectateur de mieux appréhender la complexité de cette époque. Puis le film revient sur la période d’emprisonnement d’Alleg en Algérie, alors qu’il va se mettre à écrire son expérience, qu’il fera passer à son avocat. Le manuscrit sera finalement édité par les Editions de Minuit, avant que le livre ne soit interdit sur le territoire français. Le film raccourcit seulement la période d’emprisonnement à Rennes avant l’évasion d’Alleg. Servi par un casting de qualité (Jacques Denis, Nicole Garcia, Roland Blanche et d’autres), le film est un témoignage important (tout comme le livre) sur une pratique honteuse, autour de laquelle le travail de mémoire en France reste encore à faire, bien que, depuis la publication des regrets de Massu en novembre 2000 dans Le Monde, les langues se soient un peu déliées et les études se sur le sujet multipliées. Le film est plus que jamais d’actualité avec les événements récents en Irak. Et alors que l’Algérie fêtera cette année ses 50 ans d’indépendance, espérons qu’il serve, comme d’autres documents importants sur cette époque (dont l’excellent film de Pontecorvo La Bataille d’Alger qui fut réalisé à peine 4 ans après la fin de la guerre), à mieux nous pencher sur les zones d’ombre de notre propre histoire…

Samedi 10 mars

La Taupe (réal. Tomas Alfredson, 2011)

Adapté du roman de John le Carré, Tinker Tailor Soldier Spy (1974), le film de Tomas Alfredson en propose une version cinématographique à la hauteur des livres d’espionnage du romancier anglais. Déployant un récit tortueux et truffé de suspicion, le film, comme le livre, s’inspire de l’affaire des « Cambridge Four» : quatre taupes à la solde du KGB, infiltrées dans le MI6 (les services de renseignements extérieurs du Royaume-Uni) et qui furent découverts entre 1951 et 1964, époque à laquelle John le Carré (de son véritable nom David John Moore Cornwell) travaillait également pour le MI6. Dépeignant donc la recherche d’un traitre au sein des services secrets britanniques, La Taupe met en scène avec élégance et sobriété, mais aussi un certain désespoir, le Londres des années 1970 et quelques destinations « exotiques », Istanbul, Budapest. S’appuyant sur une narration faite de flashbacks et d’ellipses, Alfredson travaille avant tout l’ambiance feutrée des officines de renseignements, les caractères discrets et taiseux de ses employés. Le casting des comédiens est excellent, d’un Gary Oldman qui nous revient en pleine possession de ses moyens, à un Colin Firth tout en subtilité de jeu, en passant par un Tom Hardy extravagant, méconnaissable en agent de terrain. La réalisation alterne classicisme éprouvé du genre : jeux d’ombres, jeu sur le champ/contrechamp travaillant les notions de surprise et de découverte d’identité. Mais par moments, Alfredson ne s’interdit pas quelques plans plus posés, des mouvements plus élaborés, permettant au spectateur d’apprécier la lenteur de la réflexion à l’œuvre chez les personnages ou l’étendue de la complexité d’une situation. Récit complexe (trop pour certains ?), le film traduit avec brio la paranoïa aigue qu’abrite tout service de renseignement en proie à la chasse aux « sorcières » et ramène sur le devant de la scène, la très grande qualité narrative de ce genre, le film d’espionnage réaliste : ses grands représentants, parmi lesquels Les Trois jours du Condor, Espion lève-toi, Les Patriotes, L’Affaire Cicéron, The Tailor of Panama (pour en donner un échantillon très personnel), peuvent s’enorgueillir d’accueillir, avec La Taupe, un nouvel étendard de qualité.

Dimanche 11 mars

Le Territoire des loups (réal. Joe Carnahan, 2012)

Réalisateur des excellents Narc et Mi$e à prix et du « très-réussi-dans-son-genre » L’Agence tous risques, Joe Carnahan nous propose, avec The Grey (bien meilleur titre anglais que le titre français, comme souvent…), un film sur la survie en milieu hostile, sujet déjà de ses deux premiers films, sauf que cette fois-ci le milieu hostile n’est plus la jungle urbaine (que ce soit Détroit ou les environs de Las Vegas), mais la nature lointaine et inhabitée par les hommes. Perdus en plein Alaska, loin de toute civilisation, les survivants d’un crash aérien vont devoir non seulement survivre au froid et aux tempêtes de neige en plein hiver, mais surtout faire face aux attaques répétées d’une meute de loups. Servi par un casting réduit mais de qualité, au premier chef duquel un Liam Neeson en pleine forme, le film oscille entre le survival et le film d’horreur ou de peur. Le spectateur est constamment mis en tension face aux défis que doivent relever les personnages ou aux horreurs auxquels ils sont confrontés. La réalisation, comme dans ses précédents films, est d’une redoutable efficacité : la caméra est dynamique et le montage nerveux (la scène de crash de l’avion est particulièrement impressionnante). Le travail du son a été peaufiné avec une grande qualité et procure un sentiment d’immersion très abouti : la scène ou les personnages doivent traverser un gouffre suspendu à une corde de fortune est à ce titre un exemple parfait de montage sonore en adéquation avec un certain souci de réalisme, un choix narratif d’attention du public à un élément ou un autre du récit. La musique n’est pas en reste et elle sait parfaitement s’intégrer à ce montage sonore, qui inclut le public dans l’univers oppressant de cette nature primitive… Les paysage enneigés et désertiques accompagnent cette immersion du spectateur dans un environnement hostile et abandonné par l’homme. La caméra de Carnahan capte avec attention et délicatesse les flocons de neige qui tombent inlassablement devant son objectif et viennent souvent brouiller la lisibilité de son image, comme son usage de focales très longues vient appuyer le sentiment de solitude des personnages dans ces immensités perdues et glaciales. On se désespère à espérer une issue positive pour ces hommes traqués, alors même que l’on sent bien qu’ils sont, comme le dira au début du film le personnage de Neeson, des étrangers. Le film nous tient de bout en bout et l’on ne peut s’empêcher de ressentir un certain soulagement lorsque le générique de fin arrive. En effet, le public se pose en témoin omniscient de cette lente descente aux enfers et moins en compagnon de voyage de ces personnages. On pourrait imaginer que leur échappatoire à la mort funeste, que proposait le crash aérien, ne soit finalement qu’un aperçu du purgatoire qui les attend (le film arrive à placer un discours religieux relativement intelligent, bien qu’attendu), quand la fourrure sombre et ténébreuse du mâle dominant des loups symbolise avec étrangeté l’enfer incarné sur Terre.

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