"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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« Manie Manie » : de la folie des hommes et de leurs sociétés

Posted by Axel de Velp sur 28 novembre 2012

Produit par MARUYAMA Masao (fondateur du studio Madhouse), Manie Manie Meikyu Monogatari est un film à sketch en 3 segments, réalisés par trois grands cinéastes d’animation japonaise : OTOMO (Akira, Steamboy), KAWAJIRI (Ninja Scroll, Wicked City) et Rintarô (Metropolis, Albator).

Manie Manie (collectif, 1986)

1. Labyrinth Labyrinthos – réal. Rintarô
2. Hashiru Otoko (Le Coureur) – réal. KAWAJIRI Yoshiaki
3. Construction Cancellation Order – réal. OTOMO Katsuhiro

Le film commence, dans « Labyrinth Labyrinthos », par raconter l’histoire d’une fillette qui joue à cache-cache avec son chat et qui va pénétrer un univers fantastique, inspiré de la fête foraine et du cirque, lieu où elle finira par assister à un spectacle, composé des deux autres segments du film. A la fin du troisième segment, le spectateur retrouve la fillette dans l’enceinte du cirque et se lance dans une farandole folle, avec le mime qui l’avait guidé jusque là et une foule de monstres gluants et tentaculaires qui les suivent. Le dernier plan montre la fillette et son chat assis devant une télévision en train de se regarder paradant.

L’obsession et le dépassement

Le film nous parle d’obsession, de rêveries infinies et de buts jamais atteints ou alors à un prix incommensurable. Dans le premier segment, la fillette et son chat veulent jouer inlassablement (à cache-cache ou à autre chose), mais comme le suggère l’espace curieux de la maison où ils habitent, le jeu est un univers sans fin qui n’a de cesse de s’étendre. Aucun recoin de la maison ne lui échappe, ni l’intérieur d’une horloge, ni le dessous de table d’une cuisine, encore moins un bureau peuplé de jouets automates. Au final, la maison n’est pas assez grande pour le jeu, et la fillette et son chat vont alors entrer dans un univers fantasmatique, inspiré des fêtes foraines, des attractions comme la maison hantée ou le train fantôme et jusqu’au chapiteau d’un cirque. Obsédés par le jeu et suivant ainsi de manière inconsidérée un mime, la fillette et son chat vont croiser moult figures circassiennes toutes aussi délurées les unes que les autres.

Dans « Le Coureur », le personnage principal est obsédé par la victoire et se pousse au suicide, en dépassant les limites psychiques et physiques que le contrôle sur son bolide lui impose. Dans son désir de se dépasser lui-même et de tenir son rang face à ses adversaires, il est contraint à aller trop loin : à faire de son obsession sa raison de vivre et au final sa « raison de mourir ». Cette quête du dépassement de soi et de ce à quoi l’on se destine (ou l’on s’obsède, c’est au choix…), est au cœur de la motivation implacable qui guide les robots du troisième segment. Le projet 444 doit être terminé « à temps », même s’il faut pour cela sacrifier quelques robots. Pour le superviseur humain, venu remplacer son prédécesseur mystérieusement disparu, son but sera d’abord de faire fermer le projet, puis ensuite de simplement survivre face à la folie obsessionnelle de la machine centrale qui guide la construction du projet 444.

Traces de la folie

Qui dit obsession, dit folie. La folie ou plus exactement, des signes, des traces, des symptômes d’un état de folie parcourent tout le film et ses différents segments. La plus dangereuse est bien entendu celle du « Coureur » qui la laisse complètement l’envahir, à tel point que son objectif de victoire totale est intimement lié au mécanisme logique de justification de son état de folie avancée. Au moment de sa mort, il aperçoit les fantômes de ses anciens adversaires morts sur la piste. Dans une dernière tentative de les rejoindre, de les dépasser, son acte ultime sera de pousser son corps, sa machine et surtout son esprit au-delà des frontières possibles : il finira par y trouver la mort.

Sur le projet 444, c’est toute l’organisation robotique qui donne des signes de folie caractérisée : le travail jusqu’à la destruction, l’emprisonnement du responsable humain venu les superviser, la négligence de l’entretien du projet accolée à la détermination sans faille de le mener à son terme ; enfin, l’aveuglement face à l’impossibilité de lutter contre les éléments qui empêchent toute menée à bien du projet en lui-même. Cet état de folie est signifié à l’écran par le délabrement des installations, les ratés mécaniques du robot de gestion de la machine centrale, la détérioration progressive des repas servis au superviseur, l’emballement des machines à effectuer leur travail dans des conditions impossibles. Mais cette folie, non seulement semble fatale au système qui la subit, mais en plus elle est « contagieuse ». Le superviseur humain dans son souci de survie et de préservation, mais aussi certainement par esprit de vengeance, va s’attaquer au cerveau central de la machine, après avoir sauvagement détruit son robot de gestion. Alors même que le projet 444 ne doit plus être arrêté mais sauvegardé, il va quand même se lancer à l’assaut, muni uniquement d’un tuyau en fer…

Finalement, le segment où les traces de la folie sont le moins évidentes semble être le premier. Mais ce serait négliger toute part de désordre mental « contrôlé » que l’univers du cirque et des forains suggère naturellement. La succession des différentes figures circassiennes qui peuplent le segment sont autant de manifestations « autorisées » d’un état de folie que la société « spectatrice » accepte et reconnaît. La douce folie qui habite le monde forain est un prélude à celle plus crue et radicale que les segments suivants vont présenter. Cette entrée en matière progressive et la boucle narrative qui conclut le film permet de donner une unité à l’ensemble, alors même que la disparité est flagrante tout au long du film.

L’unité dans le désordre

Disparité de design, d’animation, de sujet de premier plan, le film ne présente pas une unité évidente de prime abord. Seuls les enjeux intellectuels et les questionnements « philosophiques » lui permettent de présenter un ensemble cohérent. Cependant, il ne faut pas croire pour autant que cette diversité soit celle d’un manque de coordination dans les choix des trois réalisateurs. Le premier segment, décisif dans son esthétique protéiforme et « irrationnelle » par moments, donne le ton de la diversité et du fouillis visuel, mais sert aussi d’étalon tout au long du reste du film.

D’autant plus que les deux segments suivants sont des « spectacles » auxquels assistent la fillette et son chat. Dès lors, la linéarité du second segment, son horizontalité même tranche avec la verticalité du troisième. Les lignes, pas forcément droites mais cassantes et abruptes du style de KAWAJIRI, mêlées à ses jeux d’ombre et de lumière très marqués sont autant d’ échos inversés qui annoncent l’esthétique plus courbe, plus fouillée et plus « à plat » de OTOMO.

Il y a là une logique de la thèse/antithèse qui est à l’œuvre, comme si la folie de l’homme individuel, comme manifestation d’une pensée unique, ne pouvait être que le pendant à venir d’une folie démultipliée des machines, manifestation programmatique de la pensée conformiste et collective. Rintarô offre ainsi à ses deux comparses la possibilité d’exprimer leur vision du sujet qui est la force narrative du sien : la folie encadrée et acceptée de la société n’est finalement que le reflet dans le monde du spectacle d’une folie rampante, plus dangereuse et qui guette autant les hommes que les sociétés qu’ils élaborent…

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Une semaine de films – du 20 au 26 février 2012

Posted by Axel de Velp sur 28 février 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film….

Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question…

Lundi 20 février

Ip Man (réal. Wilson YIP Wai-Shun, 2008)

Grand succès Hong-Kongais de l’année 2008, le film retrace une période de la vie du grand maître Ip, avant qu’il n’ouvre son école personnelle (et ne devienne, entre autres, le maître de Bruce Lee) et il s’attarde sur deux moments clés de sa vie. Avant la Seconde Guerre Mondiale et pendant l’occupation nippone de la Chine. A ce moment là, Ip Man est désigné simplement comme un (grand) maître des arts martiaux, mais il n’a aucune école et ne forme aucun disciple. Ne manquant de rien, bien qu’il ne soit pas aisé de comprendre d’où lui vient son aisance personnelle, le maître passe son temps à se battre en répondant aux défis qui lui sont lancés et à ménager son épouse qui voit d’un mauvais œil ses constantes rixes (du moins jusqu’à ce que l’une d’elles mettent à mal le mobilier de la maisonnée…). Vient alors l’occupation par les troupes japonaises et la lente mais inexorable descente dans la misère de la famille du maître. Pour aider les siens à survivre, il va donc chercher un emploi, puis participer à un tournoi d’art martial organisé par l’occupant, avant d’entraîner les ouvriers d’une usine locale à se défendre face aux brigands chinois qui cherchent à tirer profit des désarrois liés à la situation de guerre. Finalement, le film sur Ip n’est qu’un prétexte pour un exercice de propagande comme les films chinois en connaissent depuis plusieurs années, avec revalorisation des traditions séculaires (les arts martiaux) et nationalisme exacerbé antijaponais (bien que le film se décharge de toute connotation communiste, quoique le personnage qui est « de mèche » avec l’occupant est un ancien fonctionnaire de police, donc représentant du système anti-communiste pré-guerre).
Cependant, et malgré un charisme moins impressionnant de l’acteur principal que celui de Jet Li ou d’autres stars du cinéma de Hong Kong, le film propose des scènes de combat très impressionnantes et particulièrement bien filmées. Rien de très étonnant non plus à cela dans un cinéma rompu à cet exercice. Au final, je recommanderais ce film à tout amateur de films du genre, et un peu aux autres, car la reconstitution historique est assez qualitative.

Source Code (réal. Duncan Jones, 2011)

Le réalisateur du très remarqué Moon (quoiqu’à mon avis un brin surestimé), Duncan Jones, récidive dans le genre de la science-fiction avec un film sur le voyage temporel. Si les deux films proposent des structures narratives similaires autour de la répétitivité d’une tâche, ils ne les abordent pas conceptuellement de la même façon et pour des questions de récit. Moon travaillait sur la lenteur, l’isolement, la routine, alors que Source Code est dans l’urgence, le fouillis et la recherche de « l’intrus ». Malheureusement, j’ai envie de faire les mêmes reproches que je faisais à Moon à ce film ci. Je trouve que Jones manque d’esprit de perfection. Il nous perd dans des scènes secondaires dont l’intrigue principale pourrait très bien se passer et ne les justifie pas non plus par un quelconque service au déploiement d’une psychologie des personnages ou de leurs motivations profondes. Pour ce film-ci, cela vient alimenter une bluette insignifiante, prétexte à l’insert d’un rôle féminin dans ce film pour public masculin, ou encore les affres d’un vétéran envers la figure tutélaire du père (quid de la mère dont il n’est jamais fait mention de tout le film et qui décidément en dit long sur l’image de la femme chez Jones – image déjà pas très reluisante dans Moon soit dit-en passant…). Cela étant, le film reste divertissant et relativement prenant, jusqu’à la fin qui travaille sur les univers parallèles si chers à tous les scénaristes de films sur les voyages temporels.

Highlander – Soif de vengeance (réal. KAWAJIRI Yoshiaki, 2006)

Réalisateur des excellents Wicked City (1987), Demon City Shinjuku (1988), Cyber City Oedo 808 (1990), Vampire Hunter D: Bloodlust (2000) et bien évidemment Ninja Scroll (1993), KAWAJIRI reprend ici la saga Highlander, épaulé par un des scénaristes de la série, David Abramowitz. Malheureusement, l’héritage d’une telle franchise est lourd à porter et l’on sent bien que de nombreux films et saisons préexistants compromettent grandement l’originalité d’un tel sujet. Comment ne pas sentir mille références au film originel et à toutes ses séquelles dans le scénario convenu que Abramowitz donne à KAWAJIRI à mettre en images. Le problème n’est d’ailleurs pas tant dans la référence (cela peut toujours permettre d’approfondir une idée, un point de vue, mais il n’en est cure ici), que dans la platitude des enjeux dévoilés. Finalement KAWAJIRI, qui d’habitude sait si bien s’intéresser aux personnages torturés et complexes, donne corps à un héros monolithique, à peine capable d’enchaîner plus de trois mots ou émotions différentes.
Sorti de ce récit, dont la narration faussement déstructurée en multiples flash-backs peine à le rendre intéressant, il ne reste que « l’enrobage » à examiner. La musique, elle aussi, est tellement ancrée dans l’univers référent que cela en devient risible (les riffs de guitare « semi hard » rappellent péniblement la bande son originelle de Queen). Le chara design est proche de l’esthétique habituelle du cinéaste, mais là encore on sent une influence américaine pas toujours très heureuse. Les layouts sont parfois un peu grossier, en particulier lorsque trop de CGI viennent s’intégrer à l’image, travail que les studios japonais ont toujours eu du mal à réaliser avec succès (à l’exception peut-être de Gonzo, sous l’influence de MAEDA). Heureusement, l’animation est d’une très grande qualité, en particulier les scènes de combat, toujours réputées chez le cinéaste, qui sont très réussies : dynamiques, fouillées, précises et virevoltantes.

Mardi 21 février

The Company Men (réal. John Wells, 2010)

Producteur, scénariste et réalisateur de séries TV (Urgences, À la Maison blanche), John Wells marque avec ce premier film son passage au cinéma avec une certaine qualité. Le film traite de cols blancs américains, plutôt aisés qui vont connaître les affres de la crise de 2008 et leurs vies vont en subir les frais (tragiquement pour certains). Le casting alléchant (Tommy Lee Jones, Chris Cooper, Kevin Costner et, le-pour-une-fois-passable, Ben Affleck) remplit son rôle, même si l’on sent poindre une certaine lassitude, par exemple dans le jeu d’un Tommy Lee Jones, dont le regard de chien battu est utilisé plus que de mesure. La mise en scène n’est pas particulièrement inspirée mais elle reste de qualité et quelques plans élégants mettent bien l’image au plein service de son sujet (ce très beau plan, où Affleck se retrouve « abandonné » en plein centre d’une ville, qu’il n’arrivera pas à « conquérir » ; ou encore l’aseptisation toute particulière des bureaux de la company, qui la fait ressembler à mille autres et en même temps ne fait d’elle qu’une coquille transparente où viennent se jeter la vie de ses employés). Le film malheureusement n’évite pas certains écueils propres à son sujet et l’on ne peut s’empêcher d’avoir un peu de mal parfois à éprouver une grande empathie pour ces cadres supérieurs qui doivent abandonner les « privilèges » de leur classe ; mais la souffrance de chaque personnage est suffisamment réelle pour qu’elle ne devienne pas ridicule ou déplacée. Bien entendu, la réalité d’un message qui serait que le travail libère l’homme est présente et sa « noblesse » n’est plus à défendre mais on a l’impression que le film ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes.
Finalement, on peut regretter que le cinéaste ne se soit pas plus attardé sur le personnage incarné par Chris Cooper, qui, de soudeur de navire au début de sa carrière, finit (avant d’être licencié) par avoir un poste d’exécutif très haut placé. On aurait aimé mieux comprendre le désarroi de cet homme vieillissant, vraisemblablement marié à une femme alcoolique (le film n’est pas plus explicite là-dessus), dont les repères se perdent et dont la vie vient à ressembler à celle d’un fantôme traînant sa mallette de bar en bar, parce que sa femme ne veut pas que le voisinage apprenne sa mis au banc de la société. Quid de ses angoisses profondes, au-delà de ces quelques informations parcellaires, et qui le pousseront vers le geste fatal ? Quid de la dérive de sa famille qui avait certainement tout pour être heureuse… ou bien ? Le film finalement ne s’attarde que peu sur la nature véritable du bonheur, il ne cherche pas en comprendre les tenants et les aboutissants, juste quelques uns de ces symptômes. Les personnages de cette farce triste finiront plus ou moins par retourner à l’ordre du monde tel que le veut la société américaine et son monde de consommation. Ont-ils grandi entre-temps, de par la parenthèse de réalité, que les aléas économiques du néo-libéralisme les ont contraint à expérimenter ? Rien moins sûr et John Wells ne nous donne que peu de signes quant à cette possibilité, si ce n’est le désarroi du personnage de Tommy Lee Jones qui ne comprend pas ces exécutifs, qui mettent au-dessus de la vie de ceux qui travaillent pour eux leur confort et leur rêves de grandeur, incarnés dans un projet de nouveau bâtiment de la compagnie en crise. Seul autre signe évident de la compréhension de la place de l’humain dans le monde et de la valeur de son travail : le souhait de redonner vie à un chantier naval dans un Boston en pleine déliquescence de son tissu ouvrier (la participation d’Affleck à ce film tient peut-être à ça, lui qui est toujours très attentif à l’image et la promotion de la ville où il a grandi).

Mercredi 22 février

The Hangover – Part II (réal. Todd Phillips, 2011)

On ne change pas une équipe qui gagne et une formule qui a porté ses fruits… Et pourtant, il faudrait peut-être. Car, même si le film est par moments assez drôle, même s’il ne cherche pas forcément à être « encore plus extrême » que le premier (quoique…), The Hangover – Part II manque de cet esprit fou inattendu qui avait fait le succès du premier opus. Le dépaysement thaïlandais fonctionne, mais il est, au même titre que Vegas, un simple plateau de jeu où viennent s’ébattre les personnages principaux de cette comédie déjantée. Sorti des habituels clichés sur la drogue, le tourisme sexuel et l’exotisme, point de propos un tant soit peu original sur cette « intrigante » Asie (sic !). Alors on pourrait bien évidemment me reprocher de vouloir trop d’ambition pour le film, mais l’adéquation parfaite du sujet du premier (identique au second) et de sa localisation géographique dans la Capitale du Vice avait au moins l’avantage d’accompagner la logique « jusqu’au-bout-iste » du film. Le travail sur des personnages, dont on connaît déjà les travers et les ambiguïtés, problématiques déjà bien exploitées initialement, ne peut plus donner lieu à beaucoup d’approfondissement ou de révélation dans ce contexte là.
Deux choses extérieures au film mais contingentées au moment de sa production, rendent sa lecture contextuelle plus « intéressante », à défaut de le rendre lui-même plus captivant. La première tient dans le fait qu’entre les deux Hangover, Todd Phillips va réaliser un film Due Date (2010) qui met en scène un personnage interprété par Zack Galifianakis (le doux dingue) dont la parenté est bien évidemment à aller chercher du côté de son personnage dans le premier Hangover. On peut dire que Due Date est sa suite logique, véritable et même congénitale. On peut d’ailleurs se rendre compte que Phillips abandonne la bande de copains pour se concentrer sur un duo, qu’il travaille plus profondément les questions ambiguës soulevées par le film précédent (comme l’homosexualité latente entre les deux héros, sujet qu’il abordera à nouveau avec une trop grande légèreté dans le second Hangover) et qu’il abandonne aussi le tropisme quasi-unique de la localisation géographique pour un road movie (acceptant ainsi également une parenté plus affirmée avec le buddy movie). Lorsque le cinéaste s’attaque au second film sur les débauches, on sent bien qu’il n’est plus que dans une logique de suite, sans ambition, et que, en dehors de ses personnages récurrents, on pourrait bien avoir à faire à un remake que le film serait quasi le même… Le même ? Pas complètement, car c’est sur ce point précis, les personnages, qu’intervient le deuxième élément hétérogène au film, la carrière du comédien Bradley Cooper. Avant The Hangover, Cooper a beaucoup joué à la télévision, et un peu au cinéma, principalement dans des seconds rôles efficaces mais pas véritablement marquant. Le succès du film de Phillips va transformer sa carrière et les films qui suivront vont accentuer cette reconnaissance professionnelle, qu’il s’agisse de Valentine’s Day, L’Agence tous risques ou Limitless. Mais se faisant, Cooper va devoir travailler son image d’acteur comme celle de quelqu’un capable d’une plus grande ouverture de répertoire actoral que celui présenté chez Phillips. On notera alors sans surprise l’édulcoration conséquente que son personnage va subir dans le second Hangover, où il ne sert plus que de faire-valoir aux autres personnages hallucinés qui peuplent le film. Il est même par moment, étonnamment pour ceux qui ont encore en tête le premier opus, celui qui cherche constamment à calmer le jeu, à résoudre les tensions et à finalement ne faire aucun véritable dérapage (si ce n’est une banale rixe de bar).

Attack the Block (réal. Joe Cornish, 2011)

Premier long métrage du réalisateur britannique de série télévisée et scénariste, Joe Cornish, Attack the Block dépeint la lutte entre une invasion d’extraterrestres et un gang de jeunes d’une cité londonienne. Le film ne se prenant pas plus que cela au sérieux, la mise en scène est efficace (la course poursuite en scooter est assez sympathique) et passe en revue tous les poncifs du genre sans jamais les traiter par dessus la jambe. Un peu de gore par-ci, un peu de suspense par là, l’obligation de dépasser les différences pour faire face à l’ennemi commun venu d’un autre monde : le spectateur est en terrain connu, un peu trop parfois. Mais l’humour est bien présent, l’usage du « slang » local efficace, les répliques fusent, les situations comiques sont bien plus légions que les horrifiques. L’écriture enchaîne les séquences, présentant parfois des scènes de contextualisation que l’enracinement des personnages dans un milieu défavorisé obligeait quelque peu, mais qui sonne malheureusement un peu faux. On appréciera, pour les amateurs de SF, l’explication inhabituelle de la présence extraterrestre, fournissant un léger sous-texte amusant, que la « tension sexuelle » entre les protagonistes principaux et l’héroïne (malgré la différence d’âge) annonçaient plus ou moins depuis le début du film…

Jeudi 23 février

L’Arnacœur (réal. Pascal Chaumeil, 2010)

J’avoue avoir été agréablement surpris par cette comédie romantique à la française, bien qu’au final le film m’a aussi quelque peu déçu. Ne proposant pas uniquement une succession de saynètes prétextes à telle ou telle situation comique (écueil de plus en plus fréquent dans la comédie française contemporaine), le film arrive à proposer une écriture rythmée et très drôle par moment, même si certaines scènes capitalisent plus sur le jeu des comédiens (Duris et Damiens en tête). Le film est une sorte de conte de fées contemporain et certains gimmicks sont clairement identifiables : des lieux « paradisiaques » (Monaco et la French Riviera), une « princesse » à réveiller de son endormissement figuratif, un prince charmant qui l’est finalement moins qu’il n’est manipulateur… Malheureusement, la mise en scène n’est pas à la hauteur de ses ambitions. Usage du ralenti peu ou pas justifié, voix-off anecdotique dont le sens n’est qu’informatif et traduit le manque d’idée quant à placer ces informations dans le film lui-même… Jusqu’à la fameuse scène de Dirty Dancing qui n’est pas à la hauteur des attentes que le film construit autour d’elle. On lui préfèrera, de loin, celle où Duris s’entraîne seul dans sa chambre d’hôtel. On regrettera aussi une Vanessa Paradis peu convaincante, alors que sa carrière réduite avait su démontrer des choix bien plus judicieux et une performance d’actrice bien plus accomplie. Au final, un film quand même sympathique, pas exempt de petits défauts, mais assez réussi dans l’ensemble, et doté de quelques scènes franchement très amusantes.

John Carpenter’s The Ward (réal. John Carpenter, 2010)

Le réalisateur revient au cinéma depuis Ghosts of Mars en 2001 et sa double incursion dans la série télévisée avec les épisodes « Cigarette Burns » et « Pro-Life » de Masters of Horror en 2005 et 2006. Dire que ces dernières années, l’absence du cinéaste s’est fait remarquée serait un euphémisme, d’autant que ces plus récentes réalisations manquaient clairement de génie et d’inspiration. Il en va un peu de même lorsque l’on regarde le début de ce film, directement sorti en DVD/Blu-Ray en France et sorti que sur quelques écrans aux USA, mais la fin offre au spectateur l’occasion de réapprécier le film et sa construction. Sorte de Sucker Punch du pauvre, The Ward n’est en effet pas sans rappeler le film de Snyder dans ses postulats de départ et son casting féminin, hautement improbable. Mais la comparaison s’arrête là. Car si le film de Snyder propose sa vision toute particulière de l’esprit d’une midinette, celle de Carpenter s’en éloigne très rapidement. Assez classique dans sa construction narrative sur la plus grande partie du film, Carpenter joue avec efficacité des clichés du genre et place un certain nombre d’effets de peur et d’angoisse tout au long des couloirs et des cellules qu’occupent les pensionnaires de l’asile. Scènes de douche commune, dont on évacue rapidement toute ambigüité érotique, scène d’abus sur les pensionnaires là encore déchargée de tout « sous-texte », le film nous emmène dans des directions que les habitués du genre auront du mal, non pas à deviner, mais à en comprendre les exacts enjeux. Car à la fin du film, Carpenter dans un twist assez inattendu va nous pousser non seulement à revoir la lecture du récit du film et sa narration, mais également tous ses choix de mise en scène : pas un plan ou une idée de montage ne vient appuyer cette structure particulière dévoilée par la fin du film. Pour finir, Carpenter, malgré le côté très évident de la résolution du dernier plan du film, nous montre une dernière fois que, bien qu’en perte de vitesse, il reste un des maîtres incontestés de la peur au cinéma…

Johnny Mad Dog (réal. Jean-Stéphane Sauvaire, 2008)

Produit par Kassovitz et réalisé par Jean-Stéphane Sauvaire, dont c’est le premier long métrage, Johnny Mad Dog est un film rare. D’abord parce que c’est un film, bien que « fait » par des français, qui traite d’un sujet africain et qui est joué exclusivement par des africains. Ensuite parce que c’est un film sans concession dont le sujet, les enfants soldats en Afrique, auraient peut-être amené des choix de narration ou de récit qui auraient soit versé dans le pathos, soit dans l’à-peu-près, pire encore dans l’inexactitude. On est d’ailleurs à la fois étonné et content de l’implication importante du gouvernement du Libéria dans sa production, car on sent ici le souci, non pas d’un vérisme ou d’un réalisme qui serait déplacé, mais le souhait d’une authenticité donnée à la fiction. Et cette authenticité transparaît. D’abord dans le jeu des comédiens, enfants en tête, qui montre, avec un aplomb et un travail actoral assez réussi, la détresse de ces situations quelque soit le côté du conflit où l’on se trouve, victime ou bourreau. Ensuite la mise en scène n’est pas en reste : nerveuse, dynamique, cadres très construits, le tout appuyé par une photo qui sublime constamment la lumière des tropiques africains, la réalisation approche son sujet avec efficacité et non sans quelque effet de manière, mais jamais de façon outrancière ou malvenue. Reste un récit dont le constat est sans appel, mais qui sait à la fois replacer les responsabilités de chacun tout en montrant efficacement la spirale de la violence. Le parcours des deux héros, Johnny et la jeune fille perdue, trace des contours dans cette capitale en désolation complète, que leurs deux rencontres au début (ou presque) et à la fin du film viennent dessiner en les clôturant : les contours d’une foi en la vie, aussi mince l’espoir soit-il, et ceux d’un désespoir profond qui jette l’humain dans le chaos et l’enfer, dont il est difficile de revenir vivant, a fortiori indemne, au sens propre comme au figuré.

Vendredi 24 février

Bon à Tirer (B.A.T.) (réal. les frères Farrelly, 2010)

Dernier film des frères Farrelly, Hall Pass est finalement très décevant. Passons sur la réalisation qui n’a jamais été le ressort essentiel de leur comique, bien qu’elle ait su toujours ce mettre avec intelligence au service des situations comiques de leurs films, ce qu’elle fait ici une fois encore. Le problème vient plus des enjeux que le film soulève. En effet, il construit son statut de comédie sur deux orientations différentes. La première c’est l’habituelle gag, sketch ou scène comique, où le contexte général du film n’est pas du tout nécessaire à son bon fonctionnement et son efficacité humoristique : c’est là que le film donne ces meilleurs moments (malheureusement, car ils sont finalement indépendants de lui en quelque sorte). La deuxième orientation est l’enjeu moral du film : une fois autorisés par leurs épouses respectives à faire ce qu’ils veulent pendant une semaine, faut-il que nos héros les trompent (si une opportunité se présente) ? Et bien, oui et non. Le film ne se pose pas en lecture morale de la situation (encore heureux quelque part…), mais il n’arrive pas non plus à la gérer de façon comique. Que ce soit la scène de passage à l’acte pour l’un ou de renoncement pour l’autre, mise à part dans des adjuvants à la scène (la tante de la baby-sitter, l’ex un peu fou), le comique ne passe pas. Pour finir, là ou les frères Farrelly osaient parfois le politiquement incorrect, le final du film nage en plein « bon pensant » : ceux qui trompent sont trompés à leur tour (alors même qu’ensuite cela ne remet pas en cause leur couple et leur amour) et ceux qui ne trompent pas sont récompensés par la fidélité de l’autre. En somme le film décrit  un monde parfait et idyllique, où il n’existe pas de mauvais arrangements, y compris pour ceux qui enfreignent la morale bien pensante, donc pas de culpabilité possible (puisque, soit elle n’a pas lieu d’exister, soit l’autre nous en dédouane). Une drôle de façon de contourner les problèmes que posent la crise de la quarantaine chez les hommes WASP, sujet fondamental du film.

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