"Not a Pax Americana" – réflexions cinéphiles…

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Une semaine de films – du 23 au 29 avril 2012

Posted by Axel de Velp sur 30 avril 2012

Je vous propose, à l’occasion, un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film…
Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question.

Enfin une semaine plus fournie que les précédentes, avec 5 films et un programme de courts métrages, dont de l’excellent (25th Hour, Avengers), du très bon (Love, Le Rêve de Galileo) et du moyen mais divertissant quand même (Running Wild et Rain Fall). Une « sélection » plus orientée atouts visuels mais qui ne sait pas oublier pour autant des sujets sérieux, preuve, s’il y en avait besoin, que le cinéma sait toujours autant nous divertir avec qualité que nous faire réfléchir avec intelligence.

Lundi 23 avril

Love (réal. William Eubank, 2011)

Décidément les petits films de SF indépendants ont le vent en poupe depuis quelques années. Après un Moon qui avait su surprendre son public, voici venu Love. Réalisé par un jeune cinéaste, à la faveur d’un projet artistique initié par le groupe de musique Angels & Airwaves (dont la bande originale du film n’est rien d’autre qu’un de leurs albums), Love narre la solitude profonde qui habite un homme isolé dans la station spatiale internationale, après que l’humanité est vraisemblablement succombé à un conflit nucléaire, bien que cela ne soit que supposition car peu d’éléments directs permettent de le corroborer, le choix de la mise en scène étant d’être exclusivement focalisée sur le personnage de l’astronaute (à l’exception des plans d’ouverture se déroulant pendant la Guerre de Sécession américaine). Porté par un comédien excellent et une réalisation particulièrement réussie (la photo est très travaillée et magnifie avec esthétisme l’âpreté du décor, les mouvements de caméra viennent contrebalancer avec intelligence l’absence d’apesanteur qu’une approche réaliste aurait imposée), le film propose une introspection personnelle, dont l’influence n’est pas sans rappeler un certain 2001, l’Odyssée de l’espace. Difficile, près de 50 ans après le chef d’œuvre de Kubrick, de ne pas sentir son influence lorsqu’il s’agit de mêler science-fiction et discours philosophique… Cependant Love s’en tire avec les honneurs et permet au spectateur de s’évader, de méditer sur la valeur de la vie et la solitude in fine de tout déroulement humain. Même la fin, par sa dimension « Spielbergienne », vient ajouter au film une couche de réflexion supplémentaire sur l’héritage moral et mémoriel de chaque vie humaine, comme en écho aux scènes d’ouverture autour de la Guerre civile US et de son témoin particulier que le film place en filigrane du récit principal.

Mardi 24 avril

Le Rêve de Galileo (programme de CM, 2011)

Comprenant 5 films (A Sunny Day de Gil Alkabetz, Allemagne – Galileo de Ghislain Avrillon, France – La P’tite Ourse de Fabienne Collet, France – Un tricot pour la lune de Gil Alkabetz, Allemagne – Margarita de Alex Cervantes, Espagne), ce sympathique programme de courts métrages destinés aux plus petits (dès 3 ans) comme aux plus grands fait la part belle aux histoires qui font rêver. Des velléités de se prendre pour Icare dans Galileo, au désir de capturer une étoile (Margarita) ou bien de tricoter un pull en laine pour la lune changeante et capricieuse (Un tricot pour la lune), en passant par la recherche du soleil de plaire aux hommes (A Sunny Day) ou le rêve d’une petite fille Inuit d’avoir un grand-père ours blanc (La P’tite Ourse), les films entraînent les spectateurs dans un foisonnement de rêveries et d’imaginaires : parfois mélancoliques, parfois comiques, jamais complètement utopiques, ces rêves ne sont pas forcément à portée de main, mais ils sont de la trempe de ceux qu’il faut avoir pour progresser dans le monde. Jolie leçon de choses bercée par des dessins et des styles d’animation variés, tous très réussis, y compris les essais de rendus en 3D (il n’est bien sûr ici pas question de relief mais bien de type de rendu d’image), toujours incertain dans les courts métrages. Ma préférence va à A Sunny Day et Un tricot pour la lune, dont l’humour ravageur a su conquérir les enfants dans la salle et une « mention spéciale » à La P’tite Ourse dont le caractère éminemment poétique n’avait d’égal que sa réalisation particulièrement réussie et en totale adéquation avec son sujet.

Mercredi 25 avril

Avengers (réal. Joss Whedon, 2012)

Sans compter sur la présence de Joss Whedon aux commandes (réalisation et scénario du film), je dois avouer que The Avengers me faisait un peu peur : une agglomération de super-héros peut entraîner de bon ménage (les deux premiers X-Men), mais aussi quelques ratés (le 3ème X-Men pour ne citer que lui). En fait tout dépend de qui est à l’œuvre derrière la caméra. Et le papa de Buffy a su répondre avec brio au défi soulevé par cette réunion de Thor, Iron Man, The Hulk, Captain America, Black Widow et Hawkeye. S’appuyant sur ses talents d’écrivains qui ne sont plus à prouver (et servi au préalable par des comics d’une suffisante variété et qualité pour bien s’en inspirer), Whedon sait donner à chacun de ses protagonistes la mesure qui lui est nécessaire, sans jamais négliger leur importance respective. Thor en demi-dieu extraterrestre est bien mieux inspiré qu’il ne l’était dans le film qui lui était dédié. Le Hulk de Mark Ruffalo n’a rien à envier aux précédents. Captain America continue sur la lancée du sympathique opus qui lui avait été consacré et donne un pendant très appréciable à la rébellion parfois gamine de Stark, qui reste le personnage « central » de cet Avengers. Quant aux nouveaux venus (cinématographiques) que sont Hawkeye et Black Widow, on ne peut que se féliciter du travail accompli par Whedon pour leur donner corps face aux autres, quand bien même ils n’ont pas eu droit à des films dédiés au préalable. Mais s’il n’y avait que le travail d’écriture qui était de bonne facture (bien que le rythme du début du film laisse parfois un peu à désirer, comme tout film de ce type qui nécessite une « installation » des personnages parfois un peu lente), The Avengers ne m’aurait pas enthousiasmé comme il l’a fait. La réalisation y est également pour beaucoup. Les scènes d’action sont elles très rythmées et viennent progressivement annoncer le véritable plaisir du film : la bataille finale. Dirigée de main de maître, Whedon prouve qu’il est bien plus qu’un excellent scénariste. L’action est ininterrompue, les plans sont tous plus audacieux les uns que les autres et la fluidité de l’action donne une lecture limpide des enjeux. On est bien loin de la médiocrité de la scène finale de Transformers 3 ou encore de la réalisation malheureusement confuse de celle de Iron Man 2. Un plan vient sublimer tout le film dans cette séquence où la caméra passe d’un protagoniste à un autre sans aucune coupe au montage. Exploit de post-production évident (et pas forcément de tournage proprement dit), ce plan n’en reste pas moins une très belle idée de mise en scène sur la nécessaire coordination que suppose une équipe de super-héros, si ceux-là veulent dépasser leurs égos respectifs pour sauver la planète.

Jeudi 26 avril

Running Wild (réal. KIM Sung-su, 2006)

Polar coréen comme il en existe tant, Running Wild se situe dans la moyenne. Scénario déjà vu mais néanmoins prenant, acteurs de qualité sans toucher à l’exceptionnel, réalisation classique mais efficace, le film permet de se divertir avec un minimum de qualité tout en proposant quelques scènes assez mémorables, dont les deux « finals » du film, le premier un poil plus convaincant que le second.  On pourra regretter une photographie pas toujours du meilleur goût et quelques faux raccords assez désagréables. Il y a cependant à l’occasion quelques bonnes idées de mise en scène, la plupart sur la figure esthétique du reflet qui parcourt le film, du meurtre du frère aux arrestations du flic et du procureur. Reste aussi la musique du film, signée KAWAI Kenji, toujours aussi envoutant dans ses thèmes musicaux, même lorsqu’il n’illustre pas les films d’OSHII.

Rain Fall (réal. Max Mannix, 2009)

Film d’espionnage situé à Tokyo, mettant en scène agents doubles japonais pour la CIA, police nippone et pègre japonaise de haut-vol (en accointance avec la classe politique japonaise), Rain Fall, au-delà des ses caractéristiques vendues d’avance auprès des nippophiles et des aficionados d’histoire d’espions, n’a pas grand chose à avancer pour lui… Scénario attendu, jusque dans sa « révélation finale », jeu des comédiens un peu trop appuyé, y compris chez Gary Oldman, dont les scènes d’excitation sur ses sous-fifres sont peu crédibles, la mise en scène ne rattrape pas véritablement tout cela : sans être indigente, elle ne remplit que le minimum syndical et le côté mièvre de la romance du récit vient finir d’achever ce film, qui n’a que pour lui son ambiance et son strict respect des langues maternelles de chacun (chose rare dans les films américains). Heureusement que, là encore, la musique du film est signée KAWAI Kenji et qu’elle lui donne parfois un peu plus d’ampleur (même si écoutée dans deux films distincts, mais de manière consécutive, la « patte » du compositeur devient évidente)…

Dimanche 29 avril

24 heures avant la nuit (réal. Spike Lee, 2002)

Premier film vraiment politique sur l’après-11 septembre, 25th Hour, bien qu’étant un film de commande, reste à ce jour pour moi le meilleur film de Spike Lee : l’aboutissement à la fois d’un discours politique sur la société civile américaine et ses engagements, mais aussi de son invention esthétique. Car si globalement le cinéaste ne s’est jamais départi d’un certain classicisme dans la forme (ni même d’ailleurs sur le fond), il a toujours su introduire dans son usage de la caméra et son montage des idées collant parfaitement à son sujet. Ici, la ville de New York est filmée de manière tellement sublimée sur tout un tas de plans qu’il faut revenir aux failles que le cinéaste donne à voir dans la coupe ou le contre-champ (des plans rapides sur la pauvreté ou Ground Zero en arrière plan) pour comprendre le mal-être de cette ville nouvellement traumatisée. Idem des usages importants que le cinéaste fait des effets de transparence et de reflets, en particulier lorsque le personnage de Frank (exceptionnel Barry Pepper) est à l’écran et qui viennent traduire le constant jeu de faux-semblants et d’apparences trompeuses que le personnage entretient alors même qu’il délivre un discours moralisateur à ses amis ou développe un furieux sentiment de supériorité face à eux ou ses collègues. Que dire des effets de loupe ou de fish-eye réservés au personnage de Philip Seymour Hoffman (Jacob), qui viennent appuyer son irresponsable attirance sexuelle envers son étudiante mineure. Enfin, la caméra n’est jamais en reste de filmer avec insistance les formes généreuses de Rosario Dawson (« naturelle » Naturelle Riviera) ! Tout est comme si, dans le monde qui entoure Monty (excellent Edward Norton), l’on ne pouvait que se confirmer à son analyse de début de film sur la ville de New York : un empilement de clichés qui poussent à nous donner la nausée. Seulement voilà, Spike Lee aime trop cette ville pour que cette scène grandiose de monologue de Norton soit regardée autrement que de manière schizophrénique : le texte nous pousse à épouser les vues haineuses (du moins au début) du personnage tandis que les images sont une déclaration d’amour à la Grande Pomme dans toute sa diversité, tant culturelle qu’urbaine. Finalement le spectateur à la fin de la scène ne peut que retourner la diatribe envers Monty (comme le fait son reflet), on ne gâche pas une si belle histoire d’amour (entre le personnage et la ville cela va sans dire). Il faut apprécier avec toute leur subtilité les plans vers le début du film où Monty marche dans NYC et traduit l’osmose qui existe entre ce personnage et ce lieu. Le père de Monty ne se trompera lorsqu’à la fin du film (dans l’évasion rêvée) il lui dira qu’il est un « New Yorker » et qu’il le restera à jamais. Mais au-delà de ces choix esthétiques (dont le redoublement de plans dans le montage utilisé de manière fugace mais intelligemment placé dans le film) qui épousent parfaitement leur sujet, le film pose également l’un des premiers vrais discours critiques sur la société américaine post-11 septembre. Non pas pour en faire le lieu de la dernière liberté et du patriotisme déplacé (il faut voir comment Spike Lee fait usage du drapeau US dans le film à contre-emploi total des usages habituels), mais comme l’événement qui devrait réveiller l’Amérique d’une longue gueule de bois suite à l’effondrement du bloc soviétique. Le trajet de Monty est en parallèle de celui de cette société américaine : en relation avec la finance véreuse (Frank), l’exploitation des opprimés (la mafia russe), l’inconstance des choix moraux (les hésitations de Jacob), l’importance de l’apparence au-delà du rapport réel et profond entre les personnes (son idylle avec Naturelle et sa suspicion d’elle), la société américaine a payé le prix de son insouciance face au monde avec la mort de dizaine de milliers d’innocents dans les Twin Towers, comme Monty va devoir payer le prix de sa délinquance. Comme le dit Frank dans un éclair moralisateur de lucidité devant le chantier de Ground Zero : « He deserves it! ». Finalement, la fin fantasmée de l’évasion proposée au fils par le père n’est que le dernier soubresaut d’une génération responsable de cette situation. Et quand bien même le personnage de Norton ne rejette pas ses fautes sur son père, il faut bien avouer qu’il accepte avec tout le courage du monde à affronter ses propres démons pour aller en prison. Jusqu’à demander à son meilleur ami de le rendre moins beau qu’il ne l’est afin qu’il ne devienne pas le jouet de ses futurs codétenus. Et bien qu’il ne soit pas très clair si la fin est celle d’un enfermement ou d’un avenir qui aurait pu avoir lieu, reste que Spike Lee donne à voir ce que l’Amérique aurait pu être ou pourrait encore être si elle cherchait à comprendre ce que les attentats du 11 septembre ont pu signifier dans son rapport au reste du monde, du moment qu’elle passe d’abord par accepter les conséquences de ses actes et en premier lieu le trauma de 9/11. De même que la scène du miroir et du monologue sur NYC est un vibrant hommage à cette ville unique au monde, la fin fantasmée est une ode aux idéaux profonds de l’Amérique, ceux progressistes qui donnent à tout un chacun leur chance quelque soit leurs origines ou leurs erreurs passées, ramassée dans cette idée américaine par excellence de l’Ouest ou de Frontière. Seulement voilà, la Frontière n’existe plus et il ne reste qu’à Monty et à son père de finir leur trajet le long de l’Hudson jusqu’à la prison d’Otisville, pour que désormais RIEN ne soit plus jamais comme avant : comme l’avait prédit Frank au début du film, sans peut-être même se douter que lui aussi en subirait les conséquences, ce que le plan serré sur son visage à la fin du film semble vouloir dire…

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Une semaine de films – du 13 au 19 février 2012

Posted by Axel de Velp sur 19 février 2012

Je vais essayer à l’occasion de vous proposer un récapitulatif des films que j’ai visionnés sur une semaine et de vous en donner une lecture, à la fois critique, partiale et plus ou moins succincte, selon ce que les films m’inspireront au fil de l’écriture de ces billets, que je souhaite les plus spontanés possible. J’espère parfois vous donner envie ou vous dégoûter, selon chacun, chacune et chaque film….

Dans la mesure du possible, je m’abstiendrais de dévoiler trop des films, sauf quand j’estimerai qu’ils font partie du patrimoine cinéphilique obligatoire (j’exagère bien entendu), ou bien lorsque mon propos ne pourrait se passer, pour être limpide, d’explications précises, ou bien aussi lorsque je n’aurai que trop peu d’estime pour le film en question…

Nota Bene : je m’efforcerai de vous proposer des posters inhabituels des films pour illustrer leur critique.

Lundi 13 février

Eagle Eye (réal. D.J. Caruso, 2008)

Je continue dans ma lancée sur la courte carrière jusqu’à présent de D.J. Caruso, que j’avais entamée la semaine dernière (avec l’excellent Salton Sea, le très décevant Taking Lives et l’amusant mais peu remarquable Disturbia). Eagle Eye, c’est une sorte d’Ennemi d’état (Tony Scott, 1998) que l’on aurait fait passer au stade supérieur du  concept de Big Brother is watching you… mais en beaucoup moins abouti, en un peu plus idiot (j’ai arrêté de compter au premier tiers du film les invraisemblances par rapport au postulat de départ) et surtout beaucoup moins bien filmé. Pour ceux qui me connaissent et/ou qui ont lu l’un de mes premiers billets sur ce blog (celui concernant la rédemption), malheureusement ce film n’est que très dépourvu de scènes qui auront su le racheter à mes yeux. Tout au plus une scène de climax final qui aurait dû s’arrêter là, ou bien la scène d’ouverture qui en dit long (mais subtilement) sur une Amérique qui est prête à tourner la page sur 8 années de présidence Bush (le film sort en 2008 et a donc été écrit et tourné dans les mois précédents). C’est très maigre, surtout que le film manque par moment d’un peu de peps alors que certaines scènes dans le genre film d’action sont quand même assez bien faites (la scène dans le tunnel vers la fin en est un bon exemple).

Serpico (réal. Sidney Lumet, 1973)

Il me faudrait beaucoup plus que quelques lignes pour parler ici de ce film de Lumet, certainement l’un de ses nombreux chefs d’œuvres. Al Pacino incarne à la perfection le mal-être du flic honnête entouré par la corruption et le laisser-faire généralisé. Ses errances, ses déprimes, ses montées de rage et de colère sont à la mesure du film qui enchaîne les morceaux de bravoure, tant dans ce qu’il dénonce que dans sa mise en scène de situation limite. Chapeau bas à quelques scènes qui restent gravées en mémoire : l’arrestation d’un voyou de mèche avec les flics de son commissariat et qui oblige Pacino à mettre ses collègues devant le fait accompli, sa dernière dispute avec sa compagne dans le café puis dans la rue, sa rencontre avec les autres flics corrompus dans le parc, enfin la scène quasi de fin de l’arrestation chez les narcos et qui entraîne son accident. Lumet, au-delà du sujet politiquement risqué, montre New York et ses environs comme il sait toujours aussi bien le faire : une lumière réaliste, des lieux de tournage variés et toujours à propos et un montage classique mais au combien efficace dans sa manière de traiter les ellipses et d’accompagner lentement mais sûrement le spectateur dans la terrible catabase de l’officier Serpico. Lumet se réattaquera quasiment au même sujet dans le « film somme » Prince of the City (1981), malheureusement épaulé par un Treat Williams, efficace et crédible, mais à mille lieux du jeu de Pacino.

Mardi 14 février

I Love You Phillip Morris (réal. Glenn Ficarra, John Requa, 2009)

St Valentin oblige ou pas, ce choix de film à consonance romantique ? En fait pas vraiment, mais l’idée était de s’amuser plus que de réfléchir beaucoup devant cette toile. Et il faut dire que le film fait là son office. Il est amusant, même assez drôle par moments et les deux stars masculines (Carrey et McGregor) y sont bien entendu pour beaucoup. Le fait, qui plus est, que le film soit bâti sur des faits réels vient ajouter indéniablement à la légère fascination que le personnage principal produit sur le spectateur. Les films, qui traitent d’arnaques et d’escroquerie et dont l’auteur de ces « vilains » actes est présenté comme sympathique, arrivent toujours à séduire le public : ils reposent sur la monstration en plein exercice d’un esprit criminel, mais parce que présenté comme sympathique, au-delà de sa moralité répréhensible, ce qui fait mouche chez le spectateur c’est son ingéniosité et sa débrouillardise. On ne peut pas dire que le film ne soit pas généreux de ce côté là. Plus largement, le film est également bien rythmé et sa mise en scène bien coordonnée à son propos et ses effets. Choix d’un flash-back et d’une voix-off, qui eux aussi sont efficaces et viennent clôturer un film que je recommande chaudement si l’on veut s’amuser et être un tant soit peu abasourdi par l’inventivité criminelle et la stupidité d’une certaine Amérique (comme dirait le personnage de Carrey : « Fuckiiiiing Texas »).

Mercredi 15 février

I am Number Four (réal. D.J. Caruso, 2011)

Je finis ici mon survol de la carrière de D.J. Caruso par son film le plus récent et le plus insignifiant. Que dire de cette sombre m%*$# si ce n’est que rien n’a su le racheter à mes yeux. Ni même une seule idée intelligente de mise en scène. Les méchants semblent repris d’un mauvais épisode de Buffy (et contre toute attente j’ai aimé cette série…), le scénario est aussi mauvais qu’une blague carambar et le jeu des comédiens (y compris l’habituellement sympathique Timothy Oliphant) vole aussi haut qu’un épisode de Plus belle la vie (désolé pour Carla et les autres qui apprécient la série de France3). Finalement, D.J. Caruso qui avait très bien entamé sa carrière avec Salton Sea, montre qu’il n’est ni plus ni moins qu’un faiseur sans véritable talent, qui n’arrive pas à remonter le plus naufragé des projets… C’en est à se demander si Salton Sea n’aurait pu être meilleur que ce qu’il est déjà, s’il avait été confié à un autre réalisateur… ?

A Single Man (réal. Tom Ford, 2009)

Je dois avouer que je voulais voir ce film depuis longtemps mais l’appréhension que j’avais quant à la tristesse de son sujet me freinait régulièrement et m’empêchait de passer à l’acte. Finalement je fus surpris, car même s’il est vrai que le film n’est pas dénué de mélancolie, même si son sujet n’a rien de réjouissant, le film reste quand même une formidable ode à la vie. Il est d’abord magnifiquement soutenu par le jeu tout en subtilité de Colin Firth et la flamboyance, bien que fugace, de l’apparition de Julianne Moore. Par moments, l’on pourrait se croire chez un héritier de Douglas Sirk, mais dans une version pervertie ou étrangement décalée (je pense à la scène où le personnage principal part de chez lui en voiture et salue ses voisins). Ensuite le film met en scène avec justesse et finesse le désenchantement d’une frange de la population qui sent bien que son émancipation n’est plus très lointaine mais qui sait pertinemment aussi combien la lutte devra encore être soutenue pour qu’elle ait, elle aussi, droit à la lumière et à la reconnaissance sociétale que tout un chacun rêve d’obtenir…
Si la jeunesse semble être le relais de ce combat et de cette volonté, la fin du film la laisse toute fois en pleine déshérence. Tom Ford réussit le tour de force pour un premier film au sujet délicat, non seulement de marquer l’essai qu’il a choisi de traiter, mais encore de le transformer en lui adjoignant les services d’une mise en scène très maniérée, mais en phase avec son sujet. Les jeux sur les couleurs qui vont et viennent au gré des émotions du personnage central sont à la hauteur du jeu subtil que Firth leur donne à accompagner et appuient avec poésie et un pathos très maîtrisé les processus d’identification que le réalisateur met en place entre son film et le spectateur. A quand un prochain film M. Ford ?

The Eagle (réal. Kevin MacDonald, 2011)

Kevin MacDonald vient du documentaire (et y retourne encore régulièrement puisque l’un de ses prochains films sera un docu consacré à Bob Marley). Après Le Dernier Roi d’Ecosse, particulièrement réussi sur le dictateur africain Idi Amin Dada et Jeux de pouvoir, qui avait le mérite de proposer une lecture relativement intelligente des influences politiciennes à Washington sur les médias (et un parfum de Lumet mélangé à du Pollack ou du Pakula), je dois avouer que je ne savais pas trop à quoi m’attendre de son incursion dans le péplum ou plus exactement le film d’aventure historique. Force est de reconnaître que le film est très réussi. D’abord parce qu’il traite d’un aspect de Rome peu mis en scène : les confins britanniques de l’empire ; ensuite parce que comme souvent chez MacDonald la réalisation est efficace sans être trop maniérée (quoique les scènes finales sont de ce point de vue quelque peu décevantes). Finalement le film est plus réussi dans sa dimension de film d’aventure que de film historique. Difficile en effet de se laisser convaincre, quand bien même ce serait très documenté, par la vision qu’offre le film des peuplades anglo-saxonnes auxquelles s’oppose le héros centurion. Cependant, une scène assez impressionnante ravira tous les aficionados de la Rome antique et des légions : la bataille à l’extérieur du camp romain où la manœuvre dite de la tortue démontre toute son efficacité.

La Prisonnière Espagnole (réal. David Mamet, 1997)

Certainement l’un de mes films préférés, du moins dans son genre. Mamet y fait preuve d’un sens du rythme et de l’écriture assez diabolique et bien au-delà du simple machiavélisme du scénario (assez réjouissant cela étant). Le réalisateur concentre ici toutes les marottes de sa carrière (en tant que scénariste et réalisateur) et donne à voir un concentré de ses préoccupations principales. Le film enchaîne les scènes toutes plus subtiles et délectables les unes que les autres : la scène, matrice du film, sur la plage paradisiaque, la réunion de travail autour du « process » (hommage enamouré à Hitchcock et à son concept de MacGuffin porté à son extrême), la scène dans Central Park, la scène dans l’aéroport et pour finir, bien entendu, la scène sur le ferry. Quasiment systématiquement Mamet déconstruit la dynamique de chacune de ses scènes pour en proposer une échappée différente, voire opposée, à ce que la programmation de la scène en terme de narration préparait le spectateur, le prenant ainsi toujours à revers ou à rebours de son intuition et de son travail personnel sur le film.
Cependant, Mamet le fait avec intelligence et non roublardise et à aucun moment le public ne se sent floué de ce que les scènes déroulent : à chaque fois qu’elles se développent différemment, il était en notre pouvoir avec une fine analyse de l’image et de ses constituants d’en deviner la signification autre et d’en prédire la fin différente de sa programmatique annoncée. Mais Mamet nous met devant l’une des plus grandes vérités du public face aux films : sa passivité et sa trop grande acceptation à se laisser guider, plutôt que de réfléchir sur l’image et sur ce qu’elle nous donne réellement à voir et à déchiffrer…

Jeudi 16 février

Un prophète (réal. Jacques Audiard, 2009)

Encore un film que j’ai tardé à voir alors que son succès unanime et mon appréciation des précédents films d’Audiard aurait dû me pousser à le voir plus vite. Il est vrai que le film est une claque pour le jeu de Rahim, qu’il dépeint avec un rare naturalisme les rapports de pouvoir au sein des « pensionnaires » de l’institution pénitentiaire française, que l’intelligence de la structure narrative d’Audiard soumet le film, malgré sa longueur indéniable, à une succession d’enchaînements auquel le spectateur ne peut échapper et qui le laisse souvent sans voix. On retrouve la qualité de l’écriture propre au réalisateur de Regarde les hommes tomber ou Un héros très discret, la caractérisation psychologique très juste des personnages que l’on avait su apprécier dans De battre mon cœur s’est arrêté, ou encore la mise en scène efficace des scènes d’action qui avaient su nous éblouir dans Sur mes lèvres (d’ailleurs la scène d’exécution dans la voiture des corses est une grande scène d’action à la française réussie). Cependant, je trouve néanmoins que le film par moments manque de quelque chose… Il passe trop vite sur certaines scènes, énonce les choses avec trop de lucidité et donne parfois de l’ampleur à des scènes d’une grande trivialité. Je pense ici à tout le versant « gangster » du film qu’Audiard choisit de traiter quand bien même il est « centré » sur la prison : il aurait été préférable à mon sens de ne pas le traiter autrement que par procuration, ce qu’il fait de temps en temps, mais pas assez pour que cela devienne systémique au sein du film.
Au final, je suis encore, je pense, sous le choc de l’énergie déployée par le film pour en avoir une lecture critique posée, mais ces premiers reproches que je lui oppose me semblent bien fondés et non une élucubration de ma pensée. Un prophète restera certainement un film étape dans le parcours professionnel d’Audiard, mais aussi à mon sens comme le marqueur du passage à quelque chose d’autre, quelque chose de peut-être plus ambitieux qu’avant mais par moments moins maitrisé ou moins en conformité avec ces mêmes ambitions que le film amène…

Lascars (réal. Emmanuel Klotz, Albert Pereira-Lazaro, 2009)

Tiré de la série télévisée éponyme diffusée sur Canal+ en 2000 (1ère saison) et 2007 (2nde saison), le film Lascars reprend la richesse graphique de la série en lui donnant tout de même plus de moyens et d’ampleur. Outre un casting de voix alléchant et très à propos, le film ne manque pas d’humour et propose quelques scènes inoubliables, comme celle du tournage porno dans le « sous-aquaboulevard » de banlieue, la scène de teuf monstrueuse dans le manoir neuilléen, la fête d’accueil de la nouvelle recrue dans la police ou encore les nombreuses scènes montrant Zoran et ses recherches de conquêtes féminines. L’animation assez fluide et le travail sur les détails des layouts font oublier quelques à-plats de couleurs peu heureux par moments, tellement on sent un travail un peu bâclé. Le film est soutenu par un rythme conséquent et un scénario pas inoubliable mais suffisamment prenant pour que l’on reste attaché tout du long aux déboires de ces personnages bigger than life pour certains ou too losers to be losing pour d’autres…

Bronson (réal. Nicolas Winding Refn, 2008)

En l’espace de quelques films Refn s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération. Même si je n’ai toujours pas vu la trilogie des Pushers (et c’est au programme, rassurez-vous), ses trois derniers films, Bronson, Valhalla Rising et Drive sont chacun dans leur genre et style respectif des petites pépites de mise en scène, de montage et de narration maîtrisés. Refn arrive à rendre parfaitement l’horreur et la folie d’un homme corrompu par la violence du système carcéral anglais et qui va entamer une spirale infernale où seuls les coups et le sang ont un sens libérateur. Même si on ne peut s’empêcher de penser à Kubrick (et c’est aussi le cas face à Valhalla Rising, mais évidemment pas pour les mêmes raisons), là où Orange mécanique parlait volontairement de problèmes de société et d’inadéquation entre ces problèmes et les solutions opposées à eux, Refn propose un film plus personnel, où la nature du personnage central est avant tout le problème et pas forcément le produit d’une quelconque société. Etonnamment, le film ne critique que très peu les prisons anglaises, du moins pas plus que la majorité des films traitant habituellement le sujet.
En revanche, la question de « l’ultra violence » est plus approchée comme le symptôme d’un mal-être, l’expression visuelle (et pour cela le film ne lésine pas sur les effets liés à cette violence) d’une différenciation de Bronson à son environnement immédiat. La mise en scène de Refn est dynamique, inventive et maniérée, mais jamais excessive, comme elle ne l’est d’ailleurs jamais dans ses autres films. Elle vient toujours souligner son propos et l’appuyer avec intelligence, en donnant un écrin travaillé et soigné aux images qui l’illustrent toujours parfaitement.

Vendredi 17 février

Aliens (réal. James Cameron, 1986)

Si aujourd’hui Cameron est le réalisateur des plus grands dépassements de budget (Titanic, Avatar) et celui d’une certaine forme de mièvrerie pour certains ou de romantisme naïf mais touchant pour d’autres (dont je fais plutôt partie), il fut un temps où Cameron était surtout un réalisateur de films à effets (comme on disait alors) : The Terminator, The Abyss, Terminator 2 et bien entendu Aliens. Suite du succès planétaire de Ridley Scott, Cameron prend le premier film complètement à contrepied. Là où Scott misait sur l’indicible et l’invisible, Cameron va en montrer plus que de mesure… Là où Scott opposait la terreur solitaire et inconnue à un équipage plongé dans l’incompréhension et l’ignorance, Cameron va opposer les muscles et la technologie (toujours assez déficiente) aux nombres et à l’irrédentisme des xénomorphes qui se sont accaparés la station des colons. L’on y trouve bien sûr la figure féminine iconique propre à Cameron (et qui dépasse largement le personnage de Ripley héritière du premier volet) et qui est le ferment fondateur de tous ses films. Mais au-delà de toutes ces évidences que Aliens démontre quant au cinéma de Cameron, il est une chose qui m’a toujours particulièrement étonné dans ce film, c’est l’écriture très réussie des personnages secondaires : en l’espace de quelques scènes d’introduction qui n’ont l’air de rien, la narration arrive à nous faire connaître quasiment tous les noms de ces personnages avant la première moitié du film. Non seulement, cela requiert de la part de l’écriture mais aussi du montage une prouesse inhabituelle (pour un film qui compte pas moins de 12 personnages secondaires non négligeables), mais en plus cela sert la tension que le cinéaste veut provoquer avec son film.
Puisque Cameron abandonne l’idée de travailler sur la peur pour cette suite, et alors qu’il réalise une sorte de film de guerre aux pays des aliens, la proximité des liens qu’il aura tissés entre les spectateurs et sa galerie de personnages se révèlera payante dès lors qu’à la première moitié du film, quasiment les ¾ des personnages seront morts… Ainsi il laisse le spectateur sans repère, abandonné par tous ceux qu’il imaginait être ses protecteurs pour le restant du métrage. Le cinéaste provoque ainsi une déstabilisation du public qui sera ensuite ce sur quoi il passera son temps à s’appuyer pour créer une tension quasi tenue jusqu’à la fin du film : les survivants se réfugient pour se protéger dans la station – paf, le réacteur est en surchauffe et maintenant ils doivent lutter contre, outre les aliens, la montre ; ils ont pris le temps de tout barricader autour d’eux – paf, ses maudites bestioles passent par le toit ; ils arrivent à leur échapper (moyennant quelques pertes) – paf la petite fille est enlevée ; la navette arrive – paf hors de question de partir tout de suite, Ripley va aller la sauver ; elles viennent d’échapper in extremis à la reine des bestioles – paf la navette n’est plus là à les attendre ; pour finir, tout le monde a réussi à échapper aux aliens et à l’explosion nucléaire – paf cette maudite reine s’était cachée dans le train d’atterrissage de la navette…
Finalement, Aliens n’est qu’une succession habile de tensions dont la clé de résolution vient échapper au spectateur, pour lui proposer à la place une nouvelle tension. Pas étonnant dès lors que la version spéciale (celle regardée ici même) ne vienne qu’ajouter à l’exemplaire leçon de cinéma que donne Cameron en matière de rythme et de réalisation soutenue.

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